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Full text of "Manuel de patrologie"

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MANUEL | 


PATROLOGIE 


PROPRIÉTÉ. 


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2 








5504 


MANUEL 


DE 


PATROLOGIE 


PAR 


\ 


LE DOCTEUR ALZOG 


PROFESSEUR DE THEOLOGIB À L’UNIVERSITK DE FRIBOURG 


TRADUCTION DE L’ABBE P. BELET D 


PARIS 
GAUME FRÈRES ET J. DUPREY, ÉDITEURS 


3, RUE DE L'ABBAYE, 3 


1867 


Tons droits réservés. 


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wransier Tom LITE BAUT ZA 4 


OF NEW YORK, 


‘PRÉFACE. 


Persuadé, depuis l’époque où il a débuté dans l'en- 
seignement de la théologie, que la connaissance des 
œuvres des saints Pères est de la plus haute impor- 
tance pour le théologien, le docteur Alzog avait conçu 
depuis longtemps le dessein de travailler à un grand 
ouvrage de Patrologie. Appelé en 1853 à l'université 
de Fribourg, il se mit résolument à l'œuvre, impatient 
de réaliser un projet qui le tenait vivement au cœur 
et dont il avait jeté les premiers fondements dans les 
cahiers rédigés pour son cours, mais que ses occupa- 
tions ne lui avaient pas permis d'exécuter. 

Déjà il s'était procuré les ressources nécessaires à 
son entreprise, lorsqu'un violent mal de tête le força 
tout-à-coup d'interrompre son travail. 

Sur ces entrefaites, le docteur Alzog changea de sen- 
timent; il comprit que ce qu'il fallait surtout aux 
jeunes ‘candidats de- la théologie c'était, non pas une 
publication volumineuse, mais un Manuel, un cours 
abrégé de Patrologie; ceux qui voudraient approfondir 
davantage la matière, trouveratent, pensait-il avec rai- 
son, toutes les ressources désirables dans les ouvrages 
de Fessler, de Dupin et surtout de Ceillier, réédité de 
nos jours avec de nombreuses additions. 

Quant aux avantages que procure l'étude des saints 
Pères, il serait superflu d’y insister. « Les études théo- 
logiques, disait M. Busse dans la préface de son Manuel 
de la littérature chrétienne, se trouvent dans la plus 
triste situation quand le théologien ne joint pas à la 
connaissance de la sainte Ecriture celle des sources 
vénérables où il doit puiser les renseignements et les 
preuves de son savoir théologique sur le dogme, les 

* 


28], 


VI PRÉFACE. 


institutions, les coutumes et les faits de sa religion. » 
Aussi le concile national de Petrikow, en 1607, enjoi- 
gnait-il aux curés et aux prédicateurs « qui pourraient 
se les procurer, d’avoir à leur usage, outre l'Ancien et 
le Nouveau Testament, les œuvres de saint Cyprien, 
saint Athanase, saint Grégoire de Nazianze, saint Basile, 
saint Chrysostome, saint Hilaire, saint Augustin, saint 
Jérôme, etc. » 

Bossuet, dont personne né eontestera la compétence, 
ne craignait pas de dire : « Quiconque veut devenir 
un habile théologien et un solide interprète, qu'il lise 
et relise les Pères. S'il trouve dans les modernes quel- 
quefois plus de minuties, il trouvera très-souvent dans 
un seul livre des Pères plus de principes, plus de cette 
première sève du christianisme, que dans beaucoup de 
volumes des interprètes nouveaux; et la substance qu'il 
y sucera des anciennes traditions le récompensera très- 
abondamment de tout le temps qu'il aura donné à cette 
lecture. Que s’il s'ennuie de trouver des choses qui, 
pour être moins accommodées à nos coutumes et aux 
erreurs que nous connaissons, peuvent paraître inu- 
tiles, qu'il se souvienne que dans le temps des Pères 
elles ont eu leur effet et qu'elles produisent encore un 
fruit infini dans ceux qui les étudient, parce qu'après 
tout ces grands hommes sont nourris de ce froment 
des élus, de cette pure substance de la religion, et que 
pleins de cet esprit primitif qu’ils ont reçu de plus près 
et avec plus d’abondance de la source même, souvent 
ce qui leur échappe et qui sort naturellement de leur 
plénitude est plus nourrissant que ce qui a été médité 
depuis. C'est ce que nos critiques ne sentent pas, et 
c'est pourquoi leurs écrits, formés ordinairement dans 
les libertés des novateurs et nourris de leurs pensées, 
ne tendent qu’à affaiblir la religion, à flatter les erreurs 
et à produire des disputes *. » 


4 Défense de la Trad. et des saints Pères, P. 1, liv. IV, c. xvau. 








PRÉFACE. VII 


En se proposant de renfermer dans un espace rela- 
tivement restreint tant d'auteurs et d'ouvrages diffe- 
rents, on courait le risque de tomber dans les aridités 
d’une nomenclature froide et incolore, et, au lieu d’un 
Manuel à l’usage des jeunes théologiens, de ne com- 
poser, à l'exemple du docteur Busse, qu'un répertoire, 
savant peut-être, mais sec et fastidieux, destiné 
surtout aux savants de profession. 

Au lieu donc de se borner à une simple énumération 
des ouvrages plus propre à engendrer le dégoût qu'à 
inspirer l'amour des études patristiques, l’auteur s’est 
appliqué à dépeindre en traits rapides la vie et la 
carrière des écrivains dont les œuvres lui ont paru 
dignes de fixer l'attention. 

Ce Manuel étant surtout destiné à servir de guide 
dans l'étude de la Patrologie, il était nécessaire d’y 
signaler les meilleurs travaux anciens et modernes qui 
peuvent servir à compléter les notions de ceux qui 
. étudient la littérature chrétienne. Dans ce but, on a 
indiqué en tête de chaque article les prolegomenes que 
renferment les meilleures éditions, notamment celles 
des Bénédictins, sur la vie et les œuvres de l’auteur : 
c'est presque toujours le meilleur moyen de se fami- 
liariser avec l'écrivain que l'on veut étudier. Après 
avoir enumere les travaux d'un auteur, on a indiqué 
les meilleures éditions des traités qui ont été publiés 
séparément, et, à côté des éditions des œuvres com- 
plètes, on a fait connaître les études ou les monogra- 
phies qui ont été écrites à propos de tel ou tel ouvrage 
en particulier. Quelquefois, notamment pour les lettres 
des Pères apostoliques, saint Barnabé et saint Ignace, 
pour le Pasteur d'Hermas, saint Ambroise, Léon le 
Grand, on a ajouté des remarques sur l’état du texte 
actuel, afin d'offrir toutes les ressources désirables à 
ceux qui voudraient faire des recherches approfondies 
sur l’un ou l’autre auteur. 


VIII PRÉFACE. 


Comme la Patrologie, surtout dans la période des 
saints Pères, doit s'occuper des preuves dogmatiques 
fournies par les écrivains des premiers siècles, il fallait 
de toute nécessité rapporter aussi complètement que 
possible les passages qui attestent la doctrine catho- 
lique dans les origines du christianisme, c’est-à-dire 
dans les trois premiers siècles. Dans les quatre siècles 
suivants, on s'est borné à signaler les doctrines qu’un 
auteur a développées de préférence ou qu'il a mar- 
quées de son cachet personnel. Cette méthode, au sur- 
plus, rentrait dans le plan général de ce livre : indi- 
quer le contenu des écrits. d’un auteur, résumer ses 
vues particulières et marquer l'influence qu'il a exercée 
sur le présent ou sur l'avenir. À quoi bon citer des 
doctrines depuis longtemps établies, quand il s’agit 
d'auteurs qui ne pouvaient pas enseigner autre chose 
que ce qu’enseigne l'Église catholique? 

Dans la seconde période, ceux des Pères grecs et 
latins qui se distinguent à la fois par leur génie et par 
l'étendue de leurs écrits occupent une place plus large 
et ont été l'objet d'un soin particulier, d'autant plus que 
l'excellent travail de Moehler sur cette période n'a pas 
été continué. En laissant les grands docteurs s’expri- 
mer eux-mèmes dans de longs passages, en rapportant 
les pensées magnifiques qui out embelli leurs écrits et 
dirigé leurs actions, et qui nous les montrent comme 
des modèles accomplis du sacerdoce, je visais aussi, 
dit M. Alzog, à inspirer aux jeunes théologiens, avec 
l'amour de leurs œuvres, le courage de les étudier. 

Dans un travail aussi difficile et dont certaines par- 
ties veulent être traitées avec un soin exceptionnel, 
l'auteur se félicite du concours sérieux que lui a prèté 
le docteur Kellner de Trèves, auteur d’un ouvrage 
justement célèbre, publié à Cologne en 1866 sous le 
titre d’Hellenisme et christianisme. 


MANUEL 


DE 


PATROLOGIE. 


INTRODUCTION A L’HISTOIRE 


DE LA 


LITTÉRATURE CHRÉTIENNE 


$ 1". Notion et objet de l’histoire de la littérature 
chrétienne. 


Les renseignements que les anciens auteurs ecclésias- 
tiques nous ont transmis sur la littérature chrétienne se 
bornent à de courtes notices et à l’enumeration des ou- 
vrages. Les matières qu'ils traitaient dans leurs écrits se 
renfermaient le plus souvent dans un cadre restreint et 
ne tendaient qu’à un but particulier : il s’agissait ou de 
concourir à quelque recueil de canons ecclésiastiques, ou 
de coordonner ce qu’on appelait alors des chaînes dogma- 
tiques et exégétiques. C’est au dix-septième siècle seule- 
ment, et grâce aux travaux de Dupin et de Cave, l'un 
catholique, l’autre anglican, que l’histoire de la littérature 
chrétienne s’est constituée à l’état de science proprement 
dite. Lorsque, à la suite de ces travaux, on a créé en 

1 


2 MANUEL DE PATROLOGIE. 


faveur de la litterature des premiers äges du christia- 
nisme ce qu’on a appele la Patrologie, cette science ne 
présentait encore que des notions fort vagues et ses li- 
mites étaient loin d’être fixées. Comme la Patrologie ne 
renfermait que la biographie et l'énumération des écrits 
de l’auteur, on fut obligé de la compléter par la Patris- 
ligue, qui s’occupait de la partie dogmatique et morale. 
La Patrologie, dans le principe, ne traitait pas seulement 
des Pères de l’Eglise, mais encore des écrivains ecclé- 
siastiques, et même des heretiques; et quant à la tâche 
assignée à la Patristique, elle se trouvait remplie en 
grande partie déjà par les preuves traditionnelles em- 
ployées dans.le dogme et dans la morale. Nous échappe- 
rons à ces inconvénients en comprenant sous le titre 
d'Histoire de l’ancienne littérature chrélienne les matières 
qui rentrent à la fois dans la Patrologie et dans la Patris- 
tique. Notre travail comprendra l’histoire de la littéra- 
ture chrétienne dans ses origines, dans ses progrès, dans 
son apogée et dans sa décadence, durant les trois pé- 
riodes de l’histoire ecclésiastique que nous appellerons, 
d’après les formes caractéristiques qu’a revêtues succes- 
sivement la littérature chrétienne : l’ère gréco-romaine, 
l'ère germano-romaine, l'ère romano-gréco-germaine, 
ou l'ère patristique, l’ère scolastique et l'ère moderne 
depuis l'influence des humanistes. 


$ 2. Les Pères de l’Eglise, les écrivains ecclésiastiques 
et les docteurs de l’Eglise. 


C'était en Orient une coutume admirablement justifiée, 
et qui existait aussi jusqu'à un certain point en Occident, 
d'exprimer les rapports des maitres et des élèves par 
les dénominations de pères et de fils ou enfants. On sait 
qu’Alexandre le Grand donnait le surnom de père à son 
précepteur Aristote. Cette locution est aussi employée 
dans l’Ecriture sainte. Elisee appelle Elie son père, et les 





INTRODUCTION A L'HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. . 3 


disciples du prophète prennent le titre de fils‘. Dans un 
sens plus rigoureux, on appelait Pères de l'Eglise les 
écrivains dogmatiques qui, en dehors du corps des 
évêques, légitimes successeurs des apôtres, passaient 
pour les témoins de la doctrine transmise par l'antiquité 
ecclésiastique, qui est indubitablement le plus sûr garant 
de la doctrine primitive de l'Eglise. Pour conférer le 
titre de Pères de l'Eglise, on exigeait les conditions 
suivantes : l'antiquité, l’orthodoxie de la doctrine, la 
sainteté de la vie et l’approbation de l'Eglise, expresse 
ou tacite ?. Dans l’Eglise latine, la serie des Pères s’arré- 
tait à saint Grégoire, pape (mort en 604), et dans l'Eglise 
grecque à saint Jean Damascène (mort après 754). Enfin, 
on donnait aux disciples des apôtres qui s'étaient fait 
par leurs écrits les organes de la doctrine de l'Eglise, 
le nom de Pères apostoliques. 

L'Eglise se montrait très-difficile dans la collation de 
ce titre d'honneur; elle l’a refusé à plusieurs écrivains 
célèbres qui avaient rendu à l'Eglise de signalés ser- 
vices, tels que Tertullien, Origène, Lactance, Eusèbe, 
évêque de Césarée, Théodoret, évêque de Cyr, etc., 
uniquement parce que, malgré leur valeur littéraire et 
leur piété, ces auteurs n'ont pas constamment et partout 
expliqué et défendu la doctrine chrétienne selon l'esprit 
de l'Eglise. On ne leur a donné que le titre d'auteurs 
ecclésiastiques, scriptores ecclesiastici, et on ne les a 
traités que comme de savants témoins. 

Plus tard, les écrivains qui joignirent aux qualités des 
Pères de l'Eglise ’eminence de la science et se signa- 
lerent dans les luttes de l’orthodoxie, furent appelés 
docteurs de l’Eglise, doctores Ecclesiæ. I fallait donc, 
pour jouir de ce titre, réunir les conditions suivantes : _ 
une science éminente, une doctrine orthodoxe, la sain- 


1 IV Rois, 11, 12; ibid., vers. 3-5. Cf. Ps. xxxım, 12; Prov., IV, 10; 
Maith., x, 27; surtout Gal., ıv, 19; I Cor., ıv, 14. — 3 Fessler, 
Institut. Patrologie, t. I, p. 36-29. 


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Merle. 

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INTRODUCTION A L'HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 5 


Elle voyaiten eux les organes dont Jésus-Christ et l’Esprit- 
Saint s’étaient servis pour perpétuer leur action au sein 
de l'Eglise : Ut in eis limeas non ipsos, sed illum qui ea 
sibi ulilia vasa formavit et sancta templa tonstruæit, dit 
saint Augustin. Le concile de Chalcédoine, en 451, insis- 
tait sur l'obligation « d'être fidèle à la croyance des 
saints Pères et de se servir d'eux comme de témoins 
pour défendre sa foi : » Ut sanclorum Patrum fidem ser- 
vemus, iisque ulamur lestibus ad nosire fidei firmitatem. 
Et le cinquième concile tenu à Constantinople, en 533, 
faisait cette solennelle profession de foi : « Nous confes- 
sons que nous embrassons et prêchons la foi qui a été 
donnée dans l’origine aux saints apôtres par notre grand 
Dieu et Sauveur Jésus-Christ, qui a été annoncée par 
eux dans l'univers entier, qui a été professee et expli- 
quée par les saints Pères : » Confilemur nos fidem tenere et 
prædicare ab initio donalam a magno Deo et Salvatore 
nostro Jesu Christo sanclis Apostolis, et ab illis in uni- 
verso mundo pr&dicalam, quam et sancti Palres-confessi 
sunt et explanarunt. En 680, le sixième concile œcumé- 
nique de Cönstantinople énonçait la même doctrine 
lorsqu'il disait : Sanctörum et probabilium Patrum inof- 
fense recto tramite iler conseculum, tisque consonanter 
definiens confiletur reclam fidem. Enfin, le dernier concile 
œcuménique, célébré à Trente au seizième siècle, em- 
ploie souvent l’une pour l’autre et dans un sens iden- 
tique les expressions de « doctrine de l'Eglise, » et de 
«consentement unanime des saints Pères. » 

Ce consentement unanime doit se prendre dans le sens 
que lui donne saint Vincent de Lérins, dans son fameux 
Commonilorium : « Ce que tous ou plusieurs auront 
confirmé dans un seul et même sens, manifestement, 
fréquemment, persévéramment, ou ce qu'ils auront reçu, 
embrassé, transmis par une sorte de consentement tacite 
des maîtres, tout cela, nous le tenons pour indubitable, 
pour certain et définitif : » Quidquid vel omnes, vel plures 


6 WANT. LE Ir RS 


uno rich ES Zn: 234. Tesursier, perseveranler, vel 
quoizm crasmiueniz mi;sirmun 082110, accipiendo, 
tenend>, Iraiewi: msn, 35 gr ındubilato, certo, 
rolsque Yadrziar LDC. € Et, conformément 
à ces deux caractere [2 | ass 27% à la vraie tradition : 
l'universa':te et la Être : 42:35 srmper. quod ubique, 
quod ab erx:'as cv: es. I. muntre dans le même 
ouTTage, €. Xın. par »s tes du troisième concile 
æcuménique à Erbe, axzıpent la reuve traditionnelle 
doit ètre présente. 

Voici amment sant Auzustn 'u-mème a développé 
cette preuve œutre Ju xn. svtateur de Pélage, lib. I, 
n. 7 : « Vovez. lui t-i. Jans que'e assemblée je 
vous ai intruit. Voll Amar de Milan, que votre 
maitre Pe'age a combe de tant de kuanges; voilà Jean 
de Constantinone, voià Rasle et teus les autres, dont 
l'accord si unanime devrait vous toucher. Vous voyez 
réunis des hommes de tous les temre et de tous les pays. 
de l'Orient et de l'&vident. et Ls n’arrivent point en un 
lieu où les hommes soient forves d’alwrder, mais à un 
livre qui puisse alier à tous les hommes. — Quant à 
celui qui s’eloigne du consentement unanime des Pères, 
celui-la s'éloigne de l'Eglise :» Hi: est Medic'anensis Am- 
brosius, quem magister tuus Pe:azius tanta prædicalione 
laudavit. Hic est constantin>polttanus Joannes, hic est 
Basilius, hic sunt et cæteri, quorum te movere deberet 
lanta consensto. Hos itaque de aliis atque aliis temporibus 
aique regionibus ab Oriente et Üccidente congregatos vides, 
non in locum quo navigare cogantur homines, sed in li- 
Drum qui navigare possit ad homines. — Qui ‘vero! ab 
unanimi Patrum consensu discedit, ab universa Ecclesia 
recedit. (Cont. Jul., lib. II, n. 37.) 

Les Pères de l'Eglise forment donc comme le fleuve 
de la vie divine dont la source est en Jésus-Christ ; ce 
sont eux qui, avec l’enseignement verbal du ministère 
infaillible qui réside dans les évêques, perpétuent par 





INTRODUCTION A L'HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 7 


leurs écrits, d’une manière ininterrompue, le dépôt de la 
doctrine chrétienne; en sorte que leurs ouvrages con- 
stituent une partie de la tradition écrite  (rapddooıs éxxAn- 
CLŒOTIXN ). 

« Il faut savoir, dit Bossuet, distinguer les conjectures 
des Pères d’avec leurs dogmes, et leurs sentiments par- 
ticuliers d'avec leur consentement unanime. Après qu’on 
aura trouvé dans leur consentement universel ce qui 
doit passer pour constant, et ce qu'ils auront donné pour 
dogme certain, on pourra le tenir pour tel, par la seule 
autorité de la tradition *. » (Préf. de l’Apoc., t. II, p. 319.) 
C'est à cause de cette importance des Pères, et par con- 
séquent de l’ancienne littérature chrétienne considérée 
comme deuxième source de la foi, que la première pe- 
riode, la période patristique, mérite d’être traitée avec 
plus de soins et de details dans l'étude de la théologie 
catholique. Dans ka seconde et dans la troisième période, 
au contraire, l’histoire littéraire du christianisme peut se 
rattacher plus facilement à l’histoire ecclésiastique. Une 
remarque importante qu'il convient de faire sur les 
écrits des saints Pères, car elle est d’une haute valeur, 
c’est qu'ils touchent de près aux mille incidents de la 
vie pratique; la plupart sont le fruit ou d’une expérience 
personnelle ou des nécessités de la vie journalière : il 
s’agissait ou de réfuter des hérétiques, ou d’abolir un 
abus, ou d’insister sur le sérieux de la vie chrétienne, 
ou enfin de pousser à quelque grande résolution ; tandis 
que les auteurs des époques suivantes n’ont souvent pris 
la plume que pour consigner leurs propres réflexions ou 
pour établir quelque théorie scientifique. 


1 On trouvera de longues explications sur l'importance des saints 
Pères dans Melchior Canus, De locis theologicis, lib. VIII; Noël 
Alex., Dissertat., 16; Perrone, Prælect. theol., in tract. De locis 
theol., part. 1, sect. 2, et dans son grand ouvrage, tome IX. 

3 Addition du traducteur. 


$ SOUL E Mina 


5. Bes cup de Fissler issue den. ee 
sv Le as etes dr LR ose 


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Fexszese, je ro ariesstne et de REUTERS. (hi- 
toire de a ICeraiure nrcenne Fri nme Les 
hommes qui s „sat partmierement aim à cs 
diverses branehes. Ele Sarairı as. wur 2 alte pra- 
ae de a vie chreßenne. 4 exevi ects mines à imiter, 
tianisıne, notamment Cei.es des eerivain: des dur pre 
sers sucles. sont de veritahles vies de saints 
Représentants de la tradition chretenne et de la vie 
asile, lez saints Peres ont une valeur à la fois 
thévrique et pratique qui intéresse toutes les époques. 


© 5. Les rèsles de la critique. 


Jamais la critique n’a eu plus d'occasions de s’exerver 
que sur le terrain qui nous occupe. Na-t-on pas vu 


INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 9 


naitre des les premiers temps de l’ère chrétienne, à côté 
des Evangiles et des Actes des apôtres par saint Luc, 
des évangiles et des actes apocryphes? et dans le second 
et le troisième siècles, une pieuse fraude n’a-t-elle pas 
attribué aux apôtres jusqu’à quatre-vingt-cinq canons et 
huit livres de constitutions ? 

Il importe donc de rechercher avec soin si les docu- 
ments qu'on a sous les yeux sont ou authentiques et 
intacts (gemina, inlegra), ou apocryphes et supposés 
(puria), ou douteux et incertains (dubia); s’ils n’ont pas 
élé falsifiés par des additions ou des retranchements 
(corrupta interpolalione sive mutilatione). Les règles 
qu'a établies la critique pour résoudre ces questions re- 
posent sur des raisons intrinseques et sur des raisons 
extrinseques. Les premières se tirent principalement des 
enseignements fournis sur l’auteur et sur ses écrits par 
l'époque où il a vécu ou par les époques suivantes ; les 
secondes sont fondées sur l'examen de la doctrine et des 
sentiments de l’auteur, sur son style, sur son époque, 
sur le caractère et sur les institutions de son époque. 


S 6. Editions des écrivains ecclésiastiques. — Leurs 
collections. 


Des les premiers temps de l'imprimerie, des libraires à 
la fois entreprenants et doués d’un vaste savoir, Robert 
et Henri Estienne à Paris, Aldus Manutius à Venise, 
Froben, Oporin, etc., à Bâle, s’appliquèrent d’abord à 
reproduire les saintes Ecritures, les classiques grecs et 
romains, puis les Œuvres des saints Pères. Le célèbre 
humaniste Désiré Erasme (mort en 1536) prit une part 
active à l’édition des saints Pères qui fut publiée à Bâle 
dans le commencement du seizième siècle. Ce fut donc à 
Bâle que parurent les premières éditions de la plupart 


1 Fessler, Institut. Patrol.,t. I; Héfelé, Revue de Tubingue, 1849, 
p. 437. 


— 


10 MANT EL IE FATR SO IE. 

des saints Pertes : e_es etant ‘in d’atieindre à la per- 
fertion, car eles sent imamp. est et la correction 
laissait a désirer. 

Ces eäitions furent re.-zuees au second rang par les 
travaux des ixneictins r'ormes de Saint-Maur, des 
oratsriens -Laland. . des jesuites : Petan, Canisius, 
Sirmsnd, Harduin , et des demimicains «Combefis et 
Lequien . Grâce aux ressources que ces reilgieux trou- 
verent dans leurs crires. au z£!e perseverant qu'ils dé- 
ploverent sur ce terrain et qui « continue de nos jours, 
ils surpasserent tous leurs devanciers. Les excellentes 
éditions puiri-es par leurs soins contiennent : 1. la bio- 
graphie détaï:'ée des saints Pères: 2. une indication de 
leurs ouvrages plus complete. disposée souvent par ordre 
chronologique et signalant les écrits apocrvphes; 3. le 
resume de leur doctrine; 4. l'explication de certains pas- 
sages difficiles ; 5. des tables mieux wignees, car elles 
sont à la fois alphabétiques et methodiques : ce sont les 
seules à consulter pour les travaux scientifiques. La plu- 
part des éditions originales parurent à Paris, et furent 
réimprimées à Venice. 

Cf. Herbst, Services rendus à la science par les bénédictins de 
Saint-Maur et les oratoriens (Theol. Quart.-Schrift, 1833-1835). Ces 
éditions, toutefois, ont encore bien des défauts; les ouvrages y sont 
incomplets, et la critique qui a présidé à l'établissement du texte 
laisse à désirer. (Cf. Anz. Mai, Nova biblioth. Patr., t. |, p. XVII, et 
Valarsi dans la préface de son édition des Œurres de saint Jérôme.) 


Outre ces éditions des saints Pères, on a encore publié 
les collections suivantes : 

4. Maxima bibliotheca veterum Patrum et anliguorum 
scriptorum ecclesiasticorum, ete. Lugd., 1677, 27 vol. in- 


1 On sait que les premières impressions sorties des célèbres ateliers 
de Mayence, Strasboure, Rome, Paris, Venise, Augsbourg el Bâle 
furent appelées Incunables. La plupart des bibliographes terminent à 
l'an 1500 l’époque des Incunäbles ; quelques-uns cependant l’étendent 
jusqu'en 4520, et même jusqu’en 1536. — Voir sur les Incunables 
l'Encyclopédie de Ersch et Gruber. 





INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 11 


fol. Le premier volume contient la table des ouvrages 
réimprimés (les ouvrages grecs sont indiqués en latin), 
et un index generalis materiarum. Cette collection s’étend 
jusqu’au quinzième siècle ét ne renferme que des auteurs 
d'ouvrages peu volumineux. 

2. Bibliotheca veterum Patrum, antiquorumque scripto- 
rum ecclesiasticorum, de l’oratorien André Gallandi. 
. Venet., 1765, 14 vol. in-fol. Cette collection ne renferme 
également que des œuvres peu étendues; on y trouve 
surtout des apologies et un recueil des plus anciennes 
épigraphes apocryphes. Les ouvrages grecs sont repro- 
duits dans le texte original, avec accompagnement d’une 
traduction latine, d'excellentes dissertations, de plusieurs 
corrections de texte, d'explications de passages obscurs 
et difficiles. 

3. J.-S. Assemani Bibliotheca orientalis Clementino- 
Vaticana (recueil de morceaux syriaques, arabes, per- 
sans, turcs, hébreux et arméniens), Romæ, 1749, 4 vol. 
in-fol. 

4. La plus complete collection. des auteurs latins et 
grecs a paru dans le Cursus completus Patrologiæ, éd. 
Migne, Paris, 1843 et suiv. Les Latins commencent à 
Tertullien et finissent au pape Innocent III, 247 volumes 
in-4°, Les Grecs, depuis les Pères apostoliques jusqu’à 
Photius, occupent 404 volumes. La traduction latine mise 
en regard n’est guère qu’une réimpression des excellents 
travaux bénédictins, dont les tomes et les pages sont 
indiqués ; cependant les éditions nouvelles y sont aussi 
signalées, et on y trouve des corrections de texte, des 
dissertations et des éclaircissements. Une nouvelle collec- 
tion des auteurs grecs, déjà fort avancée, doit arriver 
jusqu’au concile de Florence. 

Cette collection des Pères grecs et latins renferme 
aussi la plupart des morceaux détachés ou des ouvrages 
récemment découverts appartenant à divers auteurs 
ecclésiastiques, et reproduits par le théologien anglican 


12 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Grabe, dans le Spicilegium sanctorum Patrum ethære £i- 
corum, dans les Reliquiæ sacræ des deuxième ettroisième 
siècles, de Routh, ainsi que dans les trois collections sui- 
vantes du célèbre bibliothécaire du Vatican, Angelo 
Mai : Scriplorum veterum nova collectio, Romæ, 1825 - 
1838, 10 vol. in-4°; Spicilegium romanum, Romæ, 
1839-1844, 10 vol. in-8°; Nova Patrum bibliotheca, 
Romæ, 1832 et seq., 7 vol. in-4°, et enfin dans le Spici- 
legium Solesmense, du bénédictin français Dom Pitra, 
Parisiis, 1852 et seq., A vol. Le Spicilegium Liberianum, 
de Fr. Liverani, Florent., 1865, n’a pas encore été utilisé 
dans les collections de Migne. 

5. Henr. Canisii Antiquæ lectiones, seu Varia veterum 
Monumenla, Ingolst., 4601 et seq., augmentées par Bas- 
nage, Amstelod., 1672, 4 vol. in-fol. 

6. Auclarium novum græco-latinæ Patrum bibliothecæ, 
Paris, 1648, puis Auctarium novissimum bibliothecæ græ- 
corum Patrum, Paris, 1672, ensemble 4 vol. in-fol., par 
le dominicain Combefis. 

7. Collectio nova Patrum et scriplorum græcorum, 
Paris, 1706, 2 vol. in-fol., par le bénédictin Montfaucon. 

8. Spicilegium veterum aliquot scriplorum, par le bé- 
nédictin L. d’Achery, Parisiis, 4655-4677, 43 vol. in-4e. 
Nova edit., Paris, 1783, 3 vol. in-fol. 

9. Thesaurus novus anecdolorum, par Martène et Du- 
rand, Parisiis, 4717, 5 vol. in-fol. Les mêmes ont donné 
plus tard : Amplissima collectio veterum Scriptorum et 
monumentorum hisloricorum, etc., Parisiis, 1724-1733, 
9 vol. in-fol. 

10. Thesaurus anecdotorum novissimus, par Pez, Aug. 
Vind., 1721, 6 vol. in-fol. 

44. Velerum Analecta, de Mabillon, Parisiis, 1675 et 
seq., 4 vol. in-8°; editio 2°, 1723, in-fol. Le même, et 
Mich. Germain : Museum Ilalicum, ed. 2*, Parisiis, 4724, 
25 vol. in-4°. | 

42. Bibliotheca latina mediæ et infimæ ætatis, par J. Alb. 





INTRODUCTION A L'HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 43 


Fabricius, Hamb., 1734-1746, 6 vol. in-8° (augmentée et 
corrigée par Mansi, Patav., 1754, 3 vol. in-4°). Du 
même : Bibliotheca græca, Hamb., 1705 et seq., 14 vol. 
in-4°. Editio nova curante G. Ch. Harless, Hamb., 
4790-1809, 42 vol. in-4° (incomplet). 

43. Petr. Coustant, ord. S. Bened. Epistolæ rom. Ponti- 
ficum ab anno Christi 67 ad annum 440. Parisiis, 1721, 
in-fol. Edit. Schænemann, Gotting., 1796, in-8°. 

44. Des éditions portatives d'anciens auteurs ecclé- 
siastiques, reproduites d’après les meilleures éditions, 
ont été données par Oberthur, Opera Patrum gr&corum, 
græc. et lat., Wirceb., 4777-4792, 24 vol. in-8° (Justin, 
Clement d’Alexandrie, Origene); par Richter, Opera Pa- 
trum lalinorum, ibid., 1780-1791 (Cyprien, Arnobe , 
Firmin Materne, Lactance, Hilaire, Optat de Mileve); 
insérés de nos jours dans la Bibliotheca Patrum græcorum 
(selecta), Lips., 1826 et seq.; par Gersdorff, Bibliotheca 
Pairum latinorum, Lips., 1826 et seq. Deux ouvrages 
qui témoignent de l'intérêt que les protestants eux- 
mêmes attachent à la littérature patristique. 

45. Une traduction allemande des Pères de l'Eglise (et 
non des auteurs ecclésiastiques) commencée à Kempten 
en 1831, est parvenue au 37° volume in-8°, et comprend 
jusqu'à saint Ephrem de Syrie inclusivement (sans va- 
leur). 

Déjà précédemment, le protestant Reesler avait publié 
sous le titre de Bibliothèque des Pères de l'Eglise, des 
extraits traduits en allemand. Ce travail, estimable pour 
son temps, s’etendait jusqu'aux écrivains qui ont vécu 
pendant la querelle des iconoclastes, au huitième siècle. 
Lips., 1776-1786, 10 parties. Tout récemment Œhler a 
publié en traduction allemande, avec texte original, un 
choix des Œuvres des saints Pères sous le titre de : 
Bibliothèque des saints Pères, Lips., 1858, tome I-IV. 

La plupart de ces collections et d’autres encore sont 
indiquées dans le catalogue de J.-G. Dowling, intitulé : 


414 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Notitia scriplorum SS. Patrum aliorumque velerum 
ecclesiasticorum monumentorum , quæ in colleclionibus 
anecdotorum post annum- Christi 1700 in lucem editis 
continenlur. Oxoniæ, 1839 (il y manque le Spicilege 
d’Ang.Mai, sa Nova Patrum bibliotheca, et le Spicilegium 
Solesiınense de Dom Pitra). 


$S 7. Travaux entrepris sur l’histoire de la littérature 
chrétienne. 


Les premiers débuts d’une Histoire de la littérature 
chrétienne, avec de courtes notices biographiques et 
l'indication des ouvrages des auteurs, se rencontrent : 

4. Dans saint Jérôme, natif de Stridon, en Dalmatie 
(mort en 420) : De viris illustribus, seu calalogus de 
scriploribus ecclesiasticis. L’ouvrage, divisé en 135 cha- 
pitres, contient 435 écrivains ecclésiastiques, commen- 
cant par les apôtres Pierre, Jacques le Mineur, etc., et 
finissant à l’auteur lui-même, saint Jérôme. 

Plus tard, sous le même titre ou sous des titres ana- 
logues, mais dans le même esprit, cet ouvrage a été 
successivement continué par Gennade, prêtre de Mar- 
seille (vers 490); par Isidore, évêque de Séville (636) ; 
par Ildefonse, archevêque de Tolède (mort en 667); 
puis, après un long intervalle, par Honorius, prêtre 
d’Autun (mort en 1120) , et Sigebert de Cambrai (mort 
en 4412); par Henri de Gand, en Flandres (mort vers 
1293); par Pierre, religieux du Mont-Cassin, avec un 
supplément de Placide; par Tritheim, abbé des bénédic- 
tins de Sponheim (entre Trèves et Mayence), et ensuite 
du couvent des Ecossais de Saint-Jacques, faubourg de 
Wurzbourg (mort en 1516), et enfin par Mire, chanoine 
de la cathédrale d'Anvers (mort en 1640) jusqu’au mi- 
lieu du dix-septième siècle. Au commencement du dix- 
huitième, saint Jérôme, y compris tous ses continua- 
teurs jusqu’à Mire, a été réédité avec des remarques 


INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 45 


historiques et critiques par le protestant J. Alb. Fabri- 
dus, professeur au gymnase de Hambourg, sous le titre 
de Bibliotheca ecclesiastica, Hamb., 1748, in-fol. 

2. Dans l'Eglise grecque, Photius, patriarche de 

Constantinople (mort en 890), a rédigé un ouvrage sem- 
blable sous le titre de : Mupto6l6Atov À Br6Xroßixn, cité ordi- 
nairement sous le nom de Photii Bibliotheca. Il a été 
édité en grec et en latin par Hæschel et Schot, Rotho- 
Magi, 1653, in-fol.; en grec, par Immanuel Becker, 
Berol., 1824, 2 vol. in-4°; par Migne, série grecque, 
tomes CIII-CIV. C’est un mélange bigarré de 280 auteurs 
Chrétiens et païens tels qu’on les lisait alors; ils sont 
Souvent très-bien caractérisés. On y trouve aussi quantité 
extraits d'auteurs dont la plupart des ouvrages sont 
&ujourd'hui perdus. 

3. Un ouvrage qui rentre dans le genre de celui de 
Saint Jérôme a été publié au commencement du dix- 
Septième siècle par le cardinal Bellarmin, sous ce titre : 
Liber de scriploribus ecclesiasticis, depuis les auteurs de 
l'Ancien Testament jusqu’en 1500, Rome, 1613. On s’en 
est beaucoup servi et il a eu de nombreuses éditions. 
Oudin, moine apostat de l’ordre des prémontrés, l’a 
complété dans son Supplementum de scriptoribus eccle- 
siasticis a Bellarmino omissis, ad annum 1460, Parisiis, 
1686. | 

4. Les travaux des bénédictins de Saint-Maur et des 
autres ordres religieux ayant développé le goût des 
études patristiques au delà de toute prévision, les ré- 
sultats épars des recherches faites par ces savants 
furent recueillis par N. Le Nourry, bénédictin français, 
dans son Apparatus ad Bibliothecam maximam veterum 
Patrum, etc. Parisiis, 1703-1745, 2 vol. in-fol.; — par 
l'abbé Tricalet, en sa Bibliothèque portative des Pères de 
l'Eglise, Paris, 1757-1762, 9 vol. in-8°. Cet ouvrage ren- 
ferme la vie des auteurs, leurs meilleurs écrits, un 
aperçu de leur doctrine, et des sentences ; — en latin sous 


46 MANUEL DE PATROLOGIE. 


ce titre : Tricaleti Bibliolheca manualis Ecclesiæ Patrum, 
Bassani, 1783, 9 vol.; — par Schramm, bénédictin alle- 
mand de Banz : Analysis fidei Operum sanctorum Patrum 
et scriplorum ecclesiasticorum, Aug. Vind., 4780-1795, 
48 vol. in-8°; — par un religieux du même monastère, 
Placide Sprenger : Thesaurus rei patristicæ, seu disser- 
laliones præslantiores ex N. Le Nourry, Gallandi, etc., 
3 vol. in-4°, Wirceb., 1782-1794; — par Lumper, prieur 
des bénédictins de Saint-Georges, près de Villingen : 
Historia theologico-critica de vila, scriptis et doctrina 
sanctorum Patrum aliorumque scriptorum ecclesiasti- 
corum trium primorum sæculorum, 13 vol. in-8°, Aug. 
Vind., 1783-1799. Ce travail d’elaboration, souvent traité 
avec independance, est parfaitement execute. 

Outre ces divers ouvrages, l’histoire de la littérature 
chrétienne a suscité, comme l’histoire ecclésiastique, des 
travaux qui se distinguent surtout par leur caractère 
scientifique. 


En France. 


5. Ellies Dupin, docteur de Sorbonne et professeur de 
philosophie au college Royal, a publié une Nouvelle 
Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, contenant l’his- 
toire de leur vie, le catalogue, la critique, la chronologie 
de leurs ouvrages, le sommaire de ce qu’ils renferment, 
un jugement sur leur style et leur doctrine. On trouve à 
la fin l’indication des conciles, et, pour quelques siècles, 
le récit des faits qui intéressent particulièrement l’his- 
toire ecclésiastique, jusqu'à son temps (il mourut en 
4749). Il completa son œuvre par la Bibliothèque des 
auleurs séparés de la communion de l'Eglise romaine des 
seizième et dix-seplième siècles, continuée jusqu’au dix- 
neuvième siècle, par l’abbe Gouget, Paris, 1686 et suiv., 
3° éd., 1698, 47 vol. in-8°; Amsterdam, 1693-1745, 19 vol. 
in-4°. La traduction latine, Paris, 1692 et suiv., 3 vol. 
in-4°, ne va que jusqu'à saint Augustin et n'est pas exacte. 


INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 17 


Dupin a fait preuve de talent et de goût, mais il tra- 
Vaillait trop vite et ne portait qu’un médiocre intérêt 
&ux auteurs du moyen-âge, dont il n’avait pas l’intelli- 
Sence et qui d’ailleurs souriaient peu aux gallicans. 
“oratorien Richard Simon, dans sa Critique de la Bible 
Le M. Dupin (Paris, 1730, 4.vol. in-4°), a fait une censure 
GUatrée des bévues de Dupin sur les anciens auteurs, et 
Barticulièrement sur les écrivains de la Bible. 
6. Un ouvrage plus complet et plus exact que son 
A @syancier, c’est l’Histoire générale des auteurs sacrés et 
SC ciésiastiques du bénédictin Remy Ceillier, Paris, 1729- 
"263, 23 volumes in-4°. Ce travail s'étend jusqu’à Inno- 
Cent III et jusqu’à Guillaume, évêque de Paris (mort 
M 1244). Les matières sont les mêmes que dans Dupin, 
vec cette différence, indiquée par l’auteur lui-même, 
ol. XXI, p. 14 : « Les analyses des auteurs ecclé- 
Siastiques font l’objet principal de notre ouvrage. » Sa 
iction est moins agréable que celle de Dupin. La librai- 
je Vives en a donné, en 1860, une nouvelle édition en 
45 vol. in-4°, enrichie d’additions et de notes nom- 
breuses. | | 

7. Nous devons également mentionner ici l’ouvrage 

qu'a publié Tillemont sur l’histoire de l'Eglise, sous le 
titre de Mémoires pour servir à l’Histoire ecclésiastique, 
ainsi que l'Histoire littéraire de la France!, par la con- 
gregation des bénédictins, Paris, 1733, 20 vol. in-4°. 

8. Caillau a donné une sorte d’apercu général sous le 
titre d’Introductio ad sanctorum Patrum lectiones (vita, 
opera, præcipuæ editiones, modus concionandi). 

9. D’autres ouvrages destinés à un cercle de lecteurs 
plus étendu ont paru récemment en France : Etudes sur 
les Pères de l'Eglise, par Charpentier : beaucoup de 
phrases et peu de fond. — Tableau de l’éloquence chré- 


1 La maison Victor Palmé, à Paris, en publie actuellement (1867) 
une nouvelle édition en 12 vol. in-4° sous la direction de M. Paulin 
Paris, de l’Institut. (Note du traducteur.) 


2 


18 MANUEL DE PATROLOGIE. 


tienne au quatrième siècle, par Villemain : beaucoup de 
rhétorique aussi , avec une plus grande connaissance 
des détails. 


En Allemagne. 


En Allemagne, si l’on excepte les ouvrages de 
Schramm, Sprenger et Lumper mentionnés plus haut, 
les travaux sur la Patrologie ne sont que des compila- 
tions de traités particuliers, provoquées par la commis- 
sion impériale des études de Vienne, tels que : 

10. Patrologia ad usus académicos, par Wilhelmus 
Wilhelm; production misérable, Frib. Brisg., 1775, suivie 
des travaux également insignifiants de Tobenz, Vienne, 
1779, et de Macaire de Saint-Elie, Gratz, 1781. 

44. Winter, dans son Histoire crilique des plus anciens 
témoins du christianisme, ou Patrologie, Munich, 1784 
(sur les trois premiers siècles), a fait un effort vers la 
critique, mais il est tombé dans l'excès. 

42. Les Institutiones patrologicæ de Wiest, Ingolst., 
4795, sont très-superficielles. La Bibliographie des Pères 
de l'Eglise, de Goldwitzer, Landshut, 1828, et sa Patro- 
logie unie à la patristique, Nuremb., 1833-1834, 2 vol., 
sont sans critique et sans valeur. 

13. Les ouvrages suivants ne valent pas beaucoup 
mieux : Manuel de patrologie, par Annegarn, Munster, 
1839; Manuel de patrologie, par Locherer, Mayence, 1839. 
Par contre l’Esquisse de l’histoire de la littérature chre- 
tienne, jusqu'à la fin du quinzième siècle, par Busse, 
Munster, 1828, 2 vol., est utile à consulter. La Patrologia 
generalis (1 vol.), et la Patrologia specialis (2° vol.), en 
deux parties, sur les cinq premiers siècles, de Perma- 
neder, est trop superficielle et trop informe, par consé- 
quent peu utile. Quant au nouveau travail du vicaire 
Magon, Manuel de patrologie, Ratisb., 1864, 2 vol., il 
n’atteste aucune connaissance littéraire et scientifique, 
et est par conséquent rempli de fautes. 


INTRODUCTION A L HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 19 


Voici les ouvrages les plus marquants publiés dans 
ces derniers temps : 

44. Patrologie ou Histoire de la littérature chrétienne, 
de Mehler, publiée par Raithmayr, Ratisb., 1840. Mal- 
heureusement, il n’a paru qu'un seul volume, sur les 
trois premiers siècles ; Institutiones patrologicæ, par 
Fessler, OEniponte, 1850-1851, 2 vol., jusqu'à Grégoire 
le Grand; Esprit de la tradition chrétienne, où l’on essaie 
de présenter, selon leur rapport intrinsèque, les œuvres 
des principaux auteurs, et d'en donner l'intelligence à 
l'aide de courts extraits, par Deutinger, Ratisb., 1850- 
41851, 2 vol. (jusqu'à saint Athanase inclusivement). 

45. Quant aux travaux entrepris sur les saints Pères 
surtout au point de vue philosophique, nous trouvons 
chez les protestants : l'Histoire de la philosophie chre- 
tienne, de Ritter, Hambourg, 1841, 1°" et 2° vol.; chez 
les catholiques : l’Histoire de la philosophie de l’ère pa-. 
tristique, par Steckl, Wurzb., 1858, 2 vol.; la Philo- 
sophie des Pères de l'Eglise, par Huber, Munich, 1854. 
L’un et l’autre s'appuient sur Ritter. 

Il serait à désirer qu'on nous donnät une Introduction 
à l'étude des auteurs ecclésiastiques qui entrât plus 
avant dans le cœur du sujet et qui füt véritablement 
pratique. Ce qu'on trouve à ce sujet dans le Petit traité 
de la lecture des Pères, par le chartreux Noël Bonaven- 
ture, Argonensis, Paris, 1688; en latin : De optima 
methodo legendorum Ecclesiæ Patrum, Taur., 1742, et 
Aug. Vind., 1756, in-8°, et dans les ouvrages patro- 
logiques de Permaneder et de Fessler, est trop super- 
ficiel et trop indigeste. 


Parmi les protestants. 


Outre les travaux de Fabricius et de Rœsler, déjà 
mentionnés, nous citerons encore : 

4. Historia litteraria scriptorum ecclesiasticorum, 
jusqu’au quatorzieme siècle, par Cave, Lond., 1689; 


30 MANTEL DE PATROLOGIE. 


Basil., 1741 et seq.; edit. 3°, Oxon., 1740, 2 vol. in-fol. 
Les notices qu'elle renferme, tout en n'ayant souvent 
qu'un caractère extérieur, sont la plupart rédigées avec 
soin. Ce sont, du reste, les protestants anglicans qui ont 
montré le plus d’ardeur pour l’ancienne littérature chré- 
tienne, grâce au trente-quatrième article de leur livre 
de prières. L'ouvrage de Cave a été continué jusqu’au 
seizième siècle par H. Wharton et Rob. Gerens. 

2. Commentarius de scriploribus ecclesiasticis, Lips., 
1722, 2 vol. in-fol., jusqu'au quinzième siècle inclusive- 
ment, par Casimir Oudin. Cet ouvrage a d'excellentes 


es. 

3. Bibliotheca theologica selecta, par Walch, à laquelle 
on a ajouté plus tard : Bibliotheca patristica, Ienæ, 
1757-1763 et 1770. Editio nova ab J. T. Lebr. Danzio, 
len», 1834. 

4. Bahr a compose : 1.les Poètes et les hisioriens chré- 
tiens; 2. la Théologie chrétienne romaine; 3. la Littéra- 
ture chrélienne et romaine de l'époque carlovingienne, 
Carlsr., 1836, 3 vol., Suppléments à son Histoire de la 
littérature païenne romaine. Comme philologue, l'auteur 
se renferme exclusivement dans la partie historique, 
littéraire et esthétique ; il ne s’occupe point de théologie. 

5. A cette classe d'écrivains se rattache, au moins 
partiellement, le théologien suisse et protestant Bæhrin- 
ger, par son Histoire de l'Eglise en biographies, Zurich , 
1842, 2 vol., jusqu'au seizième siècle. Une seconde édi- 
tiou en a paru depuis 1861. Il y a là quantité d'excellentes 
choses gâtées par un rationalisme fanatique et effrene, 
et par des bévues. 


« 


INTRODUCTION A L'’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. WA 


DE L'INFLUENCE DES LITTERATURES GRECQUE & ROMAINE SUR LES 
ORIGINES DE LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE. 


Cf. Mechler, Patrologie, 1er vol., pag. 27-48. 


Pour donner une idée exacte des origines et des dé- 
veloppements successifs de la liitérature chrétienne, il 
nous semble nécessaire de caractériser, au moins dans 
ses traits généraux, le génie de la littérature grecque et 
romaine , son influence sur la littérature chrétienne, 
puis la différence qui en est résultée entre la littérature 
chrétienne chez les Grecs et la littérature chrétienne chez 
les Romains. 


$ 8: La langue et la littérature romaine. — La langue 
et la littérature grecque. 


La langue hébraïque n’était guère propre à servir de 
véhicule à une religion aussi universelle que le christia- 
nisme. Comme les langues sémitiques, elle était géné- 
ralement trop pauvre et marquée d’une empreinte de 
nationalité trop exclusive. Elle était, de plus, trop allé- 
gorique , trop vague, et n'avait jamais été employée aux 
investigations abstraites de la science. La preuve de cette 
impropriété a été fournie plus tard par les cabalistes, qui 
furent obligés de recourir aux images les plus étrangts 
pour donner à leurs pensées une forme trop défectueuse. 
Dans la suite, il est vrai, le syriaque et surtout l’arabe 
finirent par se plier aux exigences de la science, mais 
ce ne fut pas sans une intervention manifeste de la langue 
grecque : cela est vrai surtout des Arabes mahométans ; 
c'est la littérature grecque qui leur a donné, à eux et à 
leur langue, les instruments de la science. 

Il était donc très-naturel que les chrétiens se servis- 
sent d’abord de la langue grecque, et lui empruntassent 
le vêtement dont ils avaient besoin pour leurs idées nou- 


29 MANUEL DE PATROLOGIE. 


velles. Par la richesse de ses formes et la flexibilité de 
son génie, cette langue se prêtait admirablement aux 
besoins multiples de la théologie chrétienne. Le peuple 
grec, doué à la fois du talent spéculatif et du sens pra- 
tique, joignant à un goût très-vif pour le beau dans la 
nature un amour ardent pour sa nation, avait formé une 
littérature d’une richesse incomparable; nous allons y 
jeter un rapide coup d’eil. 

Le dernier écrivain qui ait retracé l'histoire de la lit- 
térature grecque, Bernhardy!, la divise dans les cinq pé- 
riodes suivantes : 4. Des éléments de la littérature grecque 
jusqu’à Homère; 2. depuis Homère (950 ans avant Jésus- 
Christ) jusqu'aux guerres des Perses, ou littérature 
des différentes tribus ; 3. depuis les guerres des Perses 
(490 ans avant Jésus-Christ) jusqu’à Alexandre le Grand, 
apogée de la littérature attique ; 4. depuis Alexandre le 
Grand (336-326 avant Jésus-Christ) jusqu’à Justinien : 
littérature des sophistes, ou fin de la philosophie spécu- 
lative et de la littérature païenne chez les Grecs ; 5. de- 
puis Justinien (527-566 après Jésus-Christ) jusqu'à la 
prise de Constantinople (1453), ou littérature byzantine 
chez les chrétiens. 

Dans les différents domaines de cette littérature, le 
point culminant a été atteint, en philosophie par Platon 
et Aristote, en histoire par Hérodote, Thucydide et Xé- 
nophon, en éloquence par Démosthène et Isocrate, en 
poésie par Pindare, Eschyle, Sophocle et Euripide. Tous 
appartiennent à la troisième période. A partir de là, la 
littérature perd de son éclat, surtout depuis que, à la 
suite des conquêtes d'Alexandre, le théâtre des grands 
succès de l’éloquence eut été transporté d'Athènes à 
Alexandrie, où la littérature grecque allait encore rece- 
voir des Ptolémées une dernière et énergique impulsion. 

On ne saurait nier, toutefois, que la langue hébraïque 


1 Esquisse de la littérature grecque, avec une revue comparative de 
la littérature romaine, %° édit. Halle, 1852, un vol. (en allemand). 








INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 23 


n’ait eu sur la littérature chrétienne une influence con- 
sidérable. Plusieurs siècles déjà avant Jésus-Christ, les 
Juifs, devenus un peuple commercant, entretenaient de 
fréquentes relations avec les nations étrangères, surtout 
avec les Grecs. Or il était naturel qu’ils se ressentissent 
de leur contact avec la langue et la civilisation grecque. 
Non-seulement les nombreuses colonies juives qui s’é- 
taient fixées dans des villes grecques ou seulement gré- 
cisées , adoptèrent la langue grecque, mais dans leur 
patrie même , dans l’ancienne et orthodoxe Judée , les 
Juifs eurent une peine infinie à détourner les dangers 
que l’hellénisme faisait courir à leur croyance. Les Juifs 
et les Syriens qui sejournaient à l'étranger apprirent 
surtout le grec dans leurs relations extérieures ; et ainsi 
se forma parmi eux un dialecte vulgaire rempli d’hé- 
braïsmes et conservant les propriétés du dialecte alexan- 
drin. Alexandrie était effectivement le siége principal 
de l’émigration juive. Ce dialecte, appelé hellénistique, 
y prévalut aussi dans la littérature, et 284 ans avant 
Jésus-Christ, l'Ancien Testament y fut traduit en grec, 
par les Septante, dans cette forme hébraïsante ; on écri- 
vit même dans ce dialecte les autres livres de la Bible 
qui furent composés plus tard, tels que le livre de la Sa- 
gesse et deux livres des Machabées. Plus tard encore, 
lorsque les deux savants Juifs Philon et Flavius Josèphe, 
celui-là né vers l’an 20 avant Jésus-Christ, celui-ci 37 ans 
après Jésus-Christ, écrivirent dans cet idiome, la langue 
hellénique avait déjà pris une place durable dans la 
littérature. Les apôtres eux-mêmes et leurs disciples 
étaient d'autant plus portés à s’en servir que leurs pré- 
dications s’adressaient de préférence aux communautés 
juives hellénisantes des villes où ils pénétraient. C’est là 
aussi ce qui explique pourquoi dans la suite la littéra- 
ture grecque chrétienne fut surtout composée dans cet 
idiome !, et pourquoi enfin on trouvait si peu de chré- 


1 Winer a fait connaître de nos jours les propriétés de cet idiome 


24 MANUEL DE PATROLOGIE. 


tiens grecs qui écrivissent purement le grec. Outre 
Alexandrie, il y avait encore trois autres centres impor- 
tants de littérature hellénistique : c’étaient Antioche, ca- 
pitale de la Syrie et de la Macédoine, puis Pergame et 
Tarse. ° 

Quand la littérature chrétienne fit son apparition, la 
période de fécondité était passée chez les Grecs. En 
dehors de la cohue des grammairiens, des rhéteurs et 
des sophistes, on ne voit plus paraître d’historiens qu’à 
de rares intervalles, tels que Polybe et Diodore de 
Sicile; seules, les mathématiques, la géographie et 
l’astronomie fournissent encore des œuvres sérieuses. 
A la fin cependant on vit surgir encore, sous l'influence 
incontestable du christianisme, les philosophes néo- 
platoniciens, qui, au dixième siècle après Jésus-Christ , 
disparaissent de l’histoire de la littérature grecque, et 
avec eux l’érudition païenne. 

Après les Grecs, ce sont les Romains, si puissants au 
point de vue matériel et politique, qui jouent le principal 
rôle dans le christianisme. La littérature romaine se 
divise communément en cinq périodes! : la premiere 
commence à la construction de Rome et s'étend jusqu’à 
Livius Andronicus, environ l’an 515 de Rome, après 
l’heureuse issue de la première guerre punique : débuts 
poétiques insignifiants, maigres chroniques, peu de 
recueils de lois. La seconde période s’etend depuis l’in- 
troduction de la littérature grecque et la naissance d’une 
littérature romaine d'imitation, jusqu’à Cicéron (an 648 
de Rome) ou jusqu’à la mort de Sylla (an 676 de Rome). 


dans sa Grammaire de l’idiome du Nouveau Testament, Leipz , 1852 ; 
6e édit., 1855. Cf: Beelen, Grammatica græcitatis N. Testam., quam 
ad G. Wineri librum composuit, Lov., 1857. Clavis N. Testam., édit. 
Wahl, Lips., 1829. Lexica, de Bretschneider, Lips , 1820. Schirlitz, 
1832. Wilke et Loch, Ratisbonne, 1858. | 

1 Behr, Hist. de la litter. rom., 3e édit., 1844, 4 vol.;1er vol., p. 28- 
74. Bernhardy, Esquisse de la litter. rom., ke édit., Braunschw., 
1865. 


INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 25 


Ses principaux écrivains sont : Livius Andronicus, 
Nævius, Ennius, Pacuvius, Attius; parmi les poètes 
comiques : Plaute, Terence, CϾlius Statius, L. Afranius, 
S. Tarpilius, Fabius Dossenus, etc., le satirique Lucilius, 
le poète Lucrèce, Caton le Censeur, etc., outre des an- 
nalistes et des orateurs dont les œuvres, comme celles 
de la plupart des auteurs nommés, ne nous sont point 
parvenues. La troisième période, surnommée l’âge d'or, 
comprend le temps qui s’est écoulé depuis Cicéron à la 
mort d’Auguste (an 16 après Jésus-Christ). Ici, la for- 
mation de la langue sur des modèles grecs paraît 
achevée; malheureusement, la sève nationale et romaine 
est tarie, et l’on ne voit plus se développer de poésies 
vraiment patriotiques. En général, et dans toutes les. 
branches de la science, la littérature tourne à la rhéto- 
rique et à l’emphase; et comme les Romains ont un 
goût très-prononcé pour les choses pratiques, ils se 
portent de préférence vers les sciences d’une application 
immédiate. Cicéron avouait lui-même que c'était à la 
philosophie qu'il était redevable de sa gloire et de son 
talent d’orateur, et que s’il l’avait cultivée, c’etaibsur- 
tout en vue de ce résultat 1. Aa 

Les principaux auteurs qui fleurirent dans cette pé- 
riode sont : Varron, Cicéron, J. César (outre Hirtius et 
Oppius), Cornelius Nepos, Virgile, Horace, Ovide, Ca- 
tulle, Tibulle, Properce, Tite-Live, Salluste, Vitruve, 
Laberius, P.Syrus, Cornelius Severus, Manilius, Gratius. 

‘ Quatrième période, ou âge d’argent. De nos jours, 
cette période a été prolongée à juste titre jusqu'à la 
mort de l’empereur Trajan (117 ans après Jésus-Christ), 
et même jusqu’au règne d’Antonin le Pieux (138 après 
Jésus-Christ); elle renferme les auteurs suivants : Phèdre, 
Quinte-Curce, Velleius Paterculus, Valère Maxime, Celse, 
Scribonius Largus, les deux Sénèques, Perse, Lucain, 
Asconius Pedianus, Columella, Palladius, Pomponius 

1 Tusculan., disp. 1, 8 6. 


26 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Mela, Petrone, Quintilien, les deux Pline, Juvénal., 
Suétone, Tacite, Fromentin, Flore, Valérius Flaccus, 
Silius Italicus, Martial, Justin, Aulu-Gelle, Terentianus, 
Sulpicia. Cependant ces auteurs n'étaient guère qu’un 
écho des âges précédents. Il est vrai que sous quelques 
empereurs, tels que Vespasien, Trajan, Adrien, Antonin 
le Pieux et Marc-Aurèle, on fit beaucoup pour la culture 
des sciences en instituant des bibliothèques et des écoles 
publiques, au lieu des établissements privés qu'on avait 
eus jusque-là, en rémunérant les sophistes et les gram- 
mairiens; mais on ne parvint pas à leur donner une 
nouvelle splendeur ; les historiens qui ont suivi Tacite, 
si l’on excepte Ammien, ne sont que de fades compila- 
teurs, et l’éloquence, après l'extinction de la vie publique, 
dégénéra comme chez les Grecs en un vain étalage de 
paroles recherchées et prétentieuses. 

La cinquième période s’étend depuis Antonin le Pieux 
jusqu’à Honorius et à la conquête de Rome par Alaric 
(410 après Jésus-Christ). Arrivée là, la littérature ro- 
maine païenne marche à grands pas vers sa décadence. 


S 9. Des rapports de la littérature païenne avec la litté- 
rature chrétienne chez les Grees et les Romains. 


Les langues orientales et les langues celtiques ayant 
disparu presque complètement de l'empire romain, les 
deux langues grecque et romaine se présentaient natu- 
rellement pour servir de canal à la pensée chrétienne. 
Mais tandis que le latin n’était parlé que dans le centre 
‘et dans le nord de l'Italie, dans la portion occidentale 
du nord de l'Afrique, dans l'Espagne et la Gaule; non- 
seulement le grec dominait dans toutes les autres parties 
de l'empire romain, et, dans plusieurs provinces, exis- 
tait simultanément avec la langue latine, dans le sud 
de la Gaule, par exemple; mais c'était lui encore qui dé- 
frayait les relations des peuples dans le monde entier : 








INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 27 


Græca leguntur in omnibus fere gentibus, latina suis fini- 
bus, exiguis sane, continentur, disait Cicéron en son dis- 
cours pro Archia poeta. A Rome même, la langue grecque 
conservera la prépondérance dans le commerce jour- 
nalier et dans la littérature jusqu’au commencement du 
cinquième siècle, circonstance importante pour la patro- 
logie, car nous verrons des hommes tels que saint Clé- 
ment, Hermas, Hippolyte, Cassius, etc., écrire en grec 
dans la capitale même de l’empire romain. Minutius 
Félix et Tertullien, sur la fin du deuxième siècle, sont 
les premiers auteurs chrétiens qui aient écrit en latin. 

C'est à coup sür par un dessein providentiel que les 
deux plus illustres peuples de l'antiquité paienne sont par- 
venus, avant la prédication de l'Evangile, à élever leur 
langue à un si haut point de perfection. Pour apprécier 
ce’fait à sa juste valeur, il suffit de jeter les yeux sur un 
ordre de choses entièrement opposé, sur l’état encore 
barbare des Germains, à qui il fallut un laps de plusieurs 
siècles pour former une littérature chrétienne. 

La religion chrétienne trouva dans ces deux vieilles 
langues de quoi contenir toute la plénitude de sa nou- 
velle doctrine, et c’est là qu’elle devait puiser dans la 
suite des âges les formes qui repondraient le mieux à 
ses idées; car les termes les plus nécessaires manquaient 
encore pour exprimer les doctrines et les idées fonda- 
mentales qui sont comme-le noyau du christianisme ; 
aussi les païens trouvaient-ils ces doctrines nouvelles et 
étranges. Le christianisme révéla dans cette circonstance 
l'énergie vitale dont il était doué en imaginant, pour 
rendre complètement sa pensée, des expressions nou- 
velles, telles que rpı&;, oùoin, bndoruots, rpdowmov, éjaoouatos, 
beoroxog, évavÜponnots, EdUYYÉALOV, ADI, MUGTNPLOV, TUTELVOPPO- 
com, trinitas, redemplio, gratia, sacramentum, etc. 

Ce qu'on peut dire de l’idiome hellénistique par rap- 
port à la langue grecque, c’est-à-dire qu’il aida à la for- 
mation d'une langue sans perdre son caractère, peut se 


Ca 


340 MANTEL DE PATROLOGIE. 


le commencement de l’ere chrétienne jusqu'au quatrième 
siècle, où elle eut à subir le mauvais goût des rhéteurs, 
envahit de plus en plus le fond aussi bien que la forme 
des ouvrages, puis la décadence des arts et des sciences 
pendant l’émigration des peuples, paralysèrent le déve- 
loppement de la littérature chrétienne. Cependant dans 
toutes les périodes de cette littérature, chez les Grecs 
comme chez les Romains, quelques écrivains se rencon- 
trèrent encore qui surent donner à la vérité chrétienne 
l’elegante parure de l'antiquité paienne. 

Quant au domaine qu’embrassait la littérature chre- 
tienne, nous ferons remarquer que les premiers fidèles , 
dans l’amour et l'intérêt qu'ils portaient aux vérités ré- 
velees, s’occupaient surtout à les répandre par la parole 
et par l'écriture ; de là vient que pendant les trois pre- 
miers siècles, leur littérature fut exclusivement reli- 
gieuse. C’est à partir du quatrième siècle seulement que 
la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l’histoire 
nationale et militaire, l’histoire naturelle, la jurispru- 
dence, la médecine et d’autres matières encore, entrent 
dans le programme scientifique des chrétiens. 

Sur le latin et le grec des auteurs ecclésiastiques, consulter : Sui- 
ceri Thesaurus eccles. e Patribus græcis, Amst., 1728 (1682) 2 vol. 
in-fol. C. Du Fresne , Dom. du Cange , Glossarium mediæ et infime 
græcitatis, Lugd., 1688, 2 vol. in-fol. Du même : Glossarium media 
et infime latinitatis, Paris, 1678, 3 vol. in-fol. Editio auctior studio 
et opera monach. Bened., Paris, 1733 et seq., 6 vol. in-fol., Cum 
supplem. monach. ord. S. Bened., P. Carpentarii (Glossar. novum 
ad script. medii «vi, Par., 1766, 4 vol. in-fol.). Adelungi Glossar. 
manuale ad scriptores med. et infim. latin., Hal., 1772 et seq., 6 vol- 
in-8°. Ed. G. Henschel., Par., 1840, 7 vol. in-4°. 


Nous indiquerons & leur place respective les glossaires sur le style 
de chaque auteur en particulier. 


S 10. Différences de la littérature ehrétienne ehez les 
Grecs et chez les Romains. 


Les mêmes différences que nous avons déjà remar. 
quées dans la littérature paienne chez les Grecs et chez 


INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 34 


les Romains, reparaissent dans la littérature chrétienne 
de ces deux peuples. Un fait qui mérite surtout d’être 
signalé, c’est que, chez les Grecs, la littérature chré- 
tienne, même en exceptant les travaux des apôtres, est 
presque d’un siècle plus ancienne que la littérature 
chrétienne des Latins. Dans les travaux des Grecs deve- 
nus chrétiens, ce qui domine c'est le génie spéculatif; 
chez les Latins, au contraire, c’est l’esprit pratique. Les 
Grecs traitent leurs sujets surtout au point de vue philo- 
sophique ; les Latins préfèrent le point de vue oratoire, 
et cette seule qualité compense largement les brillants 
avantages de la littérature chrétienne chez les Grecs. 
Grâce à ce sens profond des choses pratiques, les Latins 
restèrent davantage sur le terrain de l’orthodoxie et de la 
réalité, et l’on sait que le christianisme s’appuie beaucoup 
plus sur la pratique que sur la spéculation. 


L’ERE PATRISTIQUE. 


ECRITS DES GRECS. DES ROMAINS ET DES ORIENTAUX. 


PREMIÈRE PÉRIODE ‘1—320). — Les auteurs ecclésiastiques avant le 
concile de Nicée. 


CHAPITRE PREMIER. 
LES PÈRES APOSTOLIQUES. 


S 11. Nombre des Pères apestoliques. — Les rares écrits 
qu'ils ont laissés sont rédigés sous forme de lettres 
et seulement en grec. 


Parmi les Pères apostoliques qui ont été disciples des 
apôtres on compte : Clément, évêque de Rome; Bar- 
nabe; Ignace, évêque d’Antioche; Polycarpe, évêque de 
Smyrne, l’auteur de la lettre encyclique des fidèles de 
Smyrne Sur le martyre de saint Polycarpe ; l'auteur in- 
connu de l’Epitre à Diognète ; Papias, ev eque d’Hierapolis, 
et, d’après l’usage traditionnel mais à tort, Hermas, 
l’auteur du Pasteur. 

Tous n’ont laissé qu'un petit nombre de monuments 
écrits, et en voici la raison : Comme le christianisme 
ne s’annoncait point pour une production de l'esprit hu- 
maine, mais pour une révélation divine, et qu'il s'accré- 
ditait par des miracles, il réclamait la foi; on n’exigeait 
point de démonstration : on s’appliquait de toutes ses 
forces à faire pénétrer dans les habitudes de la vie les 
grandes vérités du christianisme. Dans les premiers 
temps de sa propagation, du reste, le christianisme s’a- 
dressait surtout à la classe inculte, chez laquelle la 
recherche scientifique n'était pas un besoin et n'aurait 
pas trouvé d’echo. 





LES PÈRES APOSTOLIQUES. 83 


Borné aux simples relations de la vie commune, le 
mouvement littéraire se révélait sous forme de lettres, 
où l’on se transmettait les événements de la vie quoti- 
dienne, des conseils et des exhortations à persévérer dans 
la foi et dans la charité, des avertissements à fuir les 
fausses doctrines. Dans cet état de choses, il est à remar- 
quer que la plupart des épîtres émanées des Pères apos- 
toliques offrent, pour le fond comme pour la forme, de 
grandes analogies avec les Epitres du Nouveau Testa- 
ment, dont souvent elles ne font guere autre chose 
que développer la doctrine. Hermas, dans son Pasteur, 
est le seul qui s’ecarte de cette forme épistolaire; du 
reste, il ne fait point partie des Pères apostoliques. 

Nonobstant ces modestes débuts de la littérature chré- 
tienne, il est étonnant, selon la juste remarque de 
Mœhler, qu'on voie déjà se dessiner dans ces produc- 
tions les formes diverses que revêtiront plus tard les dif- 
férentes branches de la théologie. Ce sont, dans l’Epttre 
à Diognète, les débuts de l’apologétique chrétienne en face 
des incroyants (Demonstralio evangelica); dans les lettres 
de saint Ignace, les premières assises de la démonstra- 
tion cathotique vis-à-vis des hérétiques (Demonstratio 
catholica) ; dans les lettres de Barnabé, l’interpretation 
allégorique des vérités de l’Ancien Testament dans leur 
rapport avec le Nouveau; dans les lettres de Clément de 
Rome, les origines du droit canon; dans la lettre des 
fidèles de Smyrne, un essai d'histoire ecclésiastique; 
dans l’&änyfoex de Papias, les commencements de l’ex&- 
gèse appliquée au Nouveau Testament, et, un peu plus 
tard, dans le Pasteur d’Hermas, la première tentative 
d'une morale chrétienne. 

L'usage exclusif de la langue grecque dans la littéra- 
ture chrétienne jusqu'à la fin du deuxième siècle vient, 
ainsi que nous l’avons montré plus haut, de ce qu'elle 
était la plus perfectionnée de toutes les langues anciennes, 
et que c'était elle qui se prêtait le mieux au service de 

8 


34 MANUEL DE PATROLOGIE. 


la religion du Verbe divin (Adyos); c'était aussi la langue 
la plus propagée et la plus connue de cette époque. 


La principale édition des Pères apostoliques, celle qui a servi de 
modèle à toutes les autres, est due à Cotelier (socielatis Sorbors. 
theologus) : Patrum apostolicorum opera vera et suppositicia, una cum 
Clementis, Ignatii, Polycarpi actis atque martyriis, Paris, 1672; 
ed. 2% auctior, par l'arménien Le Clerc. Avec des recherches et des 
explicalions nouvelles, dans la Bibliotheca de Gallandi et dans Migne, 
série grecque, t. 1 et Il; ed. Jacobson, Oxon. (1830 et 1840); edit. 3®, 
1864; ed. Héfelé, Tubing., 1839, ed. 4%, 1857; ed. Dressel, Lips. 
(1857) 1863. Traduits en allemand par Karker, excepté les lettres de 
Clément, Ignace, Polycarpe, qui ont été traduites et commentées 
par Vocher, Tub., 1829-1830. De même que Cotelier et Le Clerc 
avaient reproduit les opinions du dix-septième siècle sur les Pères 
apostoliques, Hilgenfeld a exposé .celles des écrivains modernes 
(les Pères apostoliques, etc. Halle, 1853, en allem.). 


S 12. Saint Clément de Rome. 


Voir les Prolegomenes de Cotelier, Gallandi, Jacobson, Héfelé et 
Dressel. — Consulter sur saint Clément : Iren., Adv. hœres., IE, ıı; 
Tertul., De prescript. hæres., c. xxx; Clem. Alexandr., Stromat., 
IV,xvıı; Origen., De princip., 11, 111; Euseb., Hist. eccl., I, IV, xv, 
XVI, XXXIv, xXVin; Epiph., Hæres., XXVII, c. vı; Hieron., Catal., 
c. XV; Rufin., Pref. in (lem. Recogn.; Optat. Milev., De schism, 
Don., lib. III, c. 111; Aug., Ep. LIII ad Generos. 


Des écrivains fort anciens rapportent que le person- 
nage dont saint Paul a fait l'éloge! et qu'il a dit avoir 
travaillé avec lui, est l’auteur d’une lettre aux Corin- 
thiens. Nous ne savons rien de précis sur les détails de 
sa vie; on suppose seulement, d'après le passage de 
saint Paul que nous venons d'indiquer, qu'il était d’ori- 
gine paienne et natif de Philippes. Il est vrai que Til- 
lemont et d’autres auteurs, s’appuyant sur un passage 
même de sa lettre (« votre père Jacob, — Abraham, » 
c. Iv et xxxı), ont prétendu qu'il était d'origine juive; 
mais cette opinion ne semble pas admissible. D’après des 
données plus récentes, basées sur les écritures pseudo- 


à Phil., ıv, 8. 


LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. CLÉMENT DE ROME. 35 


clémentines, Clément aurait été fils d’un sénateur romain, 
Toutefois l'antiquité chrétienne atteste unanimement 
qu’il fut évèque de Rome (de 92 à 404, dit Eusèbe, diffi- 
cilement depuis 68 à 77), et, selon toute probabilité, le 
successeur de Lin et d’Anaclet, lesquels, ainsi qu'on le 
croyait autrefois, dirigeaient l'Eglise romaine du temps 
de saint Pierre et pendant son absence. D’après des ren- 
seignements moins anciens et peu autorisés, rapportés 
par Siméon le Métaphraste (sur le 24 nov.), Clément 
aurait été sous Trajan banni de Rome et relégué dans 
la Chersonèse-Tauriquet, où, après une vie de travaıj 
couronnés des plus beaux résultats, il aurait subi’le 
martyre dans les flots de la mer. On lui attribue les 
ouvrages suivants : 

4. Ouvrages certainement authentiques : 

La première Eplire aux Corinthiens, ‘Entorok} mode 
Koptvôlouc rpwra, divisée en cinquante-neuf chapitres. 
Cette lettre, au témoignage d’Eusebe et de saint Jérôme, 
était lue dans les Eglises chrétiennes dès la plus haute 
antiquité. Les efforts tentés récemment pour aflaiblir 
l'authenticité de cette lettre, démontrée par de si 
puissants témoignages, et pour l’attribuer au martyr 
Flavius Clément, de la famille de l’empereur Domitien, 
sont aussi vains que les doutes élevés précédemment 
sur son intégrité. 

Cette lettre fut écrite à l’oecasion des disputes qui 
avaient éclaté parmi les fidèles de Corinthe, et qui exis- 
taient déjà du temps de saint Paul. Les Corinthiens 
avaient poussé l'audace jusqu'à déposer leurs supérieurs 
ecclésiastiques et à exiger que Clément, évêque de 
Rome, approuvât leur conduite. Clément, au nom des 
fidèles de Rome, leur répondit par la présente lettre et 
leur adressa de vifs reproches sur ce qui s’etait passé. 
Dans le Nouveau Testament, leur dit-il, institution de 
la hiérarchie ecclésiastique n’est pas moins divine que 


4 Aujourd’hui la Crimée. (Note du trad.) 


36 MANUEL DE PATROLOGIE. 


sous l'Ancien; il leur montre les tristes conséquences 
des dissensions et des schismes, et, après de sévères 
réprimandes (c. xxix et xLv), il reprend un accent 
plus affectueux et les exhorte à rétablir la concorde 
parmi eux. Le ton un peu äpre qui règne dans cer- 
tains passages de cette lettre l’a fait appeler par saint 
Irénée une épitre « forte, massive » (fxavurérn). Elle 
fut sans doute rédigée vers l’an 96, car l’allusion 
qui y est faite à une persécution violente qui venait 
d’avoir lieu s'applique mieux à la persécution de Do- 
mitien qu’à celle de Neron. Les indications contenues 
dans les chapitres xı et xrı ne signifient pas absolu- 
ment que le temple de Jérusalem subsistait encore. Du 
reste, saint Clément affirme lui-même, au chapitre xziv, 
que les successeurs des apôtres avaient déjà institué 
des prêtres qui, eux-mêmes , « depuis longtemps, » 
jouissaient d’un crédit universel peuaprupoumevor moXdoïs 
Xpvors nd révrwv. 

Parmi les lettres de saint Clément, on considère 
comme douteuses : 

4. La seconde Epitre aux Corinlhiens, 'Erwrorh po 
Kopıvölous Geurépu. Cette lettre, composée de douze cha- 
pitres, ne commence et ne finit point avec les formules 
accoutumées du genre épistolaire et ne roule point sur 
un sujet précis, ce qui a fait supposer que c'était un 
fragment d’homelie ecclésiastique. Gallandi, dans ses 
Prolégomènes, a fait de grands efforts pour établir son 
authenticité par des raisons intrinsèques et extrinsèques. 
D’autres, prenant le parti opposé et sacrifiant le titre, 
d’ailleurs insignifiant : IIpös Kopivôlouc, ont rappelé ce 
fait consigné dans saint Epiphane', qu'il circulait de son 
temps des Lettres encycliques de Clément, renfermant 
une doctrine antiébionite, et qu'on lisait dans les com- 
munautés chrétiennes. C'est là ce qui a fait croire que 


1 Hares., lib. XXX,c. xv. Cf. Hieron., Advers. Jovinian., lib. 1, 
C. Xl. | 








LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. CLEMENT DE ROME. 37 


notre lettre pouvait bien être une de ces lettres circu- 
laires, d'autant plus qu’elle ne portait pas l'adresse des 
destinataires. Quant à l'absence d'une conclusion, elle 
s'explique suffisamment par la brusque interruption du 
texte. 

Après une étude plus attentive de cette question, 
Hagemann a essayé d'établir que ce fragment servait de 
lettre d'accompagnement au Pasteur d'Hermas, avec 
lequel il présente de nombreuses et grandes analogies. 

Consulter Hagemann, Tub. Theol. Quart.-Sch., 1864, p. 509-531 , et 
Hilgenfeld, les Pères apostoliques, p. 118-121. 

2. Epistolæ Il ad virgines, seu de laude virginilatis. 
Ces épîtres, en traduction syriaque, ont été découvertes au 
dix-huitième siècle par Wetstein, et publiées avec une 
traduction latine. On les trouve aussi dans Gallandi, 
Biblioth., 4° vol., et dans Migne, série grecque, 1 vol. 
Beelen en a donné récemment une édition plus correcte, 
à laquelle on serait tenté de reprocher trop d'appareil 
critique, Louvain, 1856, in-4°. Elle a été traduite en 
allemand par Zingerle, Vienne, 1827. 

3. Ouvrages évidemment apocryphes : 

1. Epistolæ V decretales; 2. 85 Canones apostolorum; 
3. Constitutiones (Giurd%er) Apostolorum, libri VIII. D’après 
les nouvelles recherches de Drey sur les constitutions et 
les canons des apötres?, ces huït livres &maneraient des 
deuxième, troisième et quatrième siècles, et seraient 
pour l’histoire ecclésiastique de ce temps-là une source 
importante. 4. Homilie clementine XX, ed. Dressel, 
Gottingue, 1853, et dans Migne, tome II. La vingtième 
Homélie et la fin de la dix-neuvième ont été récemment 
découvertes par Dressel. 5. Recogniliones, libri X, dont 
il n'existe qu’une traduction latine. On les trouve aussi 
dans Gersdorf : Bibliotheca Patrum latinorum, vol. 1", 
avec l’Epitome de actibus, peregrinationibus et prædica- 


1 Visio II, c. IV; voir ce qui sera dit plus loin. 
3 Tubingue , 1882. 


38 MANUEL DE PATROLOGIE. 


tiontbus sancti Petri, ad Jacobum Hierosol. episcopum, 
extrait des deux précédents ouvrages. Ces trois écrits 
ne sont que des recensions d’un roman religieux et 
didactique contenant l’histoire de Clément à la recherche 
de la vraie religion. Rédigés en faveur de la secte 
ébionite, ils cachent un système gnostique particulier 
et différent de celui des Alexandrins et des Syriens, 
avec une forte teinte de judaisme!. Ces ouvrages ont 
donné lieu aux orthodoxes comme aux hérétiques, de 
publier, soit à Rome, soit en Syrie, des écrits sous le 
nom de Clément de Rome. 


Doctrine et style de la première Eptire aux Corinthiens. 


Cette lettre nous présente un bel exemple de la mé- 
thode d'enseignement usitée dans les premiers âges du 
christianisme. Les doctrines et les conseils y sont ordi- 
nairement élucidés par des traits historiques ou par de 
longs passages dont la plupart sont empruntés à 
l'Ancien Testament confirmé par le Nouveau, et par 
différents points du dogme catholique : 

1. Sur l'inspiration des saintes Ecritures : « Scrutez 
avec soin, dit-il, les saintes Ecritures, ce sont les vrais 
oracles de l’Esprit-Saint » (c. xLv). 

2. Au chapitre xx, il énumère successivement les 
trois personnes de la sainte Trinité : « Dieu, le Seigneur 
Jésus-Christ et le Saint-Esprit, » et, au chapitre xıvı: 
a N’avons-nous pas un Dieu et un Christ? L'Esprit qui 
a été répandu sur nous n'est-il pas un esprit de grâce 
et une vocation en Jésus-Christ ? » 

3. Dans l'application qu'il fait à Jésus-Christ du pas- 
sage de saint Paul aux Hébreux (1, 3; 1v, 13), il dit du 
Christ qu'il est « la splendeur de la majesté divine, » 
et élevé au-dessus de tous les anges. 

4. Il déclare que Jésus-Christ a souffert pour nous, et 


1 Cf. Uhlhorn, Origine et objet des Homelies et des Récognitions de 
Clément de Rome, Gott., 1854. 


LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. CLEMENT DE ROME. 39 


qu'il possédait la nature humaine dans toute sa pléni- 
tade : « C’est pour l’amour de nous, dit-il, que Jésus- 
Christ Notre-Seigneur a donné son sang pour nous, sa 
chair pour notre chair, son âme pour notre âme. » 
«Jetons donc les yeux sur le sang de Jésus-Christ et 
considérons combien il doit être précieux devant 
Dieu, puisqu'il a été répandu pour notre salut et qu'il 
a procuré à l’univers la grâce de la pénitence. » De plus, 
c n’est point par notre sagesse, par notre piété, ni par 
aucune œuvre sainte, mais par la vocation et par la 
gräce de Dieu, que nous sommes justifiés. S’ensuit-il 
que nous devons renoncer à la charité? Non. Hätons- 
nous plutôt d’embrasser toutes sortes de bonnes œuvres 
(e. xxxn et xxxım). 

5. Il inculque les œuvres de la pénitence et la con- 
fession des péchés (c. vır, VIN, LI-LVI); « car il est 
meilleur à l’homme de confesser ses péchés que de 
tomber dans l’endurcissement du cœur » (c. 1). « Vous 
done, qui avez été les fauteurs de la révolte, soumettez- 
vous aux prêtres et acceptez la correction comme une 
pénitence » (c. LVI1). 

6. Le dogme de la résurrection des corps est confirmé, 
ainsi que dans saint Paul, par un grand nombre 
d'exemples puisés dans la nature, et surtout par le 
prétendu rajeunissement du Phénix au bout de cinq 
siècles (c. XXIV-XXVI). 

1. L'Eglise, aux yeux de saint Clément, est le corps 
unique et indivisible du Christ; il n’est point permis 
de le lacérer ni de le désunir!; ceux qui demeurent sé- 
Parés de lui sont voués à la damnation*. L'Eglise 
se compose du clergé et des laïques : « Au pontife su- 


Ida ri GLéhxopey xal Gtaomépey Ta nein roù Xproroë, xal ora- 
Naloney rpos Td cha LöLov; C. XLVI. 

!Ausıydv dorıy üpiv dv rw mouuviw Tod Xpioroÿ nıxpobs xal 
Aloyinous epedävaı n a0’ Ürepoyhy boxoüyras Éxpipñvar EAmldos 
&roÿ, C. LNII. - 


Pi) MANUEL DE PATROLOGIE. 


prême sont confiées des fonctions particulières ; les 
prêtres ont reçu une place distincte, et les lévites ont 
des offices spéciaux à remplir; le laïque est assujetti 
aux prescriptions des laïques (c. xL). Saint Clément, 
il est vrai, emploie encore indistinctement les termes‘ 
d'évêques et de prêtres (érloxomoi, rpes6irepor) ; mais \l 
n'en admet pas moins trois ordres hiérarchiques dis- 
tincts les uns des autres et comprenant les évêqués, 
les prêtres et les diacres (c. xzn et xLıv; cf., ©. xLvu et 
Lvii), qui correspondent aux trois ordres de l’Ancien 
Testament! indiqués au chapitre xc. La hiérarchie n’est 
point d'origine humaine, mais d'origine divine ; il ne 
saurait donc être permis de déposer les chefs légitime- 
ment appelés et accrédités (c. xxxıx). Ces chefs, au temps 
de saint Clément, étaient nommés avec le concours des 
fidèles, ouveudonnsdens is éxxnoluc néons, consentienle 
universa Ecclesia (c. xLIV). 

8. Enfin, l'invitation faite par les Corinthiens à l’Eglise 
de Rome, de mettre un terme à leurs dissensions dans 
un temps où l’apôtre saint Jean vivait probablement 
encore, de même que la réponse de l’évêque saint 
Clément, est une preuve décisive de la primauté de 
l’évèque de Rome sur toute l'Eglise. 

Le style de cette lettre semblait à Photius plein de 
simplicité et de force, et tout-à-fait dans la manière 
ecclésiastique (Biblioth., cod. 143). 


111 est vrai qu’à côté de fyoüpuevor et de mponyounsvor (éxioxomot), 
on trouve aussi, c. I et XXII, mpsohürspo.; mais il est difficile que 
dans ces deux endroits mpsoburspo: désigne les chefs de l'Eglise ; il 
s'applique plutôt à des personnes âgées, par opposition aux jeunes 
personnes, véots, mentionnées dans le contexte. — Sur l'explication 
du difficile passage qui commence le chapitre xLIV concernant les 
relations des apôtres et des chefs institués par eux: Kal preraëi 
éruvouny 8eôdxaoey (äméaroko), consulter Nolte dans la Revue de 
théolog. cath., par Scheiner, Vienne, 1855, p. 448, et Héfelé, des 
Pères apostoliques. 





LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. BARNABÉ. 4 


$ 13. L’Epitre catholique de saint Barnabe6!. 


Voir les Prolégomènes de Cotelier, Galandi, Jacobson, Héfelé 
et Dressel. 


La lettre catholique de saint Barnabé (ixıstoA} xadoAxt) 
en vingt-deux chapitres, était demeurée jusqu’iei incom- 
plete; le commencement, c’est-à-dire quatre chapitres 
et demi, n'existait que dans une traduction latine grave- 
ment altérée, lorsque Tischendorf découvrit le texte 
grec complet dans un manuscrit du Sinaï. Ce manuscrit 
a été reproduit par Dressel, avec des variantes (Patres 
apost., ed. 2°, Lips., 1863). 

Dès la plus haute antiquité chrétienne, cette lettre 
avait été attribuée à un personnage souvent mentionné 
dans les Actes et dans les’ epitres de saint Paul, à Bar- 


 nabé, compagnon et collaborateur de saint Paul, :et 


qualifié aussi du titre d’apötre. Originaire de Chypre 
et connu d’abord sous le nom de Joses, il avait recu des 
apôtres le surnom de Barnabé (Fils de la Consolation ou 
du Discours inspiré). Comme saint Marc, son cousin et 


son compagnon, après s'être d’abord séparé de saint . 


Paul, se trouvait de nouveau avec lui en l’an 62%, on a 
supposé que Barnabé était déjà mort à cette époque. 
D’après le calcul de Mazochius, sa mort ne serait arrivée 
qu'en l’an 76, tandis que, selon les données obscures 
et incertaines d’actes de martyrs d’une date postérieure 
(Acta et Passio Barnabæ in Cypro), elle aurait eu lieu dès 
l'an 53, 55 ou 57*. ‘ 

Les célébrités scientifiques de l'Eglise au troisième 


‘1 Clem. Alex., Strom., Il, vı, vu, XV, XVI, XX; V, VIII, X, XVII; 
Orig., Contra Cels. > À, LXIN ; De princip., II, 1; Euseb,, Hist. eccl., 
I, xxv; VI,xıv; Hieron. Catal., c. VI. 

3 Act., 1x, 27; 11, 12, 25; xıv, 18 ; XV, 2; Z Cor., IX, 6; Galat., Il, 
1,13; Col. IV, 10; Philem., 24. 

8 Coloss., Iv, 10; ct. I Pierre, V, 16; II Tim., 1, 11. 

+ CE. Héfelé, Lettre missive de Barnabé, p. 31-37 (en allemand). 


43 MANUEL DE PATROLOGIE. 


siècle, saint Clément d’Alexandrie et Origène, n'hésitent 
pas à attribuer cette lettre au Barnabe dont nous parlons, 
sans toutefois la placer au même rang que les écrits 
des apôtres. Eusebe lui-même et saint Jérôme n'ont pas 
révoqué en doute son authenticité ; si le premier l’a 
classée parmi les dvcoeydueva, et le second parmi les 
écritures apocryphes, cela signifie simplement qu'elle _ 
n’a point d'autorité canonique, qu'elle ne fait pas partie 
des écritures canoniques du Nouveau Testament. Saint 
Jérôme avouait lui-même qu'elle contribuait « à l’édifi- 
cation de l'Eglise, » ad ædificationem Ecclesiæ. Dans le 
manuscrit du Sinaï, au contraire, elle figure parmi les 
écritures canoniques. 

Si favorables que soient ces témoignages extrinsèques, 
l'authenticité de notre lettre a été contestée, dans les 
temps modernes, par des catholiques et par des écrivains 
protestants, notamment par Noël Alexandre et dom Cel- 
lier, Hug et Héfelé!, et l’on a soutenu comme probable 
qu'elle avait été écrite après coup par un juif christiani- 
sant d'Alexandrie, son homonyme. Voici les arguments 
que l’on invoque : 4. Non-seulement, cette épitre n’a pas 
été insérée au canon du Nouveau Testament, mais elle 
a été traitée quelquefois d’apocryphe. 2. Dans certain 
passage, il est dit formellement (c. xvı) qu'elle a été 
composée après la ruine du temple de Jérusalem (an 70 : 
après Jésus-Christ), alors que l’apôtre Barnabé était 
sans doute déjà mort. 3. L'auteur, dans l'explication allé- 
gorique de quelques passages de l’Ancien Testament, a 
critiqué et tourné en ridicule des institutions juives 
dignes de respect. 4. Enfin, cette lettre contient un trop 
grand nombre d’allégories et de récits fabuleux emprun- 
tés à l'histoire naturelle (tels que l’histoire du renard, 
de la hyène, de la belette), allégories ineptes et par trop 
étrangères à la simplicité de la diction apostolique. 


1 Héfelé, l’Epitre de Barnabé, nouvellement examinée et commen- 
mentée. Tub., 1840. - 


LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. BARNABÉ. 43 


D'autre part, le fond de cette lettre offre de grandes 
analogies avec l’épitre aux Hébreux ; elle se propose, 
comme celle-ci, de rattacher définitivement au christia- 
nisme les judéo-chrétiens toujours fort entichés de la 
lettre de l’ancienne loi, en citant et en interprétant les 
points de l’Ancien. Testament qui ont trait à son sujet. 
Dans ce but, il s'efforce de démontrer que l’Ancien Tes- 
tament n'était, par son caractère même, qu’une prépa- 
ration à Jésus-Christ; puis il commente, d'après le sys- 
tème d'interprétation allegorique usité depuis Philon, 
les textes qu'il allègue à l’appui de sa thèse t. 

Nous avons déjà répondu plus haut aux deux pre- 
mières objections. Quant aux difficultés qui font l’objet 
de la troisième, il est étrange, dirons-nous d’abord, que 
les anciens théologiens, tels que saint Clément d’Alexan- 
drie, Origène, etc., n’en aient point été frappés, ou du 
moins qu'ils y aient moins insisté que les modernes. Il 
nous semble, ensuite, que si l’on y regarde de près, si 
l'on considère le but que l’auteur avait en vue, on sera 
moins choqué de certaines particularités. Sur la qua- 
trième difficulté, relative aux excès de l'interprétation 
allégorique, nous dirons: 4. qu’on en voit déjà des 
exemples dans l’Epttre aux Galates, ıv, 22-26, et dans 
plusieurs endroits de l’Epttre aux Hébreux de saint 
Paul ; 2. qu'il faut avoir égard aux lecteurs familiarisés 
avec l’exégèse allégorique et vague de Philon. On re- 
marque en effet, dès l'introduction, que l’auteur a sur- 
tout voulu se placer au point de vue de ces sortes de 
lecteurs : « Je me propose, dit-il, comme l’un d’entre 
vous, de vous offrir quelques courtes explications (c. 1); 
puis il ajoute d’un ton légèrement satirique : « Je ne 
vous écris avec autant de simplicité que pour me rendre 
intelligible » (c. vi). Et ailleurs : « Passons encore à 


1 Héfelé (Lettre circul. de Barnabé, p. 84), après avoir cité l’allé- 
gorie outrée dont Barnabé se sert pour expliquer le chiffre 318 
(c. 1x), en rapporte une autre de Philon plus excessive encore, 


A4 MANUEL DE PATROLOGIE. 


une autre méthode d'enseignement et d'instruction » 
(c. xvm). 

Ces différents endroits s’eloignent tellement de la sim- 
plicité qui règne dans la préface (c. 1-v) et dans la con- 
clusion (c. xvin-xx1), où l’on reconnait si bien la ma- 
nière et le cachet de l’auteur, qu'on croit entendre, 
malgré soi, deux voix entièrement différentes, et que 
Schenkel a cru à une interpolation des passages inter- 
médiaires qui font avec le reste un si étonnant con- 
traste !. 

Enfin, nous croyons pouvoir fortifier encore notre 
opinion par cette remarque, évidemment satirique , qui 
termine le chapitre 1x, où, après avoir interprété ce pas- 
sage suivant d’après la méthode d'interprétation allégo- 
rique poussée aux dernières limites : « Abraham circon- 
cit trois cent dix-huit personnes de sa maison, » l’auteur 
ajoute : « Jamais personne n’a recu de moi une doctrine 
plus véritable; je sais du reste que vous en êtes dignes ; » 
et à la fin du chapitre x: « Nous qui avons l'intelligence 
parfaite des commandements, nous vous prêchons les 
propres pensées du Seigneur. » 

Quant aux récits fabuleux d'histoire naturelle, sur les- 
quels l’auteur insiste si fort, ils ne passaient point pour 
tels à cette époque ; car ils sont admis comme vrais dans 
des ouvrages d'histoire naturelle, tels que ceux de Pline 
et de Clément d'Alexandrie. 

On objecte encore contre l’authenticité de cette lettre 
le passage suivant, où l’auteur dit (c. v) en parlant des 
apôtres : « Le Seigneur a choisi des hommes souillés 
de toutes sortes de péchés, » elegit Dominus homines omni 
peccato iniquiores. Mais saint Paul lui-même a tenu un 
semblable langage *. Une telle expression n’est guère 
explicable que dans la bouche d’un homme apostolique, 


1 Ullmann, Etudes et critiques, 1887, p. 662-686. 
2] Cor.,xv, 19; 1 Tim., 1,18, 14. 


LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. BARNABÉ. 45 


qualifié lui-même du nom d’apötre ; un simple chrétien 
ne se serait point permis de parler de la sorte. 

On voit par là à quoi se-réduisent les doutes élevés 
contre l'authenticité de cette lettre. Nous dirons, de plus, 
que les parties qui sont écrites dans le goût de l’auteur 
renferment des passages d’une beauté saisissante et des 
doctrines d’un haut intérêt. 


Passages et doctrine remarquables. 


Nous citerons en ce genre le passage suivant, qui est . 
entièrement dans l’esprit de saint Paul: « Les soutiens 
de notre foi sont la crainte de Dieu et la patience ; nos 
collaborateurs sont la constance et la persévérance » 
(e. u, initio). Rien de plus magnifique surtout que la 
description si bien conduite « des voies de la lumière et 
des voies des ténèbres » (c. xıx, 20). 

La divinité de Jésus-Christ est proclamée dans une 
bule de passages pleins de simplicité et d’éloquence. 
Dans l'explication allégorique du psaume cı, verset 4 
(Maith., xxnx, 43-45), l’auteur s’écrie : « Voyez comme 
David l'appelle son Seigneur et le Fils de Dieu, à qui tous 
ls peuples doivent obéir et à qui ils sont redevables de 
tout » (c. xt). Dans le chapitre v, le Seigneur est le 
Souverain de l’univers, et le soleil l'œuvre de ses mains, 
etau chapitre vn, « c’est le Fils de Dieu, ce maître et ce 
juge des vivants et des morts. » 

Le but de l’incarnation du Fils de Dieu est décrit avec 
beaucoup de simplicité et de clarté : « En paraissant lui- 
même, il se proposait de délivrer des ténèbres nos cœurs 
déjà dévorés par la mort et voués à l'injustice de l’erreur, 
ei d'établir avec nous par sa parole une alliance nou- 
Yelle » (e. x, 4). « Le Seigneur a livré son corps à la 
destruction , afin que nous fussions sanctifiés par la ré- 
Mission des péchés. par l’effusion de son sang (c. v); 

que ses blessures nous rendissent la vie » (c. vu). 


! Eph., VI, 14-17, 


44 MANUEL DE PATROLOGIE. 


le av). methode d'enselgnemer saint Barnabe, est 
Ces différents endroits s’éloir , ‘4ti0n complete : « En 


plicité qui règne dans la pr sion des péchés, Jesus- 
j . ” ue nouvelle, une âme d’en- 
clusion (c. xvIn-xx1), O1 


nière et le cachet de ‚ansforme nos esprits..., car il 
malgré soi, deux" La demeure de notre cœur est 
Schenkel a cœu veau Seigneur » (c. vi). « Nous 
jans l'eau pleins de péchés et d’ordures, 


médiaires qu „ie s sortis en portant des fruits. » 


4 
a Br de la résurrection et du jugement : « Je- 
tapparu dans la chair pour affaiblir la mort 
r 05 p 
ini 44 #7, 
ter #7 ja ja resurrection des morts..., pour montrer 


Hr Pa on séjour sur la terre qu’apres la résurrection 
Pet es fonctions de juge » (c. v). 

dE oi doit avoir la charité pour compagne : « C'est 

uns l'amour du prochain que réside la grandeur de 

d foi et l'espérance d'une vie sainte et pure » (c.1). 

, Chacun recevra selon ses œuvres ; s’il a été bon , il sera 

“récédé de sa bonté ; mauvais, la récompense de sa Ma- 

jiee le suivra » (c. IV). « Tous ceux qui me voient et 

veulent entrer en participation de mon royaume, doi- 

vent me conquérir dans la privation et dans les souf- 

frances » (c. vIt). 

L'auteur, car c'était là le but essentiel qu'il se propo- 
sait, insiste principalement sur Y’abolition de l’Ancien 
Testament par le Nouveau. 

Comme les épitres du Nouveau Testament, la lettre de 
saint Clément renferme une partie dogmatique (c.ı- 
xvu), et une partie parénétique ou morale, c. xvin-xxi. 
(Cf. Weizsæcker, Critique de l’épttre de Barnabe', repro- 
duile d’après le manuscrit du Sinat (en allemand), 
Tubing., 1863, programme.) 





Per 
r 
# 


LES PÈRES APOSTOLIQUES. 8. IGNACE. 47 


14. Saint Ignace, évêque d’Antioche 
(mort en 107 ou 144). 


fgomènes de Cotelier, Gallandi, Jacobson, Héfelé 


„omme Geopépos, était probablement d’ori- 
‚sune. 

après les actes de son martyre, dont l’authenticite a 
été de nouveau établie de nos jours i, et d’après la Chro- 
nique d’Eusebe, il était disciple de l’apôtre saint Jean. 
Consacré évêque d’Antioche par les apôtres, succes- 
$eur de saint Pierre et d’Evode, il exerça son ministère 
sous le règne de Domitien avec une vigueur toute aposto- 
lique. Lorsque Trajan, enivré des succès de son expédition 
contre les Scythes, se mit à persécuter les chrétiens, il 
donna ordre, pendant sa nouvelle expédition contre les 
Arméniens et pendant son séjour à Antioche, de lui ame- 
ner Ignace. Le courageux évêque professa heroiquement 
sa foi en présence de l’empereur, qui le condamna à être 
déporté à Rome, pour y devenir la pâture des bêtes fé- 
Toces, Le vaisseau qui le portait aborda plusieurs fois au 
rivage, et comme la renommée de ses travaux aposto- 
liques et de son couragé magnanime s’etait répandue au 
loin, il trouva sur tous les lieux où il mit pied à terre, 
des délégués envoyés par les communautés chrétiennes 
pour lui témoigner leur sympathie et lui adresser leurs 
félicitations. Ce fut dans ces circonstances qu’il écrivait 
de Smyrne ses lettres aux Ephésiens, aux Magnésiens, 


aux Tralliens, et aux Romains; de Troade, ses lettres 


aux Philadelphiens, aux Smyrnéens et à leur évêque, 
Polycarpe. Il supplie, en termes onctueux et émouvants, 
les fidèles de Rome de ne lui point ravir la couronne du 
martyre en intercédant pour lui auprès de l’empereur : 


1 Martyrium sancti Ignatii, dans Cotelier, Gallandi et Héfelé, 
4e édit., p. 244-253 ; Prolegom., p. LXVIU-LXXIV. 


48 MANUEL DE PATROLOGIE. 


« Je vous écris plein de vie, mais plein du désir de mou- 
rir. Mon amour est crucifie; ce qui s’agite en moi, ce 
n’est point le feu de ce monde, mais l’eau de la vie qui 
me crie : Viens à mon Père. Je ne suis sensible ni à la 
nourriture corruptible, ni aux plaisirs de cette vie. Je 
désire le pain de Dieu, le pain céleste, qui est la chair de 
Jésus-Christ, le Fils de Dieu. » Le 20 décembre 107 ou 114, 
{gnace devint la proie des lions dévorants, et ses princi- 
paux ossements furent envoyés à Antioche comme de 
précieuses reliques. 

Le texte de ses lettres mentionnées déjà par saint Iré- 
née‘, puis par Origène, Eusèbe, saint Jérôme, a subi 
aux cinquième et sixième siècles de nombreuses inter- 
polations. À partir de cette époque, il en a circulé deux 
rédactions, l’une plus longue, l’autre plus courte; la 
première était la plus connue en Occident. Usher, évêque 
anglican d’Armagh en Irlande, trouva en 1644 une tra- 
duction du texte abrégé, et Isaac Voss, le célèbre philo- 

. logue de Leyden, découvrit à Florence l'original grec 
correspondant. Dans cet état de choses, on n'aurait plus 
songé sans doute à suspecter l'authenticité de ce texte 
abrégé, si la doctrine qu’il contient, notamment celle de 
la prééminence de l'évêque de Rome dans l'Eglise apos- 
tolique, n’eüt embarrasse les protestants. De là viennent 
les nouvelles attaques dont ces lettres ont été l’objet de 
nos jours. À cette première cause de discussion, il en faut 
ajouter une seconde. Parmi les lettres de saint Ignace, il 
en est trois (celles à Polycarpe, aux Ephésiens et aux Ro- 
mains), dont l’Anglais H. Tattam a découvert, dans un 
couvent d'Egypte, une traduction syriaque. Ce texte, plus 
court encore que les précédents, a été édité par William 
Cureton, en 1845. Aussitôt après, Bunsen publia : Les trois 
lettres authentiques, et les quatre lettres non authentiques 


1 Iren., Adv. hæres., lib. V, c. xvu1; Euseb., Hist. eccl., lib. UL, 
c. xxxvı; Orig., Prolegom. in cant. et Homil. v in Luc. Hieron., 
Catal., c. xvı. 





LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. IGNACE. 49 


d’Ignace d’Antioche, Hamb., 1847 (en allem.), suivies 
de : Ignace d’Antioche et son temps, Hamb., 1847. Parmi 
les nombreux adversaires de Cureton et de Bunsen, nous 
citerons surtout Uhlhorn, Hefele et Denziger ; ces au- 
teurs ont démontré victorieusement que la nouvelle 
production en langue syriaque n’était autre chose qu’un 
extrait du texte grec découvert par Voss, fait dans un 
but ascétique et morale. Hilgenfeld a reconnu lui-même 
que ce texte portait des traces évidentes d’abréviations 
et de réductions, qui enlevaient à ces lettres, surtout à la 
lettre aux Ephésiens, toute saveur et toute énergie !. Que 
si, malgré cela, Dressel ? croit trouver une nouvelle ob- 
jection dans ce fait que les formules de salutation sont 
conservées dans les lettres syriaques, on peut lui ré- 
pondre, 4. que l’abréviateur a voulu indiquer la source 
où il avait puisé son travail, et 2. qu’il ne voulait point 
sacrifier les idées spirituelles exprimées dans ces longues 
formules , particulièrement dans les deux £pitres aux 
Romains et aux Ephésiens. 

Il reste encore huit autres lettres souvent attribuées à 
saint Ignace et qui sont indubitablement apocryphes. 
Cinq sont en grec, et trois en latin. Elles sont intitulées : 
Ad Mariam cassobolitanam ; — ad Tarsenses ; — ad An- 
tiochenos; — ad Hieronem, diaconum antiochenum ; — ad 
Philippenses; — ad Joannem apostolum; — ad beatam 
virginem Mariam. 

Par son caractère, saint Ignace rappela tout-à-fait l’a- 
pôtre saint Jean; amant passionné de Jésus-Christ et 
porté à la contemplation, il s’est approprié toutes les 
grandes idées du disciple bien-aime ; on retrouve chez 
lui jusqu’à cette formule : « L'amour de l'Eglise vous 


t Les Pères apostol., p. 225, 279. Cf. Dictionnaire encyclopéd. de la 
théol. cath., éd. Gaume. Meræ, Meletemata ignatiana (contra Lip- 
sius, etc.), critica de Epistolarum ignatianarum, versione syriaca, 
commentatio a Hall., 1861. Tubing. Theol. Quart.-Sch., 1863, 2e livr. 
— 2 Prolegom., p. XXIX. 

k 


BO MANUEL DE PATROLOGIE. 


salue , » c’est-à-dire les fidèles unis entre eux par le lien 
. de l’amour, et il donne le nom d’agape * à la société des 
fidèles unis par les liens de la charité. Ajoutons qu'il a le 
premier désigné l’apostolat ou l'épiscopat comme la co- 
lonne fondamentale sur laquelle l'Eglise est bâtie. I] 
n’est donc pas étonnant qu'il soit le premier aussi qui ait 
employé l'expression d’Eglise catholique. « Partout où 
paraît l’évêque, dit-il, là doit se trouver aussi le trou- 
peau; comme aussi là où est Jésus-Christ, là est l'Eglise 
catholique 5. » Jésus-Christ est donc représenté et dans 
l’apostolat et dans l’épiscopat ; et de là vient que, dans 
toutes ses lettres, saint Ignace rappelle que l’épiscopat 
est le centre de l'Eglise universelle. 

Le style de saint Ignace, à raison de l'abondance ac- 
cumulée des pensées, est souvent obscur et difficile ; ses 
périodes sont trop longues et trop compliquées. 

L'objet de ses lettres, si on excepte l’épitre aux Ro- 
mains, écrite dans les circonstances marquées plus haut, 
puis l'épitre à Polycarpe où prédomine, comme dans les 
épitres de saint Paul à Timothée et à Tite, l'esprit pas- 
toral, c'était d'abord de remercier les fidèles de la sym- 
pathie qu'ils lui avaient témoignée à Smyrne et à Troade 
en lui envoyant des délégués, et aussi de les prémunir 
contre deux hérésies entièrement opposées l’une à 
l’autre : celle des ébionites, qui soutenaient que Jésus- 
Christ n'était qu'un pur homme, et celle des docètes, qui 
ne voyaient en lui que le côté divin et soutenaient que 
tout ce qui tombait sous les sens n'était qu’apparence 
trompeuse. A l'exemple de son maître saint Jean, Ignace 
évite à dessein de les appeler par leur nom, et se con- 
tente de dire : x& 3 évépura adrov dvra niora, oùx ZBoge por 
Eyypayaı (ad Smyrn.). Le moyen d'éviter l’hérésie qui lui 
parait le plus excellent, c’est de rester attaché à l’évêque 


1 Cf. Rom., e. vu; Trall., c. xıu; Philad., c. xt; Smyrn., c. Xu. 
— 2 Rom., c. 1. — 3 4d Smyrn., c. Yan. 











LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. IGNACE. 4 


qui est etabli de Dieu et qui represente Jesus-Christ. Il 
ne faut point disputer avec les heretiques touchant les 
Ecritures; car, avec les faux-fuyants perpetuels et les 
objections sans cesse renaissantes, on n’obtient point le 
résultat que l’on espère. Si on leur dit que la doctrine 
qu'ils contestent se trouve dans les saintes Ecritures, 
ils répondent : « Elle y est, » mpéxeirar (ad Philadelph., 
c. vu). 


Importance de la doctrine contenue dans les Lettres 
de saint Ignace. 


La valeur de cette doctrine a été reconnue dès la plus 
haute antiquité. Saint Polycarpe, écrivant aux Philip- 
piens, leur disait : « Les lettres d’Ignace, que je vous 
envoie, ont pour objet la foi et la patience, c’est-à-dire, 
tout ce qui contribue à affermir dans la foi et dans l’a- 
mour de Notre-Seigneur. » Eusèbe fait la même déclara- 
tion dans son Histoire ecclésiastique, livre 1II, c. xxxvi : 
« Ignace, dit-il, pour plus de sécurité, a confirmé par 
des témoignages écrits et par des lettres la tradition 
des apôtres et la tradition verbale , » comme le prouve 
surabondamment la lecture de ses écrits. 

1. Ignace s'occupe souvent et d’une manière particu- 
liere de la sainte Trinité et de la divinité du Saint-Esprit : 
« Soyez, dit-il, soumis à l’évêque comme à Jésus-Christ, 
comme les apôtres étaient soumis à Jésus-Christ, au 
Père et au Saint-Esprit » (ad Magn., c. xx; ad Eph., 
C. IX). 

2, Il établit la divinité et l'humanité de Jésus-Christ, 
d'une part contre les ébionites (ad Magn., c. vu, vin et 
x; ad Philadelph., c. vietix); de l’autre, contre les 
 docètes (ad Smyrn., ec. ı-v; ad Trall., vi-x, et surtout 
c. x): « Ils soutiennent, dit-il, que Jésus-Christ n’a eu 
que les apparences de la souffrance, eux qui ne sont que 
des fantômes d'êtres. » 

3. L'Eglise, aux yeux de saint Ignace, fondée sur la 





56 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Polycarpe, Jésus-Christ, qui a pris nos péchés en son 
propre corps sur la croix (c. vin); sa mort expiatoire 
a été un sacrifice pur et sans tache; car il n’a commis 
aucun péché, et nulle imposture n’a jamais été dans sa 
bouche » (c.v). 

4. Il exhorte les fidèles à la pratique des vertus chré- 
tiennes, puis il ajoute : « Priez pour tous les saints (les 
chrétiens), ainsi que pour les rois, les potentats et les 
princes, pour vos persécuteurs et pour les ennemis de la 
croix » (C. XII). 

3. Enfin, « celui qui nie la résurrection et le jugement 
futur est le premier-ne de Satan » (c. vn). 


S 16. Lettre eneyelique de l’Eglise de Smyrne'sur le mar- 
tyre de saint Polycarpe (Episiola encyclica Ecclesiæ smyrnensis 
de martyrio Polycarpi). 


Voir les Prolégomènes de Cotelier, Gallandi, Jacobson et Héfelé. 


Cette lettre, en vingt-deux chapitres, a été rédigée par 
un nommé Evareste et insérée presque tout entière dans 
l'Histoire ecclésiastique d’Eusebe (liv. IV, c. xv). Elle était 
adressée « à toutes les communautés de la sainte Eglise 
catholique en tous lieux, » car les fidèles de Smyrne 
étaient persuadés que la chrétienté tout entière, unie par 
la conformité de la vie et de la charité, prendrait une 
part active au sort de son héroïque évêque Polycarpe. 
L'auteur dépeint avec une touchante simplicité la persé- 
cution qui vient d’eclater, le courage qu'y ont déployé 
un grand nombre de chrétiens, la chute du Phyrgien 
Quintus, les divers incidents de la captivité de Polycarpe, 
sa confession généreuse, la constance qu’il a montrée 
dans la mort, sa prière où respire la confiance et la rési- 
gnation, et le soin qu'ont mis les chrétiens à recueillir 
ses ossements. L’authenticité de cette lettre n’a pas été 
attaquée; maïs on a élevé des doutes sur son intégrité, 
en presumant non sans motif que le chapitre xvı avait 





LES PÈRES APOSTOLIQUES. 8. POLYCARPE. 87 


subi dans la suite des temps une substitution de texte, 
et qu’à la fin du chapitre xxır on avait ajouté ce pas- 
sage: Eyw de navy ILiovtoç... duv. 


Principales doctrines enseignées dans cette lettre. 


4. C'est d’abord le conseil donné aux chrétiens de ne 
point courir au martyre avec une sorte de jactance : 
« Nous ne louons point, mes frères, ceux qui se pré- 
sentent d'eux-mêmes : cela est contraire à la doctrine de 
l'Evangile» (c. ıv). 

2. Le jour de la mort des martyrs est appelé le jour de 
leur naissance, natalilia martyrum, car c'est alors qu'ils 
naissent pour le ciel (c. xvın). 

3. Nous rencontrons ici, pour la seconde fois dans la 
littérature chrétienne, l'expression d’Eglise catholique. 

4. L’adoration de Jésus-Christ et le culte des saints 
sont distingués de manière à prévenir toute confusion. 
«a Nous reconnaissons le Christ, nous l’adorons parce 
qu’il est le Fils de Dieu; les martyrs, au contraire, nous 
les aimons comme ils le méritent, comme des disciples 
et des imitateurs de leur maître, à cause de leur amour 
invincible pour leur roi et leur seigneur ; car nous dé- 
sirons aussi devenir leurs compagnons et leurs condis- 
ciples. » | 

5. Sur les reliques des martyrs, on lit le passage 
suivant : « Nous avons ramassé ses os (de saint Poly- 
carpe). plus précieux que les pierreries et plus purs que 
l'or; et nous les avons renfermés dans un lieu conve- 
nable (à l'autel). C’est là que nous nous assemblerons 


3 Comme Eusèbe, Rufin et Nicéphore ne disent point en cet endroit 
qu'un colombe (epcorsça) s’echappa du côté de saint Polycarpe, 
Le Mome a soupçonné que ce mot r=sısr.:3 devait être joint à ces 
mots : !=" izc5r:c3 (a sinistra) 237). Be 77805 aiparos, GITE XATATI- 
Sésa rs zug (efluzit a sinistra tanta sanguinis copia P ut iynem 
ezst ngueret). Le docteur Nolte croit qu'il faut lire ainsi : 27,10€ 
TEZÉTTELA aluaras 2272 77905 (scintillarum instar sanguis sparge- 
latur versus siultitudinem). Cf. Héfelé, Patr. apostol., ad hune loc. 


58 MANUEL DE PATROLOGIE. 


avec grande joie, s'il nous est permis (c'est-à-dire si 
les persécutions ne nous en empêchent pas), et Dieu 
nous fera la grâce d’y célébrer le jour natal de son 
martyre, tant en mémoire de ceux qui ont combattu 
pour la foi que pour exciter ceux qui ont à soutenir un 
pareil combat » (c. xvın). 


5 17. Papias, évêque d’Hierapolis (dans la Petite Phrygie). 


Cf. Hieron., Catalog., c. XVII; Gallandii Prolegomena, c. x et 
p. 816-819; Halloix, Vita sancli Papiæ (illustr. Eccles. orientalis 
scriptor. sæculi primi vitæ et documenta. Duaci, 1633, in-fol.). 


Le titre de disciple des apôtres a été souvent décerné 
à Papias, connu aussi sous le nom de Presbyter Joannes 
in Ephesus; l'antiquité chrétienne le mentionne fréquem- 
ment. Saint Irenee l’appelle un disciple de saint Jean 
et un ami de saint Polycarpe'. Suivant une parole 
d’Eusebe*, peu justifiée, il aurait mis plus de zèle que 
de talent à recueillir de la bouche des apôtres et de 
leurs disciples la tradition verbale, les discours et les 
actes de Jésus-Christ. « Très-ancien auteur, mais très- 
petit esprit, » c'est ainsi que Bossuet lui-même le carac- 
térise5. Eusebe l'a jugé tout autrement, mais c’est pré- 
cisément dans un endroit de son Histoire ecclésiastique, 
livre Ill, c. xxxvı, dont l’authenticité est douteuse. 

Papias a consigné le fruit de son travail dans les 
Explicalions des discours du Seigneur, en cinq livres 
('Efnyñoers Aoylwv xupraxäv), dont il n’existe plus que des 
fragments cités dans l’Histoire ecclésiastique d’Eusebe et 
dans le traité des Hérésies de saint Irénée. Grabe les a 
recueillis dans son Spicilegium, Routh dans ses Reliquiæ 
sacræ, tome I, et Gallandi dans sa Bibliotheca. En 1918, 
si nous en croyons Gallandi, l’église de Nîmes conservait 
encore l'ouvrage tout entier. 


1 Adv. hæres., lib. V, c. xxxtı.— 3 Euseb., Hist. eccl., III, xxxıx. 
— 3 Bossuet, {’Apoc., c. xx. (Addit. du trad.) 





LES PÈRES APOSTOLIQUES. LA LETTRE A DIOGNETE. 39 


Nous avons là un exemple de la première méthode 
suivie dans l'interprétation de l'Ecriture. Comme Papias 
touchait de près à l’ere apostolique, il est singulièrement 
instructif d'apprendre de sa bouche qu'il preferait la tra- 
dition verbale des premiers témoins de Jésus-Christ à la 
tradition écrite; « car, ajoute-t-il, il me semble que les 
livres ne fournissent pas le même avantage que la pa- 
role vivante : celle-ci se grave plus profondément #. » 

Une chose digne de remarque au point de vue de 
l'histoire de l'Eglise, c'est que Papias est probablement 
le premier auteur chrétien qui ait émis l'opinion que, 
durant mille ans (millénarisme), Jésus-Christ régnerait 
a dans une Jérusalem terrestre magnifiquement rebätie, 
où la gloire de Dieu éclaterait d’une manière admirable, 
où Jésus-Christ régnerait avec ses martyrs ressuscités?,» 
opinion qui avait indubitablement sa source dans une 
fausse intelligence de saint Matthieu, xxıv, xxıx et xxx1v, 
de saint Paul, 7 Thess., v, 2; cf. II Thess., u, 2, et surtout 
l’'Apocalypse, xx, 2-4. Ce sentiment a été embrassé par. 
saint Justin, saint Irenee, Tertullien, Lactance, etc.; 
mais leurs idées, beaucoup plus modérées, n’ont rien de 
commun avec les superfetations judaïques de l’hérétique 
Cérinthe. | 


$ 18. L'auteur inconnu de la Lettre à Diognète. 


Voir les Prolégomènes dans Gallandi, c. x1; Héfelé et Otto, Epistola 
ad Diognet., ed. 11%, Lips., 1862. 


Cette lettre remarquable avait été, jusqu'aux temps 
modernes, classée parmi les écrits de Justin, martyr et 
apologiste du milieu du deuxième siecle. Tillemont, le 
premier, a prétendu qu’elle remontait à une époque 
plus ancienne, puisque l’auteur se qualifie lui-même 
de disciple des apôtres (c. x1). De nos jours, Otto et 


1 Dans Eusèbe, loc. cit. —? Cf. Bossuet, loc. cit. (Citat. du 
traducteur.) 


60 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Hoffmann ! ont encore essayé de défendre l’ancienne 
opinion en interprétant largement l'expression de « dis- 
ciple des apôtres, » et en considérant comme une 
addition postérieure la dernière partie (c. xi-xn), où se 
trouve cette expression. 

À quoi nous répondons : 4. que le sujet de la lettre 
n’est pas encore épuisé au chapitre x; 2. que les deve- 
loppements contenus dans les chapitres xı et xı sont au 
contraire un excellent resume de l’ensemble et le ter- 
minent parfaitement; 3. que le style de la dernière partie 
concorde de tout point avec ce qui précède, et qu'il serait 
difficile de coudre à la suite d’un morceau si achevé un 
lambeau qui s’adaptät à la forme et au fond ; 4. que, sup- 
posé que l’amen ajouté après le chapitre x, dans un seul 
manuscrit (Codex Argent.), fût authentique, on pourrait 
prouver par des passages analogues de saint Paul et de 
saint Clément de Rome (Epist. I ad Cor., c. xzxn1), que 
les morceaux de l’Ecriture ne finissent pas toujours par 
. amen. De plus, et pour ne citer que ce fait, les opinions 
de notre auteur sur le judaïsme et le paganisme, ana- 
logues à celles de saint Barnabé, diffèrent notablement 
de celles de saint Justin; car celui-ci trouve dans le ju- 
daisme et le paganisme infiniment plus de coutumes res- 
pectables et utiles que le rédacteur de la Leltre à Diognèle. 
Enfin, non-seulement le style et le genre d'exposition de 
notre lettre different de la manière de saint Justin, mais 
il y a entre l’un et l’autre un véritable contraste ?. 

L'occasion où elle fut écrite est indiquée dans la lettre 
même. Diognète, un païen illustre (l’auteur l’appelle 
xpétiotos), puissamment ébranlé par les résultats du 
christianisme, avait manifesté à l’auteur le désir de 
savoir pour quelles raisons les chrétiens avaient déserté 
le judaïsme et le paganisme, quel pouvait être le Dieu 


1 Programme du gymnase cathol. de Neisse en Silésie, année 1851. 
? Voir sur ce sujet les explications détaillées de M. Héfelé dans la 
Revue de Tubingue, p. 460-470, 1864. 





LES PÈRES APOSTOLIQUES. LA LETTRE A DIOGNÈTE. 61 


qu’ils adoraient maintenant pour qu'ils lui fussent dé- 
voués au point de souffrir pour lui le martyre, de mettre 
en lui toute leur espérance et de mépriser le monde ? Si 
tout cela vient de la force de leur religion, pourquoi le 
christianisme n'est-il pas venu plus tôt ? 

Dans sa réponse, l’auteur anonyme commence par 
prier Diognete de renoncer à tout préjugé, puis il lui dé- 
voile la folie du culte païen, l’imperfection et les pra- 
tiques superstitieuses du judaïsme. Comme contraste, il 
relève l'excellence de la révélation divine proclamée par 
le christianisme et manifestée dans la vie des fidèles. Il 
fait de la vie chrétienne une vive et éloquente peinture 
à l'aide des antithèses suivantes : « Les chrétiens ne 
résident point dans des villes particulières, ils ne parlent 
point une langue à part, ils n’ont rien d’etrange dans 
leur manière de vivre. Ils habitent leur propre pays, 
mais comme des étrangers; ils ont les mêmes droits que 
les citoyens, et ils endurent tout comme des étrangers. 
Tout pays étranger est leur patrie, et toute patrie leur 
est étrangère. Ils se marient comme tout le monde et 
engendrent des enfants, mais ils ne les exposent point. 
Is ont une table commune, mais ils n'ont pas la 
communauté des femmes, ils vivent dans la chair, 
mais ils ne vivent point selon la chair, leur séjour 
est sur la terre, mais leur conversation est au ciel. 
Is aiment tout le monde, et tout le monde les per- 
sécute, Ils meurent, mais ils enfantent la vie. Ils sont 
pauvres, et ils en enrichissent plusieurs. On les couvre 

de mépris, et ils se vengent par des bénédictions. Leurs 
mœurs sont irréprochables, et on les punit comme 
des malfaiteurs. En un mot, ce que l’äme est dans 

k corps, les chrétiens le sont au milieu du monde. » 

le tels résultats, conclut l’auteur, ne peuvent émaner 

que du Créateur de l’univers, qui s’est uni avec les der- 
üiers des hommes, ses créatures, ainsi que l’enseigne le 
dhristianisme. Cette question : Pourquoi le christianisme 


62 MANUEL DE PATROLOGIE. 


est-il venu si tard ? est résolue dans le même sens que 
par saint Paul, Rom., c. xt, et Luc., xv, 8. 

Quoique l'auteur soit inconnu, sa doctrine et la ma- 
nière dont il la présente montreraient suffisamment, 
quand même il ne le dirait pas, qu'il était disciple des 
apôtres (©. xı); car, à l’exemple des autres Pères aposto- 
liques, il appuie sa démonstration sur des textes de 
l'Ancien et du Nouveau Testament, et surtout sur saint 
Jean et saint Paul, qu'il commente sans les citer textuel- 
lement. 7. 

Sa langue, pure et fleurie, prouve, selon la remarque 

de Photiust, qu’il était maître de son style; son récit, 
admirablement coordonné, est relevé par des transitions 
habiles et par des antithèses frappantes. 
„ Les condamnations à mort de chrétiens, auxquelles il 
fait de fréquentes allusions, donnent lieu de présumer 
que notre lettre a été écrite sous le règne de Trajan 
(98-117). 

Cette lettre est la première apologie chrétienne qui ait 
été opposée au paganisme et au judaïsme. Indiquons 
maintenant les ressources qu’elle offre à la Patrologie 
pour la démonstration du dogme catholique. 


Vérités importantes contenues dans l’épitre à Diognète. 


4. Aucun homme ne possède de lui-même la parfaite 
connaissance de Dieu; on ne l’obtient que par la révéla- 
tion divine du Verbe (c. v et vx). « Nous ne sommes 
point parvenus à cette doctrine par la réflexion ou par la 
recherche d'hommes curieux, car quel est l'homme qui 
sût ce que c’est que Dieu avant que lui-même ne fût venu ? 
Ou bien partageriez-vous peut-être les opinions vaines 
et insensées de ces philosophes dignes de foi (1), dont 
quelques-uns soutiennent que Dieu est un feu, d'autres 
de l’eau, d’autres encore que c'est un des éléments 
que Dieu a créés ? » Du reste, quand les hommes ont dû 


1 Photius, Biblioth., cod. 125. 


LES PÈRES APOSTOLIQUES. LA LETTRE A DIOGNÈTE. 63 


embrasser la religion divine, la connaissance chez eux 
a dü marcher de pair avec la conduite; car il n’y a point 
de vie sans connaissance, et il n'y a point de connais- 
sance solide sans vie véritable : ce qui suffirait à le 
prouver, c’est que, dans le paradis, « l’arbre de la 
science et l’arbre de vie étaient l’un à côté de l'autre » 
(e. x11). 

2. Divinité de Jésus-Christ. « Jésus-Christ, le fils 
propre et unique » de Dieu (Gtoç, povoyevñs), le Verbe 
«a immortel » (ddavaros), c. IX, inaccessible à la raison 
humaine (drepwönros), le Fils du Dieu tout-puissant et in- 
visible, est élevé de beaucoup au-dessus des anges 
(c. vii-vin) ; c’est lui qui a créé le monde, qui le gou- 
verne et qui un jour le jugera (c. 1x). | 

3. Incarnation du Fils de Dieu. « Celui qui existe 
depuis le commencement (de toute éternité) est main- 
tenant apparu; il s’est montré au monde sous une forme 
visible et accessible, et a révélé à ses apôtres les 
mystères de Dieu » (c. x1). Outre cet enseignement sur- 
naturel, l'incarnation avait encore pour but de nous 
procurer la rémission de nos péchés par le sacrifice de 
la croix. Le Fils de Dieu était seul capable d'effacer par 
un sacrifice expiatoire la dette contractée par l'humanité 
tout entière, &v tive Gixatwôvar Suvardv tobs dvduous Ads xal 
doebetc, C. IX. | 

4. Le chapitre vi traite, avec beaucoup de précision 
et dans un magnifique langage, de l'essence de la na- 
ture humaine, de la dualité des éléments et de l’immor- 
talité de l'âme. « Tout en habitant dans le corps, l’âme 
n'est point du corps ; tout en y étant enfermée, ce n’en 
est pas moins elle qui maintient l'unité du corps (ouvéyet). 
L'âme, invisible et immortelle, réside dans une tente pé- 
rissable. L'âme se perfectionne quand elle est mal servie 
par la nourriture et la boisson ; de même que les chré- 
tiens visités par les persécutions se multiplient journel- 
lement. » Au chapitre x, l’auteur mentionne les préro- 


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LES PÈRES APOSTOLIQUES. HERMAS. 65 


pratique à la science pour être en mesure de bien com- 
prendre la révélation, il rappelle saint Jean, vu, 47, il 
‘fit souvenir de saint Paul lorsqu'il se répand en effu- 
sion de joie sur la conversion d’un grand nombre de 


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S 19. Le Pasteur de Hermas (vers 150). 


Voir les Prolégomènes dans Cotelier, t. I, p.‘73-74 ; dans Gallandi, 
t],e. 1; dans Héfelé et Dressel, edit. 2. 


Les plus anciens auteurs ecclésiastiques, saint Irénée, 
gint Clément d'Alexandrie, etc., parlent de ce livre re- 
marquable avec un grand respect. Origène dit qu'il est 
“bort utile, » valde utilis, et le « croit même divinement 
iwpiré, » et, ut pulo, divinitus inspirata, tout en re- 
' arquant ailleurs qu'il n’est pas généralement recu et 
qilest méprisé de quelques-uns. Eusèbe et saint Jérôme 
le le jugent pas favorablement ; saint Jérôme assure 
que de son temps il était à peu près inconnu des Latins ?. 
la première rédaction a été faite en grec; mais, de nos 
jours, si l’on excepte quelques fragments, il n'existe 
pus qu’en une ancienne traduction latine. Une seconde 
version latine, plus étendue que la premiere, a été trou- 
Yée par Dressel dans la bibliothèque du Vatican et pu- 
bliée dans. son édition des Pères apostoliques. Quant au 
kxte grec récemment produit par le grec Simonides, 
et habile falsificateur de documents, et édité à Leipsig 
Par Dindorf et Anger, Tischendorf crut d’abord que ce 
n'était qu'une traduction du latin provenant, sauf les ad- 
tions de Simonides, du quatorzième siècle. Ce texte a 
été réimprimé dans l'édition des Pères apostoligues de 





! Rom., xı, 30, 36. 

?Iren., Adv. heres., lib. IV, c. xx ; Clem. Alex., Strom., lib. I, 
ex et xxıx; lib. I,c. ı,ıx et xır; Tertull., De orat., c. xıl; De 
Pudic,, c. x et xx; Orig., Hom. vit in Num., Hom. in x Jos., et sæpe; 
Euseb., Hist. eccl., lib. III, cap. 111 et xxv; Hieron., Catal., ©. x; 
ef, Gallandi, t. I, p. 51-58. 


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Ati. vous euvernez l'une à Ciemeestt tt l'antine à Qragée 
{ame Giaoumesse : ; Clement lesverra à d'anttres wiles, 
ou cle reuire dons sou msssière *. » Lepenizmi des ra- 
sons Mmtrusbques € eTITIREUNQRES DURS pürkemi à oraire 
Qu'il ot 46 à la plane d’an jean: Herma: . înère de pape 
Pie 1 (182-157), vers le milieu du Gruxwmme anche, 
voue NL Helele 5 a eséave de Le demontrer d'après des 
dommtes fournies par  Fraguentum de oumene Murate- 
rim ei d'apres la scoonde Lettre de Pie 1 à Juste, évèque 
de Vienne *. Suivant cette opinion. le second Hermes, 
usant d'une pieuse frande, aurait rédigé son livre sous 
le nom du premier. 

Les quelques détails que nous avons sur sa vie nous 
sont fournis par son ouvrage méme. Grec de naïis- 
sance , il était probablement prètre et vivait dans le voi- 
sinage de Kome. C’est là, sur les bords du Tibre et le 
long ds la route de Campanie , qu'il fut visité par les vi- 
sions qu'il rapporte dans son livre. Nous y voyons 

3 (suzetle universelle, 1859, p. 1788. — ? Vision Il, c. ıv. — 


 Tuhing. lhwol. Quart.-Schrift, 1839, p. 169-177. — ® Récension du 
Pasteur de Hermas, par Jachmann. Leipsig, 1838. 


LES PÈRES APOSTOLIQUES. HERMAS. 67 


qu'Hermas avait d’abord mené une vie peu édifiante, 
que le Seigneur lui fit expier. L’ange de la pénitence lui 
apparaissant sous la forme d’un berger, lui donna des 
conseils sur la vie morale dont il devait ensuite faire une 
si belle peinture dans son livre. S'il a donné à ses visions 
ke titre de Pasteur, Ilouv, c’est parce que l’ange s'était 
révélé à lui sous la forme d’un berger‘. Les deuxième 
et troisième livres offrent quelques analogies avec l’Apo- 
calypse ; cependant le côté moral y predomine, surtout 
vers la fin *. On pourrait même, pour ce motif, le consi- 
dérer comme le premier traité de morale chrétienne. 
L'auteur exhorte les chrétiens, tombés dans le relâche- 
ment, à revenir à des mœurs plus austères, et il invoque 
à l'appui de ses conseils les révélations qu'il a reçues sur 
limminence de la persécution et sur la fin prochaine du 
monde ! 

Dans les quatre visions qui composent le premier livre, 
une femme apparaît à l’auteur et lui adresse tour-à-tour 
des reproches, des avertissements et des instructions. 
Cette femme devient plus tard le symbole de l'Eglise 5. 

Le deuxième livre renferme douze commandements 
(mondata ), que l’auteur a également reçus de l’ange de 
la pénitence. Ces commandements ont pour objet : 4. la 
croyance en Dieu; 2. la simplicité, l’innocence, l’au- 
mône ; 3. la fuite du mensonge et la pénitence imposée 
à Hermas pour expier sa dissimulation ; 4. la chasteté et 
la fidélité conjugale ; 5. l'égalité d’humeur et la patience: 
6. le bon ange et le mauvais ange ; 7. la crainte de Dieu; 
8. la continence ; 9. la confiance en Dieu ; 10. la tristesse 
du cœur, sœur du doute et de la colère ; 14. l'esprit du 
monde et l'esprit de Dieu; 42. la répression des mau- 
vais désirs et l’accomplissement des préceptes divins. 

Le troisième livre contient dix similitudes, dont la 
Plupart, comme les paraboles de l'Evangile, sont rendues 
sensibles par des comparaisons empruntées à la vigne, 


! Livre Il, Proæm. — % Simil. X. — 3 Vis, IV, c. I-X. 


64 MANTEL DE PATROLOGIE. 


gatives que l’homme a reçues de Dieu, de préférence à 
toutes les autres créatures. « Dieu lui a donné la raison 
et l'intelligence, Aoyov xai vou, l'empire sur toutes les 
créatures ; il a donné à son corps une attitude droite, il 
l'a créé à son image et destiné pour le ciel. » 

5. A propos de la justification et de la grâce sancti- 
fiante , l’auteur enseigne qu'elle opère deux choses : elle 
détruit le péché et confère la sanctification intérieure, 
parce que le Verbe , saint et incompréhensible, se lève 
dans le cœur des fidèles, s'y affermit (c. vır), renait 
continuellement dans leurs âmes (c.xı) et les inonde 
d'une joie surabondante (c. x1, tivos oleı mAnpuwroeoda 
xapä ). Consolante doctrine qui arrache à l'auteur cette 
exclamation : a O changement admirable et mystère in- 
compréhensible (c. 1x)! » Quant aux hommes vicieux 
qui n'auront pas été justifiés par le Christ, l’auteur leur 
prédit à la fin du chapitre x un éternel châtiment ( rüp 
+0 aiwvtov, et non plus seulement xüp ro tpocxatpov ). 

6. L'Eglise, contrairement aux hérésies qui n'ont ni 
consistance ni limites, offre seule une règle de con- 
duite süre et certaine ; elle seule conserve la croyance de 
l'Evaagile et la tradition des apôtres, parce qu'elle est 
seule accompagnée de la grâce (c. x1). C’est ainsi qu'elle 
se montre le continuateur de Jésus-Christ, qui est venu 
au monde « plein de grâce et de vérité. » 

7. Le dessein que Dieu avait conçu de toute éternité, 
mais dont l’accomplissement plein de sagesse et d'amour, 
n’a eu lieu que dans la suite des temps, le plan divin de 
la rédemption de l'humanité, révèle de la façon la plus 
admirable que Dieu est amour par nature, &ç tñç ümepbod- 
Aovans gilawdpwriaz ia dydıın (C. IX). 

On voit aussi, par le develppement de ces differentes 
doctrines, que l’auteur s’efforcait visiblement d’imiter, 
en les fondant ensemble, le style et les idées de saint 
Paul et de saint Jean. Sa conclusion nous en fournit une 
nouvelle preuve (c.xu); en disant qu’il faut unir la 








LES PÈRES APOSTOLIQUES. HERMAS. 65 


pratique à la science pour être en mesure de bien com- 
prendre la révélation, il rappelle saint Jean, vu, 17, il 
. fait souvenir de saint Paul lorsqu'il se répand en eflu- 
sion de joie sur la conversion d’un grand nombre de 
paiens !. 


S 19. Le Pasteur de Hermas (vers 150). 


Voir les Prolégomènes dans Cotelier, t. I, p.\73-74; dans Gallandi, 
t. I, c. an; dans Héfelé et Dressel, edit. 28. 


Les plus anciens auteurs ecclésiastiques, saint Irénée, 
saint Clément d'Alexandrie, etc., parlent de ce livre re- 
marquable avec un grand respect. Origène dit qu'il est 
« fort utile, » valde utilis, et le « croit même divinement 
inspiré, » et, ut puto, divinitus inspirata, tout en re- 
marquant ailleurs qu'il n’est pas généralement recu et 
qu'il est méprisé de quelques-uns. Eusebe et saint Jérôme 
ne le jugent pas favorablement ; saint Jérôme assure 
que de son temps il était à peu près inconnu des Latins ?. 
La première rédaction a été faite en grec; mais, de nos 
jours, si l’on excepte quelques fragments, il n'existe 
plus qu’en une ancienne traduction latine. Une seconde 
version latine, plus étendue que la premiere, a été trou- 
vée par Dressel dans la bibliothèque du Vatican et pu- 
bliée dans. son édition des Pères apostoliques. Quant au 
texte grec récemment produit par le grec Simonides, 
cet habile falsificateur de documents, et édité à Leipsig 
par Dindorf et Anger, Tischendorf crut d’abord que ce 
n’était qu’une traduction du latin provenant , sauf les ad- 
ditions de Simonides, du quatorzième siècle. Ce texte a 
été réimprimé dans l'édition des Pères apostoligues de 


1 Rom., X1, 30, 36. 

2 jren., Adv. hæres., lib. IV, c. xx; Clem. Alex., Strom., lib. I, 
c. XVII et xxıx; lib.I,c. 1,1x et xu1; Tertull., De orat., c. xı1; De 
pudic., c.x et xx; Orig., Hom. VIII in Num., Hom. in x Jos., et sæpe; 
Euseb., Hist. eccl., lib. III, cap. ıı et xxv; Hieron., Catal., c. x; 
cf, Gallandi, t. I, p. 51-58. 

5 


æ 


70 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Doctrine contenue dans le Pasteur d’Hermas '. 


4. En théologie, Hermas place en première ligne la 
doctrine de l’unité de Dieu, qu'il accentue vivement : 
« Je crois avant tout qu’il existe un Dieu qui a tout créé, 
tout ordonné et tout tiré du néant. Il renferme tout en 
lui-même et possède seul l’immensite de l'être; l'esprit 
n’est pas plus capable de le comprendre que la parole 
de le définir » (Mandat. I). 

Il enseigne également la pluralité des personnes di- 
vines. S'il dit dans la cinquième Similitude (cap. v) que 
le Père a créé et achevé toutes choses, dans la neuvième 
Similitude (cap. xu) il distingue nettement entre le Fils et 
le Père : « Le Fils subsiste avant toutes les créatures, et 
quand il s’agit de tirer le monde du néant, il assistait au 
conseil de son Père.» C’est aussi la parole du Fils qui a 
fondé l'Eglise, laquelle n’a qu’un esprit, qu’un corps, 
qu'une couleur. Il l’a rachetée par ses souffrances, et 
c'est pour cela que Dieu l’a exalté (Simzl. V, cap. vi). 
Quant au Saint-Esprit, sa distinction d'avec le Père et 
le Fils n'est pas aussi bien marquée, bien qu'il ne soit 
pas difficile de la reconnaître. D’après la cinquième Simi- 
litude, le Saint-Esprit serait associé aux conseils du Père 
avec le Christ. Mais, lorsque l’auteur dit de « l’Esprit 
saint » (Mand. X et Xl) et de « l'Esprit de Dieu, » qu'il 
opère diversement dans les fidèles, qu’il leur donne la 
conviction qu'une vertu divine aide l’homme à vaincre 
le monde, il n’est pas croyable, comme le veut Mœhier 
et d'autres avec lui, qu'il ait entendu désigner la troi- 
sième personne de la sainte Trinité. D’autre part, ces 
paroles que nous lisons dans la Similitude V, ce. v : 
« Le Fils est le Saint-Esprit, » Filius autem Spiritus 
sanclus est, ne tendent pas à confondre ces deux per- 


1 Cf. Lumper, Historia critica, t. I; Dorner, de la Personne de 
Jésus-Christ, 2° &d.; Kiküm, Doctrine dogm. et orthodoxie du 
Pasteur, dans le Programme du collége Augustinianum de Gaesdonck. 


LES PÈRES APOSTOLIQUES. HERMAS. 71 


sonnes divines, ni à les représenter comme identiques; 
ces termes designent simplement la nature divine du 
Christ, de même que douX%, serviteur, désigne sa nature 
humaine. Nous ignorons, du reste, si ce passage est 
authentique, car il manque dans le manuscrit latin du 
Vatican et dans le texte grec de Simonides; peut-être 
n'est-il qu'une simple glose sur la Similitude V, e. va, 
ou sur la Similitude IV, c. 1. Saint Paul lui-même em- 
ploie le terme rvebux, « esprit, » dans le même sens 
(Hebr., 1x, 14; Rom., 1, 4; I Tim., 1x, 16). 

2. Sur la personne du Christ et sur son œuvre, Hermas 
est exactement conforme aux textes de la Bible relatifs 
à ce sujet. D'après ce qui a été dit plus haut (Similit. V 
et IX), le Christ est vraiment Dieu, rveüua vo &yıov, aussi 
bien que le Père, et vraiment homme, Goÿlo et cap, 
comme il est dit avec plus de précision encore dans la 
Similitude IX, c. xıı: « Le Fils de Dieu est la pierre 
et la porte; la pierre est ancienne, parce que le Fils de 
Dieu subsiste avant toute créature, et qu'il assistait aux 
conseils de son Père lors de la création du monde; la 
porte est récente, parce qu'on ne l’a vue que dans les 
derniers temps, afin que ceux qui doivent être sauvés 
entrent par cette porte dans le royaume de Dieu. » 
Cette porte, comme on le voit, figure l'avènement de 
Jésus-Christ en tant qu'homme. Dieu, en paraissant sur 
la terre, se proposait « de souffrir pour effacer les péchés 
des hommes, de leur montrer le chemin de la vie en 
leur donnant la loi qu’il avait recue de son Père, et de 
nous encourager par l'exemple d’une vie agréable à 
Dieu » (Similit. V, c. vi). 

3. De toutes les questions traitées dans le Pasteur, celle 
de l’Anthropologie est la plus développée : l’auteur 
l'examine sous toutes ses faces. Comme toutes les créa- - 
tures en général, l'homme est sorti des mains de Dieu 
pur et parfait, «afin de régner sur tout ce qui est ici- 
bas » (Mandat. XII, c. ıv). Il pouvait par sa seule 


72 WANTHL DE PATROLOGE. 

ran. °t sans e sermurs Tune revelation divine. arrıver 
a la onmaissanee de Dien par la contemplation de ses 
œuvres; et à es paiens sont .iæmmés (Sumz.:k. IV). dest 
paser mis n'aursnt pas vouin «onnaitre Dieu leur eres- 
teur ı-f. Rom. 1. 19-21". L’anteur ne dit pas expresse- 
ment que c'est :e peche oricmel qui a ravi à l'homme 
sa perfertion native. mais ii 2 suppose : a Les hoummmes, 
dit-il. ne ponvaient pas entrer dans le rovassse de Dieu, 
avant d'avoir drpose dans l'ean baptismale la mortalité 
de leur vie prerecente et recu le scean des enfamis de 
Dieu » (Similit. X, e. xwm. 

Hermas rappele, en differents endroits, que l'homme 
jonit de la ‚iberte avant comme apres sa justifieation en 
Jesus-Christ. Apres avoir dit (Mand. VI, e.w) qu'il a 
été donné à l'homme deux anges qui se disputent l'em- 
pire sur ini. — l'empire du bien et l'empire du mal, — 
il exhorte son lerteur à résister au mauvais ange, qui le 
tente par le mirage des plaisirs mauvais, et à se confier 
aux avertissements de son bon ange, ainsi qu'à ses 
bonnes envres, et à lui obeir. Ailleurs, il l'exhorte de 
nmvean à ne pas craindre Dieu, mais seulement le 
démon. « Si vous craignez Dieu, dit-il, vous dominerez 
le démon, car il n’a aucun pouvoir.» Le démon pent 
bien coinbattre, mais il ne saurait vaincre. « Si vous lui 
resistez avec foi, il s’enfuira confondu » (Mand. XII, 
e. v). La théorie de la prédestination, dont l'auteur 
sorupe particulierement dans la Similitude VIIT, 
€, VI, ne supprime pas la liberté de l’homme, et n'ex- 
tint pas son concours. « Sachez, dit-il, que la bonté et 
la miséricorde de Dieu est grande et digne de respect: 
aux uns, le Seigneur a accordé la pénitence, parce qu'il 
a prévu qu'ils auraient le cœur pur et le serviraient de 
toutes leurs forces. Quant aux autres, dont il a reconnu 
la duplicité et l'hypocrisie, il leur a fermé tout retour à 
la pénitence, de peur qu’ils n’insultassent encore à sa 
loi par d’horribles blasphèmes. » 





LES PÈRES APOSTOLIQUES. HERMAS. 73 


Mais tout en accordant que l’homme est libre, qu'il 
déploie librement ses facultés, Hermas n'en reconnait 
pas moins la nécessité d’un secours surnaturel, c’est-ä- 
dire d’une grâce qui l’illumine, le sanctifie et le fortifie. 
C'est Dieu, dit-il, qui est la cause première de notre 
justification : « La miséricorde s’est répandue sur vous, 
afin que vous soyez sanctifiés et purifiés de toute malice 
et perversite » (Vis. III, c. 1x). « Je n’ai pu échapper 
à la bête féroce (la persécution) que par la vertu de Dieu 
et par sa miséricorde spéciale » (Vis. IV, c. n);, mais 
cette grâce qui opère en lui la justice, il faut que 
l’homme la sollicite : « Cessez de prier uniquement à 
cause de vos péchés; priez aussi pour obtenir la justice 
(la sainteté), afin que vous y participiez dans cette 
maison » (Vis. III, c. 1). De là cette prière pleine de 
confiance : « Seigneur, je suis fort dans tous vos com- 
mandements, tant que vous êtes avec moi» (Mand. XII, 
c. vi, sub fin.). La foi elle-même, c’est par la grâce 
que nous l’obtenons : « Vous voyez donc bien que la foi 
descend d’en haut et vient de Dieu » (Mandat. IX). 
a Quand vous avez appris par la révélation divine qu'il 
vous avait fait miséricorde et avait renouvelé votre 
esprit, vous avez déposé vos faiblesses ; votre force s’est 
accrue et vous avez été fortifiés dans la foi » (Vis. IIT, 
c. xu). L’ange de la penitence est aussi envoyé pour 
affermir dans la foi ceux qui font sincèrement pénitence 
(Mandat. XII, c. vi). La pénitence est un don de la 
grâce divine : « Le Seigneur a accordé la grâce de 
la pénitence à ceux dont il a prévu qu'ils le servi- 
raient de tout leur cœur et avec un esprit pur » (Simil. 
VIII, ce. vi; cf. c. xu, et Simil. IX). 

4. Parmi les sacrements, il n’y a que le baptème qui 
soit envisage au point de vue special du caractere sacra- 
mentel ; la pénitence et le mariage ne sont considérés 
que sous leurs rapports pratiques. 

Nous avons déjà donné une idée (n° 3) de l’importance 


74 MANUEL DE PATROLOGIE. 


et de l'efficacité qu'Hermas attribue au baptême. Le 
baptème délivre de la mort et du péché, ouvre l'entrée 
du royaume des cieux, imprime sur l’homme le sceau 
et le nom du fils de Dieu. Les justes eux - mêmes 
qui sont morts avant l'avènement de Jésus-Christ ne 
pouvaient entrer en société avec lui que par le baptême. 
« C’est par l'entremise des apôtres et des docteurs qu'ils 
ont recu la vie et qu'ils ont connu le Fils de Dieu ; ils . 
sont descendus morts dans le.tombeau, et ils en sont 
sortis vivants pour entrer dans la construction de la 
tour, c'est-à-dire de l'Eglise » (Simil. IX, c. xvi). 

Mais quand les hommes qui ont été baptisés « oublient 
les commandements du Dieu vivant, ils tombent dans les 
plaisirs et les vains amusements, et sont corrompus par 
l'ange de malice, les uns jusqu'à la mort, les autres 
jusqu'à l’affaiblissement; les uns sont voués à une ruine 
éternelle, les autres ne peuvent revenir à la vie que par 
la pénitence. Quand ils se sont convertis, ils célèbrent 
Dieu comme un juge équitable qui les a justement visités 
et corrigés par les souffrances, autant qu'il était néces- 
saire » (Simil. VI, cap. n et m). Une fois les péchés 
complètement effacés par une vraie penitence, les peni- 
tents sont de nouveau admis par des vierges (par les 
esprits purs) dans l'édifice de l'Eglise, comme des 
membres vivants (Simil. IX, c. x-xın). | 

Contrairement au rigorisme de quelques maitres 
d’alors, qui disaient que le péché ne pouvait être effacé 
que par le baptême, et qu'après lui il n’y avait plus de 
pénitence possible, l’ange de la pénitence déclare que 
a personne, eüt-il même été séduit par le démon, ne 
périra, s’il retourne au Seigneur son Dieu » (Simil. IX, 
c. xxx1); les fidèles eux-mêmes recoivent la rémis- 
sion des péchés par le pouvoir qu'il m'a transmis. Ils 
ont donc encore un moyen de faire penitence; mais s'ils 
pechent de nouveau (d’une manière grossière), la péni- 
tence qu'ils feront ne leur servira plus de rien, car 





LES PÈRES APOSTOLIQUES. HERMAS. 75 


difficilement vivront-ils pour Dieu (Mandat. IV, c. in); 
a la pénitence des justes a ses limites (Vis. II, c. un). 
Persévérez donc dans votre résolution, afin que votre 
semence ne soit point extirpée à jamais» fSimil. IX, 
C. XXIV). 

Dans le mariage, il faut garder la chasteté et n’ouvrir 
son cœur à aucune pensée d’adultere ou de fornication. 
Le lien matrimonial est indissoluble tant que les deux 
époux demeurent en vie, même en cas d’adultère. Si la 
partie coupable ne fait pas pénitence, la partie innocente 
peut se séparer; mais elle doit rester dans le célibat, 
autrement elle romprait elle-même le mariage (Mandat. 
IV, c. 1). Quant au mariage après la mort du premier 
époux, l’auteur enseigne, contrairement à un rigorisme 
qui perçait à cette époque, que « celui qui le contracte 
ne pèche point, mais que, s’il reste libre, il acquerra un 
grand honneur devant Dieu » (Mandat. IV, c: 1v). 

5. Ce qui caractérise le Pasteur, ce sont les exhor- 
tations de plus en plus pressantes à pratiquer les-bonnes 
œuvres, à tendre à la perfection chrétienne. Il recom- 
mande avec de grandes instances la prière, le jeûne, 
l'aumône, en général les œuvres de charité envers le 
prochain, et le renoncement à soi-même. « Celui qui 
observe les commandements vivra; » c’est là une vérité 
qu’il ne cesse d’inculquer avec, une sorte d’emphase à 
propos de chaque vertu. Il faut même poursuivre au 
delà de ce qu’exigent les commandements : « Si vous 
faites plus que ce que les commandements de Dieu de- 
mandent de vous, vous arriverez à une dignité plus 
haute, et vous serez plus honorés devant Dieu qu’aupara- 
vant » (Simil. V, c. 11). La récompense du ciel sera 
proportionnée aux mérites de la terre. « Ce que vous 
aurez fait pour le nom du Seigneur, vous le retrouverez 
dans votre patrie» (Simil. 1). La plus belle et la plus 
haute récompense est réservée à ceux qui auront con- 
serve l'innocence, « qui seront restés sans tromperie, 





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pre Late A zreis’-Te esitte arıı T 1essa/oniciens ıv. 1-61. 
set a taininence de la venue de Jesus-Christ: « La fin 
arrivera des que la tour sera construite. et elle ne tar- 
dera pas a l'étre (Vis. III, ec. vıu. sub fin.); mais elle sera 





LES PÈRES APOSTOLIQUES. HERMAS. 71 


précédée d’une calamite effroyable, figurée par une bête 
terrible (cf. Matth., c. xxıv; II Thess., c. 11). Hermas est 
chargé de l’annoncer aux élus, afin qu'ils se tiennent 
prêts; que, pendant les jours qui leur restent, ils servent 
Dieu avec un cœur pur et irréprochable (Vis. IV). Quant 
à ceux qui ont péché, ils doivent faire une pénitence 
sévère, afin qu'ils deviennent des pierres propres à être 
employées à la tour que l’ange construit, avant que la 
tour soit achevée ; car dès qu'elle le sera, quiconque n’y 
sera pas encore placé sera rejeté (Vis. III, c. v, et 
Simil. IX, c. xıv et xxvi). Viendra ensuite le jugement 
de Dieu, suivi immédiatement de la fin du monde : 
« Voilà que Dieu, qui a créé le monde avec une force 
invisible et une haute sagesse, qui, dans sa toute- 
puissance, a fondé sa sainte Eglise et qui l’a bénie, trans- 
portera le ciel et les montagnes, aplanira toutes choses 
devant les élus, afin que tout ce qu'il a promis dans la 
joie s’accomplisse dans la gloire » (lis. 1, c. m). La 
chair ressuscitera aussi : « Ne croyez pas ceux qui vous 
disent que ce corps sera anéanti et qu'on peut en abuser 
pour satisfaire de grossieres convoitises, en profanant 
votre corps, vous profanez en même temps le Saint- 
Esprit... Tout corps qui sera trouvé pur et sans tache 
recevra sa récompense » (Simil. V,c. vi et vu). Ceux 
qui auront subi victorieusement l'épreuve verront Dieu 
éternellement; ils participeront à la joie et à la magni- 
ficence du Christ et des anges (Simil. VIII, c. m; IX, 
ec. xı etxxıx; V, c. u; Vis. IV, c. mi); mais ceux qui 
se seront détournés du Dieu vivant et qui auront encouru 
sa colère seront voués au feu et à la damnation éternels 
(Vis. IH, c. vi et vu; Simil. IV, VI, c. u; VIII, c. vi. 
D’après sa theorie de l’Eglise, figurée par une tour 
dont les fideles sont les pierres et Jesus-Christ le fonde- 
ment, et après ce que l’auteur dit de la penitence, il est 
une autre pensée qui domine dans le Pasteur : cette 
pensée, c'est que personne ne peut être véritablement 


78 MANUEL DE PATROLOGIE. 


justifié que dans l'Eglise et par l'Eglise. « Personne 
n'arrive à Dieu sans passer par le Fils » (la Porte de 
l'Eglise, IX, c. xn). 

Pendant toute la période du moyen-âge on a considéré comme des 
productions de l’ère apostolique et attribué à Denis, ce membre de 
l’ar&opage dont il est parlé dans les Actes des apôtres, XVII, 34, les 
célèbres ouvrages : des Noms divins (repli Gelwy évouérwv), de la 
Hierarchie céleste (mıpl rüs iepapylas oùpavius x. r. %.), de la 
Théologie mystique (nepi puoruxñs Beoloylas), et d'autres encore. 
Aujourd’hui il n’est plus douteux que ces écrits remarquables et dont 
l'influence a été si grande, datent seulement de la fin du cinquième 
siècle. Nous en parlerons donc quand nous serons arrivés à cette 
époque. Au surplus, ils n'ont absolument rien de cette simplicité 
qui caractérise les Pères apostoliques. 


La 


LA LITTÉRATURE CHRETIENNE, DE 150 A 320. 


6 20. Progrès de la littérature chrétienne quant au fond 
et à la forme. 


L'ère apostolique ne nous offre que de rares produt- 
tions sous forme de lettres. Maintenant le champ de la 
littérature chrétienne s’agrandit considérablement, soit 
pour le fond des idées, soit pour la manière dont on 
les a exprimées. La premiere impulsion lui vint des 
attaques que les païens et les juifs dirigèrent contre le 
christianisme ; la seconde, des hérésies à la fois si nom- 
breuses et si diverses qui déchirèrent le sein même de 
l'Eglise. Les attaques du dehors furent repoussées par 
toute une phalange d’apologistes grecs et latins; celles 
du dedans, par un nombre non moins imposant de polé- 
mistes, qui se chargerent de venger la doctrine catho- 
lique. Ce double effort donna naissance à la première 
université chrétienne de philosophie et de théologie, à 
l'école catéchétique d'Alexandrie, où l’on cultiva large- 
ment, outre les études théologiques, l’exégèse et parti- 


LES APOLOGISTES GRECS. 79 


"itique biblique, occupée alors à fixer le 
‘anoniques. 

‘vec leur armée de martyrs, les 

'ır des doctrines chrétiennes, la 

manière de traiter ceux qui 

« persécution, fournirent aussi 

ue de nombreux et intéressants 


des la fin du deuxième siècle, les deux 

jus Félix et Tertullien preterent leur 

littérature chrétienne, et avant eux déjà, 

le sénateur Apollonius avaient écrit à Rome 
ıestions religieuses. 


‚eron., Catal., c. xxxıv et xLu; Euseb., Hist. eccl., lib. V, 
. et XXIV. 


CHAPITRE PREMIER. 


LES APOLOGISTES GRECS. 


Principale édition des apologistes grecs du deuxième siècle (Justin, 
Tatien, Athénagore, Théophile et Hermias), par le bénédictin Pru- 
dence Maran, Paris, 1742, in-fol.; Gallandi, Biblioth., t. I et II; Otto, 
Corpus apolog. christ., ed. 2%, lenæ, 1847 et seq., 9 vol. Reproduit 
en grande partie avec l’appareil littéraire dans Migne, ser. gr., 
t. VI. 


Après la Lettre à Diognète, écrite par un des disciples 
des apôtres, au rapport d’Eusebe et de saint Jérôme, 
Quadrat, évêque d'Athènes, et Aristide, philosophe athe- 
nien, adressèrent à l’empereur Adrien des écrits en 
faveur du christianisme méconnu et persécuté. Des 
écrits analogues furent présentés par Méliton, évêque 
de Sardes, à l’empereur Antonin; par Miltiade et par 
Apollinaire, évêque d’Hierapolis, en Phrygie, à l’empe- 
reur Marc-Aurèle. Ces apologies, à part quelques frag- 
ments, sont aujourd’hui perdues ; celle de Méliton a été 


80 MANUEL DE PATROLOGIE. 


publiée dernièrement en une version syriaquet, par 
l'Anglais Cureton, et traduite en allemand par Welte ?. 
Comme cette dernière, différente pour le fond comme 
pour la forme du fragment qui se trouve dans Eusèbeï, 
ne renferme que des idées générales sur la confusion 
que les paiens faisaient du vrai Dieu et des créatures, 
des avertissements à l’empereur de ne se point faire 
illusion, et de reconnaître, lui et ses fils, le Dieu unique, 
père de toutes choses, qui n’a point été créé, mais par 
qui tout subsiste, afin que Dieu le reconnaisse aussi 
dans l’autre vie, c’est à Justin que nous sommes obligés 
de demander le premier modèle complet d'une apologie 
chrétienne. 


$S 21. Justin, philosophe et martyr (mort en 166). 


Voir les Prolégomènes dans Maran, Gallandi et Otto, vol. I-V. Dans 
Migne, série grecque, t. VI, Héfelé, dans l'Encyclopédie de la théol. 
cath., éd. Gaume, Paris. 

Justin, Grec de nation, naquit d’une famille paienne, 
a Flavia Neapolis (l’ancienne Sichem, aujourd'hui 
Nablus), vers l’an 100 après Jésus-Christ, et fut élevé 
dans le paganisme. Poussé vers la philosophie par le 
désir de s’instruire, ainsi qu’il le raconte dans son Dia- 
logue avec le juif Tryphon, c. u-vi, il fréquenta succes- 
sivement l’école d’un stoicien, d’un péripatéticien et 
d'un pythagoricien, et crut enfin avoir trouvé dans 
Platon la science véritable. Un jour qu’il se promenait 
sur le rivage de la mer, plongé dans ses méditations 
philosophiques, un vieillard entre en conversation avec 
lui, lui parle de la nécessité d’une révélation divine, 
des prophètes de l'Ancien Testament et de Jésus-Christ. 
Cet entretien le détermina à de nouvelles recherches et 
fut suivi de sa conversion au christianisme (de 133 
à 137). Quoique baptisé, il garda cependant le manteau 


1 Londres, 1855. — % Tubing. Quart.-Schr., 1869, p. 392-409. — 
8 Hist., lib. IV, c. xxIu. 








gi 


LES APOLOGISTES GRECS. 8. JUSTIN. 8 


"des philosophes, et sans être investi, à ce qu'il parait, 
“+ aucune fonction ecclésiastique, il prit, dans ses paroles 
et dans ses écrits, la défense du christianisme contre les 
- païens, les juifs et les hérétiques. A Rome, il le défendit 
contre Crescent le Cynique, et se consacra à l’enseigne- 


: ment (Tatien fut son disciple) ; à Ephèse, il discuta avec 


_ le juif Tryphon. Il termina sa vie, comme il l'avait 
; pressenti, par la mort du martyre, et fut décapité, pro- 
© bablement en l’année 166, sous le préfet Rusticus, avec 


Ir. 
‚Six autres chretiens. 


ni 


Iren., Adv. hæres., I, xxx1; Tertull., Adv. Val., c. v; Chron. 
pasc., ed. Dindorf, 1, 482. Voir son martyrologe (authentique) dans 
Maran, p. 585. Voir des détails sur lui dans Eusèbe, IV, xvi-XVuls; 
saint Jérôme, Catal., c. xx; Photius, Bibl., cod. 125. 


Ouvrages certainement authentiques de saint Justin. 


1. Première apologie des chrétiens, à Antonin le Pieux, 


. en soixante-huit chapitres. Son but est d'amener l’em- 
‘ pereur à renoncer à la procédure inique suivie contre 


les chrétiens et à la remplacer par une procédure régu- 


‘ lière; de démontrer que les chrétiens ne sont point des 
: malfaiteurs, et qu’il n’est pas permis de les mettre à 


mort uniquement à cause de leur nom. Justin montre 
combien sont futiles les accusations des païens lorsqu'ils 
reprochent aux chrétiens d’être des athées et de se livrer 
à la débauche dans leurs assemblées religieuses. Pour 
les anéantir , il développe la morale de l'Evangile, et 
prouve par les mœurs des chrétiens, surtout par leur 
chasteté, qu’ils vivent conformément à ses préceptes. 
« Quant à ceux, dit-il, dont la conduite n’est pas trouvée 
conforme aux enseignements du Christ, ils ne sont pas 
chrétiens, quoiqu'ils confessent de bouche sa doctrine » 
(c. xvi). Après avoir exposé la doctrine des chrétiens, 
Justin montre les vertus qu'ils pratiquent. « Plusieurs 
personnes des deux sexes qui ont vécu soixante ou 
soixante-dix ans, et qui dès leur enfance ont été élevées 
6 





82 MANUEL DE PATROLOGIE. 


dans le christianisme, sont restées pures, et je me glo-— 
rifie de pouvoir en montrer de telles dans toutes les 
conditions humaines. Et que dirai-je de la foule innom- 
brable de ceux qui se sont convertis de l’impurete et se 
sont élevés jusqu'à ce niveau (c. xv)? Dieu nous a 
avertis de travailler avec patience et douceur à ramener 
tous les hommes du déshonneur et des mauvais désirs. 
Nous pouvons prouver que nous l’avons fait sur un 
grand nombre de ceux qui autrefois vous appartenaient 
(c. xvi). Les chrétiens sont également de bons et 
inoffensifs citoyens, occupés d’abord à payer les tributs 
et les impôts (c. xvır). Mais le crime dont ils méritent le 
moins d'être accusés, c'est celui d’atheisme ; au lieu 
d’honorer de pretendues divinités, ils adorent le Père de 
la vérité et de la justice, le Créateur de toutes choses, 
aussi bien que son Fils et le Saint-Esprit. Cette véritable 
manière d’adorer Dieu, c’est Jésus-Christ lui-même qui 
nous l’a enseignée; c’est pour cela qu’il est né et a été 
crucifié sous Ponce-Pilate. De là cette autre accusation 
que les païens intentent aux chrétiens de placer à côté 
du Dieu éternel, Père de toutes choses, un homme cru- 
cifie ; mais ils ne comprennent point ce mystère » (c.xm). 
Contrairement au christianisme qui a été annoncé par les 
prophètes, le paganisme est une œuvre satanique, pleine 
d’immoralite. Ce sont encore les démons qui, ennemis 
de tout ce qu’il y a de bon dans l'univers, ont persécuté 
le Christ etses sectateurs, y compris même les philosophes 
païens. Saint Justin conclut en déclarant que, dans le 
culte des chrétiens, il ne se pratique rien d’injuste ni 
d’immoral, mais que tout se passe d'une facon pieuse 
et sainte. Il en appelle précisément aux parties du culte 
qui réunissent les plus grandes assemblées, comme le 
baptême solennel des adultes et la célébration de l’eucha- 
ristie. 

A cette apologie se trouve annexé un décret d’Adrien 
sur le traitement des chrétiens devant les tribunaux, 


LES APOLOGISTES GRECS. 8. JUSTIN. 83 


dont l’authenticité a été révoquée en doute sans raisons 
suffisantes. 

2. Deuxième apologie en faveur des chrétiens, adressée 
au sénat romain, en quinze chapitres. Scaliger et Pape- 
broche estiment que cette apologie servait d'introduction 
à la première. Suivant eux, elle occupe la première 
place dans les anciens manuscrits et dans l’édition prin- 
ceps. Tillemont a prouvé que c'était une erreur. Grabe et 
Boll ont prétendu que cette apologie, n’ayant ni titre ni 
conclusion, était un appendice ou un fragment de la 
première, d'autant plus que Justin y fait allusion par 
trois fois, en se servant de la formule : « comme nous 
l'avons dit.» Quoi qu’il en soit, il est certain qu'elle se 
rattache à la première et qu'elle la complète, en ajoutant 
aux griefs des païens un fait particulier qui venait de se 
passer à Rome. Trois chrétiens avaient été injustement 
condamnés à mort par le préfet Rusticus. Justin en prit 
occasion pour montrer que les chrétiens n'étaient per- 
sécutés que parce qu'ils enseignaient la vérité et prati- 
quaient la vertu; lui-même ne s'attend à rien autre 
chose qu’à se voir arracher la vie par ses ennemis et 
surtout par Crescent, le philosophe cynique. Il répond 
ensuite à ces questions des païens : Pourquoi ne vous 
luez-vous pas vous-mêmes pour aller vers votre Dieu? 
Pourquoi Dieu ne vous délivre-t-il pas de vos persécu- 
teurs ? — La constance des premiers chrétiens, ajoute 
Justin, prouve qu’ils possèdent la véritable vertu, qu'ils 
aspirent sérieusement aux biens éternels et que leur 
vie n’est pas ce que croient les païens. « Pour moi, 
dit-il, lorsque, étant encore platonicien, je vis conduire les 
Chrétiens à la mort et à tout ce qu’il y a d’affreux, je 
reconnus qu'il était impossible qu’ils vécussent dans le 
mal et dans les plaisirs sensuels » (c. xın). 

Cette apologie, au dire d’'Eusèbe, fut présentée aux 
empereurs Marc-Aurèle et Lucius Verus; elle aurait donc 
été rédigée entre les années 181-166. D’autres auteurs, 


84 MANTEL BE 24" OGE. 


Neander et Semisch. et avant eux Valesies, la placent 
sous le regne d'Antonin ke Piers Le langage de Justin, 
dans l’une et l'autre apoiories. respire un courage digne 
d’admiration. 

3. Dialogue avec ie “u:° T-yphos. dvise en cent qus- 
rante-deux chapitres. Ce diam est evidemment le 
résultat d'une conference que : auteur eut à Ephèse avec 
le juif Trvphon. apres ‘annee 139 de Jesus-Christ (d. 
c. 1 et czx'. et qui dura deux jours entiers. Il y 
examine le caraciere onhzabwre Ges lois ceremoniales 
usitees chez les juifs nèamment de la circoncision, et 
démontre quelles nobhïcent pas tons les hommes, 
attendu quelles netaient çue iocaies et temporaires. 
Les prescriptions de ja ki n'ont noïnt d'autre valeur que 
de contribuer à la justice et a ia miete. Elles ne sont que 
des figures de Jesus-Christ de ses doctrines. de ses actes 
et de sa vie. « Pour mai. dit-il j'ai ln qu'il v aurait une 
loi nouvelle et parfaite. une aliancæ plus solide que 
toute autre alliance. et que tes les hammes qui sou- 
pirent après l'henitage du Seigneur seraient tenus d'ob- 
server » ıc. xı). Jesus Chrit a consommé l’ancienne 
alliance. — il l'a supprimee. Examinant ensuite la per- 
sonne de Jesus Chnst et san caractère messianique, 
Justin établit que les propheties de l'Ancien Testament 
se sont accomplies en lui et par lui. et qu’en adoptant 
cette doctrine on n'adopte nullement les divinités fabu- 
leuses du paganisme . puisque l'Ancien Testament lui- 
même enseigne la pluralité des personnes divines. « Je 
veux essayer de vous montrer qu'en dehors et au-dessous 
du Créateur de l’univers, il existe encore un autre Dieu 
et Seigneur, auquel on donne aussi le nom d'ange » 
(ce. Lvi). Or, c’est précisément cette seconde divinité qui 
est apparue en Jesus, né de la Vierge et mort sur la 
croix ; car «le Pere de l’univers a voulu que son Christ 
se chargeät, en vue du salut des hommes, de la malé- 
diction de tous » (c. xcv). Justin déclare, en finissant, 


LES APOLOGISTES GRECS. S. JUSTIN. 85 


que « celui qui ne croit pas au Christ ne croit pas davan- 
lage aux prédictions des prophètes qui le publient et 
l'annoncent à tous les hommes » (c. cxxxVi). 


Ouvrages douteux de saint Justin. 


Ces ouvrages, qu’Eusebe et Photius attribuent à saint 
Justin, sont : 

1. Le Discours aux Grecs, comprenant cinq chapitres. 
Ce petit écrit traite de l’absurdité et de l’immoralité de 
h mythologie paienne, et invite les Grecs à la remplacer 
par la religion des chrétiens, si pure et si sainte. Eusèbe 
attribue à Justin deux autres discours aux Grecs, dont 
le second aurait été aussi intitulé : "EXeyyoc; il lui donne 
l première place. Ainsi s’evanouirait l’objection capitale 
qu'on élève contre le Discours, à savoir qu'il n’y est 
point question de la « nature des démons, » contraire- 
ment à ce que dit Eusèbe. Les autres arguments apportés 
par Otto contre leur authenticité, n’ont aucun fondement. 

2. Discours moral aux Grecs, composé de trente-huit 
chapitres. Cet écrit, dit Eusebe, « traite longuement la 
plupart des matières qui font l’objet de nos recherches 
et de celles des philosophes paiens, et il explique la na- 
ture des démons ‘. » L’auteur y démontre que la vérité, 
en ce qui concerne les dieux, ou les démons, comme dit 
Eusébe, ne peut se trouver ni chez les poètes, ni chez les 
philosophes paiens, car ils sont souvent en contradiction. 
Beaucoup plus anciennes sont les sources où les chrétiens 
puisent leurs doctrines, notamment les écrits de Moïse et 
des prophètes : c'est à eux que les paiens ont emprunté 
tout ce qu'ils ont su de vrai touchant la divinité. L'auteur 
s'applique surtout à démontrer la doctrine de l'unité 
divine, qu'il a trouvée dans Orphée, dans la Sibylle, dans 
Homère, Sophocle, Pythagore et Platon (c. xıv-xxv). 


4 11 est remarquable que ce passage, où il est parlé d’un écrit de 
longue haleine, paxpdy xararelvas rdv Adyov, a toujours été jusqu'ici 
attribué au petit discours en cinq chapitres adressé aux Grecs. 


86 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Les Egyptiens et les traducteurs alexandrins de la Bible 
avaient contribué à propager cette connaissance. Cette 
idée se concilie parfaitement avec ce que nous savons de 
la doctrine de Justin sur le Aöyos axepuurixéç, quoique cette 
doctrine ne soit pas reproduite ici. 

Les arguments contre l’authenticité de ce discours ne 
sont pas sérieux. On a dit, entre autres choses, que les 
chapitres v et vu contiennent des inexactitudes sur la 
philosophie platonicienne, et qu’au chapitre vin l’auteur 
attribue à Hermès une pensée de Platon contraire à 
ce qui est dit au chapitre x de la seconde Apologie. 
M. Héfelé, qui a développé les plus importants de ces 
arguments, ne les croit pas décisifs {. 

3. Un autre ouvrage, analogue pour le fond, est inti- 
tulé : De la Monarchie, en six chapitres. Après une 
remarque sur l'origine de l’idolätrie, l’auteur essaie de 
démontrer, avec des textes souvent interpolés ?, que les 
plus grands poètes et philosophes païens ont enseigné le 
monotheisme, et qu’ainsi la doctrine de l’unité et de 
l'immutabilité de Dieu est la seule admissible. Comme il 
est rapporté dans Eusèbe que, dans cet écrit, Justin a 
démontré l'unité de Dieu à l’aide des auteurs paiens et 
de la Bible et qu'on ne trouve ici aucun texte biblique, 
on en a conclu que ces six chapitres n'étaient qu'un 
fragment de l’œuvre originale, d’autant plus que l’éten- 
due de l'ouvrage ne répondait pas à l'importance du 
sujet. 


Ouvrages perdus de saint Justin. 


Ce sont : 1. un traité du Psautier, 2. sur l’Ame, 3. un 
Aperçu sur toutes les Hérésies, dont il parle lui-même au 
chapitre xxvı de sa première Apologie®. Il est possible 

i Voir Dictionn. encyclop. de la theol. cath., Ed. Gaume. 

° I] y avait déjà à cette époque divers ouvrages émanés de juifs 
alexandrins, où l’on faisait professer l'unité de Dieu au plus grand 


nombre possible de philosophes et de poètes paiens. 
3 Cf. Iren., lib. IV, cap. xiv. 


/ 


LES APOLOGISTES GRECS. 8. JUSTIN. 87 


que le beau fragment sur la résurrection, en dix cha- 
pitres, que saint Jean Damascène nous a conservé sous 
forme de parallèles, soit tiré de cet Aperçu. 

Le récit, élevé en plusieurs endroits, ne dépasse pas, 
en somme, le ton de la conversation familière. Le style 
est souvent incorrect et diffus. L’auteur n'a pas mis à 
profit sa vaste connaissance des classes paiennes. Il n’est 
pas moins vrai que Justin a fait faire à la littérature 
chrétienne un progrès sensible, étonnant même, soit par 
l'étendue de ses écrits, soit par les doctrines qu'il y 
soutient, soit par l'originalité de ses vues. 


Doctrines et opinions particulières de saint Justin. 


4. Dieu : « Ce titre n’est pas un vain nom, c'est 
l'image gravée dans la nature humaine d’un être indé- 
finissable, » fupuroc doku 2. 

2. Quand on traite de la sainte Trinité, il est néces- 
saire de sortir des limites ordinaires de la discipline de 
l’arcane : « Quel homme raisonnable oserait dire que 
nous sommes des athées? C’est pour enseigner la véri- 
table manière d’honorer Dieu que Jésus-Christ est né, 
qu'il a été crucifié sous Ponce-Pilate; c’est lui qui nous 
a appris qu'il est le vrai Fils de Dieu. Nous l'honorons 
en seconde ligne, &v Geutépæ ywpa, et l'Esprit prophé- 
tique en troisième ligne, » &v zolın r@e:5. Saint Justin 
enseigne également, en termes précis, la distinction 
personnelle du Verbe et du Père, Erepos 6edç". 


1 Sont certainement apocryphes : Epistola ad Zenum et Serenam ; 
Expositio rectæ confessionis (après le concile de Nicée); Responsio- 
nes ad orthodoxos (après le concile de Constantinople); Quæstiones 
christianæ ad Græcos, et Quæstiones græcæ ad christianos, où il est 
dejà parlé des manichéens ; Quorumdam Aristotelis dogmatum con- 
futatio, ignoré de tous les anciens. 

2 ]Ie Apol., c. vi. Ici, de même que dans les chapitres LxI et Lx 
de la fre Apologie, il ne cite point les anges à côté de la Trinité, 
comme au chapitre vi, /re Apologie; d'où l’ont peut conclure qu'il D a 
pas voulu les égaler aux trois personnes divines. 

8 Jre Apol., c. x111. — ® Dial., c. LV. 


88 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Il est moins explicite sur les relations du Verbe et du 
Père avant et après la création du monde; car il 
semble croire qu'il fut engendré une seconde fois lors 
de la création *. En tout cas, cette seconde génération, 
trop vaguement caractérisée, ne doit point s'entendre 
dans le sens du Adyoc rpopopıxd; de Philon, expression 
qui n’est pas, du reste, employée par Justin ®. 

3. La doctrine du Aoyos oxepuatuxéc est particulière 
à saint Justin. Suivant cette doctrine, le monde, avant 
Jésus-Christ, n’était pas dépourvu de toute connaissance 
de la vérité, puisque saint Jean enseigne que le Verbe 
divin a lui dans les ténèbres et y a répandu des semences 
de vérité. Ces semences sont éparses dans la philosophie 
des paiens et plus encore dans la loi des juifs. C’est le 
Verbe qui les a répandues. De là cette haute estime que 
Justin professe pour la philosophie, surtout pour la 
philosophie platonicienne, sans me&connaitre combien 
elle diffère du christianisme, et combien celui-ci l’em- 
porte sur toute. doctrine humaine. Cette connaissance 
partielle de la vérité divine a rapproché du christianisme, 
d’une manière pour ainsi dire invisible, les meilleurs 
d’entre les paiens : « Tous les hommes qui vivent avec 
le Verbe ou en conformité avec le Verbe, sont chrétiens, 
quoiqu’on les ait pris pour des paiens; tels furent chez 

les Grecs Socrate et Héraclite » 5. 

‘À. Sur la création Justin pense que Dieu a d’abord tiré 
du néant une matière informe, qu’il a ensuite ordonnée, 
crealio prima et secunda®. Les hommes sont le dernier 
ouvrage de la création visible”? et la Providence divine 
s’exerce par l'intermédiaire des anges ®. 

5. En anthropologie, Justin est dichotomiste. Sous le 
nom de troisième principe, « l'esprit, » il entend proba- 


1 Dial., c. Lx. — Ile Apol., c. vi. — 8 Cf. Schwane, Hist. des 
dogm., vol. I, p. 94 et suiv. — ® Ire Apol., c. x; Dial., c. 1 et ll. — 
8 Jre Apol., c. xLvI. — ® Cohort., c. xxx. —T Dial, c. vV. — 
à JJe Apol., c. v. 








LES APOLOGISTES GRECS. 8. JUSTIN. 89 


blement la vie de la grâce ‘. Il exalte tellement la li- 
berté morale, qu'on a voulu l’accuser de pélagianisme. 
Quant à l’immortalité de l’äme, elle n’est, selon lui, qu'un 
don particulier de Dieu, ce n’est point une qualité essen- 
tielle de l’âme ?. 

6. Sur le péché originel, saint Justin n’a point l’occa- 
sion de se prononcer, sinon peut-être dans ce passage, 
dont le sens est controversé : « Il (Jésus-Christ) s’est as- 
sujetti à la naissance et au crucifiement, non parce qu'il 
y était forcé, mais à cause de la race humaine, vouée 
depuis Adam à la mort et à la tromperie du serpent, 
sans parler (rap&) de la dette que chacun contratte en 
péchant personnellement ® » (Dial., c. LxxxvIn). 

7. Sur la Rédemption, Justin enseigne que Dieu sauve 
par Jésus-Christ « tous ceux qui font des actes dignes de 
malédiction *. » Le Christ ou Messie est le « Dieu humi- 
lié 5, » et sa mort est le « mystère du salut. On nous a 
annoncé que le Christ est roi, prêtre, Dieu, Seigneur, 
envoyé, homme, qu'il est né comme un enfant, et que 
c’est seulement alors qu'il a été assujetti aux souffrances; 
qu'il est ensuite retourné au ciel, qu'il reviendra entouré 
de majesté, et qu'il possède un royaume éternel 7.» Et 
ailleurs : « Un seul est frappé, et tous sont güeris; le juste 
est déshonoré, et les criminels sont rétablis dans leur 
honneur. Cet innocent subit ce qu'il ne doit pas, et il ac- 
quitte tous les pécheurs de ce qu'ils doivent. Car qu’est- 
ce qui pouvait mieux couvrir nos péchés que sa justice? 
Comment pouvait être mieux expiée la rébellion des ser- 
viteurs que par l’obéissance du Fils? L’iniquite de plu- 


1 De resurr., c. x. Cf. Schwane, Hist. des dogm., t. I, p. 412. — 
3 Dial., c. vi. 


® „AN? Umip roù yévous Tod roy Aydpmrwv, à and roü Ad Ünd 
bavaroy xal mikynv ray To peus érenroxe, map ray lölay alrlav 
éxkarou a)Tay moynpsuvaausvou. Si, comme on peut le faire, on tra- 
duit rapà par « à cause, » l’allusion au péché originel disparaît. 

 Dial., c. XCIV. — 8 Jbid., c. Lxvii. — 6 Jbid., e. LXxIV. — ? Ibid. 
c. XXXIV. 


90 MANUEL DE PATROLOGIE. 


sieurs est cachée dans un seul juste, et la justice d’un 
seul fait que plusieurs sont justifiés {. » 

8. Touchant la nécessité de la grâce, saint Justin s’ex- 
prime ainsi : « Si nous avons été créés dans le commen- 
cement, cela ne dépendait point de nous. Mais que nous 
fassions ce qui lui plait en employant les forces spiri- 
tuelles qu'il nous donne, c’est ce qu'il nous persuade et 
nous induit à croire. Et nous croyons de tous les hommes 
que non-seulement ils ne sont pas empèchés d’embrasser 
(la foi), mais qu’ils y sont conduits. » 

9. Avec Papias, saint Justin partage les opinions des 
millénaires. Voici comment il s’est exprimé dans le Dia- 
logue avec Tryphon : «Je vous ai déjà déclaré que je 
croyais avec plusieurs autres que la chose arriverait en 
cette manière qui est connue parmi vous, mais qu'il y 
en avait plusieurs, de la pure et religieuse doctrine des 
chréliens, qui n'étaient pas de ce sentiment. » Il croyait 
donc que ce sentiment qu'il partageait avec plusieurs 
chrétiens, était tenu pour indifférent dans l'Eglise ?. 

40. En matière de culte, Justin sortant des étroites 
limites de la discipline de l’arcane, traite du baptême, du 
culte et de ’Eucharistie avec plus de details que tous ses 
devanciers. 

Sur le baptöme:: « Ceux qui sont persuadés de la vé- 
rite de notre doctrine et qui promettent d’y conformer 
leur vie, nous leur apprenons à prier, à jeüner et à de- 
mander à Dieu la rémission de leurs fautes passées. En- 
suite, nous les amenons où est l’eau , et ils sont régéné- 
res comme nous l’avons été nous-mêmes ; car ils sont 
lavés dans cette eau au nom du Seigneur Dieu, père de 
toutes choses, et de notre Sauveur Jésus-Christ et du 
Saint-Esprit 8, » 

« Les prières achevées, nous nous saluons par le baiser, 
et on présente à celui qui préside aux frères du pain el 


1 Epist. ad Diog. (Cit. du trad.) — 2 Cit. du trad. — 8 fre Apol., 
C. LXI; cf. LXII et LXIV, 


LES APOLOGISTES GRECS. S. JUSTIN. 9 


une coupe de vin et d’eau. Il les prend , donne louange 
et gloire au Père par le nom du Fils et du Saint-Esprit, 
et lui fait une longue action de grâces, que tout le peuple 
ratifie en disant : Amen. Ceux que nous nommons diacres 
distribuent ensuite à chaque assistant le pain, le vin et 
l'eau consacrés par l’action de grâces, et en portent aux 
absents. » Cela a lieu le jour du soleil (le dimanche), et 
après que le lecteur alu les écrits des prophètes et des 
apôtres, auxquels le président. rattache une exhorta- 
tion !. » " 

Nul ne peut participer à cette nourriture (eucharis- 
tique), s’il ne croit la vérité de notre doctrine, s’il n’a été 
lavé pour la rémission des péchés et la régénération, et 
s'il ne conforme sa vie aux enseignements du Christ. 
Car nous ne les prenons pas comme un pain commun ni 
comme un breuvage ordinaire; mais de même qu'en 
vertu de la parole de Dieu, Jésus-Christ incarné a pris 
la chair et le sang pour notre salut; de même nous 
savons que cette nourriture qui, suivant le cours ordi- 
naire, deviendrait notre chair et notre sang, étant con- 
sacrée par la prière qui vient de lui, est la chair et le 
sang de Jésus incarné. Car les apôtres, dans les me- 
moires qu'ils ont rédigés sous le nom d’evangiles, nous 
ont transmis que Jésus leur avait commandé ainsi, 
lorsque prenant du pain et rendant grâces, il dit : « Faites 
ceci en mémoire de moi; ceci est mon corps, » et que pre- 
nant de même le calice, il rendit grâces et dit: « Ceci est 
mon sang ; et que c'était à eux seuls qu'était donné ce 
pouvoir ?. » 

Saint Justin mettait d'autant plus de zèle à défendre 
la nouvelle doctrine, qu'il en avait ressenti lui-même les 
salutaires effets. « Nous aimions autrefois la débauche, 
aujourd’hui la pureté seule fait toutes nos délices. Nous 
qui employions les arts magiques, nous nous abandon- 
nons uniquement à la bonté de Dieu. Nous cherchions 


1Jre Apol., c. LXVII, — 3 Ibid., c. LXVI. 


92 MANUEL DE PATROLOGIE. 


surtout les moyens de nous enrichir, et nous mettons 
nos biens en commun pour les partager avec l’indigent. 
Nous nous haïssions jusqu’à la mort, nous suivions nos 
coutumes de ne manger qu'avec nos compatriotes ; de- 

‘ puis la venue du Christ nous vivons familierement en- 
semble et prions pour nos ennemis. Ceux qui nous per- 
sécutent, nous tâchons de les convertir, afin que, vivant 
selon les préceptes du Christ, ils espèrent du Dieu sou- 
verain les mêmes récompenses que nous. » 


Cf. l'abbé Freppel, Apologistes chrétiens du onzième siècle, 1re part. 
Saint Justin, 1 vol. in-8°. Semisch, Justin le Martyr, Bresl., 1840; 
l'article Justin, dans l’Encyclop. de Ersch et Gruber. Bahringer, 
Hist. de l’Eglise en biographies. 


$ 22. Tatien l’Assyrien (vers l'an 170). 


Voir les Prolégomènes de Maran, Gallandi et Otto (t. VI); l'article 
Tatien dans l’Encyclopédie de la théologie cath., édit. Gaume. 


Tatien naquit en Assyrie vers l'an 130, et fut élevé 
dans le paganisme. Il fit de grands voyages, et dans 
tous les pays qu'il parcourut il chercha à connaître les 
doctrines religieuses et les mystères qui y étaient ré- 
pandus. Quoique né barbare, il ne dedaigna point d’etu- 
dier la science des Grecs et de se l’approprier. Cependant 
leur philosophie, leur poésie et leur rhétorique ne le 
satisfirent point complètement : le culte immoral et 
absurde des païens, l'ambition et la cupidité des philo- 
sophes et des rhéteurs lui inspirèrent même du dégoût. 
Telles étaient ses dispositions lorsque les saintes Ecri- 
tures des chrétiens tombèrent entre ses mains; il reconnul 
bientôt qu’elles contenaient la vérité où il aspirait. Dis- 
ciple à Rome de saint Justin, il travailla dans le même 
ordre d'idées, ce qui lui attira la haine de Crescent, le 
philosophe cynique, et l’obligea à quitter la ville, afin 
de ne point devenir, comme Justin, victime de son ressel- 

1 [re Apol., C. XIV. 














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u ra 


PLEASE Reregg 7, 


| ax READING Boa ISTES GRECS. TATIEN. 93 


On; 


ons u 


éjour à Rome, il avait eu pour 


anisme par esprit d’orgueil, il 
ous le règne de Marc-Aurele, une 
ut en adoptant la doctrine des 
alentin, professait des principes 
m et le mariage. Ses sectateurs 
s, encratites, hydroparastates {. 
nombreux écrits sont perdus, 
raité des Animaux, qu'il men- 
> son Discours, c. XV; 2. un 
où il explique certains points 
deritures? ; 3. Ilept oo xurd vèv 
l'Harmonie des Evangiles, où ses 
lui ont fait omettre la généalogie 
qui concérne son origine et sa 
t ouvrage, malgré son caractère 
eulement répandu chez les tatia- 
»z les orthodoxes, et Theodoret, 
ait encore obligé, au cinquième 
» ses églises et de le remplacer 
1: À 
& lui le Discours contre les Grecs, 
Pitres , écrit vers 170, avant son 
ie le paganisme beaucoup plus 
Justin; il n’y voit rien que de 
Sage est aussi tres-agressif. La 
est indiquee dans ce passage de 
avoir connu Dieu et ses œuvres, 
tre compte de mes principes, sans 
@uilte du vrai Dieu. » 
=> C. XVI, XXIX, XXXV, XLII; Hippolyt., 
=, H.E.1IV,xvi, xxVI; V, x; Iren., 
> Her., xLvI; Clem. Alex., Strom., IIl, 
21; Catal., c. XXIX. 


> ©. Xi. — ®Clem, Alex., Strom., LI, 


98 MANUEL DE PATROLOGIE. 


cette doctrine était deraisonnable. Ils honorent encore le 
Fils et le Saint-Esprit, puis les anges eux-mêmes, mais 
seulement comme des ministres de Dieu (c. rv-xi). 
«a Quand plusieurs de vos philosophes et de vos poetes, 
poussés par un besoin irrésistible, ont fait des recherches 
sur la divinité sans tomber d'accord sur la vérité, 
lorsque Platon a affirmé que le Créateur était un Dieu 
non engendré, ces philosophes n'ont point passé pour 
des athées. Pour nous, au contraire, on ne laisse pas de 
nous appeler ainsi, quoique notre doctrine ait pour 
garant le témoignage des prophètes, par qui le Saint- 
Esprit a parlé. « Serions-nous soucieux de notre perfec- 
tion morale si nous ne croyions pas que Dieu est le 
maître du genre humain » (c. xn)? La principale cause 
pour laquelle on accuse les chrétiens d’atheisme, c’est 
qu'ils n’offrent point de sacrifices d'animaux. Mais il y a 
quantité de paiens qui n’en offrent pas non plus. Du 
reste, le Créateur et le père de l’univers n’a pas plus 
besoin du sang et de la graisse des animaux qu'il n'a 
besoin de fleurs et de parfums (c. xım-xvir). Quant à 
cette objection, que le culte des idoles se rapporte aux 
dieux eux-mêmes, voici comment Athénagore y répond : 
D'après les théogonies, les dieux ne sont nés qu'après 
coup; par conséquent leur théologie tout entière, et plus 
encore cette opinion qu'ils étaient revêtus d'une forme 
humaine, n’ont aucun fondement ; de là vient qu'on s'est 
réfugié dans l'interprétation allegorique et physique 
(c. xvin-xxni). Il faut donc attribuer aux démons les 
effets merveilleux que produisent quelquefois les statues 
des dieux (c. xxın-xxvu). D’autre part, les divinités 
paiennes ne sont que des hommes divinisés (c. xxvin- 
XXX). > 

Les deux autres accusations sont déjà réfutées par la 
seule croyance des chrétiens à une vie future et au juge- 
ment qu'ils subiront devant un Dieu qui sait tout. Les 
chrétiens détestent déjà comme criminelle la seule mau- 





LES APOLOGISTES GRECS. ATHENAGORE. 99 


vaise pensée ; ils tiennent le mariage pour sacré. «Vous 
trouverez parmi nous quantité de personnes des deux 
sexes qui, dans l'espérance d’être unies plus étroitement 
à Dieu, vieillissent dans le célibat » (c. xxxın). Nos 
esclaves , sachant que nous ne pouvons pas même 
souffrir la vue d’un homme tué injustement, ne nous 
accuseront jamais de tuer et de manger des hommes. 
« Persuadés qu’il y a peu de différence entre regarder 
un meurtre et le commettre, nous avons renoncé aux 
spectacles des gladiateurs» (c. xxxv). Athénagore fait 
une belle peinture de la moralité des fidèles lorsqu'il 
ose déclarer que, jusqu'ici, « jamais chrétien n’a été 
convaincu d’un crime, » et « qu’un chrétien ne saurait 
être criminel sans mentir à l'Evangile » (c. xu). Il ter- 
mine en adjurant les empereurs de jeter un regard favo- 
rable sur les chrétiens, d'autant plus dignes de leurs 
bonnes grâces qu'ils prient sans cesse pour la prospé- 
rite de l’empire. 

Athenagore se place constamment sur le terrain de ses 
adversaires et se plait à les réfuter par leurs propres 
principes. Son écrit se distingue par la beauté de 
l'ordonnance, par la modération, le calme et la fran- 
chise. 

Dans son ouvrage sur la Résurrection des morts, il ré- 
fute les objections élevées contre cette doctrine. Dieu 
élant la cause de tout ce qui existe, ces objections 
peuvent se résumer ainsi : ou Dieu ne peut pas ressus- 
citer les morts, ou il n’en a pas la volonté. La première 
supposition est un non-sens; la seconde est gratuite, 
car une telle volonté n'implique rien qui soit injuste ou 
indigne de Dieu (c. ı-x). Il passe ensuite aux preuves 
directes : 4. l’homme ayant été créé en vue de Dieu et 
pour contempler à jamais ses divines perfections, ne 
saurait périr tout entier: 2. la nature de l'homme, com- 
posé d’un corps et d’une âme, demande que son corps, 
détruit par la mort, soit rétabli; la résurrection des 


100 MANUEL DE PATROLOGIE. 


morts a, du reste, de nombreuses analogies dans la 
nature extérieure. Dieu étant juste, il n’est pas conve- 
nable que l’âme seule soit récompensée ou punie dans 
l'autre monde, puisque le corps a participé à toutes ses 
actions, bonnes ou mauvaises. Enfin le but suprême de 
l'homme n'est ni l’apathie ni les plaisirs sensibles; il 
consiste à contempler, dans une autre vie, l’Etre par 
excellence et à se réjouir à jamais dans sa loi. Or, ce but 
exige que l’homme soit restauré dans la plénitude de sa 
nature. 


Doctrine et vues particulières d’Athénagore. 


4. Dans ces deux traités, Athénagore se rapproche 
souvent de saint Justin, surtout par son appréciation 
modéré du paganisme, où il trouve aussi des semences 
du Verbe divin : « Vos philosophes qui ont recherché les 
principes des choses s'accordent tous, à leur insu, à 
reconnaître l'unité de Dieu... Vos poètes et vos philo- 
“ sophes n’ont que des conjectures et se contredisent, 
parce qu’au lieu de demander la connaissance de 
Dieu à Dieu même, chacun a voulu la trouver en 
soi. Nous, au contraire, outre les raisonnements qui 
ne produisent qu'une persuasion humaine, nous avons 
pour garants de nos idées et de nos croyances les 
prophètes, qui ont parlé de Dieu et des choses divines 
par l'Esprit divin» (Suppl., c. vu). 

2. En repoussant l’accusation d’athéisme, Athénagore 
développe longuement la preuve rationelle de l'existence 
et de l’unite de Dieu (c. vi et 1x), puis il s’ecrie : « J’ai 
donc suffisamment prouvé que nous ne sommes point des 
athées, nous qui reconnaissons un Dieu incréé, éternel, 
indivisible, impassible, incompréhensible et immense. Il 
y a plus : nous honorons un Fils de Dieu; mais non à 
la manière des dieux ridicules de la mythologie; le Fils 
de Dieu est le Verbe du Père en idée et en efficacité, car 


eo | 





- LES APOLOGISTES GRECS. ATHENAGORE. 101 


tout a ete fait par lui et sur son modele; parce que le 
Père et le Fils sont un.» 

Quant au Saint-Esprit, qui agit dans les hommes 
inspirés, nous disons qu'il est une émanation de Dieu, 
et qu'en découlant de lui il retourne à lui par reflection, 
comme le rayon du soleil. « Qui ne sera donc étonné 
qu'on nous fasse passer pour athées, nous qui recon- 
naissons Dieu le Pere, Dieu le Fils et le Saint-Esprit, 
nous qui voyons dans leur unité la puissance, et dans 
leur ordre la distinction » (c. x). 

On reconnait de suite à ce langage avec quel soin 
Athénagore recherche les meilleures expressions pour 
établir la doctrine de la’sainte Trinité, et combien il est 
plus heureux que Tatien. Pourtant, il y avait à parler de 
l'union substantielle du Fils avec le Père un danger 
sérieux auquel il n’a pas complètement échappé : c'était 
de considérer le Fils comme un simple attribut du Père, 
et le Saint-Esprit comme une émanation de Dieu. Athé- 
nagore comprend très-bien, du reste, l'insuffisance de 
ses spéculations, et n'attend que de la vie future la 


connaissance parfaite de ce mystère : « On nous croit 


pieux (contrairement aux épicuriens) quand nous faisons 
peu d'estime de cette vie, et que nous aspirons à la vie 
future uniquement pour connaitre Dieu et son Verbe et 
la manière dont le Fils est uni au Père, pour savoir ce 
que c’est que l’Esprit, quelle est la nature de leur union 
et en quoi ils different » (c. xın). | 

3. En repoussant l'accusation d’athéisme, l’auteur, à 
l'exemple de saint Justin, parle des anges en même 
temps que de la Trinité. « Nous savons aussi que Dieu 
a créé une légion d’anges et de ministres que le Créateur 
et l’ordonnateur de l’univers a distribués et ordonnés par 
son Verbe, pour maintenir l'harmonie des éléments dans 
le ciel, et dans le monde, et dans ce qui s’y trouve» (c. x). 
Toutefois l’auteur n’entend pas confondre Dieu avec les 
créatures, car il enseigne ailleurs que Dieu a créé les 


10% MANUEL DE PATROLOGIE. 


anges afin qu'ils veillent sur toutes choses; qu'ils 
peuvent, comme l'homme, tomber dans le péché, chose 
impossible à Dieu, comme il est arrivé à quelques-uns 
.qui sont devenus des démons (c. xxrv, xxv). 

4. C’est à tort qu'on a accusé Athenagore de monta- 
nisme : l'expression exagérée d’adultere honnête dont il 
se sert pour qualifier les secondes noces (srpemhe proryela, 
c. xxx), s'explique par le désir de repousser énergique- 
ment le crime affreux de l'inceste dont on chargeait les 
chrétiens. Un vrai montanisme aurait appelé les secondes 
noces un véritable adultere, aloyp& porysla #. 

B. Si l'essai sur la Résurrection des corps n'est pas 
également réussi dans toutes ses parties, il n'en est 
pas moins une des plus remarquables expositions de ce 
dogme si souvent attaqué. 

6. Athénagore est heureux de montrer les merveilleux 
effets que le christianisme exerce sur la vie humaine, 
où il se révèle, non par des paroles mais par les œuvres. 
«On trouve parmi nous, dit-il, un grand nombre de 
personnes qui vieillissent dans le célibat, parce qu'elles 
_ espèrent être unies à Dieu d’une façon plus étroite. Si 
donc nous sommes persuadés que l’état de virginité 
nous unit plus intimement à Dieu, et que les mauvaises 
pensées et les mauvais désirs nous en éloignent, combien 
plus doit-on croire que nous évitons de faire ce dont 
l’idée seule nous effraie » (Legatio, c. xxxm). . 

“ Cf. Kuhn, Dogmatique, 2° vol., De la Trinité. 


S 24. Théophile d’Antioehe (mort en 181). 


Voir les Prolégomènes de Maran et d'Otto (t. VIII), et la Synopsis 
supputationis temporum de Gallandi, t. Il, p. xvi. 

Théophile, élevé aussi dans le paganisme, parvint à 
la connaissance du christianisme et à la foi par la lec- 
ture fortuite des écrits des prophètes. Sixième évêque 

4 Cf. Maran, Prolégom., c. xıv, et Héfelé, p. 78. 








LES APOLOGISTES GRECS. THÉOPHILE D ANTIOCHE. 103 


d’Antioche, il succéda à Eros, probablement en 468. 
Evêque, il eut de grands combats à soutenir contre les 
gnostiques ; il écrivit contre Marcion et contre Hermo- 
gene; mais ces deux livres, de même que les Catéchèses, 
sont perdus. D’autres écrits, tels que : la Genèse du 
monde, des commentaires sur les Evangiles et sur les 
Proverbes de Salomon, une harmonie sur,les Evangiles, 
ne paraissent pas être de lui. Il mourut sous l’empereur 
Commode, en 181, si nous en croyons Nicéphore #. 

Ses trois livres & Autolyque, composés au commen- 
cement du règne de Commode, en 180, furent plusieurs 
fois interrompus. Ils durent leur origine aux observa- 
tions moqueuses qu’un paien nommé Autolyque, person- 
nellement connu de l’évêque, s'était permis de faire sur 
la doctrine des chrétiens à propos de Dieu et de la 
résurrection. 

Dieu, dit Théophile dans le premier livre, ne peut être 
vu des yeux du corps, ni décrit quant à sa forme ; mais 
nous pouvons, si notre œil spirituel est pur, le voir par 
ses œuvres, par la manière dont il dirige le monde; 
nous pouvons le voir aussi dans l’autre monde ( c. ıı- 
vu). « De même qu'on ne peut voir la figure de l’homme 
dans un miroir couvert de rouille, ainsi l’homme ne 
saurait voir Dieu quand le péché est en lui» (c.ı). 
Sur la résurrection, Théophile invoque le témoignage 
du Dieu qui nous a créés, et signale les analogies que ce 
dogme rencontre au sein de la nature et jusque dans les 
fables des paiens. « Quoi! s’écrie-t-il, vous croyez que 
des idoles faites de main d'hommes sont des dieux et 
opèrent des prodiges, et vous douteriez que Dieu votre 
Créateur ait le pouvoir de vous rappeler à la vie » 
(ce. vm)? Certain de l’avenir par le passe et le présent, 
je crois et j’obéis à Dieu. Obéissez-lui et ne soyez point 
incrédule , de peur que, incrédule maintenant, vous ne 


1 Voir des détails sur lui dans son livre Ad Autol., 1, xv1; 11, XXVIN; 
Euseb., IV, 1x, xx, xxıv; Hieron., Catal., c. xxv, et Epist. ad Algas. 


106 MANUEL DE PATROLOGIE. 


connaissance précise et suffisante. « Le Père et le créa- 
teur de l'univers n’a pas délaissé le genre humain, mais 
il Jui a donné la loi, il lui a envoyé les prophètes pour 
l'instruire, afin que chacun renträt en soi-même et ne 
reconnût qu'un seul Dieu » (liv. II, c. xxxıv). Voilà le 
Dieu qu’il faut croire. 
2. Comme la foi des chrétiens en un Dieu invisible et 
à la résurrection des morts paraissait choquer Auto- 
lyque, Théophile lui répond que la foi n’est pas particu- 
lière aux chrétiens, mais qu’elle est la base de tout, 
dans la vie commune comme dans la science : « Pour- 
quoi ne voulez-vous donc pas croire ? Ne savez-vous pas 
que dans toutes les affaires humaines on commence par 
la foi? Le laboureur confie sa semence à la terre; il ne 
moissonnerait rien s’il ne semait pas de confiance. Le 
malade ne peut être guéri qu’en croyant au médecin ; le 
disciple ne peut s’instruire qu’en donnant sa confiance à 
un maître » (liv. I, c. vnr). 
3. Dieu , en soi, est caché ; il ne peut ni être renfermé 
dans une image, ni concu par l'esprit, ni vu des yeux 
du corps. Les termes de lumière, puissance, providence, 
souveraineté, Seigneur, n’expriment pas son essence. 
‚ependant il nous a été manifesté par son Fils. Théo- 
phile, tout en se rattachant à saint Jean, 1, 1-3, dans 
son explication des rapports du Père et du Fils, se rap- 
proche beaucoup des idées de Philon sur le Aoyog évôtaferos 
et rpopogıxös, du Dieu caché et révélé, comme lui-même 
s'exprime. Sans être toujours parfaitement clair quand il 
traite de la personne du Saint-Esprit, cependant il la 
distingue nettement du Père et du Fils, sous le nom de 
Sagesse : « Dieu a engendré avec la sagesse le Verbe ca- 
ché en lui, en le produisant hors de son sein avant la 
création de l'univers. Lors de la creation du monde, les 
prophètes n’existaient pas encore, il n’y avait que la sa- 
gesse de Dieu et son saint Verbe, qui a toujours été avec 
lui» (liv. II, c. x). Ces paroles: « Créons l’homme, » Dieu 


LES APOLOGISTES GRECS. HERMIAS, 407 


ne les a adressées à personne qu'à son Verbe et à sa sa- 
gesse (liv. I, c. vu). Théophile, tout en faisant de l’ex- 
pression frinilé, dont il s’est servi le premier, un heureux 
emploi, n’en considère pas moins les trois jours qui pré- 
cèdent la création de la lumière comme des figures de 
a la trinité de Dieu, du Verbe et de la sagesse » (liv. IT, 
C. XV). 

4. L'auteur dépeint en ces termes l'influence sociale 
du christianisme : « Comme la mer, si elle n’était point 
alimentée par l’affluence des fleuves et des sources, se- 
rait depuis longtemps desséchée par les sels qu'elle ren- 
ferme ; ainsi le monde, s’il n’avait pas eu la loi de Dieu 
et les prophètes pour répandre sur lui la justice, la dou- 
ceur, la misericorde et la doctrine de la vérité, aurait 
vieilli dans le mal depuis longtemps, et serait étouffé 
dans la multitude des péchés. Comme il y a dans la mer 
des îles habitables , pourvues d’eau douce, fertiles, avec 
des rades et des ports propres à servir de refuge à ceux 
qui sont battus de la tempête ; de même Dieu a distribué 
dans l’univers, comme sur une mer orageuse, les diffé- 
rentes églises comme autant d'îles sûres et commodes où 
se conserve le dépôt de la saine doctrine et où se réfu- 
gient tous ceux qui veulent se sauver du naufrage et 
se derober aux foudres de la justice divine » (liv. II, 
C. XIV). 


$ 25. Hermias le Philosophe. 


Voir les Prolégomènes de Maran, Gallandi et Otto (t. 1X, cum 
Meliton. et alior. apolog. fragm.), et l'édition du Atxovpués de Menzel. 
Lugd. Batav., 1841. 


L’opuscule du philosophe Hermias intitulé : Les Philo- 
sophes grecs raillés, en dix chapitres, ou /rrisio gentilium 
philosophorum, compte parmi les plus anciennes apolo- 
gies grecques. . La vie d’Hermias nous est complète- 
ment inconnue, et l’on n’a que des conjectures sur l’é- 
poque où il vécut. A en juger par un passage du discours 


108 | MANUEL DE PATROLOGIE. 


de Tatien, c. xxv, qu'il semble avoir eu sous les yeux, 
et par le tableau animé qu'il fait des erreurs et de la con- 
duite des philosophes, on est autorisé à conclure qu'il 
vivait dans un temps où les philosophes jouissaient en- 
core de tout leur crédit, c'est-à-dire au troisième siècle. 
Quelques-uns l'ont confondu avec l'historien ecclésias- 
tique Hermias Sozomene ; mais la difference de style et 
de methode suffirait seule pour condamner ce senti- 
ment. 

Arme de ce texte de saint Paul : «La sagesse de ce 
monde est folie auprès de Dieu » (I Cor., 1, 19), Hermias 
passe en revue les diverses erreurs des philosophes paiens 
et les raille avec beaucoup de sel et d’esprit. Voici com- 
ment il met en saillie et tourne en ridicule leurs plus 
grossieres contradietions: Si nous leur demandons ce que 
c’est que l’äme, Democrite nous dira que c’est un feu, 
les stoiciens une substance aérienne, Héraclite un mou- 
vement, Hippon une eau reproductive, Critias du sang, 
Dinarque une harmonie. Les uns croient que c’est une 
vapeur distillée par les étoiles, les autres un souffle, 
l'élément des éléments, une unité. 

Quelle diversité d'opinions ! Mais s’ils ne s’accordent 
pas sur la nature de l’äme, peut-être s’entendront-ils sur 
les autres questions qui la concernent. Eh bien, non. 
Les uns disent que l'âme ne survit que peu de temps à 
la mort, les autres qu’elle est immortelle, d’autres qu’elle 
est mortelle ; ceux-ci la font entrer dans un corps animal, 
ceux-là la font se résoudre en une fine poussière, 
d’autres la font émigrer successivement dans trois corps 
d'animaux, et lui assignent dans chacun un séjour de 
mille ans. N'est-il pas étrange que des gens qui ne 
vivent pas un siècle se portent garants pour trois mille 
ans! Comment qualifier de telles opinions? Faut-il les 
appeler niaiseries, fantômes, extravaganees, ou tout cela 
à la fois? 

Incapables de me dire ce qu'est l’âme, les philo- 


LES APOLOGISTES MODERNES. HERMIAS. 109 


sophes peuvent encore beaucoup moins m’enseigner 
quelque chose de vrai touchant Dieu et le monde. 
Heureusement, ils sont armés d’un tel courage, — pour 

"ne pas dire stupidite, — qu'ils n’en sont nullement 
déconcertés. 

Si je tombe entre les mains d’Anaxagore, il me dira : 
Dieu est un être intelligent; il est la source de tout; c’est 
lui qui ordonne et qui meut ce qui en soi n’a point de 
mouvement. Mais voici venir Melissus et Parménide, 
dont le dernier prend la peine de m'expliquer, et de 
m'expliquer en vers, s’il vous plaît, que ce qui est, est 
un être éternel, infini et immobile, et uniforme à tout. 
Je change d'opinions sans m'en apercevoir, et je plante 
là Anaxagore; aussi bien j'entends Anaximène me 
crier de tous ses poumons : Oui, je vous le proteste, tout 
ce qui existe n'est que de l'air; dilaté il devient de l’eau, 
condensé il devient de l’ether et du feu; par sa vraie 
nature, l'air est un corps fluide. 

Tout-à-coup Protagoras me prenant à part : La limite 
et la loi de toutes choses, me dit-il, c’est l'homme; ce 
qui tombe sous les sens est quelque chose; ce qui ne 
tombe pas sous les sens n'existe pas même dans les 
formes de la nature. | 

Mais j'entends Thalès me chuchoter à l'oreille : L'eau 
est l'élément primitif de toutes choses; tout est composé 
d'humidité, tout se résout en humidité et la terre nage 
dans l’eau. Thalès est le plus ancien des Ioniens, pour- 
quoi ne le croirais-je pas ? 

En face de lui, Platon .le grand, l’éloquent Platon, en- 
seigne que Dieu est le principe de tout ce qui existe, de 
la matière comme de la forme. Que faire? Ne dois-je 
point en croire un philosophe qui a construit le char 
même de Jupiter? Mais j’apercois derrière lui son dis- 
ciple Aristote, jaloux de son maitre parce que celui-ci a 
fabriqué le char de Jupiter. Il y a, dit Aristote, deux 
causes fondamentales : la cause active et la cause 


410 MANUEL DE PATROLOGIE. 


passive. La première est l’éther, qui est incapable de 
recevoir quelque chose d’une autre cause que lui; la 
seconde cause se distingue par quatre propriétés : le sec 

et l’humide, le chaud et le froid. La combinaison et le” 
mélange de ces propriétés produit la variété de tous les 
êtres. 

Je serais presque tenté de lui donner raison; mais 
j'entends deux philosophes qui le contredisent ; c'est à 
en perdre les yeux et les oreilles. Espérons que Démo- . 
crite me tirera d’embarras en m'apprenant que ls : 
essences primitives des choses, c’est ce qui estet ce qu : 
n’est pas, l’espace plein et l’espace vide. Le plein opère : 
dans le vide par voie de changement et de transforms .; 
tion. — Combien j'aimerais à rire avec ce bon Démocrit -, 
si Héraclite ne me protestait pas, les larmes aux yeux, .| 
que le feu, par cela même qu'il a la propriété d’epaissir, . 
d’amineir, d’unir et de séparer, est la cause de tous :, 
les êtres. Mi 

Je suis saturé, et la tête me tourne comme si j'étais :. 
ivre. Que ferai-je ? Epicure me supplie en grâce de ne. 
point dédaigner son admirable système des atomes el de. 
l'espace vide, lorsqu'il est interrompu par Pythagore a t 
ses disciples, qui s’avancent dans un silence solennel. » 
comme s’ils avaient de grands mystères à m’apprendre.. 
Et de fait, c’est bien le plus profond de tous les nn 
que celui auquel ils m’initient. 2 l’a dit, le commente, 
ment de tout, c'est le monade (l’unité) ; ses figures et su. 
nombres divers sont les éléments, et c'est par «@. 
éléments qu'ils expliquent la nature, la forme et la me, 
sure. Pythagore est vraiment le géomètre de l'univers. ‘ 

C'en est fait désormais. Adieu patrie, femmes et en 
fants. Je vais prendre la mesure de Pythagore, monte, Pe 
dans l’éther et parcourant toutes les régions de la ter "nl 
mesurer et compter tout, afin que Jupiter ne soit plus. 
seul qui sache et connaisse toutes choses. Ce monde pe. ”" 
couru, j'en explorerai un second, un troisième, ®: ra 

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LES APOLOGISTES GRECS. 8. CLEMENT, ORIGÈNE. 144 


uatrième, un centième, un millième; et ensuite ? tout 
est-il pas ténèbres, ignorance, tromperie grossière ? 
aut-il que j'énumère encore les atomes dont se com- 
osent les mondes, qui sont eux-mêmes innombrables ? 
lon; je crois qu’il y a quelque chose de meilleur et de 
lus utile 1. | 


$ 26. Clément d’Alexandrie et Origène. 


Pour compléter la littérature apologétique des Grecs, 
sous devons mentionner encore saint Clément d’Alexan- 
irie et Origene, à raison de leurs apologies, sauf à 
revenir plus tard sur les autres écrits, beaucoup plus 
nombreux, où ils se sont principalement appliqués à 
wmbattre les hérétiques et à travailler au développe- 
ment de la science chrétienne. 

Sur le terrain de l'apologie, nous devons à saint 
Uément une Exhortation aux Gentils, en douze cha- 
bires?, rédigée vers l’an 144. Saint Clément lui-même 
k mentionne au septième livre de ses S{romates ; Eusèbe 
a d'autres auteurs en parlent également. 11 débute par 
we belle et poétique comparaison, quoique trop dé- 
kyée : « Une ancienne fable rapporte qu’Amphion de 
Tèbes et Ariou de Méthymne étaient tellement habiles 
ichanter que celui-ci attirait les poissons et que l’autre 
kinit venir les pierres autour de sa ville et en avait 
mé un rempart. On dit même qu'Orphée, par sa mu- 
Su, apprivoisait les bêtes féroces. Ces chantres, cepen- 
at, tout parfaits qu'ils étaient, n’en ont pas moins 
ali les hommes, implanté et affermi l'idolâtrie. Il 
lea pas été ainsi de mon chantre, qui était venu pour 
kiverser en peu de temps l'empire des démons. Il a 
Aprivoise les plus féroces animaux que nous connais- 











Datinger, Esprit de la tradition chrétienne, 1 vol., p. 133. 

h ‘pp. Clement. ed. Potter, t. I; Migne, ser. græc., t. VIII. Cf. 
“\ry, Dissertatio 1 de Cohortatione ad gentes apparatus ad bibl, 
141, et Migne, ser. grec., t. IX, p. 797 seq. 


419 MANUEL DE PATROLOGIE. 


sions, les hommes; il a apprivoisé les animaux ailes, 
c'est-à-dire les hommes légers; les animaux rampants, 
c'est-à-dire les voluptueux; les lions, c'est-à-dire les 
hommes vindicatifs; que dis-je? il a ébranlé jusqu'à la 
pierre et au bois, je veux dire les hommes stupides et 
grossiers; car un homme plongé dans l'ignorance est 
plus insensible que le bois et la pierre : réalisant ainsi 
cette parole miséricordieuse du prophète : « Dieu est 
assez puissant pour susciter des pierres des enfants 
d'Abraham » (c. 1). 

Mon chantre, le Verbe divin, plus ancien que tous les 
chantres du paganisme, s’est toujours intéressé aux 
hommes, séduits et rendus malheureux par les démons. 
Il leur a d’abord envoyé des prophètes, puis il est venu 
lui-même pour les initier à la vraie connaissance de 
Dieu. | 

Pour attirer les païens, Clément leur montre d’abord 
les inepties et les contradictions de leur mythologie, 
l'obscénité et la cruauté du culte des dieux; il cite les 
différentes espèces de religions, leur origine; mais il 
leur montre surtout l’inanité de leurs mystères, et en 
cela il fait preuve d’une connaissance plus exacte de 
l'ensemble du paganisme que les précédents apologistes 
(c. u-Iv). 

De la religion Clement passe à la philosophie des 
paiens; plusieurs de leurs philosophes ont enseigné de 
Dieu des choses tout-a-fait absurdes, et les meilleurs 
eux-mêmes, Platon, Antisthenes, Cléantes et Pythagore, 
n'ont que des doctrines insuffisantes et contradictoires 
(c. v-vi). Les poètes ont fait pis encore (c. vn). 

Il exhorte ensuite les paiens à renoncer à de pareilles 
erreurs et à revenir au Dieu unique, que leurs poètes et 
leurs philosophes ont signalé cà et là, mais à qui les 
prophètes, la sibylle et les saintes Ecritures des Hébreux 
. ont rendu le témoignage le plus précis. C'est là qu’on 
trouve de solides maximes de conduite, un court chemin 





LES APOLOGISTES GRECS. S. CLEMENT, ORIGÈNE. 113 


pour arriver au bonheur, sans paroles éblouissantes et 
flatteuses. L'homme est affranchi des liens du péché, 


abrité contre de funestes erreurs et conduit sûrement à : 


la félicité promise. Il y a plus : le Verbe de Dieu vous 
adresse lui-même la parole, afin de vous faire rougir de 
votre incrédulité, le Verbe de Dieu fait homme, afin que 
vous appreniez d'un homme comment l’homme peut 
devenir Dieu. 

Croyez-en donc, Ô hommes, celui qui est à la fois 
homme et Dieu. Croyez-en, ö hommes, le Dieu vivant 
qui a souffert et qui est adoré. Croyez-en, Ô vous tous 
qui êtes hommes, celui qui entre tous les hommes est 
le seul qui soit Dieu, et recevez le salut en récompense. 
Le plus beau chant qu'on puisse adresser à Dieu, c’est 
l'homme immortel, qui est instruit dans la justice et 
dans le cœur duquel habite la vérité. Puisque le Verbe 
de Dieu est venu lui-même à nous, nous n’avons plus 
besoin de fréquenter les écoles de la sagesse humaine 
qui se trouvent à Athènes, dans le reste de la Grèce et 
dans l’Ionie. L'univers entier est devenu, grâce à lui, 
une Athènes et une Grèce. Le soleil de la justice se 
répand sur l'humanité entière comme le soleil matériel 
éclaire toutes choses. La mort même, il l’a crucifiée pour 
en faire jaillir la vie; il a arraché l’homme à sa perte 
et l’a transplanté dans une vie impérissable (c. vın-xı). 

Fuyez donc les mauvaises habitudes, les pernicieuses 
erreurs; alors le Verbe de Dieu sera votre guide et le 
Saint-Esprit vous conduira à la porte du ciel. Vous y 
entrerez, vous verrez Dieu face à face et vous goûterez 
cette félicité dont nulle oreille n’a entendu parler et que 
l'esprit de l’homme n’a jamais comprise. L’eternel Jésus, 
le seul grand prêtre du Dieu unique, prie lui-même pour 
les hommes et leur adresse cette invitation : Venez à 
moi et je vous communiquerai tous les biens que je 
possède ; je vous donnerai l’incorruptibilite, la connais- 
sance de Dieu, moi entier (c. xn1). 

| N 


114 MANUEL DE PATROLOGIE. 


2. Le travail apologetique d'Origène a un tout autre 
caractère. 1l l’écrivit al’instigation de son ami Ambroise, 
d'Alexandrie, en refutation de l'ouvrage que Celse, philo- 
sophe épicurien, avait lancé contre le christianisme un 
siècle auparavant (vers 150), sous le titre de Discours 
véritable. La défense d’Origene, divisée en huit volumes 
et intitulée Contre Celse!, est une des meilleures apolo- 
gies de l’antiquite. Elle fut composée vers l’an 249. 

Dans sa dédicace à Ambroise, Origène déclare que c'est 
à contre-cœur qu'il a entrepris la réfutation de ce livre 
détestable. « Notre Seigneur et Sauveur s’est tu quand 
on a rendu contre lui de faux témoignages en justice, 
convaincu que sa vie et les œuvres qu'il avait faites 
parmi les Juifs protégeraient beaucoup mieux son inno- 
cence contre les témoins et les accusateurs mensongers, 
que tout ce qu'il pourrait dire pour sa défense. — Pour- 
quoi donc, mon pieux Ambroise, m’avez-vous demandé 
de réfuter les erreurs et les calomnies de Celse contre les 
chrétiens et contre la foi de nos fidèles? Est-ce que la 
chose n'est pas assez forte d'elle-même pour repousser 
tous ces blasphemes? Notre doctrine n'est-elle pas plus 
puissante que n'importe quel écrit pour détruire tous 
les faux témoignages et enlever à tous les griefs les 
apparences même de la vérité ? Qui est-ce qui nous Sépa- 
rera de l’amour de Dieu ? Sera-ce l’affliction ou l’angoisse, 
la persécution ou la nudité, ou le péril ou le glaive, 
ainsi qu'ilestécrit : Rien ne pourra jamais nous séparer de 
l'amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur®?.» 

Il se peut néanmoins que, parmi le grand nombre de 
ceux qui se nomment chrétiens, il se trouve des « faibles 
dans la foi? » qui auront été ébranlés par des paroles 
de Celse et de ses affidés. Je me suis donc résolu 
d’obeir à votre ordre, d'autant que l’Apôtre nous avertit 
de « prendre garde que personne ne nous surprenne 


1 Op. Orig., par De la Rue, t. I, éd. Bénéd.; Migne, t. XI, ser. gr. 
— 4 Rom., VIN, 35 et suiv. — 8 Rom. XIV, 1. 


LES APOLOGISTES GRECS. S. CLEMENT, ORIGÈNE. 1195 


: par la sagesse mondaine et par de vaines tromperies !. » 
Origène suit pas à pas son adversaire, ce qui nous 
: permet de mieux apprécier l'ouvrage de Celse, aujour- 
_ d'hui perdu. Mais cette méthode expose à de fatigantes 
- répétitions et brise l’enchainement des idees ?. L’effort 
.. principal de Celse est de faire passer Jésus-Christ et les 
_ apôtres pour des imposteurs ; il combat chacun des 
.. dogmes chrétiens par un rationalisme tres-accentue. Il 
_ reproche au christianisme de n’exiger que la foi, et aux 
.. chrétiens d’avoir sans cesse ces mots à la bouche : Ne 
… Cherche pas, mais crois. 
. La foi, répond Origène, serait déjà nécessaire par 
cette seule raison que la plupart des hommes, absorbés 
. par les soins de la vie matérielle, n’ont ni assez d’intelli- 
_ gence ni assez de loisirs pour examiner; que la majorité 
. du genre humain, privée de la foi, ne parviendrait 
jamais à la vérité. Du reste, qu’on examine seulement 
si notre foi ne s’accorde pas avec les doctrines communes 
et les opinions que leur nature elle-même nous suggère, 
si des milliers d'individus n’ont pas été corrigés par elle 
et tirés de Ja fange du péché et du vice; tandis que les 
prétendus sages, esclaves des passions de leur cœur, 
tombent dans toutes sortes de folies 5. Et puis, si nous 
exhortons certains hommes à croire parce qu’ils ne 
peuvent rien au delà, il en est d’autres à qui nous nous 
efforcons, par des questions et des réponses, de donner 
des convictions solides. Ainsi nous ne disons pas seule- 
ment, selon le reproche ironique de notre blasphémateur : 
Croyez que cet homme injurié, bafoué, puni d’une mort 
ignominieuse, est le Fils de Dieu; nous tächons encore 
d'appuyer toutes ces affirmations de preuves plus fortes 
encore que celles que nous avons déjà fournies*. 
Reprenant une à une les accusations et les insultes de 


!Col., u, 8.—2Keliner (Hellénisme et Christ.) a réuni dans un ordre 
systématique les objections de Celse (Cologne, 1865). — 3 1, 9; m, 40 
et 47, — à Lib. VI, c. x. 


416 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Celse, Origène examine s’il est vrai que le christianisme 
ait une origine barbare, c’est-à-dire juive! ; il venge la 
personne du Christ, son origine, sa vie et ses souffrances, 
des reproches que Celse lui adresse par la bouche d’un 
juif insolent ?. Il fait de même par rapport à la divinité 
du Christ et à sa descente du ciel pour racheter l’huma- 
nité coupable®. Il sied bien aux païens, dit-il ironique- 
ment, avec leur théologie fabuleuse, de railler les 
doctrines de l’Ancien Testament. Quoi de plus vénérable 
que les saintes Ecritures, surtout que les écrits de Moïse, 
plus anciens que tous les monuments littéraires du paga- 
nisme ! Si Celse y a trouvé des choses qui l’ont choqué, 
cela prouve simplement qu'il ne les a pas bien comprises. 

Arrivant à la création et à l’origine du bien et du mal, 
Origène s’élève contre les folles idées de Celse sur les 
animaux soi-disant doués de raison“. Il explique la 
notion des anges, telle qu'elle est présentée dans 
l'Ancien et dans le Nouveau Testament, la résurrection 
dernière, la fin du monde, les diverses institutions et 
coutumes de l'Ancien Testament; il montre enfin le 
rapport qui existe entre le judaïsme et le christianisme. 

Les sixième et septième livres roulent sur différents 
sujets, et notamment sur la comparaison que Celse avait 
instituée entre les idées de Platon et les maximes de 
l'Evangile’, entre Satan et l’Antechrist, sur le Saiat- 
Esprit et ’Incarnation®, sur les propheties”, sur la con- 
naissance de Dieu $. 

L'auteur termine en passant en revue les pratiques 
extérieures du christianisme. Celse, qui les trouvait 
étranges, objectait que les chrétiens n'avaient ni temples, 
ni autels, ni statues des dieux ; qu'ils se retiraient de la 
vie publique, ne faisaient rien pour le bien de l’Etat, 
vivaient dans une condition misérable, persécutés, toutes 

1 ], c. I-XXVL — 3], xxvus; I, Lxxvu. — 8 I, IV, xx. — ® IV, 
XXIU-XCIx. — 6 VI, xx, — 6 VI, LXIX-Lxxx. — 7 VII, ExxI. — 8 VII, 
XXXVI-LII. 


LES APOLOGISTES GRECS. ÉCRITS FALSIFIÉS. 417 


choses qui ne donnaient point une idée favorable de la 
puissance du Dieu qu'ils adoraient‘. 

La lecture de ce grand ouvrage apologétique laisse 
dans l'âme une douce impression. Ii est beau de voir 
Origene, au milieu de tant de persécutions, en butte à de 
si perfides attaques, non-seulement conserver l'espoir 
que le christianisme restera triomphant, mais avoir le 
courage de déclarer à la fin de son ouvrage qu'il se 
réjouit à la pensée qu’un jour « il sera la seule religion 
dominante ?. » Ce qui le confirme dans cette conviction, 
«c’est qu'il pourrait démontrer par une multitude de 
miracles que la religion chrétienne est soutenue par une 
assistance surnaturelle. Il ne se fait point de miracles 
chez les juifs ; parmi les chrétiens, ils ne discontinuent 
pas ; il s’en produit même de temps en temps qui sur- 
passent tout ce qu'on a jamais vu jusque-là. Si nous 
méritons quelque confiance, nous dirons que nous- 
mêmes en avons été témoin.» « On voit encore aujour- 
d’hui parmi les chrétiens les traces de l’Esprit qui est 
descendu autrefois sous forme de colombe. Les chrétiens 
chassent les démons, guérissent toutes sortes de mala- 
dies, prédisent l’avenir quand il plait au Verbe. Plusieurs 
même ont été poussés à la foi chrétienne comme malgré 
eux, parce que, soit dans un songe, soit dans une vision, 
une certaine vertu divine les avait tellement ébranlés et 
si profondément changés que non-seulement ils cessèrent 
complètement de la hair, mais voulurent encore la dé- 
fendre au prix de leur vie*. » 


& 27. Ecrits interpolés et falsifiés. 


J. Alb. Fabricius, Codex apocryphus N. Test., Hamb., 1749, vol. I, 
lertio vol. auct. ed. 2%, Hamb., 1743; Codex apocryph. N. Test., 
op. et stud. J. C. Thilo, t. I, Lips., 1832; Tischendorf, Acta Apost. 
apoc., Lips., 1851, et Evang. apocr., Lips., 1853. 


1. Evangiles et Actes des apôtres apocryphes, où l'on a 


VIN, Lau; VII, Lxxvi. — 2% VIU,Lx VIN . — 9 XI, vu —®1, XLVI. 


118 MANUEL DE PATROLOGIE. 


prétendu combler les lacunes des Evangiles et des Actes 
des apôtres, et expliquer le merveilleux qu'ils renfer- 
ment par des récits habiles quelquefois, mais le plus 
souvent imaginaires et fastidieux. Il y a là quelques 
pièces d’une haute antiquité, comme le protoévangile 
de saint Jacques, qui paraît avoir été connu de saint 
Justin et de saint Clément, et qu'on cite sous le nom 
d’Origene !. 

2. Les oracles sibyllins, prédictions attribuées à des 
femmes connues des paiens sous le nom de sibylles (de 
euÿ, dialecte éolien, au lieu de 6e0ù, et de Bu, au lieu 
Bou, pour rpogäiris, qui annonce les desseins de Dieu). 
Suivant Varron, l'ami de Cicéron, on en comptait dix : 
celles de Perse, de Lybie, de Delphes, des Cimériens, 
d’Erythres, des Sabins, de Cumes, de l’Hellespont, des 
Phrygiens et des Liburnes. Leurs oracles jouissaient 
d'un grand crédit. Nous le savons entre autres par les 
exigences de la sibylle de Cumes, qui demanda à Tarquin 
la somme de neuf cents pièces d’or pour neuf livres d’o- 
racles, somme qu'elle obtint plus tard pour trois livres 
seulement, les six autres ayant été brülés*. Malgré l’a- 
version des chrétiens pour les oracles du paganisme, des 
auteurs estimés, tels que Justin, Théophile d’Antioche, 
Lactance, saint Jérôme, saint Augustin, etc., n’ont pas 
craint de dire qu'ils parlaient « sous l'inspiration d’une 
divinité supérieure, » summi numinis afflatu ; aussi leurs 
prédictions ont-elles été souvent comparées et confron- 
tées avec celles de l'Ancien Testament. L’Eglise elle- 
même s'est rangée à cette opinion en insérant dans le 
Dies iræ le fameux Teste David cum sibylla. 

Les oracles des sibylles ont été détruits par divers in- 
cendies du temps de Marius et de Sylla; ceux qui avaient 

1 En allemand par Borberg, Stuttg., 1840, 2 vol. Voir les articles 
de Movers dans l’Encyclop. de la théol. cath., édit. Gaume, intitulés: 
Littérature des Apocryphes, et les Pseudoépigraphes de Hofmann, 


dans la Real-Encyclop. de Herzog, 12e vol. 
3 Cf. Lactant., De instit., lib. I, c. vi. 


LES APOLOGISTES GRECS. ÉCRITS FALSIFIÉS. 119 


échappé à ce premier fléau, l'ont été sous Néron. Comme 
ces oracles annoncaient souvent les destinées futures de 
l'empire romain, les empereurs essayèrent de les resti- 
tuer en s’aidant de la tradition verbale et des allegories 
éparses çà et là ; de leur côté, les apologistes chrétiens 
les ont souvent invoqués à l'appui de leurs doctrines, 
notamment pour démontrer que le Sauveur du monde 
avait été annoncé aux paiens aussi bien qu'aux Juifs, 
etque son apparition réalisait les deux ordres de pro- 
phéties. Ceux qui suosistent encore aujourd’hui, aug- 
mentés des découvertes d’Angelo Mai, comprennent qua- 
torzelivres, ou plutôt douze, car le neuvième et le dixième 
manquent ; ils sont en hexamètres grecs. Du premier au 
troisième siècle , les juifs et les chrétiens les ont ou am- 
plifies ou interpoles; et déjà avant Jésus-Christ, les Juifs 
les avaient alteres dans le sens de leurs idées messiani- 
ques !, Parmi ces pieces, on remarque surtout le fameux 
acrostiche : ’Incoüs Xpiorög Beoû vid cwrho araupds, liv. VIIT, 
217-250, relatif à «la venue de Jésus-Christ pour le ju- 
gement dernier. » La littérature chrétienne l’a souvent 
cité et commenté ?. 

3. Un autre prophète païen cité fréquemment par les 
apologistes, Hydaspes, aurait également annoncé Jésus- 
Christ. D’après Lactance, il vivait avant la guerre de 
Troie; selon d’autres, il était contemporain de Zoroastre. 
Les oracles qu’on lui attribue sont évidemment inter- 
polés. Les apologistes mentionnent aussi Hermès l'Egyp- 
lien , auquel les prêtres de ce pays font honneur de tout 

leur savoir. On l’a surnommé Trismégiste, à cause de 
ses trois fonctions, de roi, de prêtre et de docteur. Les 
écrits publiés sous son nom n’ont pas été rédigés par lui; 


1 Cf. Oracula sibyllina, ed. Friedlieb, Lips., 1853, renfermant le 
résultat de nombreuses recherches historiques, avec des remarques 
et une traduction en mètres allemands. 

2 Aug., De civ. Dei, lib. XVIII, c. xxıuı et XXvII. 

8 Justin., Apol., I, c. xLIv; Clem. Alex., Stromat., lib. VI, c. v. 


Tr MAXTEL DE PATROLOGE. 

on me D attribue que le iond des 18e Les ciwéfiens 
ctaemt principalement le dialogue Aicipss (em dx 
en |. ami que ie Permander. Ce dermier se ocmpos 


que Le mot fs, surtout dans le Pæmander, prouvent 
évidemment que ce morceau a «ie mierpole par des 
chretiens. 

Voir l'Aoclepius dans Téditico Operem Hermetis, pur Ficin, Vene, 
1683, souvent réampramé. Hermefis trismeg. Paœmanèrer, sd. Parthey, 
Berol. 1655 Mahler, Petrciogie, p. 952 Kellner, Bollinisme et 
Christianisme, p. 238. 

4. Testamentum XII patriarcharum. Hahilement redige 
dans Vıdwme helleniste. et remarquable par ses des- 
eriptions. cet ouvrage peut remonter à la fin du 3 
siècle ou au commencement du deuxième siècle de l’ere 
chrétienne. Une citation de saint Paul‘, et la ruine de 
Jérusalem présentée comme le plus grand châtiment des 
Juifs, révelent un auteur chrétien. A l'exemple de Jacob ? 
expirant. l’auteur met dans la bouche des douze pro- 
phetes. à l’adresse de leurs survivants, des exhortations 
et des sentences prophétiques conformes au caractère 
que l’Ancien Testament et la tradition juive leur attri- 
buent. Les propheties. particulièrement expressives, sur 
l'apparition du Christ en tant qu’Agneau de Dieu. Sau- 
veur du monde, premier-né , sur sa passion et sa résur- 
rection, sur la rupture du voile du temple. montrent que 
l’auteur visait à faciliter l'introduction du christianisme 
parmi les Juifs, comme les sibylles l'avaient fait parmi 
les païens. 

Editeurs : Grabe, dans le Spicilegium, tome I; Fabricii Codex apo- 


1 1 Thess., 11, 16. — ? Gen., c. XLIX. 


LES POLÉMISTES GRECS. S. IRÉNÉE. 194 


eryphus,t. I; Gallandii Biblioth., t. I; Migne, ser. grecq., t. LI. Voir 
des extraits dans Deutinger, Esprit de la trad. chrét., 1 vol., p. 40. 


ADVERSAIRES DES HÉRÉTIQUES (POLÉMISTES ): 
REPRESENTANTS DE LA SCIENCE CHRÉTIENNE PARMI LES GRECS. 


5 28. Saint Irénée, évêque de Lyon (mort en 202). 


Voir trois dissertations en tête de l'édition de saint Irénée, par 
Massuet, Paris, in-folio, 1712; Venet., 1735; les Prolégomènes de 
l'édition de Stieren, Lips., 1853, 3 vol. L'un et l’autre, complétés en 


partie, dans Migne, ser. grecq., t. VII. 


Saint Irénée naquit dans l’Asie-Mineure, probable- 
ment entre les années 135 et 140, car lui-même assure 
qu'il avait assisté, dès sa première jeunesse, aux lecons 
de saint Polycarpe parvenu alors aux dernières limites 
de la vieillesse, et qu'il avait été instruit par lui dans la 
vérité chrétienne‘. Selon saint Jérôme, Papias aurait 
aussi été son maître. On reconnaît à ses écrits que les 
philosophes et les poètes païens ne lui étaient pas moins 
familiers que la théologie, omnium doctrinarum curiosis- 
fimum exploratorem, dit Tertullien ?. Pendant la cruelle 
. Persecution qui sévit sous Marc-Aurèle, il se trouvait 

dans les Gaules, auprès de Pothin, évêque de Lyon. 

Pothin et les confesseurs de cette ville l’envoyerent à 
Rome, auprès du pape Eleuthère, muni d’un écrit relatif 
aux montanistes, où il était recommandé comme un fer- 
vent « zélateur de la loi du Christ » (177). Quand Pothin 
eut obtenu la palme du martyre, Irénée fut choisi pour 
lai succéder (178). Sa sollicitude féconde ne se borna 
pas aux seules églises de la Gaule ; champion infatigable 
de l’unité de la foi et des traditions apostoliques contre 
les fausses spéculations des gnostiques, il maintint la 
paix entre l’Orient et l’Occident en intervenant dans la 


! Euseb., Hist. eccl., V,xx. — % Adv. Valent., c. v. 


122 MANUEL DE PATROLOGIE. 


querelle qui avait éclaté entre le pape Victor et les évêques 
asiatiques sur la question de la pâque et qui avait failli 
dégénérer en schisme, vérifiant ensuite la signification 

pacifique de son nom d’Irenee ‘. « Lien de l'Orient et de 

l'Occident, saint Jrenee, venu de l'Orient, nous avait ap- 

porté ce qu'il y avait appris aux pieds de saint Polycarpe, 

dont il était le disciple ; le plus grand prédicateur de la 

tradition parmi les anciens, on ne pouvait pas le soup-. 
conner d'avoir voulu innover ou enseigner autre chose 

que ce qu'il avait recu des mains des apôtres ?. » Marty- 

risé, avec plusieurs fidèles, pendant la persécution de 

Septime Sévère, il mourut en 202, le 28 juin, d’après le 

martyrologe romain. 

De ses écrits, si nous exceptons son grand ouvrage 
contre les gnostiques, il ne reste guère que des frag- 
ments et des titres mentionnés dans Eusebe et saint 
Jérôme. Ce sont : une lettre ou traité adressé à Florin de 
Rome, son ancien condisciple, attaché plus tard à la secte 
des gnostiques ; — de la Monarchie, où il démontre que 
Dieu n’est pas l’auteur du mal ; — contre le même Sur 
le nombre huit, ou sur les huit éons de Valentin ; — du 
Schisme, à Blasus, prêtre romain, imbu des mêmes idées; 
— de la Science; — de la Prédication apostolique; et un 
recueil de traités sur différents sujets. Saint Irénée avait 
manifesté l'intention de réfuter Marcion dans un ouvrage 
spécial : nous ignorons s’il l’a fait. — Quant aux quatre 
fragments découverts à la fin du dernier siècle dans la 
bibliothèque de Turin, par Pfaff, chancelier de l’univer- 
site de Tubingue, avec cette inscription : d’Irénée, ils 
lui appartiennent difficilement. 


1 Euseb., Hist. eccl., V, xxıv, à la fin. 

2 Bossuet, Defense de la trad. et des saints; Pères, part.u, liv. VII, 
c. XVU. (Addition du trad.) 

8 Voir des détails sur lui dans : Iren., Adv. heres,, Il, m etw; 
Tertul., De testim. animæ, c. 1; Adv. Valent., c. v; Euseb., Hist., 
V, IV, V, VII, VIII, XX, XXIV; Hieron., Catal., c. xxXV; Ep. LI (xxx); 
Greg. Turon., Hist. Franc., 1, XXVII et xxIx. 


LES POLÉMISTES GRECS. S. IRÉNÉE. 193 


Nous n'avons donc que son grand ouvrage en cinq 
livres, intitulé : Detectio el eversio falso cognominatæ gno- 
sis, cité ordinairement depuis saint Jérôme sous le nom 
de : Adversus hæreses; libri V. Il n'existe de l'original 
que les chapitres 1-xx1 du premier livre et quelques frag- 
ments détachés. Mais nous en avons une traduction la- 
tine complète et très-littérale, peut-être contemporaine 
du texte : Tertullien s’en servait déjà. | 

Le premier livre expose le gnosticisme de Valentin, 
dont le marcosianisme, qui en derivait, avait envahi le 
sud de la Gaule. L’auteur relève jusqu’à seize variations 
dans la doctrine des valentiniens et montre ses affinités 
avec les anciennes erreurs de Simon le Magicien. Ces 
détails sont fastidieux, dit-il; du reste, il suffit d’ex- 
poser de telles doctrines pour les réfuter ; victoria ad- 
versus eos manifestalio sentenliarum eorumi. a Grâce 
à cette étude approfondie de la gnose, dit Dorner, saint 
Irénée a pu constituer le trésor de la science chré- 
tienne, et jeter un vaste regard sur l’organisme de la 
doctrine. » 

Le deuxième livre est consacré à la refutation. [rénée 
fixe le centre de la controverse en prouvant l'unité de 
Dieu, principe fondamental auquel nul autre ne peut être 
comparé. Puis il examine chaque point particulier du 
système de Valentin, le bythos, le plérome, les princi- 
paux éons et la doctrine de Valentin sur chacun d’eux; 
il flagelle surtout de sa verve spirituelle et mordante les 
étranges contradictions du système des éons et les abus 
excessifs de l'interprétation allégorique. Déjà, dans le 
premier livre, en développant la notion du gnosticisme, 
il avait fait remarquer que si la mer était le produit des 
larmes versées par Sophia-Achamoth, l'eau douce ema- 
nait probablement de sa sueur. Il démontre que la doc- 
trine des gnostiques sur l’éon Jésus est inconciliable avec 
l'Ecriture. Mais ce qui prouve l'erreur évidente des 

! Lib. I, c. xxxı. 


124 MANUEL DE PATROLOGIE. 

gnostiques, « c'est qu'ils n'ont jamais été capables, 
comme les vrais croyants, d'opérer des miracles. » Il 
termine, en réfutant leur théorie sur la métempsycose, 
sur la pluralité des cieux et cette assertion] que les pro- 
phetes de l’Ancien Testament étaient les ministres de 
différentes divinités. 

Au troisième livre, saint Irénée établit que la doctrine 
des gnostiques n’a rien de commun avec le christianisme 
annoncé aux apôtres par le Christ, proclamé unanime- 
ment dans tous les temps et les lieux par les évêques, 
successeurs des apôtres. Tantôt c'est la sainte Ecriture 
qu'ils rejettent comme étant falsifiée, tantôt c'est la tra- 
dition. Si on leur cite la tradition telle que les évêques 
depuis les apôtres l’ont transmise dans leurs Eglises, ils 
la repoussent, se croyant plus sages que les apôtres et 
les évêques. Saint Irénée expose ensuite la doctrine des 
apôtres sur l'unité de Dieu, la génération éternelle du 
Verbe, la divinité et l'humanité du Christ; il insiste 
surtout, en face du docétisme des gnostiques, sur la véri- 
table humanité du Christ et sa naissance d’une vierge. 

Au quatrième livre, il démontre l’unite de Dieu et les 
relations du Verbe avec le Père, principalement par 
l'Ecriture. Il n’y a point contradiction, dit-il, entre l’Ancien 
Testament et le Nouveau : l’un et l’autre viennent d'un 
seul et même Dieu, quoi qu’en disent les gnostiques. Les 
vrais croyants ont donc la même foi que les anciens 
patriarches et les prophètes, tandis que les gnostiques 
ont répudié cette véritable tradition : l'absence de martyrs 
chez eux suffirait à le prouver. En finissant, saint Irénée 
attaque la doctrine des gnostiques par les différences 
morales qu’on remarque chez les hommes. 

Dans le cinquième livre, il établit derechef que Jésus 
est né d’une vierge, qu’il a revêtu la nature humaine 
dans toute sa plénitude, et non pas seulement en appa- 
rence ; c’est pour cela qu’il a répandu pour nous son vrai 
sang, que dans l’Eucharistie il peut nous offrir sa veri- 








LES POLÉMISTES GRECS. S. IRÉNÉE. 135 


table chair, et qu'il est aussi ressuscité dans notre chair. 
L'auteur arrive ainsi à démontrer notre résurrection 
future et à résoudre les objections qu'on y oppose. Après 
avoir dit que les erreurs qu'il combat sont toutes posté- 
rieures au temps des apôtres et de leurs disciples, il 
termine en élucidant les vérités qui se rapportent à la 
rédemption. 

Sur les éditions de saint Irénée, d’après l'édition princeps 
d’Erasme (Basil., 1526, souvent rééditée), Stieren donne des ren- 
seignements développés et exacts dans le tome Ier, p. XXIV-XXXIV, 
de son édition. Les plus estimées sont celle du bénédictin Massuet, 
Paris, 1712, in-folio, réimprimée à Venise, 1734, avec les fragments 
découverts par Pfaff et des éclaircissements ; celle de Stieren, Lips., 
1853, in-80, 2 vol. Ces deux dernières ont été réimprimées par Migne, 
ser. grecq., t. VII, avec de nouvelles notes critiques et littéraires, et 
complétées par les Select annotationes variorum. Voir dans Massuet 


Dissertationes III previe : 1. De hæreticis quos Irenœus recenset ; 
2. De Irænei vita et libris; 3. De Irenei doctrina. 


Doctrines et vues particulières de saint Irénée!. 


1. Nous savons que les saintes Ecritures sont par- 
faites (perfeclæ), puisqu'elle émanent (diciæ) du Verbe de 
Dieu et de son Esprit?. Pour le Nouveau Testament, 
Irenee cite les quatre Evangiles, les Actes des apôtres, 
les treize Epitres de saint Paul, la première de saint Jean 
et l'Apocalypse; il fait aussi allusion à l’Epitre aux 
Hébreux, à celle de saint Jacques et à la première de 
saint Pierre. Il insiste principalement sur l’autorite dont 
les quatre Evangiles jouissent dans l'Eglise ; il les com- 
pare aux quatre parties de la terre et aux quatre vents 
principaux 5. La vraie et complète intelligence de l'Ecri- 
ture ne se trouve que dans l'Eglise *. 

2. La tradition, toujours en vigueur dans l’Eglise, 

1 Cf. Massuet, De Iren. doctrina; Lumper, Hist. theol. critica, t. Il; 
Moehler, Patrol., p. 344; Dorner, la Doctrine touchant la personne de 
Jésus-Christ, 2e édit., p. 465. 


.  % De hæres., lib. II, c. xxvıu, n. 2.— 3 Jbid., lib. II, c. x1, n. 8. — 
% Ibid., lib. IV, c. xxxVIL, n. 4. 


126 MANUEL DE PATROLOGIE. 


quoique rejetée des hérétiques, est utilisée par l’auteur 
comme une des sources de la théologie scientifique '. 
La tradition des apötres est connue dans le monde; il 
suffit d'ouvrir les yeux pour la reconnaitre. « Nous 
pouvons énumérer les évêques établis par les apôtres 
dans les Eglises, de même que leurs successeurs, jusqu'à 
nous. Ceux-ci doivent certainement savoir ce que les 
apôtres ont enseigné*.» Considérant les évêques comme 
les organes de la tradition , saint Irenee est prêt à 
établir leur légitime succession dans toutes les Eglises 
apostoliques. Pour n'être pas trop long, il se borne aux 
Eglises de Smyrne et d’Ephöse, et surtout à celle de Rome, 
fondée et érigée par les deux célèbres apôtres Pierre et 
Paul. « C’est donc dans cette Eglise, et non ailleurs, qu'il 
faut chercher la vérité, puisque c’est là que les apôtres 
ont déposé, comme un riche héritage, l'ensemble de la 
vérité. Quoi donc? Si une dispute éclatait quelque part 
sur une question insignifiante, ne faudrait-il pas re- 
courir aux plus anciennes Eglises pour savoir à quoi 
s’en tenir? Si les apôtres ne nous eussent pas laissé les 
Ecritures, n’aurait-il pas fallu suivre la tradition qu'ils 
avaient laissée à ceux à qui ils avaient confié les Eglises? 
ordre qui se justifie par plusieurs nations barbares qui 
croient en Jésus-Christ sans caractère et sans encre, 
ayant la loi du Sauveur écrite dans leurs cœurs par le 
Saint-Esprit, gardant avec soin l’ancienne tradition ?. » 
« Ceux qui ont recu la foi sans les Ecritures, selon notre 
langage, sont barbares ; mais pour ce qui regarde le 
sens, les pratiques et la conversation selon la foi, ils 
sont entièrement sages, marchant devant Dieu en toute 
justice, chasteté et sagesse; et si quelqu'un leur 
annonce la doctrine des hérétiques, on les verra fermer 
leurs oreilles et prendre la fuite le plus loin qu’il leur 
sera possible, ne pouvant seulement souffrir ces blas- 


1 Lib. II, c. 1, n. 2 — 2% Lib. II, c. m,n. 1. —® Lib. Hl, c. 11. 
— * Lib. I, c. ıv,n. 1 et 2. 





LES POLEMISTES GRECS. S. IRÉNÉE. 497 


phèmes ni ces prodiges, à cause, répondront-ils, que ce 
n’est pas là ce qu’on leur a enseigné d'abord. » 

3. La valeur de la tradition apostolique est encore re- 
levée par ce que saint Irenee dit de l'Eglise et de 
l'impossibilité où elle est de se tromper : « La doctrine 
de l'Eglise reste uniforme et invariable dans toutes ses 
parties ; elle est confirmée par les prophètes, les apôtres 
et tous les disciples. — C’est, en effet, dans l'Eglise que, 
selon saint Paul?, Dieu a établi les apôtres, les prophètes 
et les docteurs, et toutes les autres opérations du Saint- 
Esprit. Car où est l'Eglise de Dieu, là est aussi l'Esprit 
de Dieu, et où est l'Esprit de Dieu, là est aussi l'Eglise, 
À sont les grâces. Or, l’Esprit est vérité; ceux donc qui 
se séparent de l'Eglise ne peuvent ni participer au Saint- 
Esprit, ni prendre sur le sein de cette mère une nourri- 
ture vivifiante, ni boire à cette fontaine tres-pure qui 
jaillit du corps de Jésus-Christ. Ils repoussent la foi de 
l'Eglise de peur d’être séduits, et ils repoussent le Saint- 
Esprit de peur d’être instruits. Loin de la vérité, ils sont 
ballottés d’erreur en erreur, et ne peuvent jamais 
exprimer une opinion inébranlable 5. » Dans l’Eglise, 
au contraire, se trouve l'unité de la foi et l’unité de la 
charité. « Cette foi, l'Eglise, quoique répandue par toute 
la terre, la conserve avec autant de soin que sielle n’était 
qu'une seule famille; elle y adhère comme si elle ne 
formait qu’une âme et qu’un cœur; elle la prêche, l’en- 
seigne et la transmet aussi unanimement que si elle 
n'avait qu'une bouche *. » « La voix de l'Eglise retentit 
par toute la terre, enseignant à tous la même foi au 
même Père, à son même Fils incarné et au même Saint- 
Esprit, publiant les mêmes préceptes , établissant la 
même hiérarchie, annonçant le même avènement du 
Seigneur, promettant le même salut à l’homme tout 
entier, à l'âme et au corps. Partout elle prêche la même 


? Lib. I, c. w. (Cit. du trad.) — * I Cor., xn, 28. — ® Lib. II, 
e. XUV, n. 1-2. —* I,x,n. 2. 











198 MANUEL DE PATROLOGIE. 


voie du salut, et sa prédication est vraie, uniforme {” 
constante. » — « Comme il n’y a qu’un même sold. 
dans tout l’univers, on voit dans toute l’Eglise, dep] 
une extrémité du monde à l’autre, la même lumière 
la vérité. » 
Entre les évêques, que l’auteur appelle encore ind 
tinctement episcopi et presbyteri, il considère l’évêque & 
Rome comme le principal représentant de la tradition 4 
du gouvernement de l'Eglise : « La sainte Eglise 
maine, la mère, la nourrice et la maitresse de toutes 
Eglises, doit être consultée dans tous les doutes 
regardent la foi et les mœurs, principalement par ce 
qui, comme nous, ont été engendrés en Jésus-Christ 
son ministère, et nourris par elle du lait de la doctr 
catholique 5. » Au lieu, dit-il, d'aller demander l'inv 
riable tradition des apôtres à toutes les Eglises fondeg 
par eux, il suffit de prouver la tradition de l'Eglise 105 
maine par la succession de ses évêques depuis sai 
Pierre. : 
«Quand nous exposons la tradition que la très-grande, 
tres-ancienne et très-céleste Eglise romaine, fondée pt 
les apôtres saint Pierre et saint Paul, a reçue des apôtres 
et qu’elle a conservée jusqu’à nous par la succession dé 
ses évêques, nous confondons tous les hérétiques, pat 
que c'est avec cette Eglise que toutes les Eglises et tous 
les fidèles qui sont sur toute la terre doivent s’accorder 
à cause de sa principale et excellente principauté, et que 
c'est en elle que ces mêmes fidèles, répandus par tout 
la terre, ont conservé la tradition qui vient des apôtres" 
« La foi de l'Eglise, dispersée par toute la terre, estd 
croire en un seul Dieu Père tout-puissant, et en un $ 
Jésus-Christ, Fils de Dieu incarné pour notre salut, el 
un seul Saint-Esprit, qui a prédit par les prophètes toules 
les dispositions de Dieu, et l'avènement, la nativité, a 


1 Lib. V, Ce XX, D. 4. — 3 Lib, 1, C. U et UL. — 8 Lib. II, c. I | 
* Lib. IH, c. u. (Cit. du trad.) 


LES POLEMISTES GRECS. S. IRÉNÉE. 499 


sion, la résurrection, l'ascension et la descente future 
Jésus-Christ pour accomplir toutes chosest. » Nous 
istons ici à un progrès dans la théologie. L'auteur ne 
le pas seulement de l’unité de nature et de la trinité 
personnes (dans le Père, dit-il, se trouvent toujours 
‚}Verbe et la Sagesse, le Fils et le Saint-Esprit ®); mais 
‘enseigne expressément la coexistence et la consubstan- 
Bits du Fils avec ile Père, ainsi que leur pénétration et 
cohabitation réciproque (repxépno) : Semper autem 
pecisiens Filius Patri, olim et ab initio semper revelat 
irem®. Deus autem lotus existens mens et totus ewistens 
‘Bgos, quod cogitat hoc et loquitur, et quod loquitur hoc 
‚peogitat. Cogilalio enim omnis ejus logos et logos mens, 
omnia concludens mens ipse et Pater... In omnibus Pater 
municans Filio®. Celui qui est engendré devant être 
‘Bmême nature que celui qui engendre, il y a contra- 
Betion dans la théorie gnostique à admettre qu’il y a des 
"ns subordonnés qui émanent du Dieu suprême : Necesse 
“Mleleum qui ex eo (Patre) est logos... perfectum et im- 
psibilem esse, et eas quæ ex eo sunt emissiones ejusdem 
"Rbstantie cum sint, cujus et ipse, perfectas et impassi- 
“Uks, et semper similes cum eo perseverare qui eas emisits. 
_ à. Saint Irénée insiste longuement sur l'incarnation 
“la personne de Jésus-Christ. Le but de l'incarnation, 
Hi, était de rendre à l’homme la qualité d’enfant de 
Dieu qu'il avait perdue : « Si le Verbe de Dieu s’est fait 
mme, et si le Fils de Dieu est devenu le Fils de. 
Ttomme, c'est afin que l’homme uni au Verbe de Dieu 
Kit l'adoption des enfants et devint fils de Dieu ; car 
us sommes incapables d'arriver à l'incorruptibilité et 
‘linmortalité tant que nous sommes unis aux objets 
truptibles et mortels 7. 












“Lib. L (Cit. du trad.) — ? Lib. IV, XX, D. 4. — 3 Lib. IL, c. xxx, 
— * Lib. II, c. VIL, n. 5 et 8. — 5 Lib. II, c. XVH, n. 7. Cf, 
| ‘üane, Hist. des dogmes, 1 vol., p. 124. — 6 Lib. II, ©. XvI-xxIv. 
Mb IL c. xxx, 2-4. | 
9 


130 MANUEL DE PATROLOGIE. 


N fallait que le médiateur de Dieu et de l’homme, par 
sa parenté avec l'un et l'autre, per suam ad utrosgw 
domesticitatem, les ramenät tous deux à l’amitié et àl 
concorde!. Contrairement à tout ce que l’on voit ailleurs, 
saint Irénée fait vivre Jésus-Christ au delà de quarant 
ans?. Ce qui n’est pas moins intéressant, c’est de l’en- 
tendre marquer, dès cette époque, le rôle de Marie dans 
l’économie de la Rédemption : « Marie, qui était vierg 
tout en ayant un époux, devint par son obéissance la 
cause de son propre salut et de celui du genre humain» 
«Il fallait que le genre humain, condamné à mort par 
une vierge, fût aussi délivré par une vierge.» | 

6. Sur les anges, saint Irénée enseigne qu'ils n'ont 
pas un corps charnel, mais plutôt ethere®, et que les 
anges déchus ont péché sur la terre avec les filles des 
hommes. Il est plus exact lorsqu'il parle de leur immor- 
talité, de la félicité éternelle des bons et du châtiment 
éternel des mauvais anges”. 

7. Dans l’anthropologie, il adopte l'opinion dichotomique, 
bien qu’il semble aussi cà et là se prononcer pour le sen- 
timent trichotomique, comme lorsqu'il dit que l’homme 
parfait se compose d’une chair, d’une âme et d’un esprit®. 
a Le corps, dit-il, n'est pas plus fort que l’âme, c'est 
l'âme, au contraire, qui anime le corps et le gouverne; 
il est son principe vital. Le corps ressemble à un instru- 
ment, tandis que l’äme possède l'intelligence de l’ar- 
tiste®. » Il relève ici avec beaucoup de force la liberté 
morale : « Dieu a donné à l’homme, aussi bien qu’aux 
anges, la faculté de choisir le bien comme le mal, afin 
que ceux qui seraient obéissants possédassent le bien à 
juste titre; car s'ils le recoivent de Dieu, ce sont eux 
qui le conservent... Si quelqu'un ne veut pas obéir à 


1 Lib. I, c. xvun, n. 7.— % Lib. LE, c. xxn. — 3 Lib. IH, e. xxu, 
0. 4. — 4 V,c. xx. (Cit..du trad.) — 5 Lib. II, c. xx, n. 4. — © IV, 
XVI, n. 2; V, xx, n. 2.— 7 Lib. Ill, c. xxıt,n. 3; lib. IV, c. xxvam, 
n. 2. — 6 Lib. V,c. vi, n. 4. —® Lib. Il, c. xxx, n. 4. 





LES POLEMISTES GRECS. S. IRÉNÉE. 4131 


l'Evangile, il est libre assurément, mais il agit contre 
ses intérêts !. » Il combat avec la même énergie l’homme 
psychique et l’homme pneumatique des gnostiques : 
« Ici, nous sommes tous égaux, tous enfants de Dieu; 
la différence entre le bon et le méchant vient unique- 
ment de la libre détermination de l’homme, qui fait les 
uns enfants de Dieu, les autres enfants du démon.» Il 
proclame aussi l'existence du péché originel : « En 
offensant Dieu dans la personne du premier Adam, et 
en n’obeissant pas à ses prescriptions, nous avons hé- 
rité la mort, » mortem hereditavimus*. « Les hommes ne 
sont guéris de l’ancienne morsure du serpent qu’en 
croyant en celui qui, selon la ressemblance de la chair 
du péché, a été élevé de terre sur l'arbre du martyre°.» 

8. Parmi les sacrements, saint Irénée traite du 
baptême, de la pénitence et de l’eucharistie. Le baptème 
est nécessaire, « car, sans cette eau céleste, nous ne 
pourrions pas être unis à Jésus-Christ. Par le bain qui 
doit nous rendre incorruptibles, nos corps lui ont été 
unis, et par l’esprit nos âmes. Tous deux sont donc 
nécessaires parce que tous deux développent en nous la 
vie divine. » Le changement qu'il opère, saint Irénée le 
compare à l'olivier amélioré par la greffe. Il fait de nous 
des hommes spirituels et nous confère un nom nouveau, 
symbole de cet heureux changement. A l’egard de la 
pénitence, le saint déclare que de son temps on confes- 
sait aussi les péchés secrets ?, et que cette confession se 
faisait quelquefois publiquement ®. 

9. Mais c’est principalement sur l’eucharistie qu'il 
entre dans des détails pleins d'intérêts. L’eucharistie, 
dit-il, est le corps et le sang du Christ, puisqu’en vertu 
d'un acte divin précis (értxAnox) le pain et le vin 


1 Lib. IV, C. XXIII, n. h. — 2 Lib. IV, C XLI, 0. 9. —5 Lib. V, 
e. xx, n. 2. — + Lib. V, c. 1, n. 8. —6 Lib. IV, c. un, n. 7.—®Lib. II, 
e XVU, n, 4-3. — 7 Lib. I, c. vi, n. 3; lib. I, zu, . — 8 Lib. I, 
x, 7. 


432 MANUEL DE PATROLOGIE. 


deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ’. De ce 
changement substantiel du pain et du vin par la consé- 
cration, in quo (scilicet) pane gratiæ auciæ sunt, il déduit 
la toute-puissance et la divinité de Jesus-Christ?, de même 
qu’il voit dans le corps de Jésus-Christ, en tant qu'il est 
la nourriture de notre propre corps, un gage de notre 
résurrection. En comparant l’eucharistie avec l’offrande 
des prémices dans l’Ancien Testament, il en conclut 
qu'elle est aussi un sacrifice, sacrifice très-pur prédit en 
ces termes par le prophète Malachie : En tout lieu, on 
offre à mon nom la victime et le sacrifice sans tache. 
« Lorsque le Sauveur appela le calice son sang, il en- 
seigna le sacrifice, oblatio, de la nouvelle alliance que 
l'Eglise a recu des apôtres et qu’elle offre à Dieu dans 
le monde entier“. » Et ce sacrifice que le Seigneur a 
ordonné d'offrir, Verbum Dei quod offertur Deo, est 
accepté de Dieu comme un sacrifice pur et agréable, 
sacrificium purum et acceptum S. 

10. Sur les fins dernières, saint Irénée expose, en ter- 
minant son livre, des vues personnelles et contraires à 
la doctrine générale de l’Eglise®. Il invoque l'autorité 
d’Isaie, d’Ezechiel et de Daniel, et, dans le Nouveau 
Testament, celle de saint Matthieu, de saint Paul”? et de 
’Apocalypse; de même que Papias, il est partisan du 
millenarisme, qu'il considère comme une période de pré- 
paration et de purification pour une félicité plus parfaite. 
Toutefois, « ce royaume oü le Christ, apres son avene- 
ment, regnera avec les justes ressuscités, » il ne l'appelle 
jamais un regne de mille ans. Il avoue aussi que ce 
sentiment est contredit par ceux qui passent pour ortho- 
doxes. Il croit que les ämes des justes, au lieu d’entrer 
au ciel et de voir Dieu face à face aussitôt après leur 
mort et le jugement particulier, attendent la resurrection 


1 Lib. V,u,3. — 2Lib. IV, xviu, 4. — 8 Lib. V, 11, 8. — * Lib. IV, 
1, 41, 17,6. — 8 IV, xvau, 1. — ® V, xxx-xxxvo. — 7 Matth., XXVI, 29; 
Rom., vin, 19. 





LES POLÉMISTES GRECS. S. IRÉNÉE. 133 


générale dans un lieu intermédiaire. Il n’excepte que 
les martyrs; « de là vient que, partout et toujours, 
l'Eglise, dans son amour pour Dieu, envoie d'avance 
au Père un grand nombre de martyrs !.» 

11. Nous devons signaler encore comme digne de 
remarque ce que le saint docteur dit « du but et des 
limites de la science chrétienne : « Nous ne devons point 
lui demander un agrandissement du dogme, mais seule- 
ment l'explication de certains problèmes difficiles, « S’il 
est (parmi nous) des hommes qui se distinguent plus 
ou moins par leur savoir, cela ne vient pas de ce qu’ils 
ont le droit de changer le fond (de la doctrine révélée), 
et d'imaginer (comme les gnostiques) en dehors de l’au- 
teur, du créateur et du conservateur de l’univers, un 
autre Dieu , un autre Christ ou premier-né ; cela vient 
de ce qu'ils interprètent selon les enseignements de la 
foi tout ce qui est énoncé dans les paraboles ; de ce qu'ils 
expliquent et développent ce que Dieu a fait pour le sa- 
lut du genre humain, pourquoi il a supporté patiem- 
ment la chute des anges infidèles et la désobéissance des 
hommes, pourquoi il a donné plusieurs Testaments et quel 
est le caractère de chacun, pourquoi le Verbe s’est in- 
carné et a souffert, et n’a paru qu'après un si long temps, 
pourquoi notre corps mortel sera revêtu de l’immorta- 
lité, et notre corps corruptible, de l’incorruptibilite, » etc.; 
car c’est à ce propos et pour des cas semblables que l’A- 
pôtre s’est écrié : « O profondeur de la richesse, de la 
sagesse et de la science de Dieu! Que ses jugements 
sont incompréhensibles et ses voies impénétrables ?! » 

C’est dans ces bornes que se tenait saint Irénée dans 
ses explications de la foi chrétienne et sa réfutation du 
gnosticisme. Quoique très-versé dans les connaissances 
spéculatives, il préférait généralement la méthode his- 
torique, qui est celle du simple fidèle ; attaché sans ré- 


IV, xxx, n. 9. — # Lib. I, ©. x, n. 3. 





134 MANUEL DE PATROLOGIE. 


serve aux enseignements de l’histoire et de la tradition 
apostolique, il lui arrivait quelquefois de qualifier de 
dangereuse l’application de la philosophie à la théologie. 
Peut-être les tristes expériences des gnostiques avaient- 
alles contribué à l’affermir dans cette persuasion. Le 
vrai gnostique , à ses yeux, c’est le parfait chrétien, qui 
a reçu l'Esprit de Dieu et sur qui cet Esprit repose '; celui 
qui, exempt de vanité et d’orgueil, a une notion exacte 
de toute la création et de son auteur, le Dieu tout-puis- 
«ant; celui qui honore toujours le même Dieu, le même 
Verbe de Dieu, n’eüt-il été révélé que maintenant, tou- 
Jours le même Esprit qui se répand sur le genre humain 
depuis l'origine du monde, bien qu'il ait été tout récem- 
mount répandu sur nous ?. 

Notume toute, nous devons constater depuis Justin un 
progris tns-sensible dans la littérature chrétienne. Un 
«ku grands mérites de saint Irénée est d’avoir exploré 
À tun les deux sources de la foi, assigné la tâche de la 
wine chrétienne, admirablement saisi et développé 
a plupart des vérités de la foi, la hiérarchie épiscopale 
at la quééminenve du Saint-Siége. Nous savons, grâce à 
Int, « que lo turrent du dogme et de la morale sacrés, 
qui apa Jéaus-Christ s'est frayé la voie ‚avec une 
Kun luaitille , A travers des obstacles de toute na- 
bu, «ut le mème que celui qui traverse maintenant 
"kalim cattulique. » 

LE Labo Pos, Most, de suis reve: Boehringer, Hist. de l'Egl. en 
dura, 9 Ni, t \ok: Caller, al Ir, t oO; éd. 3e, L I; 
Nunklva, Puis, pb EN 


NA Cain prêtre remamln (mert vers 220). 

Lu item de Eye de Snyree sur le martyre de saint 
ay, ataut pale de Calus comme d’un disciple de 
aan lue, Lomme eù a conclu qu'il était originaire 
ke Curie ut Qu'\it erait alle à Rome avec saint Irenee. 

INN A EL UN ©. EE, 0, 2 


LES POLÉMISTES GRECS. CAÏUS. 135 


Les auteurs de l'Histoire litiéraire de la France le re- 
vendiquent au contraire pour leur compatriote. Ce qui 
est certain, c’est qu'il se trouvait à Rome sous le pape 
Zephyrin et qu'il y discuta avec Proclus. Saint Jérôme 
lui donne le titre de prêtre, Photius celui d’évêque, rüv 
ébvéiv énloxonos. Eusèbe l'a surnommé Aoywratos vip, à 
cause des talents qu'il a déployés dans la défense du 
christianisme ; il le vante surtout comme un fougueux 
antagoniste des millénaires. On suppose qu’il mourut 
vers 220. 

Il ne reste de ses écrits que des fragments conservés 
dans Eusèbe, saint Jérôme, Théodoret et Photius. 

4. Refulalion du montanisme, conservée dans le Dia- 
logue contre Proclus, un des coryphées de cette erreur 
en Orient. Saint Jérôme appelle ce travail insignis ; Pho- 
tius, qui le qualifie de oxovdaïa, le cite sous le titre de 
xardk Tldrpoxdov, | 

2. Théodoret! lui attribue encore le Parvus Labyrinthus 
dirigé contre l’hérésie d’Artemon et de Théodote. Pho- 
tius l’appelle Tatouv rolnua; on a cru, mais à tort, qu'il 
s'en trouvait des fragments dans Eusebe ? : cet historien 
déclare lui-même qu'il ne cite que des paroles tirées d’un 
écrit anonyme contre Artémon. 

D’après les Philosophumena complétés par de récentes 
découvertes, et d’après les recherches laborieuses faites 
sur l’auteur, quelques critiques ont attribué à Hippolyte 
l'ouvrage sur l'Univers ou sur la cause de l’univers, que 
Photius assigne à Caïus. Déjà précédemment on avait 
rejeté cette opinion, longtemps accréditée, que Caïus 
était l’auteur du fragment qui se trouve dans Muratori”, 
et qui contient les plus anciens renseignements que nous 
ayons sur le canon du Nouveau Testament. 


Ci. Hug., Introd. au N. Testam., 1er vol., p. 123, et Kirchhofer, 
Collection des sources de l’histoire du canon du N. Testam. Les 


1 Heret. fab., U, v. —3 Hist. ecci., V, xxVvim. — 8 Antiq. ital., t. II. 


136 MANUEL DE PATROLOGIE. 


fragments qui ont été attribués à Caïus et qui ont été conservés se 
trouvent dans Gallandi, Bidlioth., t. I; dans Routh, Relig. sacr., t. Il, 
et dans Migne, sér. grecq., t. X, au commencement avec des Prolé- 
gomènes. Cf. Ceillier, L. II; Lumper, part. vor, p. 17; Mœbler, Patrol. 
p. 617. 


$ 30. Hippolyte. 


Voir les Prolégomènes dans l'édition des Œuvres d’Hippolyte, par 
Fabricius, Hamb., 1716; Gallandi, Biblioth., t. I, c. xvın; Migne, t. X. 


Ce nom appartient à plusieurs hommes remarquables 
de l’antiquité, que l’on a souvent confondus ensemble, 
aussi bien que les renseignements qui les concernent. 
Celui qui nous occupe passe généralement pour avoir été 
évèque de Portus Romanus. La plupart ont cru qu'il sa- 
gissait de Porto, dans le voisinage de Rome, ou de Aden, 
ville maritime romaine de l'Arabie. C’est seulement 
depuis que les Philosophumena ont été complétés, et 
depuis les nombreuses recherches dont ils ont été l’objet, 
que nous connaissons un peu sa personne et sa vie. 

Hippolyte aurait été disciple de saint lrénée, contem- 
porain d’Origene et de l’antitrinitaire Bérylle de Bostra. 
Fixé ensuite à Rome, il aurait pris une part active aux 
querelles dogmatiques de ce temps, car il y avait là des 
représentants de presque toutes les sectes. Mais en com- 
battant les sabelliens et les noetiens, qui soutenaient le 
patripassianisme, il tomba lui-même dans l'excès op- 
posé , le subordinatianisme. Il défendit aussi le point de 
vue rigoriste contre la pratique mitigée qui avait pré- 
valu dans le sacrement de pénitence et dont le pape 
Zéphyrin s’était fait le promoteur. 

Convaincu de l’orthodoxie de ses opinions, hautement 
estimé pour son savoir, après la mort de Zéphyrin il 
s’eleva en qualité d’évéque contre son successeur Caliste, 
qui lui était personnellement odieux et souleva un 
schisme, qui heureusement ne s’etendit pas beaucoup. 
De là lui est venu, comme Deellinger l’a prouvé sans 
réplique, la dénomination d’Episcopus Portus Romani; 


ae 
1! 
à: 





LES POLÉMISTES GRECS. HIPPOLYTE. 137 


car si des écrivains grecs lui ont donné plus tard le titre 
d’eveque de Rome, les catalogues des papes et les au- 
teurs occidentaux ne connaissent point de pape sous ce 
nom. Son schisme peut avoir duré quinze ou seize ans; 
plusieurs témoignages attestent qu'avant son martyre 
il se réconcilia avec le Saint-Siege. Selon toute vrai- 
semblance il mourut dans le même temps que le pape 
Pontien, vers 235, car les martyrologes et les liturgies 
les citent toujours ensemble. De son vivant, ou immé- 
diatement après sa mort, ses partisans lui érigèrent une 
statue de marbre d’une grande valeur artistique (c'est 
le plus ancien exemple que nous avons en ce genre); 
conservée jusqu’à ces derniers temps dans la biblio- 
thèque vaticane, elle est maintenant au musée de La- 
tran. Son cycle pascal (depuis 223 à 333) et le catalogue 
(incomplet) de ses écrits, sont gravés sur ce monument. 

Plusieurs écrivains ont rendu hommage à ses connais- 
sances : Nescis, dit saint Jérôme, quid in libris ejus pri- 
mum admirari debeas, eruditionem sæculi an scientiam 
Scripturarum !. Entre ses ouvrages, nous signalerons 
surtout : 


Travaux d'exégèse. 


Contemporain d’Origene, le vrai fondateur de l’exe- 
gèse, Hippolyte n’a rien qui rappelle sa methode et ses 
procédés. Dans ses commentaires sur la plupart des livres 
de la Bible, au lieu de poursuivre minutieusement le sens 
littéral ou le sens allégorique, il procède plutôt par la 
réflexion et le raisonnement, comme on le voit par les 
passages cités dans les Chaînes et rapportés par les exé- 
gètes postérieurs. Les plus importants sont ses commen- 
aires sur le livre de Daniel et sur l’histoire de Suzanne, 
qui lui parait une allégorie de l'Eglise chrétienne. Dans 
le Nouveau Testament, il s’est principalement occupé de 
l'Evangile de saint Jean et de son Apocalypse. 


! Hieron., Epist. Lxx ad Magnum. 


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den es ie  Izise st Sears Tale avec ss 
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Apa rrrments . Meile sc kucmem. en Kr chagères. 
or. 2 LE CAMIONS. VAL TC SL 1 WEBER. CR JNESERTE 
d' 7.2088 vi se racvat aicrs à Bcmme. um mumebe à 
a waanzr in ton Sersgeny. L'Exlurazces & Sésére, 
anvat de airrssr, wm [einer à Ju Aqua 
Severa. sonde emme de “empereur Heimeakal. 


VMETIGeS LiGUCIUTUES Sl PO ÉEUTRES 


4. Demcastrsis de Christie et eu:whrıte dix-sept cha- 
pitess., Ad.» a un de ses amis noœmmme Théophile. Dans 
en traité, k pins anrien qui existe sur Faulechrist, Hip- 
piste expos d'abord que le Verbe a reveie depuis long- 
temps som incarnation aux prophetes. et qu'il est devenu 
en s'incarnant le ministre de Dieu pour la rédemption de 
tous. « Il cherche à mstruire les ignorants et à ramener 
dans la droite voie ceux qui se sont egares. Ceux qui le 
cherchent dans la foi le trouvent facilement; ceux qui 
frappent à sa porte avec des veux purs et un cœur chaste, 
il leur ouvre aussitôt. Il désire sauver tous les hommes, 
les faire tons enfants de Dieu ; il les appelle tous à la vi- 
rilité parfaite, Car c’est lui, le Fils de Dieu, qui régénère 
par le Saint-Esprit ceux qui désirent parvenir à l'état 
d'homme céleste et parfait. » 

Considérant l’antechrist comme un être personnel, il 
cherche à fixer par l’Ecriture, son origine, le temps de 
son arrivée, ses séductions et ses impiétés. Il commente 
longuement les visions de Daniel et de Nabuchodono- 
sor, et trouve dans les dix cornes et dans les dix doigts 
des pieds un symbole de l’antechrist. Il emprunte aussi 
des traits pour son tableau à Isaie et à l’Apocalypse. 


1 Hippolyte et Calliste, p. 24. 


LES POLÉMISTES GRECS. HIPPOLYTE. 139 


L’antechrist, dit-il, se fera passer pour Dieu et persécu- 
tera l'Eglise. Il finit en exhortant Théophile à s'abstenir 
de tout péché. Cependant Hippolyte n’est pas bien sûr que 
tout cela soit vrai, et il hesite ®. 

2. La petite Démonstration contre les Juifs (en dix cha- 
pitres) semble plutôt détachée du commentaire sur les 
psaumes que former un travail à part. 

3. Adversus Platonem, ou Discours aux Grecs. Cet 
écrit, dont il ne reste qu'un fragment , roule sur les idées 
de Platon touchant l’origine du monde. 

4. Il se peut aussi que les dix chapitres contre l’hérésie 
de Noët ne soient qu'un fragment. L'auteur y combat 
l'hérésie patripassianiste de Noët de Smyrne, et lui op- 
pose sa propre doctrine sur l’incarnation du Fils. 

5. Sur les Charismes. Plusieurs croient, non sans vrai- 
semblance,, que l'écrit touchant la statue d’Hippolyte est 
le même que celui qui figure dans les Constitutions apos- 
loliques *, et qui développe la pensée de l’apötre®. Seu- 
lement, il était peu séant d’y faire parler l’apôtre en son 
propre nom et à la première personne. 

6. Philosophumena , seu omnium hæresium confutatio, 
dix livres. Avant 1842, le premier livre de cet important 

ouvrage était seul connu, sous le titre de Philosophu- 
mena Origenis*. Depuis, Mynoides Mynas a retrouvé en 
Grèce les sept derniers livres, dont le manuscrit est con- 
servé à Paris dans la bibliothèque impériale. Cependant 
les éditeurs E. Miller, Dunker et Schneidewin ® conti- 
nuerent de l’attribuer à Origene ”. Maintenant, après tant 


IC. ret xxx. Dellinger, Christian. et Eglise. —* Lib. VII, c. ı 
et 1.— 8 I Cor., c. xu. — + Orig. Op., t. I, ed. Bened. — 5 Oxon., 
1851. — ® Græce et lat., Gotting., 1859. Migne, ser. grecq., t. XVI, 
pP: à. 

TLe Manuscrit de Paris (lib. X, c. xx1) contient cette glose margi- 
nale : Qpryévns xal *Qpryévous Ô6Ex. Comme elle se rapporte à un 
passage significatif, la profession de foi de l’auteur, on a soupçonné 
qu'elle pouvait provenir de quelque copiste qui aurait mal entendu 


cetendroit. On sait que les copistes se servent du signe (%) wpatoy 


4140 MANUEL DE PATROLOGIE. 


de recherches laborieuses, on a cessé de croire à la pa- 
ternité d’Origene, de même qu’à celle de Caius, de Ter- 
tullien et de Novatien, alléguée pendant la controverse ; 
et Hippolyte a été généralement admis comme auteur. 
Ces obscurités viennent sans doute de ce que ce livre 
était peu connu de l'antiquité, et qu’on n'y faisait guère 
usage que du dixième livre sans nommer l’auteur, 
comme a fait Théodoret. Le premier expose les systèmes 
philosophiques, où l’auteur place le point de départ des 
hérésies; viennent ensuite les écoles des brahmes in- 
diens, des druides celtiques et d’Hesiode. Le second et le 
troisième livres font encore défaut. Le quatrième traite 
de la magie, de l'astrologie et des divers systèmes de 
superstition ; le cinquième jusqu’au neuvième cite les 
doctrines de trente-trois hérétiques, parmi lesquels figure 
le pape Caliste; l’auteur termine par les écoles juives des 
esseniens, des pharisiens et des sadducéens. Le dixième 
livre est une longue récapitulation de l'ouvrage, qui se 
ferme par un coup d’eil sur la propagation du peuple de 
Dieu en Palestine (plus ancien, dit Hippolyte, que les 
Chaldéens, les Egyptiens et les Grecs), par la profession 
de foi de l’auteur, remplie d'erreurs, et par une exhor- 
tation à reconnaître le vrai Dieu !. 

Quoique souvent d’accord avec saint Irenee et les 
pour appeler l'attention sur des passages particulièrement impor- 
tants. Ce signe étant aussi employé dans les écrits d'Origène, un 
copiste aura rendu cette abréviation par *Qpryéyns au lieu de spaio». 
(Revue autrich. de théol. cath., p. 618.) 

1 Voir sur les éditions de Dunker, Schneidewin, Cruice, le docteur 
Nolte dans la Revue de Tubingue , 1861 et 1862, avec différentes cor- 
rections ; sur celle de l'abbé Cruice, Krauss, dans la Revue autr. de 
theol. cath., 1862. Ont écrit sur Hippolyte : Moretti, Rome, 1752; 
Ruggieri, De Portuensi S. Hippolyti sede disserlatio, Rome, 1771. Sur 
l’auteur même : Fessler, Hergenræther, Deellinger, Freppel, Le 
Normant, Cruice, Pitra, de Rossi, Armellini, Wordsword, Bunsen, 
Baur, Jacobi, Volmar (Hipp. et ses contemp. de Rome), Zurich, 1855, 
Ces travaux ont été appréciés par Doællinger (Hipp. et Call., ou 
l'Eglise rom. dans la prem. moitié du troisième siècle, Ratisb., 1853); 


par Hergenræther, Hipp. et Novatien, dans la Revue autr. de théol. 
cath., 1863, 





LES POLÉMISTES GRECS. HIPPOLYTE. 441 


auteurs grecs qui ont traité des hérésies, Hippolyte four- 
nit souvent des données toutes nouvelles qui facilitent 
singulièrement l'intelligence des systèmes hérétiques : 
quelquefois même il les contredit directement; aussi la 
publication des Philosophumena a-t-elle modifié bien des 
vues et des jugements. Cependant il ne faudrait pas exa- 
gérer la valeur de ces données nouvelles. 

Le cycle pascal d’Hippolyte, gravé sur sa statue, pa- 
rait avoir excité une attention particulière ; il disait que 
tous les seize ans Pâques retombait le même jour. 

Nous ne sommes pas bien certain que le Züyrayua xarx racüy 
aipéoswy et le Ax6bpryBos ?, de même que le Zuxpds Aabüupıvdos 3, 
soient d’Hippolyte; il ne nous semble pas qu’ils aient quelque rapport 
avec les Philosophumenes. 


D'autres écrits sont entièrement perdus, tels que : 
Hept Geoû (?) xat oupxôc dvastéoews ( De Deo et -carnis resur- 
reclione ) ; Ilepi 1’ dyadou xal nödev ro xaxdv ( De bono et unde 
malum) ; d’autres n’ont pas même de titres certains : 
Dat el; nacas ypapés ( Odæ in omnes scripturas) ; peut- 
être IIpös naoas rag aipkoeıs ( Adv. omnes hereses). Les frag- 
ments d’un ouvrage contre Beron et Heliæ (peut-être 
Kara Bépwvos xal fhwrüv), Contre Beron et ses contempo- 
rains, sont évidemment apocryphes ®. 

Le style d’Hippolyte, un des meilleurs auteurs ecclé- 
siastiques, n’est pas d’un atticisme bien pur ; il est par- 
fois guindé *. | 


Doctrine d’Hippolyte. 


1. Sur la Trinité, il professait le subordinatianisme et 
se servait de la terminologie usitée avec l'apparition de 
l'arianisme. Pour lui, le Logos est la raison imperson- 
nelle du Père; par un acte de la volonté du Père, il est 


1 Hilgenfeld, dans la Revue citée, 1862. — ? Photius, cod. 38. — 
Théodoret, Hæret. fab., ıv, 5; cf. Euseb., Hist. eccl., V, xxvil. — 
*Dœllinger, Hippolyte, p. 318. — 5 Voir des jugements anciens et 
nouveaux dans Migne, t. X, p. 381. | 


4142 MANUEL DE PATROLOGIE. 


devenu une personne distincte, et Fils de Dieu par l'in- 
carnation seulement. Voici peut-être l'expression la plus 
choquante de toute sa theorie: « Si Dieu avait voulu faire 
de vous un Dieu, il l'aurait pu; vous en avez une preuve 
dans le Logos ‘. » Le Saint-Esprit, quoique nommé, n'est 
point une hypostase particulière ; de là vient que le pape 
Caliste a accusé l’auteur de ditheisme, 8tdeol êote *1 

2. De U Incarnaltion, il dit en termes clairs et corrects: 
« Nous savons que le Verbe a pris un corps dans le sein 
de la Vierge et porté le vieil homme en adoptant une 
forme nouvelle ; il a parcouru dans sa vie tous les de- 
grés de l’âge, afin de servir de loi à tous les âges.» Îl 
insiste principalement sur l’incarnation du Verbe et sur 
la réalité de son corps, où xar& guvraslav AN &xnbüe yen 
pevos dvépwros*, et pour dépeindre ses travaux, il com- 
pare le Christ avec Adam : « Le Verbe premier-né cherche 
la première créature Adam, dans le sein de la Vierge; 


celui qui vit à jamais cherche celui qui est mortpa 


la désobéissance ; celui qui est du ciel appelle en haut 


celui qui est de la terre; celui qui est libre a voulu pa . 


la servitude affranchir l’esclave®.» C’est pour la même fin 


qu’il est mort sur la croix, c’est pour racheter l'homme 


perdu 6. 


3. Voici comment il parle de la création : « Dieu na- | 
vait rien qui lui fût contemporain, quand il résolut de . 


créer le monde. Il nous suffit donc de savoir que rin 


n’était contemporain de Dieu, qu'il n'existait que lui’. » 


4. «a L'Eglise est un vaisseau en pleine mer, ballotté : 
par les flots, mais qui ne périt point, car il est dirigé 


par un pilote habile, Jésus-Christ. Avec le trophée de la 
croix du Christ, l'Eglise triomphe de la mort; et ave . 


ses autres moyens dont elle dispose, elle conquiert ke. 


1 Philosoph., X, xxxıu. — 2 IX, XI. —® Ibid., X, xxx, — * Conl. 


Noet., c. zvil. — 5 Serm. de cant. magn., ap. Theodaret., Dial. I; 


Migne, t. X, p. 866. — © De Christo et Antich., ec. IV. 7 Philosoph, “ 


X, xxxu; Cont. Noet., x. 


LES POLÉMISTES GRECS. HIPPOLYTE, 443 


monde. L’Eglise, est aussi une chaste épouse à la- 
quelle les hérétiques osent faire violence *. » Les minis- 
tres de l’Eglise sont les évêques, les prêtres et les diacres. 
Comme saint Irénée, notre auteur donne aussi le nom 
de prêtres aux évêques 5. 

5. Hippolyte a quelques beaux passages sur le bap- 
ème et l’Eucharistie : « Le Logos est descendu vers 
l'homme pour le laver dans l’eau et dans l'Esprit ; il l’a 
régénéré à l’incorruptibilite de l’äme et du corps, en lui 
inspirant l'esprit de vie et en le revêtant d’une armure 
impénétrable. Celui qui descend avec foi dans ce bain de 
la régénération , renonce au mal et se dévoue à Jésus- 
Christ. 11 sort du baptême, resplendissant, comme le so- 
leil des rayons de la justice *. » 

Eucharistie. « Chaque jour son corps précieux et im- 
maculé est consacré et offert sur la table mystique et 
divine en souvenir de cette première table à jamais mé- 
morable où fut célébré le mystérieux et divin repas. » 
Dans le commentaire de ces mots : Venile, comedite pa- 
nem meum , il représente l’Eucharistie comme sacrifice : 
«Il a donné sa chair divine à manger, et son sang pré- 
deux à boire pour la rémission des péchés 5. » 

La législation de l'Eglise sur le mariage ressort nette- 
ment de l'accusation intentée à Caliste par Hippolyte, 
d'avoir outrepassé les bornes de la modération 6. 

6. À ceux qui niaient la résurrection des morts, il di- 
sait: « S1 vous croyez avec Platon que Dieu a fait l’âme 
inmortelle, vous devez croire aussi qu’il a le pouvoir 
de ranimer le corps et de lui conférer l’immortalité ; rien 
n'est impossible à Dieu 7. » Sur ce point, comme d’autres 
auteurs avant et après lui, l’auteur est millénaire. 

| 1. Dans son rigorisme outré, Hippolyte reprochait au 


! De Christo et Antich., Lix. — % P. Susan. Dan., xm, 15, 22. — 

inger, op. cité. — * Hom. in Theoph., vu et x. — 5 Fragm. in 

Prov., 1x, 4 ; Migne, ser. gr.,t. X. p. 626. — © Deellinger, op. cit. — 
! De causa universi, c. 11 et II. 


444 MANUEL DE PATROLOGIE. 


pape Caliste d'offrir à tous les pécheurs la rémission de 
leurs péchés. Mais ici, comme à propos du Logos, c'est 
la doctrine du pape qui est restée orthodoxe ; de lä les 
honneurs qui furent rendus à son tombeau dans les ca- 
tacombes. 

Voir dans Dallinger (Hippolyte, p. 111), la justification du pape 


Caliste contre les accusations d’Hippolyte. Cf. Ceillier, éd. Ars, t. Il, 
p. 316; éd. 2e, t. I, p. 607; Mœhler, Patrol., p. 58. 


$ 31. L'Ecole eatéehétique d'Alexandrie. 


Eusèbe, Hist., V, x; Guerike, De schola quæ Alex. floruit catech., 
Halle, 1824 ; dans un sens presque opposé sous le même titre, Hassel- 
bach, Stettin, 1826. Jules Simon, Hist. de l'école d’Alex., Paris, 184. 
Redepenning, Vie et doctrine d’Orig., Bonn, 1841, p. 57. 


L’ecole d'Alexandrie, dont les origines sont contro- 
versées parmi les savants, parce qu'elle a été citée sous 
des noms divers, a exercé une influence considérable sur 
les progrès et principalement sur le caractère scientifique 
de la littérature chrétienne *. 

Eusèbe ayant dit de cette institution qu'il nomme 
Starpıbh Tov riorüv, Giduoxahetov ray fepiv Adyuv et uducxudeiv 
is xarnyñoeus, qu'elle existait à Alexandrie, « selon une 
ancienne coutume, » et saint Jérôme l’ayant fait remonter 
jusqu à Jean-Marc, le fondateur de la chrétienté de cette 
ville, il est croyable qu’elle ne fut d’abord destinée qu'à 
l'instruction élémentaire des nouveaux chrétiens. Centre 
de l’erudition juive et païenne, foyer d'opinions philo- 
sophiques et d’hérésies nombreuses, Alexandrie sentit 
bientôt le besoin d'une institution scientifique qui four- 
nirait aux clercs et aux laïques chrétiens des moyens 
de défendre leur croyance contre les attaques des paiens 
et des juifs, et contre les subtilités des hérétiques. Pour 
répondre à ces besoins multiples, on s’appliqua surtout 
à l'étude de l’Ecriture sainte et à l’exegese. Grâce à ces 
efforts et à la direction d'hommes libres, cet établisse- 

I R edepenning, p. 57, note 1. 


LES POLÉMISTES GRECS. CLEMENT D'ALEXANDRIE. 414$ 


ment théologique, qu’on continua d'appeler l’école caté- 
chétique d'Alexandrie, prit un caractère accentué, une 
direction précise, qui provoqua bientôt, sur le terrain 
de la théologie scientifique, de nombreuses dissidences. 

Pantène passe pour en avoir été le premier chef. Né 
en Sicile, suivant une indication de Clément d’Alexan- 
drie‘, partisan, dans sa jeunesse, des doctrines stoi- 
ciennes ?, converti ensuite par un disciple des apôtres, 
il sappliqua avec ardeur à l'étude de l’Ecriture ®, jus- 
qu'au moment où il fut nommé chef de cette école. Sa 
réputation de philosophe, de théologien et d’exegete se 
répandit au loin. Du fond des Indes (s’agit-il des Indes 
proprement dites, ou de l'Arabie du sud?) on exprima 
le désir d'entendre l'Evangile de sa bouche. Il s’y rendit 
avec l’agrément de Démétrius son évêque, et on prétend 
qu’il y trouva l’évangile de saint Matthieu en hébreu. 
De retour à Alexandrie, il continua ses travaux jusqu'en 
22, suivant saint Jérôme; selon d’autres indices, il 
n'aurait déjà plus été là vers 202. On lui doit, outre ses 
lecons verbales, plusieurs commentaires sur l’Ecriture 
sainte, dont il ne resie que de maigres fragments 5. 

Il eut pour successeur, au troisième siècle, Clément 
d'Alexandrie, qui parle souvent de lui avec admiration, 
Origene, Héraclas, Denis le Grand, Pierius (le jeune Ori- 
gene), Théognoste et Pierre le martyr; au quatrième 
siècle, Didyme l’Aveugle et Rhodon, avec lesquals s’e- 
teignit cette remarquable institution. 


S 32. Clément d'Alexandrie (mort vers 217). 


Cf, Notitia hist.-litterar. in Clem. Alex., in Fabric. Bibl. græca, 
ed. Harless, t. VIL et Potter, Préface de son édition des Œuvres de 
Clément, Paris, 1715; réimprimés tous deux, avec les Testimonia 
veterum de Clemente, dans Migne, ser. gr., t. VIII. 


Titus - Flavius Clemens , né vraisemblablement à 


I Strom,, E, 1. — 2 Hier., Catal., c. xxxv1; Euseb., Hist., V, x. — 
3 Photius, Cod., 118. — * Hier., Ep. Lxx ad Magn. — ® Halloix, Vita 
10 





146 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Athènes, avait parcouru durant le cours de ses études 
littéraires tous les systèmes philosophiques et religieux, 
sans y trouver l’entière satisfaction qu'il y cherchait. Ce 
bonheur ne lui échut que lorsqu'il entendit les lecons de 
Pantene, chef de l’école d'Alexandrie. Désormais, «il 
passa du culte criminel du paganisme à la foi au divin 
Rédempteur et à la rémission des péchés. » Chrétien et 
prêtre de l’école d’Alexandrie, il conserva cependant le 
goût des études philosophiques, et, comme Justin, il re- 
tint de la philosophie païenne, de Platon surtout, tout ce 
qui lui parut compatible avec le christianisme. 

Nommé successeur de Pantène par l’évêque Démé- 
trius, il accrut encore la renommée de l'école d’Alexan- 
drie. Obligé de prendre la fuite en 202, lors de la per- 
sécution suscitée par Septime-Sévère, il passa quelque 
temps à Flaviades en Cappadoce auprès de l’évêque 
Alexandre, son ami, qu'il suivit à Jérusalem, lors- 
qu’Alexandre fut nommé coadjuteur de l’évêque Nar- 
cisse. Clément retourne-t-il à Alexandrie? Nous l’igno- 
rons. Mort dans une haute vieillesse, vers 217, on lui a 
gardé un souvenir reconnaissant ‘. Dans l'Eglise orien- 
tale, il a été souvent qualifié de saint, et en Occident 
Usuard l’a inséré dans son martyrologe. Toutefois il ne 
figure pas dans la nouvelle édition du martyrologe ro- 
main, publié en 4751 sous Benoît XIV ; les raisons en 
sont indiquées dans la bulle Postquam intelleximus, que 
ce savant pape a placée en tête. 

De ses écrits nous possedons les suivants : l’Avertisse- 
ment aux Grecs *; le Pædagogue (trois livres), sorte d’in- 
troduction à la morale chrétienne ; les Stromates, ou 
Tapisseries (sept livres), examen approfondi des vérités 


Pantæni, p. 851 ; Ceillier, 2e éd., t. I, p. 235-239; Tillemont, t. I, 
p. 170; Moshler, Patrol., p. 399. 

1 Voir des détails sur lui dans son Pédagogue, Il, x; dans ses Stro- 
mates, I, 1; Eusèbe, Hist., VI, I, III, VI, XI, XIV; Prepar. Evang., Il, 
I; Epiph., Hæres., XXXII, vi; Hieron., Catal., c. xxxviu; Photius, 
Codex, 109-111.— ? Voir plus haut, 8 26. 





LES POLÉMISTES GRECS. CLEMENT D’ALEXANDRIE. 147 


de la foi, et enfin : Quel riche sera sauvé? Quis dives sal- 
velur ? en quarante-deux chapitres. 

Ce dernier écrit, plein d’attraits, est un commentaire 
pratique de ce texte évangélique : « Il est difficile aux 
riches d’entrer dans le ciel.» On y trouve aussi la belle 
legende de l’apôtre saint Jean courant à la recherche 
d'un jeune homme égaré dans une troupe de brigands ?. 
La conclusion de Clément est que le riche ne doit pas 
désespérer de son salut, que la richesse peut même lui 
servir de moyen pour l’opérer, que tout dépend ( comme 
le disait plus tard saint Jérôme) si on en est le maître ou 
l'esclave ; que la perte du riche ne vient point de ses ri- 
chesses, mais des dispositions avec lesquelles il les a pos- 
sédées. 

Le plus considérable de ses écrits perdus sont les Adum- 
brationes, explication de certains passages de l’Ecri- 
ture et de quelques apocryphes : ouvrage plein d'erreurs 
théologiques, au dire de Photius, et rédigé probablement 
à l’époque de sa conversion. D’autres ouvrages perdus 
traitaient du jeûne, de l’abstinence, de la calomnie, de la 
patience ; il reste quelques débris de ses traités sur l'âme 
et sur la Providence. On regrette surtout la perte de De 
Paschate et De Canone ecclesiastico, qui roulent l’un et 
l'autre sur la fête de Pâques. 

Le style de Clément est imagé, tour à tour obscur et 
diffus ; peu logique dans sa méthode, il change souvent 
de sujet sans transition. 

En essayant de poser les fondements de la science de 
la foi, Clément a pris une place considérable dans la litté- 
ralure chrétienne; de là l'intérêt particulier qui s’attache 
à son Pédagogue et à ses Tapisseries, et à.ses vues sur les 
rapports de la philosophie avec le christianisme et la 
règle de foi. I1 y a là, de plus, une richesse d’érudition 
qui devient quelquefois accablante. 


1 Matth., xıx, 91-24. — ? En grec, par Lindner, dans Biblioth. 
Patr. eccles. select., Lips., 1862. 


tés WaWEL BE PAYBOLSCHE. 

Le Prkiasermur est dre à Timstreclion des catechu- 
memes (ee ir: et zum Pami. que le loi avait servi de 
RNSCACE Nur NIUE Immer à Besas-Christ, utilisée déjà 
dun & lextr C'Reme est reprise ic dans un sens 
Snrüne is Tu rıhin wur. » sssitre de la vie chre- 
Te :?X # CIC name. qui mous aide à la fois 
rüntre rer +7 cm Ihrem Chravat oppose Sa mo- 
ar SuhlIme MES IDARICS NETIOUeS des paiens, qu'il dé- 
NU LREURALRLS ZUR IE Lane cradiée de langage. 

„7s Srwmpir 2SRAURERC za puit de vue philoso- 
fut A minnei # Mets ae ia philosophie chre- 
Juute 1: à NUR crançee ei be judaisme !. «Le 
Qininrn it à NUIDEESSEEY jar. c'est la foi, l'es— 
TURN AO CRI. Ke Dur de ua fu, c'est de faire 
gts zu se pers ® » Les Ivrer Ill et IV traitent dun 
EN. 4 à wo. Dr mature: kb Evre V, de ln 
Qi. Nuitée € AUS UE Sem pr arniver à le vérité ; 
rei MTL. er a ve Dr vrai saxtèqee opposée 
à de de Jeter, Vus comment Fasleur résume 
Wu arm à à x Ar lives VIE - « eve me s'étonne 
WOK Zu Haute JUL alter Dar nes expialions ; ROUS 
NR AUS NATUR BEN, LE in des Grers. afin qu'on 
M Qu de & Le nus sirativesme et d'en extraire 
AU UN AUS ZU Ie Quiz > Clenmest avant annoncé 
WAR Nuit. du © NEIL JS par Photins con- 
NAN AV OÙ di A ANGE dimure. um dal considérer 
Rate WE vue suibencuum. malgre tot cæ qui a 
We AE de cvuinuie. Cast (aumritsm d'un svsièmne die- 
QaUque ques à otuun d'Acsoute et la methode de 
Phtuu, cuuvcpree Jens ie Qut d'eutier Les chrétiens à 
UNNA de à piveopitie, ait ils me sun pes infé- 
HOURS AUX ARE, 

COUV ARU que tou une pme vient de Dieu. 
Clément attribue à luence du Verbe divin avant lin- 
Mu Wus en ous sieuments de Lx philosophie 


Le LS, 3 Lan 


LES POLÉMISTES GRECS. CLÉMENT D'ALEXANDRIE. 149 


païenne ! : « Avant l'apparition du Verbe, les Juifs ont 
eu la loi, et les Grecs la philosophie®?; » de là le nom de 
« Moïse attique » qu'il donne à Platon®. La philosophie 
est le premier degré pour arriver à Jésus-Christ et à sa 
doctrine parfaite. L’etudier est le meilleur moyen de 
culture intellectuelle ; c’est par là seulement qu’on peut 
amener les païens au christianisme ; « car on inspire 
surtout de la confiance quand on joint la connaissance 
des choses à la réfutation. » La philosophie est un solide 
boulevard contre les attaques des hérétiques. Elevée par 
la foi chrétienne jusqu'à la gnose véritable, elle rem- 
plit le gnostique de délices et le purifie de ses passions. 
« La gnose lui enlève ses passions psychiques, le sanctifie 
et le soustrait aux vices; c’est le cas surtout d'appliquer 
cette parole : « Vous êtes lavés. » Le parfait gnostique 
est celui qui a blanchi dans l’étude des saintes lettres, 
« celui dont la vie n’est que paroles et actions conformes 
à la tradition du Seigneur. » Ainsi, tout en appliquant 
aux chrétiens lettres le terme vague et captieux de 
gnostique, Clément l’entend aussi dans un autre sens. 
La gnose, dit-il, n’est pas le privilège d’une classe parti- 
culière (les soi-disant spirituels) ; c’est un don analogue 
au don de la science que le Seigneur accorda à Pierre, 
à Jean, à Jacques et à Paul. 

Après avoir frayé les voies à la théologie, la philoso- 
phie, dit Clément après Aristote, doit lui rendre les 
offices d’une servante, ancilla theologiæ. « La philosophie 
des Grecs, tout en portant le même nom, diffère de la 
nôtre soit par l’étendue des connaissances, soit par l’évi- 
dence des preuves; car nous sommes enseignes de Dieu, 
et c’est par son Fils que nous connaissons les saintes 
Ecritures. » « Il faut donc emprunter la sagesse à la 
philosophie grecque comme on cueille des roses parmi 


1 D'après Jean, 1, 4-5, 9-10. — % Lib. IV, v, 8 41. — 3 Strom., I, XXI, 
à la fin. — ® Strom., I, xx. . 


150 MANUEL DE PATROLOGIE. 


des epines. » En philosophie, Clément avoue lui-memg' d 
qu'il est éclectique. À 
Pour que la science révélée demeure intacte dans lg. 
croyance traditionnelle de l'Eglise, Clément veut que lg! 
philosophie soit édifiée sur le fondement de la gno@ | 
chrétienne, de la foi ecclésiastique, d’après ce principe 4: 
Fides præcedit intellectum‘. Ce principe, valable seule-": 
ment pour le gnostique chrétien et non pour l’ineroyant;. 
est aussi nécessaire que fécond en conséquences ; car; 
dès que le chrétien admet que Jésus-Christ est Dieu et ug 
maître infaillible, il serait absurde de subordonner sol 
adhésion au christianisme à une démonstration scientis i 
fique : il suffit que Dieu ait répondu aux questions dét:! 
sives. La foi infaillible de l'Eglise est pour nous k:; 
criterium de la vérité ; en adhérant fermement à la dot: 
trine divine et en la gravant dans sa conduite, le chr& ih 
- tien , selon la promesse du Christ, arrive à reconnaitn »; 
qu'elle est divine ?. Aussi «la foi n’est pas moins nétes 4, 
saire à la vie spirituelle du gnostique que la respiralioß:., 
à la vie sensible. » « Ces deux choses, la foi et la scienc : |, 
sont inséparables. Pas de foi sans la science et pas à}; 
science sans la foi®. » A 
Le but de la science n’est donc pas d'ajouter à la foi: 
mais de la développer et de l’affermir : « La foi es k, fl 
connaissance résumée des choses essentielles ; la gnos ;;, 
c’est la ferme démonstration de ce qu’on a appris park. 
foi, comme elle est édifiée sur la foi par la doctrine di... 
Seigneur, la foi devient ainsi une connaissance inebraß..,, 
lable. » Le simple fidèle adhère à la foi uniquemen, | 
parce qu’elle vient de Dieu; le théologien, parce que, 


est nécessaire et forme un tout harmonieux. h 
Mk 
! Par le mot foi, Clément entend tantôt la doctrine même, tant}, 
l'adhésion à cette doctrine, adhésion qui est à la fois naturellet 
surnaturelle. Par son côté surnaturel, « la foi est une force pour!" El 
salut et une puissance pour la vie éternelle. » Strom., IL, x. tr 
3 Jean, vu, 17. — 3 Strom., I, ı. Lib. VID. xp 
Ir 


re 


— — = ——— ———— —— 


LES POLÉMISTES GRECS. CLÉMENT D’ALEXANDRIE. 1451 


Cette théorie sur les relations de la foi et de la science, 
Clément n’y est pas toujours resté fidèle ; non-seulement 


dla fait servir la philosophie à l'explication de la théo- 
t.Jogie, mais il l’a confondue quelquefois avec celle-ci; il 


. Se dit lui-même au début des Stromates : « Ces livres 


- contiendront les vérités chrétiennes mêlées aux doctrines 
: philosophiques , ou plutôt couvertes et cachées par 
… celles-ci, comme l'écorce cache le noyau du fruit; » pas- 
. sage qui, dans la suite, l’a fait accuser de platonisme. 


Doctrine de Clément d'Alexandrie. 
Le but pratique que Clemenf‘ dit s’être proposé dans 


. son grand ouvrage ne permet pas d’y chercher un ordre 
_ systématique; en revanché, on y trouve quantité de 


. beaux passages sur les doctrines de l'Eglise, ses insti- 


. tutions, ainsi que sur la vie ascétique !. 


1. Il rejette les livres apocryphes et n’admet que 


. quatre évangiles ; il cite tous les autres livres canoniques 


_ du Nouveau Testament , à l'exception de l’épitre à 
. Philemon, de l’epitre de saint Jacques et de la seconde 


de saint Pierre. Il a aussi des textes de la plupart des 


livres de l’Ancien Testament, et même des livres deuté- 


rocanoniques : Esther, Tobie, Sagesse, Ecclésiastique, 


. Maccabées. Quand il emprunte aux apocryphes, il ne 


= mets tte 


marque point leur rapport avec les livres canoniques, 
dont il atteste l'inspiration par diverses formules. 

2. La sainte Trinité est proclamée à la fin du Pedagogue 
dans la prière suivante : « Regardez vos enfants d’un 
œil propice, divin Pédagogue; Fils et Père, qui n'êtes 
qu'un Seigneur, donnez à ceux qui vous obéissent d’être 
remplis de la ressemblance de votre image, et de vous 
trouver selon leur pouvoir un Dieu et un juge favorable; 
fites que tous, tant que nous sommes, qui vivons dans 
votre paix, étant transférés à votre cité immortelle, 
après avoir traversé les flots que met le péché entre 

 Permaneder, Patrol. special., t. II, les a groupés avec soin. 


PRG TV C IE 


si. À [I CE S ir FÜRR 


152 MANUEL DE PATROLOGIE. 


elle et nous, nous nous assemblions en tranquillite par 
votre Esprit-Saint, pour vous louer et vous remercier 
nuit et jour jusqu'à la fin de notre vie!.» C'est donc à 
tort qu'on l’a accusé de sabellianisme ou de subordina- 
tianisme; les obscurités de son style s'expliquent en 
grande partie par la discipline de l’arcane ®. 

3. Il est surtout intéressant de l’entendre parler de 
l'Eglise : « Maintenant je ne nomme pas le lieu, mais 
l’assemblée des élus de l’Eglise®.» La véritable Eglise, 
dit-il, est celle qui est la plus ancienne et qui a précédé 
toutes les hérésies; Eglise une comme Dieu est un; 
Eglise catholique, où l'on trouve la pleine vérité, et non 
chez les hérétiques®, lesquels sont tous postérieurs aux 
apôtres et n’ont avec eux aucun rapport. C'est par eux, 
au contraire, que les saintes Ecritures ont été ou muti- 
lées, ou rejetées, ou faussement interprétées; car ils ont 
renié la tradition de l'Eglise (orientale)®. Leurs maïtres 
n'ont que des opinions, tandis que nous avons la tradi- 
tion divine transmise par les apôtres et leurs disciples : 
« Pour nous, celui-là seul est un (vrai) gnostique qui a 
blanchi sur les saintes Ecritures, qui conserve la règle 
dogmatique des apôtres et de l'Eglise, qui vit selon 
l'Evangile, qui puise dans le Seigneur, dans la loi et les 
prophètes, les preuves dont il peut avoir besoin 6.» 

4. Si les confesseurs de la foi meurent en si grand 
nombre , comparativement aux heretiques , Clément 
l’attribue à la visibilité de l'Eglise : « Les uns disent que 
le martyre consiste dans la vraie connaissance , les 
autres que c’est un suicide de confesser Dieu au péril de 
sa vie; selon d’autres, c'est la crainte qui inspire de 
pareils sophismes. Quant à l'Eglise catholique, elle exige 
de ses membres, tout en désapprouvant qu'ils aillent 
s'offrir eux-mêmes, qu'ils confessent ouvertement devant 


1 Cf. Pædag., I, vi; Strom., V, xıv. (Cit. du trad.) — 3 Huber, 
Philos. des Pères de l’Egl., p. 140. — 8 Strom., VII, v. — * Ibid., xv, 
XV, xxvi.— 8 Ibid., xvi. — 6 Ihid., xvı;5 cf. c. XVII. 





LES POLEMISTES GRECS. CLÉMENT D'ALEXANDRIE. 133 


l’autorité leur foi au Dieu vivant, qu'ils la défendent de 
leur mieux, et, s’il le faut, qu’ils la scellent de leur 
sang.» 

5. Des SACREMENTS. — Le baptéme. « Nous voyons se 
réaliser précisément ce qui a été figuré par le Seigneur. 
Baptisés, nous sommes éclairés ; éclairés, nous recevons 
l'adoption des enfants; adoptés, nous devenons parfaits; 
parfaits, nous devenons immortels. Cette opération a 
différents noms : grâce, illumination, ablution. Grâce, 
en tant que nous sont remises les peines dues au péché ; 
illumination, parce qu’il nous est donné de voir cette 
sainte et salutaire lumière par laquelle nous gonnaissons 
Dieu ?. » 

La pénitence. « Ce qui est fait est passé, et ne saurait 
n'avoir pas été fait. Aussi, en remettant les péchés 
commis avant la foi, le Seigneur ne fait point qu'ils 
n'aient pas été commis, mais il fait comme s'ils ne 
l'avaient pas été. » Il en est autrement des péchés 
commis après le baptème, et qui sont proprement la 
cause pour laquelle Dieu punit l’homme. «Il faut savoir, 
en effet, que ceux qui tombent dans le péché après le 
bain (baptismal) ne doivent plus seulement être avertis, 
mais châtiés. Ce qui a été fait avant est remis; ce qui a ' 
été fait après doit être effacé par l’expiation®.» Et alors 
même que le pécheur fait pénitence et est pardonné, on 
doit lui faire sentir sa faute, puisqu'il n’y a pas de 
nouveau bain pour le laver de ses péchés®. Pour des 
fautes très-graves, on ne doit imposer qu’une fois la 
pénitence publique. Aussi la vrai pénitence consiste à ne 
plus pécher®. 

Cette expiation se continue dans le purgatoire; car si 
les justes, à proportion de leurs mérites, entrent dans un 
lieu de repos, il n’en est pas ainsi de ceux qui ne sont 
pas entièrement purs. Quand un chrétien, par une 


1Strom., IV, vu, x. — % Pædag., I, VI. — ® Strom., IV, xxIv, à la 
fin. —  Ibid., II, xım. — 8 Jbid., IV, xu, à la fin. 


154 MANUEL DE PATROLOGIE. 


longue pénitence, s’est débarrassé de ses fautes, il passe 
de là à un châtiment plus sévère, bien qu'il soit mieux 
là qu'où il était précédemment. — Cependant, alors 
même que les peines y ont cessé et que l’expiation est 
accomplie, il lui reste la tristesse de n'avoir pas été jugé 
digne d'entrer dans la même bergerie que les autres, 
ce qui exige la vraie connaissance et l'amour de Dieu. 
Le bon chrétien doit donc (dans ses prières) garder un 
souvenir compatissant à ceux qui, après la mort, ont 
encore des peines à souffrir, et qui, maintenant, con- 
fessent leurs péchés dans la douleur. 

Eucharistie. L'Eglise appelle ses enfants et les nourrit 
de son lait, — l'enfant devenu Verbe. — Le Verbe est 
tout pour l’enfant : il est son père, sa mère, son maître, 
son nourricier. Mangez ma chair, dit-il, et buvez mon 
sang. — Cette nourriture toute particulière, c’est le Sei- 
gneur qui vous l'offre; il vous présente sa chair, il 
répand son sang; rien ne manque plus à l'accroissement 
de l'Eglise. O mystère incompréhensible 5! Le sacrifice 
de Melchisédech est la figure du sacrifice eucharistique *. 

Si Clément préfère la virginité, cette anticipation de 
notre état futur, le mariage ne lui semble pas moins 
“sacré dans son but. « L’Eeriture, dit-il, ne permet pas 
aux mariés de se séparer, et elle établit cette loi : Vous 
ne quitterez point votre femme, si ce n’est pour adultère ; 
mais elle croit que c'est adultère à ceux qui sont séparés, 
de se remarier tant que l’un des deux est en vie®. » 

6. Il décrit avec transport les avantages de la vie reli- 
gieuse et ascétique. La prière étant un commerce, un 
entretien avec Dieuf, contribue beaucoup plus à la 
perfection que la société des hommes vertueux. « Ceux 
qui sont.le plus versés dans la connaissance de Dieu et 
qui lui répondent par leur vertu, doivent aussi prier 


1 Strom., lib. VI, c. xIv, et IV, xxv. — 2 Ibid., VII, xu. — 5 Pedag., 
I, VI —® Strom., IV, xxv, à la fin.— 5 Ibid., II, xxım. (Cit. du trad.) 
— 6 Strom., VII, vn. 





LES POLÉMISTES GRECS. CLÉMENT D'ALEXANDRIE. 155 


davantage, afin que le bien leur devienne habituel; le 
mercredi et le vendredi, ils doivent joindre le jeùne à la 
prière.» Uni à la société des fidèles, « le gnostique prie 
avec les anges, auxquels il ressemble déjà; — même 
quand il prie seul, il est entouré du chœur des saints!.» 
« Sa vie entière doit être un hymne et une louange à 
Dieu 2. » 

7. Sur la nécessité, les avantages et le prix de la 
science, Clément a de magnifiques passages : « Celui 
qui veut atteindre à la gnose sans philosophie, sans 
dialectique et sans étude de la nature ressemble à celui 
qui, sans avoir cultivé la vigne, voudrait récolter du 
raisin 5. » A la gnose se joint la charité, qui est sa pléni- 
tude?. Le gnostique est l'homme parfait au point de vue 
moral; car l'occupation des choses intellectuelles l’é- 
loigne des objets sensibles, et la gnose purifie l’âme. 
Mais lorsque Clément va jusqu’à faire de son gnostique 
un être passif, une monade semblable à Dieu’, il s'éloigne 
de la pensée catholique et tombe évidemment dans le 
stoicisme. | 

L'importance de Clément dans l’histoire littéraire du 
christianisme consiste, selon nous, en ce qu'il est le 
premier en Orient qui ait tenté d'établir en face de la 
philosophie païenne une philosophie chrétienne indépen- 
dante. Saint Irénée avait reculé devant cette tâche. 

Editeurs de ses Œuvres: Sylburg, Heidelb., 1592; l’anglican Potter, 
Oxon., 4715, 2 vol.; réimprimé par Migne avec de nouvelles re- 
cherches, ser. gr., t. VIIL et IX. Edition portative d'Oberthür, gr. et 
lat. (Collect. Patr. grec., t. IV-VI); de Klotz, grecq., Lips., 1831, 
4 vol., très-incorrecte. Cf. Tillemont, t. II; Ceillier, t. II, ed. 2°; 


Reinkens, De Clemente Alex., homine, presbytero, philosopho, theo- 
logo, Vratisl., 1850; Moehler, Patrol., p. 430. 


! Strom., VI, x. — % Ibid., vi. — 3 Ibid., 1, ıx. — + Ibid., VII, x. 
— 5 Ibid., IV, xxım. 


156 MANUEL DE PATROLOGIE. 


$S 33. Origène ( mort en 254). 


Cf. Dan. Huetii Origeniana, Paris, 4668-1769 ; De la Rue, Op. Orig., 
t. IV; Migne, ser. gr., t. XVII; Héfelé, dans l’Encycl. de la théol. 
catholique, éd. Gaume. 


Né à Alexandrie, vers 185, de parents chrétiens et 
nourri des principes de la foi, il n’est pas étonnant 
qu'Origène ait voulu, dès sa jeunesse, partager le mar- 
tyre de son père Léonide. Arrêté dans son dessein, il 
protesta par écrit « qu’il ne changerait jamais de senti- 
ment par égard pour ses proches. » Ses maitres en théo- 
logie furent Pantène et Clément, puis le néoplatonicien 
Ammonius Sakkas, dont les leçons, fréquentées en 
compagnie de Longin et de Plotin, eurent sur lui une 
prodigieuse mais funeste influence‘. Chef de l’école 
d'Alexandrie dès l’âge de dix-huit ans (203), très-versé 
dans la littérature grecque, doué de talents remar- 
quables, relevés par le goût de la piété, il montra tant 
de profondeur dans ses lecons sur l’Ecriture, que ses 
auditeurs « le croyaient inspiré du Saint-Esprit, d'où 
émanent les prophètes. » Plusieurs de ses auditeurs 
l'affectionnaient à un tel point que, si l’on en croit saint 
Grégoire le Thaumaturge, ils disaient de lui : «C’est l’âme 
de David fondue avec l’âme de Jonathas. » Préludant à 
son cours de théologie par des lecons qui embrassaient 
tout le domaine de la philosophie, psychologie, dialec- 
tique, physique, géométrie, astronomie, philosophie 
morale, histoire de la philosophie, il captiva une foule 
de jeunes paiens. Le cours de théologie se terminait par 
l'étude complète de l’Ecriture sainte. 

Parmi ses disciples, nous citerons le martyr Plu- 
tarque, évêque d’Héraclée, Herais et peut-être aussi 
Potamienne. Plusieurs se distinguèrent comme martyrs 
dans la persécution de Sévère, qui, en Egypte, fut 
poussée avec une grande énergie par le proconsul 

1 V. Krüger, Revue de théol. histor., de Illgen, 1843, t. I. 











LES POLÉMISTES GRECS. ORIGÈNE. 457 


Aquila (203). Origène les avait souvent excités au mar- 
tyre au péril de sa vie!. 

Origène vivait en véritable ascète. Malheureusement, 
son zèle et son austérité le poussèrent à un acte que 
lui-même déplora dans la suite. Une fausse interpré- 
tation de l'Evangile le determina à se mutiler lui-même 
pour tuer les passions dans leur germe et échapper aux 
méchants propos des païens touchant ses relations avec 
les femmes, dont plusieurs recevaient ses lecons. Cette 
action, qu’il dissimula d’abord, lui valut plus tard toute 
sorte de désagréments. Désireux de faire connaissance 
avec la plus ancienne Eglise, il fit le voyage de Rome 
dans les premières années du troisième siècle ; mais il 
retourna bientôt à Alexandrie pour y reprendre son 
enseignement. Il se chargea, avec l’aide d’Heraclas, de 
la premiere division des catéchumènes. C'est à cette 
époque que furent composés ses grands travaux sur 
l'Ecriture sainte. Son ami Ambroise, qui était riche, 
l'aida de ses ressources ; il lui donna sept notaires pour 
écrire sous sa dictée, sept copistes et des filles qui trans- 
crivaient ses travaux en la plus belle écriture. Grâce à 
ces secours, il put commencer son grand ouvrage bi- 
blique, les Hexaples, pour lesquels il se mit à l'étude de 
l'hébreu. 

En 245, il fit le voyage d'Arabie pour y instruire un 
général désireux de se convertir. L’année suivante, il 
fuyait de nouveau Alexandrie afin d'échapper aux em- 
bûches de Caracalla, et se rendait à Jérusalem auprès de 
son ami l’évêque Alexandre, et de Théoctiste de Césarée. 
Retourné à Alexandrie, il fut bientôt appelé à Antioche 
pour initier au christianisme la mère d'Alexandre Sévère, 
Julie Mammée. Vers 228, il fut délégué en Grèce pour 
apaiser des divisions qui venaient d’y éclater. Il s’y 
rendit, avec des recommandations écrites de l’évêque 


1 Cf. Eusèbe, Hist., VI, c. 11, IN, VI, VII, XIV, xxXVI; Hieron., Catal., 
C. LIV; Photius, Cod., 8. 


160 MANUEL DE PATROLOGIE. 


celle des Septante, celle de Théodotion. Quand certains 
livres avaient différentes versions, il les ajoutait encore, 
de sorte que son ouvrage avait souvent huit, quelque- 
fois neuf colonnes; de là le nom d’octaple et enneaple. 
il indiquait par des signes les passages qui variaient dans 
les diverses traductions. D’autres travaux préparatoires 
moins importants furent ses recherches sur les noms 
propres de la Bible, sur les poids et mesures des Hébreux. 

Origène procédait par des scolies, des commentaires 
et des explications pratiques semées d’exhortations mo- 
rales. Ce travail forme les sept huitièmes des œuvres 
encore existantes. 

Dans les Hexaples et les Octaples, Origène apparait 
comme le fondateur de l'interprétation philologique et 
grammaticale; mais il ne la considère que comme un 
moyen; à ses yeux, la suprême mission de celui qui 
étudie la Bible consiste à approfondir le sens mystique 
et allegorique, en quoi il a surpassé de beäucoup son 
maître Clément. Ce système d'interprétation, il le justifie 
par le caractère inspiré de l’Ecriture ?, par l'exemple de 
saint Paul® et par les contradictions qu’offrirait le sens 
littéral*. Il avoue cependant que « les passages histo- 
riques sont plus nombreux dans l’Ecriture que les 
passages uniquement spirituels ou allégoriques 5. » 


Travaux apologétiques et polémiques. 


4. Nous avons déjà parlé (8 26) de ses huit livres Contre 
" Celse, composés à la prière de son ami Ambroise 
d'Alexandrie. 


1 Ce que les Septante avaient de plus que l'hébreu était marqué 
d'obélisques ou de petites broches ; ce que l’hébreu avait en plus était 
désigné par des astérisques. Il est douteux qu’il se soit servi d’autres 
signes. 

% 11 convient de croire qu’il n’y a pas dans l’Ecriture un seul iota 
d'où la sagesse divine soit absente. Hom. in Ex., I, 1v. 

, 8 Gal., 1v,21; I Cor., xvi, 1-4; Col., ıı, 16-17; Hebr., VIN, v, etc. — 
Gen., IX, 21-28 ; xx, 30-38 ; XXXVILI, 8. — 5 De princip., IV, XIX. 








LES POLÉMISTES GRECS. ORIGÈNE. 461 


2. Les Philosophumena (confutatio omnium hæresium) 
qu'on lui a longtemps attribués, appartiennent certaine- 
ment à Hippolyte. 

3. Le dialogue De recta in Deum fide contra Marcionitus 
n'est pas non plus d’Origene; Théodoret Yattribue à 
Adamantius, ce qui explique peut-être son insertion 
dans les œuvres d’Origene. 


Travaux dogmatiques. 


Les ouvrages dogmatiques perdus sont les Zrpwuareïs 
(dix livres); de la Résurrection; du Libre Arbitre; de la 
Pâque. Du De principiis nous n'avons que la version la- 
tine, trop souvent remaniée, de Rufin d’Aquilee. Cepen- 
dant il reste quelques passages de l'original, notamment 
dans la Philocalie, où saint Basile et saint Grégoire de 
Nazianze ont recueilli les plus beaux passages, et dans 
la lettre de l’empereur Justinien à Mennas, patriarche 
de Constantinople. Cet ouvrage, composé à Alexandrie 
avant 231, lui valut bien des inimitiés, à cause des 
nombreuses erreurs qu'il contenait, comme l’attestent 
unanimement Méthode, Eustathe, Théophile, Epiphane, 
saint Jérôme et Photius. Rufin, son apologiste, le re- 
connaît lui-même; car, tout en imputant ces erreurs 
aux hérétiques, il les corrigea dans sa traduction, et les 
tempéra à l’aide des autres écrits d’Origene. L'ouvrage 
traite de Dieu, de la Trinité et des anges (4° liv.); du 
monde, du Dieu de l’Ancien Testament, du bien et du 
mal, de l’incarnation et de la résurrection (2° liv.); du 
libre arbitre, des tentations, de la fin du monde (3° liv.); 
de l'inspiration, de l'interprétation et de l'intelligence 
de la sainte Ecriture (4° liv.). 

La démonstration de la foi chrétienne suivant ce prin- 
cipe : Fides præcedit intellectum, y est plus complète que 
dans Clément d'Alexandrie. Tandis que Clément se borne 
dans ses Stromates à indiquer le but, Origène -essaie de 
coordonner en système, en face des théories des gnos- 

1 





162 MANTEL DE PATROLOGIE. 
tiques, les enseignements positifs du ehristianisme. «3 


quelqu'un , dit-il dans sa préface, veut enchainer &. 


ordonner en système ces doctrines que je ba présente, 
il prendra pour principes des propasitions certaines d 
indubitables, afin de juger de la vérité des antres ei & 
faire un tout de ce qu'il voudra établir par l'Ecnièare © 
par des conclusions théologiques. » 


Traités pratiques. — Lettres. 


4. Traité de la prière. Dans cetie explication du Pater, 
pour son ami Ambroise, Origène examme 


u 7 


composée 
à fond la nature, les qualités, le lieu et le temps de h ; 
prière. « La nature humaine n'est pas suffisante à 


chercher Dieu en quelque facon que ce soit, ni mnèsss à 
le nommer, si elle n’est aidée de celui qu'elle cherche. » 
2. Exchorlation au martyre. 


" .…L—lr 


3. De sa vaste correspondance, il ne reste que la Este 


& Julien d'Afrique, sur l'authenticité de l’histoire de 
Suzanne dans Daniel. On n’a que des fragments des 
lettres suivantes : 1. Justification de ses études phile- 
sophiques; 2. plaintes sur l'altération de ses écrits; 
3. lettre à Grégoire le Thaumaturge sur l'emploi de la 


philosophie grecque dans l'explication de l’Ecriture et . 


dans la théologie : « Il faut, dit-il, l’employer comme 
ces riches trésors que les Juifs avaient emportés 
d'Egypte et qu'ils consacrérent à l’ornementation du 
temple, au lieu d’en faire des idoles, comme avaient fait 
les Israélites dans le désert, et comme font encore les 
hérétiques. » 


Système d’Origene: 


Le système d'Origène, notamment dans le De princi- 
piis, renferme quantité de doctrines captieuses ou évi- 
demment erronées, qui ont provoqué aux quatrième et 
cinquième siècles les querelles de l’origénianisme, amené 

A Cit. du trad. | 


LES POLÉMISTES GRECS. ORIGÈNE. 163 
la condamnation de ses écrits!, et partagé de nos jours 
k sentiment des savants. 

Déjà sur la Trinité il s'était énoncé d’une façon incor- 
recte en appelant le Fils une création * du Père, expres- 
sion qui sentait fort le subordinatianisme. On peut croire 
cependant qu’il n’a voulu désigner qu’un rapport de 
dépendance entre le Père et le Fils, d'autant plus qu'il 
senonce ailleurs en termes irréprochables. 

On lui reproche aussi ses opinions sur les rapports de 

Dieu avec le monde. Selon lui, la bonté de Dieu et sa 
force créatrice ne sauraient rester en repos : il faut qu'il 
les manifeste incessamment en créant de toute éternité. 
Par là, il semble se rapprocher des gnostiques, bien qu’il 
n'admette pas avec eux que la matière émane de Dieu. 
Lorsqu'il ajoute, en développant cette pensée, que Dieu 
a créé de toute éternité autant de mondes qu'il en 
pouvait créer et gouverner, il met des bornes à la toute- 
puissance divine. 

Il croit que les âmes humaines existaient avant d'être 
unies au corps; que, dans le principe, tous les êtres 
spirituels, anges, démons, âmes humaines, étaient iden- 
ques. S’ils diffèrent maintenant, c’est parce qu’une 
partie s’est détournée de Dieu. L’âme du Christ n’est pas 
exceptée de cette loi : si elle a été unie à Dieu, c’est 
parce qu'elle l’a mérité. Jésus-Christ n'a pas été seule- 
ment le rédempteur des hommes, mais encore du monde 
entier, et cette œuvre, il la continue dans le ciel. 

Les âmes déchues sont destinées à se purifier et à se 
spiritualiser de plus en plus dans leur union avec le 
corps; si, à la mort, elles ne sont pas entièrement pures, 
elles seront exilées dans de nouveaux corps. Origène 
enseignait donc la métempsycose, de même qu'il nie l’é- 
ternité des peines. Les démons eux-mêmes finiront par 

1 Voir sur les Quinze anathématismes contre Origène l'Histoire des 


conciles de Héfelé, 2° vol., p. 768. Cf. Alzog, Hist. de l'Egl., 8e.édit., 
& 113 et 122. — 3 Huet, Origen., IL, u, n. 22. 


464 MANUEL DE PATROLOGIE. 


devenir bons et obtiendront misericorde ; quand tout 
sera purifie, tout sera de nouveau uni à Dieu, et Dion 
sera tout en tout. Dans ce systeme, on le voit, il ny 
a point de place pour le dogme ecclésiastique de la résui- 
rection. Origène croit aussi que les anges sont revätus 
d’un corps. 

De nos jours, Vincenzi a vainement essayé d'expliquer 
ou d’adoucir ces erreurs en disant que les écrits d’Ori- 
gène ont été falsifiés, que ses erreurs sont corrigées par 
d’autres passages orthodoxes, que la haïne de ses enne- 
mis a exagéré ses défauts. La vérité est que, dans la 
première période de sa vie, Origène était imbu des idées 
de Platon, et que, plus tard, il modifia plusieurs de ses 
opinions. 

Origène, comme plusieurs écrivains religieux de son 
temps, était très-versé dans la philosophie des Grecs, 
notamment de Platon, et le néoplatonisme, repris 
avec élan par deux de ses contemporains, Ammonius 
et Plotin, dut exercer sur lui une puissante influence. 
Génie éminemment spéculatif, enclin à surfaire la valeur 
des arguments philosophiques et rationnels, trop prompt 
à passer de la philosophie à la théologie, Origene 
courait grand risque de se fourvoyer la première fois 
qu’il tenterait de réduire en système la doctrine chre- 
tienne, dans un temps surtout où bien des points, non 
encore fixés par l'Eglise, restaient soumis à la libre 
discussion®. L'essentiel, toutefois, est que, dans ses 
ouvrages subséquents, nommément dans son écrit Contre 
- Celse, il se soit exprimé en termes très-orthodoxes, même 
sur les points où il s'était hasardé et trompé. On s’ex- 
plique ainsi qu'il ait été accusé par des hommes tels que 


I In S. Greg. Nyss. et Orig. scripta et doctr., nov. recens., Roms 
1864. — 2 Cf. Michelis, Hist. de la philos., Braunsberg, 1865, p. 132. 

3 Les hérétiques, dit Rufin, avaient falsifié les Œuvres d'Origène. 
Origène lui-même, saint Jérôme et l’auteur anonyme du Prædestina- 
tus (lib. I, c. xxIı), ayant fait la même déclaration, nous pouvons ÿ 
ajouter foi. 


LES POLÉMISTES GRECS. ORIGÈNE. 165 


Méthodius et saint Jérôme, et justifié par des autorités 
également impartiales et compétentes, comme Grégoire 
le Thaumaturge et Pamphile *. Cependant, il ne fut 
jamais formellement hérétique et se montra toujours 
attaché à la doctrine de l'Eglise : « Tandis que plusieurs 
croient que leurs opinions sont conformes à Jésus-Christ, 
et que quelques-uns ont des idées contraires à la 
eroyance des ancêtres, il faut maintenir intacte la pre- 
diation ecclésiastique transmise des apôtres par ordre 
de succession et conservée dans l’Eglise jusqu’à ce jour. 
l faut tenir uniquement pour vrai ce qui ne s’ecarte 
a rien de la tradition ecclésiastique et apostolique ?. 
ı Pour nous, dit-il en parlant du dogme de la résur- 
rction, nous restons inébranlable dans la doctrine de 
Jésus-Christ 5. » 

1. Origène démontre l’origine surnaturelle du chris- 
tanisme par la rapidité de son extension et par le 
sombre prodigieux des miracles et des prophéties. Sa 
défense de la vie de Jésus-Christ contre Celse est égale- 
ment traitée au point de vue historique*. 

2. Origène soutient, en divers endroits, contre les 
railleries des paiens, que la foi est nécessaire à tous, 
même aux savants; mais, à l'exemple de Clément, il 
exagere quelquefois la valeur de la science : « Ceux qui 
ont reçu le don de là gnose, ou sagesse, ne vivent plus 
dans la foi, mais dans la claire vision ; les hommes spiri- 
tels n’habitent plus dans le corps, mais des ici-bas ils 
sont auprès du Seigneur’. » 

3. Sur la Trinité et sur le Verbe : « Nul n'est im- 
muable, sans commencement ni fin, nul n'est créateur 
de toutes choses que le Père avec le Fils et le Saint- 
Esprit. Examinons de quel puits mystérieux la sagesse 


1 Voir les cing propositions d’Halloix, S. J., dans Vincenzi, 1er vol., 
Prolog., p. XI-XIMI, pour l’appréciation d’Origene. 

3 De princip., I, 11, v.— ® Cont. Cels., V, xxr1. — + Voir les preuves 
au $ 26, n. 22. — 5 T. XIII, In Joan., c. LU. 


166 MANUEL DE PATROLOGIE. 


nous apprend qu'il n’y a qu’une fontaine. Il me semble 
que la connaissance du Père non engendré en est un, 
et que la connaissance de son Fils unique en est un 
autre; car le Fils est autre que le Père, comme il le dit 
lui-même dans l'Evangile. On peut regarder comme un 
troisième puits la connaissance de l’Esprit-Saint ; car il 
est autre que le Père et le Fils, suivant cette parole de 
l'Evangile : Le Père vous enverra un autre Paraclet, 
l'Esprit de vérité. La distinction des trois personnes 
revient donc à la pluralité des puits, mais ces puits n’ont 
qu’une source ou fontaine, car la substance et la nature 
de la Trinité est une.» 

4. Divinite et passibilité de Jésus-Christ : «N a tout 
fait, non à cause de lui, mais à cause du genre humain 
et des créatures raisonnables ?.» « C’est parce qu'il est 
le sacrifice qu'il devient notre Sauveur par l’effusion de 
son sang, en nous remettant nos péchés passés ; et cette 
rémission, par le moyen de la foi, devient personnelle à 
chaque fidèle 5. » 

5. Lorsque Celse attaque l'éternité des peines, Origène, 
loin de l’accuser de mal comprendre la doctrine chré- 
tienne, lui répond : « Ceux qui sont infidèles à Jésus- 
Christ tomberont dans le feu éternel, qui est d’une autre 
nature que celui dont nous nous servons. Car le feu 
dont se servent les hommes (remarquez l'expression) 
n'est pas éternel; il ne dure pas même longtemps, mais 
s'éteint bientôt. Il est éternel, au contraire, ce feu dont 
parle Isaie, lorsqu'il dit à la fin de ses prophéties : Leur 
ver ne mourra point, et leur feu ne s’éteindra jamais. » 

6. Sur la résurrection : « Qu'on le croie bien, nous ne 
sommes pas de ceux qui, tout en se disant chrétiens. 
rejettent ce dogme attesté par l’Ecriture; » et il ajoute, 
après avoir expliqué le texte de saint Paul, / Cor., xv, 
36 : « Nous admettons donc dans toute son étendue la 


1 In Exod. (Substit. du trad.) —3 Cont. Cels., VII, xvu ; IL, Ix-xxxiv. 
— # Comment. in Ep. ad Rom., lib. III, n. 8. — + Comm. in Matth.,n. 72. 


LES POLÉMISTES GRECS. ORIGÈNE. 4167 


doctrine de l'Eglise et la promesse du Christ, et nous 
soutenons qu'elle est possible‘. » 

7. Dans le commentaire sur l’Epitre aux Romains, il 
combat la doctrine de Basilide sur la métempsycose ; 
mais lui-même, outre l'opinion dichotomique et trichoto- 
mique, en admet une troisième selon laquelle l’âme, 
une dans sa substance, se composerait de diverses 
parties ?. Il ne dit pas laquelle de ces opinions il choisit, 
et laisse au lecteur le soin de se décider. 

8. Ses idées sur l’Eucharistie, souvent enveloppées 
d'interprétations allégoriques et mystiques, et voilées 
pour des raisons de discipline, ne sont pas sans quelque 
difficulté. Il voit dans la Pâque des Juifs une figure de 
Jésus-Christ. Dans les paroles de l'institution, il trouve 
un sens mystique et symbolique, et dans la communion 
un symbole du festin nuptial céleste. Ailleurs, il se rap- 
proche davantage de la précision dogmatique : « Ne 
vous étonnez pas si le Christ est lui-même le pain et s’il 
mange le pain avec nous; la parole de Dieu est toute- 
puissante*. » «Si vous montez avec lui pour célébrer la 
Pâque, il vous donnera à la fois le pain de bénédiction, 
son corps, et vous offrira son sang . » «Ne craignez- 
vous pas de recevoir le corps du Christ en vous appro- 
chant de l’Eucharistie 6? » «a Dans l’Eucharistie, nous 
sommes véritablement nourris de la chair du Christ ?. » 
« Vous qui avez accoutume d’assister aux mysteres, 
vous savez avec quelle précaution et quel respect vous 
recevez le corps du Seigneur, de peur qu'il n’en tombe 
la moindre parcelle®. » Il est donc nécessaire de se puri- 
fier le cœur, afin d’éviter le châtiment de Judas. Sur 
l'acte même de la consécration, il s'exprime ainsi : 
« Rendant grâces au Créateur de toutes choses, nous 


1 Cont. Cels., V, xxu. — 2 De princip., IL, ıv. — ® Schwane, Hist. 
des dogm., 1er vol., p. 448.— Comm. in Matth., n. 86.— In Jerem., 
hom. xvim, n.18. —® In Ps., hom. ıı, n. 6. — 7 In Num., hom. vu, 
n.3.—8 /n Exod., hom. xıu,n. 8.— 9 In ps. XxXXVII, hOM. Hi, n. 6. 


168 MANUEL DE PATROLOGIE. 


mangeons avec prière et actions de grâces les pains 
offerts, devenus par la prière un corps sacré qui sanctifie 
ceux qui le reçoivent avec pureté t. » 

Dans Origène, l’Eucharistie en tant que sacrifice ne 
peut se déduire que de la comparaison établie entre les 
sacrifices paiens et les pains de proposition de l’ancienne 
loi®. 

9. 11 établit un certain rapprochement entre la péni- 
tence et l'extrême-onction. Dans la deuxième homélie sur 
le Lévitique, il se fait l'objection suivante : « La condi- 
tion des anciens semble avoir été meilleure que la nôtre, 
puisque les pécheurs offraient plusieurs sortes de sacri- 
fices pour la r&mission de leurs péchés. » Il répond : «Un 
chrétien pour qui Jésus-Christ est mort doit être soumis 
à une discipline plus. sévère; cependant, afin que vous 
ne trouviez pas là une cause de désespoir, mais plutôt 
un encouragement à la vertu, on vous a appris quels 
sacrifices on offrait sous la loi pour les péchés ; entendez 
maintenant par combien de moyens les péchés sont 
remis sous l'Evangile. » Et après avoir cité le baptème, 
le martyre, l’aumöne, le pardon, la conversion du 
prochain, l'amour de Dieu, il ajoute : « Il y a encore 
un quatrième moyen, bien que dur et pénible, c’est la 
rémission des péchés par la pénitence, quand le pécheur 
arrose son lit de ses larmes, quand il s’en nourrit nuit et 
jour et ne rougit pas de confesser ses péchés à un prêtre 
et de lui en demander la guérison. » Et comme la qualité 
du prêtre aide beaucoup aux dispositions des penitents, 
Origène veut qu'on choisisse pour médecin spirituel 
celui qui convient le mieux à l’état de l’âme, qui se prius 
et eruditum medicum ostenderit et misericordem. On 
s'ouvrira à lui sans réserve, et on s’abandonnera tout 
entier à sa direction 5. Origène voit dans la rémission des 
péchés l’accomplissement de cette parole de saint Jacques: 


1 Cont. Cels., VIII, xxxım. — ® Probst, Origène sur l’Euchar. Revue 
de Tubing., 1864, — ® Hom. I in ps. XXXVII, D. 6. 





LES POLEMISTES GRECS. ORIGENE. 169 


« Quelqu'un d’entre vous est-il malade, qu’il appelle les 
prêtres de l'Eglise : ils prieront sur lui et l’oindront 
d'huile au nom du Seigneur, et la prière de la foi le 
sauvera, et s’il a des péchés ils lui seront remis. » 

10. Sur la prière : « ll est impossible de bien prier ou 
d'enseigner à prier sans la grâce divine. » « Nous ne 
savons point comment nous devons prier, dit saint Paul, 
mais c’est l'Esprit de Dieu qui prie en nous avec des 
gemissements inexprimables !. » a Que ferai-je donc? Je 
prierai d'esprit et je prierai d'intelligence? ; » car notre 
intelligence ne saurait prier, si elle n’&coute en quelque 
sorte prier avant elle l'Esprit « qui scrute tout, même les 
profondeurs de Dieu. » Cette faiblesse de la nature était 
bien sentie de ce jeune homme qui, quoique instruit dans 
la synagogue, disait à Jésus-Christ : « Seigneur, appre- 
nez-moi à prier.» 

11. Intercession des saints : « Ce n’est pas seulement 
le grand pontife (Jésus-Christ) qui prie avec ceux qui 
prient véritablement, mais encore les anges, qui, dans 
le ciel, ont plus de joie de la pénitence d’un pécheur, 
que de quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin 
de pénitence. Les saintes âmes de ceux qui sont morts 
intercèdent aussi auprès de Dieu pour les fidèles par 
leurs puissantes prières“. » A leur tour, les fidèles qui 
sont sur la terre les honorent, mais d’un culte qui diffère 
de !’adoration qu'ils rendent à Dieu. 


La meilleure édition d'Origène est celle des bénédictins Charles et 
Vinc. De la Rue, Paris, 1783, 4 vol. in fol.; réimprimée in-8° par 
Oberthür, Collect. Patr. græc., t. VII-XXI ; ed. Lommatzsch, Berol., 
1832, 25 vol., avec l’Orat. paneger. de Greg. le Thaum., l’Apologie 
de Pamphile, la Philocalie. Les Origeniana de Huet; dans Migne, 
ser. gr.,t. XI-XVII. Cf. Tillemont, t. III; Ceillier, t. II; Thomasius, 
Origene, append. à l’hist. des dogm., Nurnb., 1887; Redepenning, 
Origene, sa vie et sa doctrine, Bonn, 1841, 2 vol.; Mœbhler, Patrol., 


! Rom., vin, 26. — 27 Cor., xıv, 15. — 8 De orat., cap. 1. — ® De 
oral., e. x, inilio; Contr. Cels., VII, xxxıv, — 5 Contr. Cels., V,IW. 


170 MANUEI, DE PATROLOGIE. 
“ p. 485; Dorner, Hist. des progrès de la doct. sur la personne du 
Christ. 

$ 34. Amis et ennemis d’Origène. 


l. Grégoire le Thaumaturge (Théodore) naquit à 
Néocésarée, dans le Pont, de parents nobles, mais paiens. 
Comme il se rendait à Béryte, en Phénicie, pour y 
étudier le droit, il passa par Césarée. Captivé par les pré- 
venances d’Origene dont il avait fait la connaissance, il 
deıneura auprès de lui avec son frère Athénodore, et 
étudia pendant cinq ans la théologie et la philosophie, 
sauf une interruption nécessitée par la fuite d’Origene 
en Cappadoce, sous la persécution de Maximin, pendant 
lesquels Grégoire continua ses études à Alexandrie, où 
il est probable qu'il recut ensuite le baptême. 

Avant son départ, Grégoire prononca le Panégyrique 
d'Origène*, où il expose la manière dont son maitre 
enseignait la philosophie et la theologie?. Grégoire s’est 
illustré lui-même par son ardeur pour la science et sa 
reconnaissance envers son père spirituel, avec lequel il 
s'était identifié; de même qu'Origène, devinant la future 
grandeur de son élève, s'était senti puissamment attiré 
à lui. S’adressant directement à Origène, Grégoire l’inter- 
pelle ainsi à la fin de son discours : « Pour vous, père 
bien-aimé, levez-vous et que votre prière accompagne 
notre départ. Tant que nous avons été auprès de vous, 
vous nous avez conduits au salut par vos saintes doc- 
trines. Remettez-nous, recommandez-nous, ou plutôt 
rendez-nous à Dieu qui nous a conduits à vous. » Ce 
discours, dont on a beaucoup vanté le style, pèche par 
l'abondance des paroles. Après son départ, Grégoire 
demeura en relation avec Origène, comme l’atteste la 
lettre citée page 162. : 

Nommé, après une longue résistance, évêque de Néo- 
césarée, par Phédime, évêque d’Amasée et métropolitain 
du Pont, il manifesta le don des miracles à un si haut 

! Ed. Bengel, grec. et lat., Stuttg., 1722. — 2 Voir plus haut, $ 38. 





LES POLÉMISTES GRECS. AMIS, ENNEMIS D’ORIGENE. 171 


degré que ses contemporains eux-mêmes lui décernèrent 
le titre de thaumaturge. Il mourut en 270. 

De ses productions littéraires nous possédons encore : 

4. Le Symbole ou Exposition de la foi, œuvre authen- 
tique, malgré tout ce qui a été dit de contraire, grande- 
ment estimée et souvent citée dans les conciles. Pour le 
fond, c'est un commentaire fort exact du dogme de la 
Trinité. « Dans la Trinité, dit-il, il n’y a rien de créé ou 
de subordonné, rien d’ajoute qui n’y ait été auparavant. 
Jamais le Fils n'a manqué au Père, ni au Fils l'Esprit; 
mais la Trinité une et unique est toujours immuable et 
invariable ; 2. Methaphrasis in Ecclesiasten ; 3. Epistola 
canonica, dix canons où sont indiquées les peines qu'on 
doit imposer aux pénitents ; l’édition de Voss en contient 
un onzième qui manque dans les manuscrits grecs : 
cest une explication en forme d’appendice ajouté plus 
tard‘. Nous omettons les écrits notoirement apocryphes: 

IT. Jules l’Africain, de Nicopolis, en Palestine, était 
également en commerce épistolaire avec Origène et avec 
son successeur à Alexandrie, Héraclas. Origène et saint 
Jérôme estimaient ses connaissances dans l’Ecriture, et 
Sozomene ? le compte parmi les historiens ecclésiastiques. 
Des cinq livres de sa Chronographie, chronique reli- : 
gieuse et profane qui commence à la création du monde 
et finit en l'an 221 après Jésus-Christ, il ne reste que des 
fragments conservés par Eusèbe® et saint Basile*®. 
Eusèbe et les historiens postérieurs ont souvent utilisé 
cet estimable ouvrage. Dans une Lettre à Origène, il 
conteste l’authenticité de l’histoire de Suzanne, soutenue 
par Origène dans la lettre précédemment citée. La Lettre 
à Aristide a pour objet d'accorder les deux généalogies 
de Jésus-Christ en saint Matthieu et saint Luc®. 


1 Œuvres compl., éd. Gérard Voss. Mayence, 1604 ; Paris, 1620- 
1622, in-fol.; Gallandi, t. II; Migne, ser. gr., t. X. — 2 Hist. eccl., I, 
xt. —® Demonstr. evang., lib. VIIL, c. u; Præpar. evang., lib. X, 
0. X. — + De Spiritu sanct., c. xxIx.— 8 Euseb., Hist., VI, xxxı. 


172 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Eusebe, Photius et Suidas lui attribuent encore qua- 
torze , dix-neuf et même vingt-quatre livres de me- 
langes sur la médecine et l’histoire naturelle. Dupin pre- 
sume qu'ils sont d'un auteur moins ancien, Sexte Afri- 
cain, attendu que les auteurs ecclésiastiques de cette 
période ne traitent que des sujets religieux : mais peut- 
être Jules les a-t-il écrits avant sa conversion. Ruinart 
prétend que Jules rédigea aussi les actes du martyre de 
sainte Symphorose et de ses sept fils; ce point n’est pas 
suffisamment établi. 

III. Pamphile, né à Béryte d'une famille considérable, 
étudia à l’école d'Alexandrie, sous Pierius, appelé le 
jeune Origene. D’Alexandrie il alla à Césarée, où il fut 
ordonné prêtre par l’évêque Agapius. Il fit là le plus 
noble emploi de sa fortune en fondant la célèbre biblio- 
thèque de Césarée, qui contenait un nombre prodigieux 
de manuscrits et de traductions de la Bible, et les œuvres 
d’Origene. Elle fournit à Eusèbe les moyens d'écrire son 
histoire ecclésiastique d’après les sources; de là l’intimite 
qui s'établit entre lui et Pamphile, dont il prit le nom: 
Eusebius Pamphili. Plus tard, saint Jérôme puisa aussi 
dans les trésors de cette bibliothèque. Sous Maximin, 
Pamphile subit la prison et la torture, et fut martyrisé 
(309). Pendant sa captivité, il composa avec Eusèbe une 
apologie d'Origène, en six livres; le premier seul a été 
conservé dans la version latine défectueuse de Rufin, 
qui ne l’attribue qu'à Eusèbe*. Déjà auparavant, Pam- 
phile avait procuré une nouvelle édition des Septante 
d’après les Hexaples d’Origene. On lui attribue aussi la 
division des Actes des apôtres en quarante chapitres, 
division qui fut propagée par Euthalius, diacre d’Alexan- 
drie (deuxième moitié du cinquième siècle), lequel avait 
largement compulse la bibliothèque de Césaréeï. 

1 Voir les fragments dans Origenis opera, éd. De la Rue, t. 1; 


Gallandi, Bidl., t. II; Migne, ser. gr., t. X. — ? Orig. opera, t. IV; 
Gallandi, t. IV; Migne, t. X et XVII, ser. gr. — ® Mœhler, Patrol. 





LES POLÉMISTES GRECS. AMIS, ENNEMIS D'ORIGÈNE. 173 


IV. Denys, auquel ses contemporains ont donné le 
surnom de Grand, à cause des services qu'il a rendus à 
l'Eglise et à la science, et que saint Athanase appelle 
ale docteur de l'Eglise catholique, » était de noble 
extraction. Converti par Origène, il étudia la théologie 
avec une telle ardeur qu'il succéda à Héraclas dans la 
direction de l’école d'Alexandrie, et fut promu, en 247, 
au siége épiscopal de cette ville, qu'il occupa pendant 
dix-sept ans. Dans l’une et l’autre fonctions, il combattit 
avec un égal succès les ennemis intérieurs et extérieurs 
de l'Eglise. Parmi ces derniers se trouvaient Sabellius, 
Paul de Samosate et le millénaire Nepos. Le mot de 
rolnux, dont il se servit pour exprimer les relations du 
Verbe avec le Père, donna lieu à des malentendus et à 
des reproches, dont il se purgea dans son ”Edeyyos xal 
droAoyla, adressé au pape Denys sous forme de lettre. Il 
mourut en 264. 

Ses nombreux écrits mentionnés au Catalogue de saint Jérôme, 
c. LXIX, sont perdus, sauf de légers fragınents récueillis dans la 
Bibliothèque de Gallandi, t. III, dans Routhe, t. Il; dans Migne, t. X, 
ser. gr. Nous n'avons de complet que les Lettres à Novatien, dont il 
blâme durement les tendances schismatiques (Euseb., Hist., VI, XLV, 
et VII, vu) et l’Epitre canonique sur la discipline pénitentiaire, 


adressée à Basilide, évêque de Lybie. Cfr. Moehler, Patrol., p. 224, 
avec l'exposé de sa doctrine. 


V. Origène eut pour adversaire Méthodius, évêque d’O- 
lympie, en Lycie, puis de Tyr, en Phénicie. Il souffrit le 
martyre à Chalcis, dans Célé-Syrie, en 303, sous la per- 
sécution de Dioclétien, ou, ce qui est plus vraisemblable, 
sous Maximin, en 314. Voici les ouvrages qu'il a laissés : 
Bouquet des vierges, sur l'excellence de la virginité. Cet 
écrit, par l'élévation des pensées et la poésie du style, 
rappelle Platon, à qui l’auteur a emprunté son titre. Dix 
vierges y font tour à tour l'éloge de la virginité *. Nous 
n'avons de ses autres ouvrages que des fragments dans 


4 Voir des extraits dans l'Esprit de la tradit. chrét., par Deutinger, 
2 vol. 


474 MANUEL DE PATROLOGIE. 


saint Epiphane ‘ et Photius *. Ce sont : du Libre Arbitre et 
de l’Origine du mal, contrela théorie platonico-gnostique 
que la matière est éternelle et la source du mal. Le mal, 
dit-il, vient de l’abus de la liberté et de la desobeissance. 
De la Résurrection et des Créatures, tous deux contre 
Urigene. Le premier établit le dogme de la résurrection 
des corps contre ceux qui prétendent que nos corps ne 
sont que des tuniques de peau dont Dieu revêtit nos 
premiers parents; le second combat les idées d’Origène 
sur l’origine du monde. 

Partout, Méthodius s'efforce de faire prévaloir le rea- 
lisme chrétien. Imitateur du style de Platon, dont il a de 
fréquentes réminiscences, « il ne lui emprunte rien que 
la forme®, » 

Nous n'avons non plus que des fragments de la Réfu- 
tation de Porphyre, des commentaires sur la Genèse et 
sur le Cantique des cantiques. On a supposé que le traité 
des Créatures n'était qu'un extrait de la Réfutation. 

Les Homélies pour la présentation du Seigneur au 
temple (ou De Simeone et Anna), pour le dimanche des 
Rameaux et la Passion, sont apocryphes. 

Voir le Symposion avec tous les fragments réunis et les Prolégo- 
mènes dans Gallandi, t. III; Migne, t. XVII, ser. gr.; Methodii opera 
omnia, ed. Jahn, Halle, 1865 (en grec seulement); 2° partie : Metho- 
dius platonizans, seu platonismus S. Patr. Eccles. grac. S. Methodii 
exemplo illustrat. Malgré les éloges que nous devons à Ritter pour 
sa collection soigneuse des textes que Méthodius a empruntés à 
Platon, nous ne considérons pas moins comme fictive l'influence 
que Platon aurait exercée sur Méthodius. L'auteur s’attribuerail 
volontiers le mérite d'avoir révélé le premier le platonisme exagéré 
des Pères de l'Eglise. Cf. Tillemont, t. V; Ceillier, t. II; Mœhler, 
Patrol., p. 780. 


1 Hæres., Lxiv. — ? Photius, cod. 284-237. — 3 Ritter, Hist. de la 
philos., 2° vol. 





TRAVAUX HISTORIQUES. ACTES DES MARTYRS. 475 


TRAVAUX HISTORIQUES DU 11° ET DU 1ii® SIÈCLES. 


$ 35. Actes des Martyrs et Mémoires d’Hegesippe. 
Cf. Permaneder, Patrologia specialis, t. I, p. 373-803, 681-692. 


1. Outre les nombreux renseignements sur les martyrs, 
qui remontent aux actes du martyre de saint Ignace, ce 
témoin héroïque des temps apostoliques, et qui ont été 
poursuivis ensuite avec de grands développements, on 
avait encore autrefois les Calendaria martyrum, qui, 
à raison de leur destination ecclésiastique, ne donnaient 
que le noni des martyrs de chaque jour. En y ajoutant 
quelques détails sur leur vie et sur leur mort, on fit ce 
qu'on appelle les Martyrologes, ou, comme disaient les 
Grecs, les Ménologes, mêlés encore de bien des éléments 
apocryphes. Le plus célèbre Ménologe grec, composé au 
neuvième siècle par ordre de l'empereur Basile, fut 
édité en 4747 sous ce titre : Menologium jussu Basilii im- 
peratoris (sæc. 1x) græce colleclum, nunc primum græc. el 
lat. ed. Cardinal. Hannibal Albani, Urbini, 1727, 3 vol. 
in-fol. Chez les Latins, saint Jérôme, au dire de Cassio- 
dore, est l’auteur du plus ancien martyrologe. 

Chez les Grecs, Siméon Métaphraste, et, en Occi- 
dent, Jacques de Voragine dans la Légende dorée, ayant 
écrit les vies des saints et des martyrs suivant les tradi- 
tions populaires, avaient enregistré bien des détails 
erronés ou peu acceptables. De là, pour Ruïnart! et pour 
les Bollandistes®, la nécessité de les soumettre à une 
sévère révision. Le martyrologe romain, le seul qui fût 
universel et qui s’étendit à toute l'Eglise, était défectueux 
à bien des égards. 


! In acta primorum martyrum sincera et selecta, Amsterd., 1713 
et ailleurs. — ? Acta sanctorum per menses digesta. 

? Edité par Baronius sur l’ordre de Grégoire XIII, en 1886. Edition 
augm. par Hérab. Rosweid, S. J. Nouv. éditions à Malines, 1846, 
Ratisbonne, 1847 et 1858, 


476 MANUEL DE PATROLOGIE. 


2. Nous n’avons plus le travail, en cinq livres, com: 
posé au deuxième siècle par Hégésippe. Suivant Euseke, 
qui le cite souvent mot à mot!, l’auteür aurait appartenu 
à la première génération qui succéda aux apôtres. Saint 
Jérôme confirme ce sentiment par l'expression de vici- 
nus apostolorum. Pour mieux s'assurer de la doctrine 
traditionnelle des apôtres, il avait entrepris de grands 
voyages et avait longtemps séjourné à Rome, ce qi 
donne un grand prix à ses documents. Le terme d’im- 
uvnuorioduevos, dont Eusèbe qualifie sa méthode, et ce 
passage de saint Jérôme : Omnes a passione Domini usque 
ad suam ztatem ecclesiasticorum actuum texens hislorias, 
font supposer que son ouvrage était intitulé : “YropvAparı 
av éxxAnctaotixv rpdkewv. 


Cf. Jess, Valeur historique d’Heyesippe (Niedner , Rev. de théol. 
hist., 1865, p. 1). 


CHAPITRE Il. 
AUTEURS LATINS. 


La réimpression la plus complète est celle de Migne, ser. lat, 
t. I-VI. Cf. Bæhr, Littérat. chrét. rom., 3 vol., Carlsr., 1896. 


5 36. Minueius Félix; son dialogue Octavius (vers 166). 


Nous placons Felix en tête de la littérature chrétienne, 
contrairement à l’usage général des historiens, qui 
assignent le premier rang à Tertullien. On ignore s'il 
était originaire d'Afrique ou d'Italie ; le premier semble 
plus probable. ll était encore paien quand il arriva à 
Rome, où il exerca la profession d'avocat, qu’il poursui- 
vit après sa conversion. C'était probablement sous le 
règne d’Antonin et de Marc-Aurèle; et son Octavius ou 
Dialogus christiani et ethnici disputantium, date sans 
doute de l'an 166; or, Tertullien ne publia son Apologé- 
tique qu'entre 197 et 199. 


4 Hist., IV, xxu. — 3 Catal., ıı et xx. 





AUTEURS LATINS. MINUCIUS FÉLIX. 477 


Dans le siècle dernier, Reesler disait dans sa Biblio- 
Ihique des Pères de l’Eglise : « Je dois l’avoüer, plus 
javance et moins je suis convaincu que l’Octave soit 
une imitation de l’Apologétique de Tertullien. » Russ- 
wurm, dans son édition d’Hambourg (4864), Meier! et 
Niebuhr* s’etaient, à raison du style, prononcés pour 
l'ère des Antonins?. Le Suisse Muralt, éditeur de l’Octave®, 
après avoir, dans son Commentatio de Felicis ætate, com- 
paré notre dialogue avec l’Apologétique, a prouvé irre- 
fragablement l’antériorité de l’Octave. Plusieurs autres 
signes intrinsèques confirment cette opinion. Ce passage, 
par exemple : /d etiam Cirtensis nostri lestatur oratio 
«.ız), rappelle évidemment un auteur qui écrivait du 
lemps de Fronto, ou peu de temps après. Nous trouvons, 
nous, d'autres arguments dans la grande simplicité du 
style, dans l’absence des citations bibliques, remplacées 
par des textes, des arguments, des passages parallèles 
tirés du De natura deorum et du De fato de Cicéron. De 
plus, le style de l’Octave est tellement supérieur au 
style äpre et souvent incorrect de l’Apologétique, que 
Muralt a dit avec raison : Majore etiam quam Lactantius 
jure christianus Cicero dici poterit Minucius. 

Le paien Cecilius et le chrétien Octave s’etant ren- 
contres pres de l’idole de Sérapis, se provoquerent à un 
duel litteraire et prirent Felix pour arbitre du debat. 
Cécilius commence et apporte à la défense du paganisme 
ce ton passionné, cet esprit haineux qui distinguent les 
accusateurs vulgaires du christianisme, et qu'on trouve- 
rait à peine dans Celse®. Après une interlocution, Octave 


!Commentat. de Min. Felice, Tur., 1824. — 2% Opuscules, 11, 56. — 
‘Aug. Mai, d’accord avec ces auteurs, a supposé (d’après les cha- 
Pitres IX et xxx1 de l’Octave) que le Cæcilius du dialogue est le même 
que celui qui est nommé dans la lettre de Fronto (Op. Front., 
Rom., 1823, p. 336). Cf. van Hoven, Ep. ad Gerhard Meermann de 
œlate Min. Felic., in ed. Lindner., 8 14. C. Rœren, Minuciana, 
Progr. v. Bedbourg, 1859. — + Avec une préface d’Orelli, Turic., 1836. 
— # Voir surtout c. vnI-xI. 


12 


478 MANUEL DE PATROLOGIE. 


commence la defense du christianisme avec un calme, 
une dignité et une force de conviction remarquables'. 
Il démontre qu'il n’y a qu’un Dieu, créateur du ciel et 
de la terre; qu'il est absurde de persévérer dans l’an- 
cienne superstition populaire; que le christianisme est 
une institution divine éminemment salutaire, et que-les 
accusations lancées contre lui n'ont point de fondement. 
Octave avait fini de parler, et les deux amis écoutaient 
encore. Après un momient de silence, Cécilius s’écria : 
« Je félicite mon cher Octave et moi-même; nous avons 
triomphé l’un et l’autre : lui de moi, moi de l'erreur. » 
Puis ils s'en retournerent joyeusement. 

Cet intéressant dialogue est avant tout une réfutation 
des attaques et des erreurs du paganisıhe; ce n’est point 
une démonstration de la doctrine chrétienne, et à cet 
égard l’Apologétique de Tertullien marque un véritable 
progrès, ce qui est une nouvelle preuve de la date que 
nous leur assignons. 


La meilleure édition de Minucius est la seconde de Lindner 
(Langensalza, en 1773, avec indication complète des anc. édit.). Men- 
tionnons aussi celle d'Œhler, Lips., 1847 ; de Kayser, Paderb., 1863; 
Migne, t. III, ser. lat.; de Lübkert, en latin et en allem., avec introd. 
et remarq.; Leipz., 1836. | 


S 37. Tertullien (mort vers 240). 


Cf. Vita Tertull. et Prolegom. in opera Tert., de Pamelius, Le 
Nourry, etc., Migne, sér. lat., t. I; Œhler, Opera Tertull., t. IL. 


Quintus Septimius Florens Tertullien, païen, naquit 
vers 460, probablement à Carthage. Il joignait à des 
talents exceptionnels une grande fermeté de caractère. 
Son père, centurion romain, le fit élever dans les lettres; 
mais, original comme il l'était, il n’en fut pas moins son 
propre maître et se voua à l'étude du droit romain et à 
l’eloquence judiciaire. La constance des martyrs et l’evi- 
dence de la vérité le tirerent du bourbier où il croupissait, 


1C. XVI-XXXVII. 











AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 179 


et, parvemu déjà à la maturité de l’âge, il n’hésita plus à 
embrasser le christianisme (après 190). Ordonné prêtre 
à Carthage ou à Rome (il est sûr du moins qu'après sa 
conversion il séjourna quelque temps à Rome), il donna 
à l'Eglise occidentale un écrivain éminent et l’un de ceux 
qui eurent la plus longue influence, en la défendant 
victorieusement contre les attaques des paiens, des juifs 
et des hérétiques!. 

La vigueur morale qu’il a déployée dans cette lutte 
s'était élevée jusqu’à une sorte de stoicisme chrétien, 
et c'est là probablement la cause de son passage au mon- 
tanisme (vers 202 ?). Désormais, il réalisa dans sa vie et 
dans ses travaux ce que Montan et ses prophètes annon- 
caient en termes obscurs et mystiques. On suppose’ 
qu'il retourna encore au catholicisme, car peu de temps 
après, saint Cyprien témoignait une grande estime pour 
ses écrits; l'Eglise elle-même les honore d’une facon 
particulière, et, à part ses vues montanistes, elle en a 
fait un grand usage". Tertullien mourut à un âge avancé, 
vers 240 (et suivant quelques-uns vers 220). 

Son style se ressent de la raideur et de l’äprete de son 
caractère, et nul écrivain n’a mieux justifié que lui ce 
proverbe : Le style, c'est l’homme. Rarement aussi on 
trouvera réunis ailleurs une impétuosité aussi vive, une 
dialectique aussi claire et aussi puissante, une éloquence 
aussi victorieuse, unie à tant de sel et de causticité. 

1 Voir des détails sur lui dans Eusèbe, Hist. eccl., U, 11; III, xxın, 
xxxv; Hieron., Ep. Lxxxııl ad Magnum; Catal., c. LI. 

? Nunc per Paracletum justitia componitur in maturitatem (De virg. 
veland., c.1. —® Aug., De hæres., c. LXXXVI. 

* Voici des preuves certaines de son montanisme. Il loue les pro- 
phéties de Montan, de Maximille et de Priscille, il approuve la pra- 
tique de laisser les femmes prècher et baptiser ; il condamne absolu- 
ment les secondes noces, la fuite dans la persécution, la communion 
accordée à ceux qui sont tombés, sans parler de ses sorties contre 
les catholiques. Sur la difficulté de séparer les écrits de la période 
montaniste des écrits de la période catholique, voir Hesselberg, 


Vie et écrits de Tertull., Dorpat, 1848; cf. Uhlhorn, Fundam. chro- 
nol. Tertull., Gotting., 1852. 


180 MANUEI DE PATROLOGIE. 


Si le latin carthaginois des Africains était déjà rude et 
peu intelligible, le latin de Tertullien, qui s’efforcait de 
rendre les idées chrétiennes et ses vues originales par 
des expressions nouvelles et forcées, devait présenter 
souvent d’etranges obscurites. Tertullianus creber est sen- 
tentiis, dit saint Jérôme, sed difficilis in eloquendo!. 

On ne peut mieux caractériser l'influence , bonne 
ou mauvaise, de Tertullien et de son époque sur les 
époques suivantes, qu'en le comparant à Origène, ainsi 
que l’a fait Vincent de Lérins, au chapitre xxıv de son 
Commonitorium : « Comme Origène chez les Grecs, on 
peut le regarder chez les Latins comme le prince de 
nous tous. Où trouver, en effet, un homme plus docte que 
lui, plus versé dans les choses divines et humaines ? Son 
merveilleux génie embrasse toute la philosophie, toutes 
ses sectes, tous ses auteurs, toutes leurs disciplines, tous 
les événements et toutes les sciences. Il a presque autant 
d'idées que de mots, et toutes ses idées sont des vic- 
toires. » 

Ses ouvrages, qui embrassent tous les horizons de la 
vie chrétienne, y revelent de grandes connaissances en 
histoire, en jurisprudence, en philosophie, en physique 
et en archéologie. Tertullien savait aussi le grec, mais 
ses ouvrages en cette langue, de mème que plusieurs 
de ses écrits latins, sont perdus. 

Sa carrière littéraire s'étend de 196 à 230; malheu- 
reusement, et c’est un point qu'il ne faut pas oublier 
quand il traite du dogme, il n’a composé comme catho- 


1 Pour aplanir les difficultés de langage qu'offre la lecture de Ter- 
tullien, Schütz et Winterdorf ont joint à leur édition de Tertullien 
un index latinitatis Tertulliani. De nos jours Ritter (Revue de Bonn, 
par Braun et Achterfeld, 8e livr.! et Hildebrand ( Annales archeol. 
de Iahn, 1845) ont publié des travaux sur le caractère des auteurs 
d'Afrique, et surtout de Tertullien. C. Englhardt, Tertullien écrivain 
(Rev. hist. et theol. de Illgen, 1852). Nous devons aussi à Tertullien 
les termes de substance, trinité, satisfaction, sacrement, qui ne tar- 
. dèrent pas à passer, avec un sens précis, dans la langue de l'Eglise. 





AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 181 


lique qué la moindre partie de ses écrits. Voici les ou- 
vrages qui appartiennent indubitablement à la période 
montaniste : Ad Scapulam, De corona, De fuga in per- 
secutione, Scorpiace, De exhortlatione castilatis, De 
monogamia, De pudicitia, De jejunio, De virginibus 
velandis, Adversus Marcionem, Adversus Valentinianos, 
Adversus Praxeam, De carne Christi, De resurrectione 
carnis, De anima. Parmi ses autres ouvrages les uns 
datent évidemment de la période catholique, les autres 
on ne sait trop à quelle période les rattacher. 

Ses écrits se partagent en trois classes : ouvrages 
apologétiques, ouvrages dogmatiques et ouvrages pra- 
tiques. 

Ouvrages apologeliques. 


1. Le plus important et le plus riche en pensées est 
son Apologélique adressée au sénat romain, et rédigée 
de 197 à 499. L'auteur y montre combien les païens sont 
ignorants du christianisme. On condamne, dit-il, ce qu’on 
ne connaît point, et on ne veut pas le connaitre afin de 
n'être pas forcé de l’approuver : « La curiosité humaine 
ne languit que lorsqu'il s’agit du christianisme; on aime 
à ignorer ce qu’autres se réjouissent de connaître » 
(c. 1). Se plaçant au point de vue du droit, Tertullien 
montre l'injustice des traitements qu'on inflige aux 
chrétiens. D'une part, on les traite de criminels, on leur 
impute le meurtre, l'inceste, etc.; et d'autre part, on les 
laisse libres dès qu'ils déclarent qu'ils ne veulent plus 
être chrétiens : Torquemur confilentes, et punimur perse- 
veranles, et absolvimur negantes, quia nominis prælium 
(c. u). N’est-il pas absurde de punir les chrétiens unique- 
ment à cause de leur nom? Vous nous accusez de toutes 
sortes de crimes, et c’est chez vous qu'ils abondent. Il 
est vrai, le culte de vos dieux est autorisé par les lois, 
mais ces dieux sont de pures fictions, et de telles lois 
nobligent point. Les chrétiens ne sont pas coupables 


182 MANUEL DE PATROLOGIE. 


envers l’empereur, parce qu’ils refusent de lui sacrifier 
et de l'appeler un dieu, ce qui est une misérable flatterie! 
Du reste, nous prions pour lui, nous lui sommes fidèles, 
nous ne conspirons point contre sa personne, comme le 
font souvent ceux qui l’appellent un dieu. Il dépeint en- 
suite les assemblées et la conduite des chrétiens, et 
compare leur doctrine avec celle des philosophes, dont 
les païens ont une si haute opinion. Dans cette comparai- 
son , tout à l'avantage des premiers, Tertullien est beau- 
coup plus sévère envers la philosophie que les précédents 
apologistes. D’après ce principe que « toute âme est natu- 
rellement chrétienne » (c. xvn), il établit que le christia- 
nisme répond à tous les bons instincts de l’homme, 
qu'il le dirige et satisfait à ses besoins. Quant aux persé- 
cutions, si elles font souffrir l'individu, elles sont utiles 
à la société chrétienne : Sanguis mariyrum semen chris- 
tianorum ; plures efficimur quoties metimur a vobist (c. L). 

2. Les deux livres Aux Nations, adressés à toute la 
société paienne, reproduisent avec plus de details et de 
preuves la plupart des pensees et des arguments de 
l’Apologetique. Cet ouvrage, l’un des plus difficiles et 
des plus obscurs de Tertullien, ne nous est parvenu que 
par fragments ?. 

3. Le Témoignage de l'âme est le développement de 
cette pensée de l’Apologétique, que dans leurs moments 
de surprise les païens invoquent le Dieu unique, et non 
les dieux, qu'ils regardent le ciel et non le capitole : 
témoignage involontaire de l’âme à la doctrine de l’unité 
de Dieu. Ces témoignages de l’âme en faveur du christia- 
nisme, il aime mieux les invoquer que les écrits des phi- 
losophes et des poètes ; car « ils sont d'autant plus vrais 
qu'ils sont plus simples, d'autant plus simples qu'ils sont 
plus vulgaires, d'autant plus vulgaires qu'ils sont plus 

1 Ed. Haverkamp, cum Comment., Lugd. Bat., 1718; ed. Kayser- 


berg, Paderborn, 1865. 
2 Edité à part avec l’Apologétique, par Œbhler, Lips., 1849, 








AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 183 


communs, d'autant plus communs qu'ils sont plus natu- 
rels, d’autant plus naturels qu'ils sont plus divins » 
(c. v). Ce témoignage de l’âme atteste également que 
le Dieu unique est bon et la source de tout bien, qu'il 
récompense la vertu et punit le crime; il prouve l’exis- 
tence des démons et l’immortalité de l’äme. Cette convic- 
tion de l’âme ne vient d'aucune écriture ; elle est plus 
ancienne que la lettre, de même que l’homme est anté- 
rieur au philosophe et au poète; car elle existe chez tous 
les peuples. Témoin de la vérité, l’äme est aussi respon- 
sable de l’erreur, et un jour elle se trouvera sans réplique 
devant le trône de Dieu. « Vous avez, 6 mon âme, pro- 
clamé Dieu et vous ne l’avez pas cherché ; vous avez 
détesté les démons, et vous les avez adorés; vous avez 
invoqué le jugement de Dieu, et vous avez agi comme 
s’il n’y en avait point; vous avez connu les peines de 
l'enfer, et vous ne les avez pas évitées; vous avez su le 
nom des chrétiens, et vous avez persécuté les chrétiens !.» 

4. L’écrit A Scapula est une exhortation à un proconsul 
d'Afrique de ne pas s’attirer la colère de Dieu par sa 
cruauté, et de remplacer les tortures infligées aux chré- 
tiens par la simple décollation. 

5. Contre les Juifs, Tertullien argumente souvent à la 
manière de Justin dans son Dialogue avec le Juif Try- 
phon. Son principal but est de prouver que les plus 
remarquables prophéties de l’Ancien Testament se sont 
réalisées en Jésus-Christ. 


Ouvrages dogmatiques el polémiques contre les 
hérétiques. 


4. Dans les Prescriptions contre les heretiques, Tertullien 
établit que les hérétiques ne peuvent pas se servir contre 
nous des saintes Ecritures, puisqu'elles ne leur appar- 
tiennent pas. « Qui êtes-vous? s’ecrie-t-il, que faites-vous 


1 Edition séparée, par Lindner, Lips., 1862. Cf. Héfelé, Append. 
à PHist. de l'Eglise, A vol. 


186 MANUEL DE PATROLOGIE. 










persévérance : « Le chrétien, dit-il, même hors de 
prison, renonce au siècle, et en prison, il renonce à 

1 même {. » 

2. Dans les Spectacles, il discute cette question 
tique très-importante alors, si les chrétiens peuvent 
sister aux spectacles des paiens : « Je ne veux point 
part à leur joie parce qu'ils seront exclus de la mienne. 

3. Le traité de l’Idolätrie instruit les chrétiens à s’ 
tenir de toute participation au culte des paiens, et 
apprend comment ils doivent se comporter dans 
les conditions de la vie en face des idoles et de 
ministres ; car « le crime de l’idolâtrie est tout le sujet 
jugement *. 3. » Il leur défend toute industrie et tout 
qui pourrait les conduire à y participer. 

4. La Couronne et la Fuite dans la persécution, rédigées 
dans la période montaniste, traitent des sujets analogues. 
Dans le dernier. Tertullien prétend, contrairement à la 
déclaration formelle de Jésus-Christ *, qu'il n’est point 
permis de fuir pendant la persécution. Voici l’origine du 
premier écrit. Seplime-Sévère distribuait des récom- 
penses à son armée. Un chrétien refusa d'approcher 
avec une couronne de laurier sur la tete, comme c'était 
la coutume. pensant que c’était une superstition. On 
découvrit qu'il était chrétien et on le mit en prison. Plu- 
sieurs blämerent cet excès de zèle. Tertullien, au con- 
traire, le défendit avec une merveilleuse eloquence, el 
poussa le rigorisme jusqu'à interdire aux chrétiens l’éta! 

Nous aimons mieux l'entendre dans le Scorpiagw 
(remède contre les scorpions) soutenir contre les gnos- 

I Cit. du tred. — ? Ci. du tred. —3 Cit. du tred. — + Matth. 
x, 23. 


AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 185 


et Ecclesiæ ? quid hærelicis cum christianis? Nostra insti- 
tutio de porticu Salomonis est, qui et ipse tradiderat 
Dominum in simplicitale cordis esse quærendum (c. vn). 
Il ne laisse pas cependant de faire lui-même un grand 
usage de la philosophie, et surtout de la dialectique. 

2. Le Traité du bapléme, à la fois dogmatique et pra- 
tique, doit son origine à cette assertion du caïnites, 
secte d’ailleurs inconnue, que le baptême d’eau n’est pas 
absolument nécessaire au salut. Après une longue con- 
sidération sur l’usage de l’eau dans la création et sous 
l'ancienne loi, l’auteur arrive à la question capitale, et 
traite du baptême de saint Jean, du baptême de sang, 
des cérémonies usitées dans le baptême, de la validité 
du baptème des hérétiques, du baptème des enfants, de 
\a préparation au baptème et de différentes questions pra- 
tiques. 

3. Ses auütres travaux dogmatiques appartiennent à la 
période montaniste ; ce sont : les cinq livres Contre Mar- 
ciun (an 207 ou 208), sur l’unité de Dieu, sur le Créateur 
du monde et la vraie humanité du Christ; Contre les 
Valentiniens, où il fait de nombreux emprunts à saint 
lrénée; Contre Hermogène, peintre de Carthage, qui 
soutenait la doctrine de l’emanation ; Contre Praxdas, en 
défense de la Trinité contre l’hérésie patripassianiste. 
Tertullien lui reproche d’avoir fait à Rome deux œuvres 
diaboliques, d’avoir pratiqué la prophétie (montaniste) et 
introduit l’hérésie (des patripassiens) : « ll a chassé le 
Saint-Esprit et crucifié le Père. » Dans le traité Sur la 
Chair du Christ (comme dans celui Contre Marcion), il 
combat le docétisme avec plus d'énergie et de détail 
qu'il n'avait fait jusque-là. « Aucun auteur avant lui, dit 
Dorner, n’a pénétré dans le fait de l’incarnation avec au- 
tant d'amour, d’admiration et de perspicacite. » Dans le 
traité de l’Ame, il combat cette opinion d’Hermogene que 

l'âme a son origine dans la matière. 


188 MANUEL DE PATROLOGIE. 


fornication à ceux qui auront accompli leur pénitence » 
(c. 1). Le titre d’apostoligue qu'il donne à ce pape (c. xxi), 
montre assez que ce passage ne se rapporte point à Optat, 
évêque de Carthage. 

1. Tertullien a souvent traité du mariage et des ques- 
tions qui s'y rattachent. L’ecrit orthodoxe adressé à sa 
.Femme est une sorte de testament où il l’exhorte à ne 
se point remarier après sa mort, parce qu'il désapprouve 
les secondes noces et qu’elle pourraït aisément tomber 
entre les mains d’un paien qui exposerait sa foi à plus 
d’un danger. Dans le traité sur l’Ornement des femmes, il 
s'élève contre le luxe et les parures du sexe. « Le Saint- 
Esprit étant descendu en nous pour y demeurer comme 
dans son temple, la gardienne de ce temple c’est la 
chasteté, qui en est la sacristine!.» Dans les Exhortations 
à la chastelé et le traité de la Monogamie, tous deux 
montanistes, il rejette ouvertement les secondes noces ; 
de même dans le traité sur le Voile des vierges, où il 
veut que les vierges ne paraissent jamais à l’église sans 
être voilées. 

8. Dans l’opuscule Sur le jeu, il défend la pratique 
des montanistes contre celle des psychiques ou catho- 
liques. 

9. Dans le traité De pallio, il se justifie d’avoir, quoique 
chrétien, gardé le manteau des philosophes, ce qui ne 
l'empêche pas de censurer avec ironie le luxe, la dé- 
bauche et la corruption des païens. Les allusions fré- 
quentes et souvent obscures à des pratiques de cette 
époque rendent cet écrit difficile à comprendre, et font 
le désespoir des archéologues et des commentateurs ?. 

. Ouvrages perdus : de l’Exlase, ouvrage polémique 
en sept livres, dirigé contre Apollonius et le pape Soter, 
et favorable au montanisme ; du Paradis, de l’Espérance 
des fidèles, Contre Appelles, des Vétements d’Aaron, de la 


1 Cit. du trad. — 3 Edité par Salmasius, avec notes. Lugd. Bat., 
1656. ” 





AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 189 


Circoncision, des Animaux purs et impurs, de la Virginité, 
des Inconvénients du mariage. ll publia aussi en grec 
quelques-uns de ses ouvrages, notamment : du Bapiéme, 
des Spectacles, du Voile des vierges, de la Couronne. 
D'autres écrits, tels que : diverses poésies, des traités 
sur la Trinité, sur la Nourriture des Juifs, sur les .Déf- 
nilions de la foi et des dogmes ecclésiastiques, lui sont 
injustement attribués. 


Doctrines et textes pratiques importants. 


Tertullien, ainsi qu’on a pu le voir par le titre de ses 
écrits, traite ex professo plusieurs questions dogma- 
tiques. Dans une telle abondance, nous devons néces- 
säirement nous borner à l’essentiel. 

1. Preuve de prescription. Comme saint Irenee, il 
coupe court à toutes les objections des hérétiques, et 
surtout aux arguments qu'ils veulent tirer de l’Ecriture 
et des traditions apostoliques, en prouvant que l'Eglise 
a la priorité de possession, de même qu’en jurisprudence 
la preuve de prescription suffit à établir le droit de pro- 
priete. Il établit ensuite la succession des évêques, sur- 
tout dans les principales Eglises, pour montrer quelle a 
été la « prédication de Jésus-Christ. » « Ce que les apôtres 
ont prêché, c'est-à-dire ce que Jésus-Christ leur a révélé, 
je le prescris ; on ne saurait le prouver autrement que par 
les Eglises que les apôtres ont fondées, qu’ils ont d’abord 
instruites de vive voix et ensuite par leurs lettres. Il est 
donc clair que toute doctrine qui s’accorde dans la foi 
avec la doctrine de ces Eglises apostoliques et matrices 
doit être tenue pour vraie, puisque les Eglises l’ont reçue 
des apôtres, les apôtres de Jésus-Christ, Jésus-Christ 
de Dieu. Nous avons donc seulement à démontrer que 
notre doctrine vient des apôtres, et que, par une suite 
nécessaire , toutes les autres doctrines sont fausses. » 
C'est donc aux hérétiques de prouver par quel apôtre ou 

4 De præscript., xx. 


490 MANUEL DE PATROLOGIE. 


quel homme apostolique leur Eglise a été fondée‘. Parmi 
les Eglises d'institution apostolique, Tertullien cite celles 
de Rome, de Corinthe, de Philippes et de Smyrne *. 

2. Pour fournir cette preuve, les hérétiques devraient 
établir que les apôtres n'ont annoncé et transmis qu’une 
certaine doctrine; car l'Eglise est formée par la tradition 
unique d'une seule profession de foi, que Tertullien ap- 
pelle sacrement, règle de foi; il donne par trois fois une 
formule * qui s'accorde presque littéralement avec notre 
Symbole des apôtres. 

3. Cette tradition est le fondement de l'unité de l’Eglise : 
« Les apôtres (après avoir prêché et fondé des Eglises 
en Judée) ont fondé des Eglises en chaque ville, d'où les 
autres ont pris la semence de la doctrine et la prennent 
tous les jours à mesure que les Eglises se forment; c’est 
pourquoi on les compte aussi parmi les Eglises aposto- 
liques comme en étant les filles, et toutes ensemble elles 
ne font qu'une même Eglise, la première venant des 
apôtres et étant la source de toutes les autres. Elles sont 
donc toutes les premières, toutes apostoliques, puis- 
qu'elles apparaissent toutes comme ne formant qu’une 
Eglise*. » 

4. Tertullien est le premier des Latins qui ait employé 
le mot Trinité : « OEconomiæ sacramentum unitatem in 
trinitatem disponit, tres non statu sed gradu. Unus Deus 
ex quo el gradus isti, et formæ, et species in nomine 
Patris, Filii et Spiritus Sancti deputantur®. Il entend 
donc par Trinité non-seulement une triple activité, mais 
un mouvement de Dieu. Quand il parle des rapports du 
Verbe avec le Père, il est non-seulement très-obscur, 
mais quelquefois captieux. Il s'exprime plus correcte- 
ment dans l’Apologetique®. 


1 De præscript., c. XXxII. — 2 C. xXxvI. — 8 Ibid., c. x; Adv. 
Prax., c. n; De virg. vel., c. 1. — * De præscript., c. xx. — 5 Adv. 
Prax., c. 1. | 

® Hunc (Aöyov) ex Deo prolatum dicimus, et prolatione genera- 


AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 191 


En soutenant que Dieu est un être corporel, Tertullien 
a émis une opinion inconnue jusque là dans la littérature 
chrétienne : Quis negabit Deum corpus esse, eisi Deus 
spiritus est? Spiritus enim corpus sui generis in sua 
effigie *. Il est vrai que par corps il entend une substance, 
car non-seulement il confond ces deux expressions : 
incorporatum esse et substantia carere, mais il dit encore: 
omne quod est, corpus est sui generis. Nihil est incorporale - 
nisi quod non est 3. 

5. N n’est pas étonnant que Tertullien ait soutenu 
que l’âme était quelque chose de corporel (une substance 
éthérée) : Nos animam corporalem profitemur 5, et ait en- 
seigné avec les stoïciens le traducianisme et le généra- 
tianisme sous sa forme la plus grossière ®. 

Nous devons surtout à Tertullien de magnifiques 
passages sur la hiérarchie, les sacrements et la vie 
chrétienne. | 

6. « Le droit de donner le baptême appartient au souve- 
rain prêtre, à l’évêque, puis aux prêtres et aux diacres, 
mais non sans l’autorité de l’évêque, pour l’honneur de 
l'Eglise et le maintien de la paix. Les laïques peuvent 
aussi le donner en cas de nécessité, car ce qu’on a recu 
on peut le donner de la même manière qu'on l’a recu. 
Quand il n’y a ni évêque, ni prêtre, ni diacre, on appelle 
les laïques 5.» Nous voyons que dès ce temps les évêques, 
d'après Matth., xvı, 18, s’attribuaient le pouvoir des 
clefs, et Tertullien se plaint que les hérétiques choi- 
sissent trop légèrement leurs évêques, leurs prêtres, 
leurs diacres et leurs lecteurs®. Comme montaniste, il 
tum, et ideirco Filium Dei et Deum dictum ex unitate substantie. 
Nam et Deus spiritus. — Manet integra et indefectata materiæ ma- 
trix, etsi plures inde traduces qualitatum mutueris. Ita et quod de 
Deo profectum est, Deus est, et Dei filius, et unus ambo (c. xxI). 

I Adv. Prax., ec. vu. —*? De carne Chr., ç. x. Cf. Schwäne, Hist. 
des dogm.; Dorner, op. cit. — 3 De resur. carn., c. XVI; De anima, 

€, V. — 4 Cf, Schwane, op. cit., et: Theorie de l’âme par Tertullien, 


dans le Catholique, ann. 1865. — 5 De bapt., c. XVI. — ® De preser., 
C, XL. 


192 MANUEL DE PATROLOGIE. 


enseigne le sacerdoce général, même des laïques, attendu 
que tous les pneumatiques sont prêtres!. 

7. Dans l’administration du baptême, il insiste forte- 
ment sur l’emnloi de l'eau pour que la grâce puisse 
operer*, posant ainsi la base de la doctrine théologique 
de l’opus operatum, où les protestants ne voient qu'une 
opération magique. Il admet aussi la validité du 
baptême de sang, et rapporte les cérémonies baptis- 
. males usitées de son temps®. Quant au baptême des 
enfants, il ne l’admet pas en règle générale, à cause du 
danger des rechutes. 

8. « Celui qui a établi le châtiment par le jugement 
a promis aussi par la pénitence la rémission de tous les 
péchés, charnels ou spirituels, réels ou seulement volon- 
taires® . » Cette parole : « Vaut-il mieux être damne en 
restant cache que d’être absous publiquement ‘ ? » prouve 
que l’aveu est nécessaire pour la validité de l’absolution ; 
l’un et l’autre sont nettement exprimés dans ce passage : 
In quantum non peperceris tibi, in tanlum tibi Deus, 
crede, parcei. Plerosque tamen hoc opus (delicta conf- 
tendi) ut publicationem sui aut fugere aut de die in diem 
differre præsumo, pudoris magis memores quam salu tis: 
veluti 1lli qui in parlibus verecundioribus corporis con- 
tracta veæxatione, conscientiam medenlium vetant et ila 
cum erubescenlia sua pereunl®. 

9. Confirmation. « Sortis de l’eau, nous sommes oints 
de l'huile”, » puis, « on nous impose la main, qui par la 
bénédiction appelle et invite le Saint-Esprit..... Ensuite 
cet Esprit si saint descend du Père sur les corps purifiés 
et sanctifiés ®. » 

10. Eucharistie. Les fidèles du temps de Tertullien 
avaient grand soin de ne point laisser tomber les saintes 
espèces à terre; preuve qu'ils ne les prenaient pas pour 


1 De exhort. cast., c. x; cf. Deellinger, Hipp. et Call.— % De bapt., 
c. 1-1X, — 8 C. VII, VIN, XIX. — ® De pœnil., c. W. — 6 Ibid., c. x. — 
6 Ibid. — 7 De bapt., c. vu. — 8 Ibid., c. vi. | 





AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 193 


un pur symbole. S’il emploie ailleurs? l'expression de 
«figure du corps de Jésus-Christ, » cela signifie, d’après 
le but général de son ouvrage, qui était de combattre 
le docétisme de Marcion, que « le pain est la forme exte- 
rieure sous laquelle paraît le vrai corps de Jesus- 
Christ 5. » Il parle aussi en divers endroits du sacrifice 
qu’on offre dans l'Eglise sous le nom d’Eucharistie®. 

14. Après avoir révélé le danger des unions entre 
fidèles et infideles, où l’épouse peut être empêchée dans 
ses pratiques religieuses, Tertullien dépeint les avantages 
du mariage chrétien : « L'Eglise en forme le nœud, 
l'oblation le confirme, la bénédiction y met le sceau, les 
anges en sont les témoins, le Père céleste le ratifie. L’un 
et l’autre époux font retentir les psaumes et les hymnes, 
et rivalisent dans le chant des louanges de Dieu ®. » 

12. Celui qui recherche la vérité arrive, par la 
connaissance du christianisme, à son but naturel : Nobis 
curiosilale opus non est post Christum Jesum, nec inquisi- 
lione post Evangelium. Cum credimus, nihil desideramus 
ullra credere. Hoc enim prius credimus, non esse, quod 
ultra credere debeamus®. « Qu’y a-t-il de commun entre 
Athènes et Jérusalem, l’academie et l'Eglise?» Il désap- 
prouve aussi ceux qui, sans mission, veulent scruter les 
Ecritures : Fides, inquit (Christus), tua te salvum fecit, 
non exercitatio Scripturarum. Fides in regula (fidei) po- 
sita est; habet legem et saluiem de observatione legis, 
exercitalio autem in curiosilale consistit, habens gloriam 
solam de peritiæ studio’. Cependant, tout en voulant 
exclure la spéculation et la science, Tertullien les 
emploie souvent bien au delà du cercle immédiat de la 
foi, et va plus loin que saint Irenee. Par là, du moins, 


1 De bapt., vi. — % De coron., c. In. — 3 Adv. Marc., III, xıx; IV, 
CxL. — + Cf. Delling., Eucharist.; Moshler, Patrol. Cf. De coron., 
c. ım; De cult. fem., Il, xı; Ad uxzor., II, vin; Ad Scap., u; De 
monog., X; De exhort. cast., u, cf. Schwane, op. cit. — 5 Ad uxor., 
I, vu, ıx. — 6 De præscript., c. Vu. —7 Ibid., e. XIV. 

13° 


194 MANUEL DE PATROLOGIE. 


il a posé chez les Latins les premières bases de la science 
catholique. 

43. Son traite sur l’Oraison dominicale est un des pre- 
miers et des plus interessants. Il est aussi sobre de 
paroles que riche de pensées ; c'est un abrégé de l’Evan- 
gile. Dans cette prière, la sagesse divine a tout disposé 
avec un ordre parfait : après les choses du ciel, elle a 
aussi trouvé une place pour les choses de la terre. Mais 
cette prière veut être dite d’un cœur pur et paisible, 
ab omni omnino confusione animi libera esse debet orationis 
intenlio, de lali spiritu emissa, qualis est Spiritus ad 
guem mittitur‘. Nous y voyons que les chrétiens d’alors 
elevaient en priant les mains au ciel, et se mettaient ä 
genoux, le dimanche excepte?, jour consacré à la joie 
et où l’on s’abstenait de travail®. Dans l’exhortation à la 
prière qui termine cet opuscule, le ton s'élève sensible- 
ment : « Nous obtenons tout de Dieu par la prière. Dieu 
a-t-il jamais rien refusé à la prière faite en esprit et en 
vérité? Déjà dans l’Ancien Testament la prière délivrait 
du feu, des bêtes feroces, de la faim, et cependant elle 
n'avait point encore reçu sa forme de Jésus-Christ, car 
Jésus-Christ ne lui a donné de force que pour le bien; 
avant lui, elle obtenait des plaies, battait des armées, 
arrêtait les pluies fécondes. Quant à la prière du Christ, 
son pouvoir se borne à rappeler les âmes des défunts 
des voies de la mort, à renouveler ceux qui sont 
tombés, à guérir ceux qui sont malades, à chasser les 
démons, à ouvrir les prisons, à briser les chaînes des 
innocents. Elle efface aussi les péchés, bannit les tenta- 
tions, calme les persécutions, console les âmes abattues, 
réjouit les cœurs magnanimes, nourrit les pauvres, 
dirige les riches, relève ceux qui sont tombés, soutient 
ceux qui chancellent, maintient ceux qui sont debout. 
La prière est le rempart de la foi, une défense et une 
arme contre l’homme qui nous épie de tous côtés. Ne 

ı De orat., ce. xu. —®C. xvu — 8 C. xxm. 


AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 195 


sortons jamais désarmés : le jour, souvenons-nous de la 
station ; la nuit, des veilles. Prions aussi tous les anges; 
chaque créature prie, les animaux domestiques comme 
ceux de la forêt. Les oiseaux prennent leur essor vers 
le ciel, et, à défaut de mains, étendent leurs ailes en 
forme de croix; leur chant ressemble à une prière. Que 
dire encore de l'obligation de la prière? Le Seigneur lui- 
même a prié!!» 

14. Tertullien énumère aussi quantité de cérémonies 
usitées dans, le culte public et dans l’administration des 
sacrements; il parle surtout du signe de la croix : Ad 
omnem progressum alque promolum, ad omnem adilum et 
exitum, ad vestitum el calceatum, ad lavacra, ad mensas, 
ad lumina, ad cubilia, ad sedilia, quæcumque nos conver- 
satio exercet, frontem crucis signaculo terimus*. Il traite 
du jeûne usité chez les catholiques, et dit que dans les 
 calamités les évêques ont droit de prescrire un jeüne 
universel 5. Le jeûne est un moyen d'arriver à la vertu : 
cette patience du corps, dit-il, recommande nos prières 
et aide à nos supplications ; elle ouvre les oreilles du 
Christ, de Dieu, bannit la sévérité et provoque la 
douceur®. 

15. L’Apologetigue® contient une belle peinture de 
l'union et de la concorde qui regnaient parmi les fidèles; 
aussi les paiens eux-mêmes ne pouvaient s'empêcher de 
s'écrier : « Voyez comme ils s'aiment! » Tertullien, 
comparant la charité des chrétiens avec la bienfaisance 
des paiens : « Notre charité, disait-il, donne plus sur la 
rue que votre piété dans les temples®. » Le traité Ad 
uxorem , Il, ıv, décrit les vertus et les bonnes œuvres 
qui doivent être l’ornement d’une femme chrétienne. 

16. Il nous reste à mentionner les idées de Tertullien 
sur l’état chrétien. Contrairement à la théorie païenne, 
qui faisait de l’empereur une divinité, Tertullien se con- 


i Cap. xxvu. — 3 De coron., c. In. — 3 De jejun., c. II et XIII. — 
* De patient., c. xı. — 6 C. xxxx. — 6 Ihid., Xu. 


496 MANUEL DE PATROLOGIE. 


tente de dire qu'il est institué de Dieu et le premier 
après lui : Colimus ergo et imperatorem sic, quomodo el 
nobis licet, et ipsi expedit, ut hominem a Deo secundum, 
el quidquid est, a Deo conseculum, solo Deo minorem'. 

Ayant reçu sa puissance de Dieu, l'empereur n'est 
soumis qu’à Dieu seul. Nous sommes donc tenus de 
l'honorer, de l’aimer, de prier pour lui, afin de vivre 
sous lui dans la paix et la sécurité. Il ne nous est permis 
de hair personne, à plus forte raison l'empereur’. A son 
tour, l’empereur ne doit jamais forcer ses sujets à hono- 
rer les faux dieux ; s’il le fait, ses sujets ont le droit 
de lui résister . Tertullien en déduit le droit de professer 
librement le christianisme, d’autant plus que toutes les 
accusations odieuses portées contre lui sont fausses : 
Humani juris et naturalis polestalis est unicuigue, quod 
putaverit colere; nec alit obest aut prodest alterius 
religio. Sed nec religionis est cogere religionem , qua 
sponte suscipi debeat, non vi®. 

Le Tertullianus predicans omnibus anni dominicis et festis, singu- 
lisque quadragesimæ feriis, par Mich. Vivien, ed. 8%, Avenn., 1855 
(augmenté de passages des saints Pères), offre une collection des 
meilleures et des plus belles pensées de Tertullien. 

Operum omn., ed. princeps, de Beatus Rhenanus, Basil., 1521, in-fol.; 
ed. Nic. Rigaltius, Par., 1634 et auctius 1641 ; ed. Semler et Schütz, 
Hal., 1770, 6 vol. in-8° ; Migne, ser. lat., t. I-II. Edit. portatives: 
Oberthür, Bibl. Patr. lat., t. I-II; Gersdorf, Bibl. selecta, t. VII-IX; 
la meilleure par Fr. Œbler, Lips., 1851-54, 3 vol. in-8°. Cf. Tillemont, 
t. II; Ceillier, t. II, Are et 2e éditions; Mæbhler, Patrol.; Boeringer, 
Hist. de l'Eglise; Stæckl, Philosophie de l’ère patristique. 


1 Ad Scap., c. 11; Apol., c. xxx. — % Apol., c. XXXIII, XXXVI; Ad 
Scap., U. — 3% Apol., xxVIN, xxxIV. — ® Apol., xxIv; Ad Scap., n; 
cf. Dieringer, Doctrina Tertull. de republ. et de offic. ac jurib. civium 
Christ. Bonnæ, 1850. 


AUTEURS LATINS. S. CYPRIEN. 497 


$ 38. Saint Cyprien 
(Thascius Cæcilius , mort en 258). 


Cf. Vita et passio S. Cæc. Cypr., par le diacre Pontius ; Prolégo- 
menes, de Maran, dans son édit. de saint Cyprien ; dans Migne, 
sér. lat., t. IV. 


Thascius Cyprien naquit au commencement du troi- 
sième siècle d’une famille notable, probablement à Car- 
thage. Homme de talent et élevé avec le plus grand 
soin, il embrassa la carrière de rhéteur et la remplit 
avec tant d'éclat, qu'il devint la gloire des païens de 
cette ville. Enflé de ses succès, attiré vers les jouissances 
mondaines par son immense fortune, il fut préservé de 
l'abime et converti en 246, par Cécilius, prêtre catho- 
lique, dont il prit désormais le nom, dit saint Jérôme. 
« Ce qui me semblait autrefois difficile, impossible 
même, sur la mer orageuse de ce monde : renaître à 
une vie nouvelle dans un bain salutaire, déposer le vieil 
homme, et, tout en conservant le même corps, être 
régénéré de cœur et d'esprit, j’ai eu la joie de l’expéri- 
menter en moi-même. » Méprisant les railleries des 
paiens qui l'avaient surnommé xonpos, Stercus, il prouva 
son changement de vie en critiquant sans ménagement 
la superstition païenne, De vanitate idolorum. Il fut or- 
donné prêtre un an après, et, en 248, nommé malgré 
lui successeur de Donat, évêque de Carthage. Il s’acquitta 
de sa charge avec une telle distinction, que saint Au- 
gustin l’a appelé l’évéque catholique, le martyr catholique 
par excellence. Ce cri de mort : Cyprien aux lions! 
poussé sous la persécution de Dèce, en 250, le décida à 
prendre la fuite, selon le conseil du Sauveur lui-même, 
acte qui donna lieu à bien des malentendus. Quoique 
absent, il ne laissa pas toutefois de s'intéresser à son 
troupeau. Retourné à Carthage en 251,' quand l'orage 

I Matth., x, 93. ) 





198 MANUEL DE PATROLOGIE. 


fut passe, la multiplicité de ses travaux d’eveque ne 
l’empöcha pas de tenir de nombreux synodes sur la 
manière de recevoir ceux qui étaient tombés pendant la 
persécution, sur le schisme de Novatien et de Félicissime 
et sur le baptême des hérétiques, à propos duquel un 
violent débat s’eleva entre lui et le pape Etienne. Ce 
qu'il a écrit pour d'autres dans les traités De bono pa- 
tientiæ et De zelo et livore aura sans doute contribué à 
le ramener lui-même dans la bonne voie. Demeuré à 
Carthage pendant la persécution de Valérien, il déclara 
ouvertement « qu'il était chrétien et évêque, » et fut 
exilé à Kurubis. Un an après, on lui annonçait sa sen- 
tence de mort : « Cyprien, ennemi des dieux de Rome, 
sera décapité. » « Dieu soit loué! » répondit-il. Quand 
on apprit à Carthage qu'il avait subi le martyre (14 sept. 
258), ce cri de douleur s’exhala de toutes les poitrines : 
« Allons mourir avec lui! » . 

Dans ses nombreux écrits, Cyprien avait pris pour 
modèle Tertullien, mais en observant ce principe de 
saint Jérôme : Admiramur ingenium, damnamus hæresin. 
Il suffit, pour s’en convaincre, de comparer ses traités : 
De vanitale idololorum, De oratione dominica, Testimonio- 
rum adv. Judæos libri II, De habitu virginum, avec 
ceux-ci de Tertullien : A pologeticum, De oratione, Contra 
Judæos, De virginibus velandis. Seulement la dialectique 
âpre et blessante de Tertullien est remplacée chez son 
imitateur par une diction attrayante et par un grand 
esprit de conciliation. Dans ses conseils aux vierges chré- 
tiennes, Tertullien passe souvent les bornes de la déli- 
catesse, tandis que Cyprien est à la fois chaste de pen- 
sées et de style. Tertullien incline toujours au rigorisme ; 
Cyprien ne prend conseil que de la sagesse et de la mo- 
dération. 


Ouvrage d'une tendance apologétique. 


4. À Donat (néophyte), Traité de la grâce de Dieu, cité 


AUTEURS LATINS. S. CYPRIEN. 199 


aussi sous le titre de lettres. Saint Cyprien, qui l’écrivit 
immédiatement après sa conversion, y dépeint, non sans 
une certaine emphase, l’état malheureux où il vivait 
autrefois , sa conversion, son baptême, dont il relève les 
salutaires effets, en les opposant aux horreurs du paga- 
nisme. Il y exhorte à persévérer dans la foi. 

2. Dans le Traité de la vanité des idoles, il montre 
que les idoles ne sont pas des dieux, il expose le mono- 
théisme chrétien et développe historiquement les prin- 
cipaux dogmes du christianisme. Cet ouvrage est extrait 
en grande partie de l’Octave de Minucius et de l’Apolo- 
gétique de Tertullien. 

3. Dans les trois livres des Témoignages contre les 
Juifs, rédigé pour un nommé Quirin, il traite, à l’aide de 
textes bibliques dont le choix laisse à désirer, de la per- 
sonne du Christ et du caractère transitoire du judaïsme. 
Le troisième livre, d’une date postérieure, roule sur 
des questions de morale et de discipline. 

4. L’ecrit A Démétrien peut aussi servir à la défense du 
christianisme. Composé en 253 sous le règne de Gallus, 
et adressé à un païen notable, il a pour but de démon- 
trer que ce n'est pas aux chrétiens, mais aux paiens, 
qu’il faut imputer les malheurs de l'empire. 

Les autres traités roulent sur la morale et le dogme. 

5. L’opuscule Sur le maintien des vierges exhorte les 
vierges consacrées à Dieu par une chasteté perpétuelle à 
aimer la simplicité des vêtements. Le Traité de la morta- 
lité a pour but de combattre la crainte de la mort, qui 
pendant la peste avait envahi un grand nombre de chré- 
tiens. Dans l'Exhortation au martyre, composée vers 252, 
Cyprien prépare les chrétiens à une persécution immi- 
nente. 

6. Dans le Traite de l’unite de l'Eglise, ou De simplici- 
tale prælatorum, écrit en 251 pour éclairer quelques con- 
fesseurs romains qui s'étaient laissés séduire au schisme 
de Novatien et de Novat, il développe la notion de l’unité 


200 MANUEL DE PATROLOGIE. 


de l'Eglise, «en dehors de laquelle il n’y a point de sa- 
lut; » car « celui-là ne peut avoir Dieu pour père qui ne 
reconnaît pas l'Eglise pour sa mère. » 

7. Dans le traité des Laps, il trace les principes sui- 
vant lesquels on doit admettre à la communion ceux qui 
ont apostasié pendant la persécution ; il s’eleve contre 
l’excessive indulgence des confesseurs. 

8. Le Traité de la prière, ou explication du Pater, est 
l'ouvrage qu'on admire le plus. On y trouve d’excel- 
lentes remarques sur chaque invocation. 

9. Citons encore ses Trailés des bonnes œuvres et de 
l’aumône ; de la patience ; de l'envie el de la jalousie. Dans 
ces deux derniers, écrits vers 256, le principal but de 
saint Cyprien est de montrer combien l'envie, la jalousie 
et l’impatience sont funestes à l'Eglise et contraires à 
l'esprit d'unité. 

Lettres. 


Ces lettres, au nombre de quatre-vingt-une y compris 
celles qui ne sont pas de lui, fournissent de curieux dé- 
tails sur l’état de la société religieuse, sur les coutumes 
du temps, sur l’histoire ecclésiastique en Afrique et à 
Rome. 

On lui attribue encore un grand nombre d’ecrits. 
dont les suivants : De spectaculis, De laude martyrii, De 
disciplina et bono pudicitiæ sont tres-douteux; ceux-ci: 
Ad Novalianum de spe veniæ non neganda; Eschortalio ad 
poenilentiam; De alealoribus; De singularitate clerico- 
rum ; De XII abusionibus sæculi; Oratio de laude marty- 
ri, sont certainement apocryphes. Il en est d’autres où 
ce-caractère est encore plus saillant. | 

Le traité De rebaptismale, placé ordinairement parmi 
les écrits de saint Cyprien, est dirigé contre lui et contre 
son opinion sur la nécessité de rebaptiser les hérétiques. 
Il fut sans doute composé de son vivant !. 

1 Galland., Bibl., t. IH. 





AUTEURS LATINS. 8. CYPRIEN. 201 


Doctrine de saint Cyprien. 


L'Eglise, les sacrements, la vie chrétienne, tels sont 
les points sur lesquels les écrits de saint Cyprien offrent 
le plus de ressources. 

1. L'Eglise est une, et les évêques sont le lien de son 
unité : « Sachez-le, l'évêque est dans l'Eglise, et l'Eglise 
est dans l’évêque ‘. » Les évêques forment un tout dont 
la chaire de saint Pierre est le centre, selon ce qui est 
dit en saint Matthieu, xvı, 18 : « C’est sur un seul qu’il 
batit son Eglise... et quoiqu’apres sa résurrection il 
donne à tous ses apôtres une puissance pareille, toute- 
bois, pour manifester l’unite, il a institué une chaire et 
posé l’origine de l'unité en la faisant descendre d’un 
seul ?. » Dans le passage suivant, il indique où se trouve 
l centre de l’unité après la mort de Pierre : Navigare 
audent (hæretici) ad Petri cathedram et Ecclesiam prin- 
apalem, unde unitas sacerdolalis exorta est ; a schisma- 
licis el profanis litieras ferre, nec cogitare eos esse Roma- 
nos, quorum fides Apostolo prædicante laudata est, ad 
quos perfidia habere non possit accessum 5. » Communi- 
quer avec le pontife romain, c’est communiquer avec 
l'Eglise catholique*. Comment saint Cyprien entendait 
le mot de primauté, nous le savons de Firmilien, évêque 

de Césarée, qui disait du pape Etienne : Per successionem 
Petri cathedram habere se predicat®. On trouve encore 
üleurs des preuves de la primauté de l'Eglise romaines. 
Les évêques doivent être un, afin de représenter l’unité 
| klEglise : Quam unitatem-tenere firmiter et vindicare 
. Wbemus maxime episcopi qui in Ecclesia præsidemus, ut 
pscopatum quoque ipsum unum aîque indivisum probe- 
mus... Episcopatus unus est, cujus u singulis in solidum 
pers lenetur *. C’est par leur succession légitime qu'ils 
Sont unis aux apôtres et au Christ: Inde (a Petro) per 


"Ep. um. — 2 De unit., c. it. —3 Ep. Lx.—* Ep. LVI ad Antonian. 
— Ep. Lxxv. — 6 Ep. XLV, LXVH, LxvVIn. —?7 De unit., c. IV. 


an MANTEL DE PATROLOGIE. 


sans avair accompli la penitence légale, « fait violence 
zu oups et au sang du Seigneur!.» Suivant Rettberg, 
sam Cvpnen aunsdere surtout l’Eucharistie comme un 
Sacrice : sacrrıhrıum, sacrıfcıı dominici sacramentum, 
ère prrun ci niraum. Voici le resume de sa doc- 
ve enchartique : Le sacrifice de Melchisédech est 
a àca Ja sacrf% chretien. vrai et parfait sacrifice 
mxXORme : ein! des jurfs. Le Christ l'a institué en offrant 
KO RER MR Tr. Son corps et son sang. L'objet de ce 
Rerby. es x tbhrit lui-mème s’offrant à son Père : 
e NEN. Sr 8 reerant bent la place du Christ. Il es 
Niret Hr mena du Seicheur et de sa passion ?. L’epitr« 
NT. KURSE. Acer jar saint Augustin liber de sacra 
mer DIE Traïe wat entiere du sacrifice de la messe 
Non Cramer Et cui soffrait aussi pour les défunts 
Rue ès am: es. et il recommande de s’y sou: 
VER & vues Lente des vivants qui ont contribué pal 
vue aout à ik &vrame des captifs. Le mélange di 
“sr st Ar ve Nysente l'anion des fidèles avec Jésus 
HS ee res nat lea Jesus-Christ est le vin“. 

2 nwamumanı es Adeles rawivent respectueuse- 
mew À ke sam me corps de Jésus-Christ, ei 
PANNE es sx nr k prendre avant les repas. 
Wr en Sana m vorame, (n communie aussi le: 
ARD 

Ta Saar à & nee. nutre auteur imite servilemen 
"ae, Summe m & appelle le Pater « un abrég: 
NR ix Kate ne. » Nbre de paroles. pleine d’espri 
N & Or, te Ant étre ja prière : « Peut-il y avoi 
IE RENTE AE ice que œllke que le Christ nou 
à Ron CR GE os a envare je Saint-Esprit ! Quanı 
NUS ROUE EUR devons RUE v appliquer de tou 
NN RE ARBRE ae pee terrestre et charnelle 

VON ie © NE an 1. — I Dielünger, PEuch. dans les troı 


av ee En ex — + Kr LIT 18, Voir Dellinger, op. cit. 
war N ma À NE RIRE 


AUTEURS LATINS. S. CYPRIEN. 205 


C’est pour nous rappeler que toutes nos pensées doivent 
être au Seigneur que le prêtre dit aux fidèles : Les cœurs 
en haut ! à quoi les fidèles répondent : Nous les élevons 
au Seigneur. Avec Tertullien, il recommande de prier 
incessamment, à l'exemple du divin Sauveur : « Si celui 
qui était sans péché a prié, à plus forte raison les pé- 
cheurs le doivent-ils. S'il priait toute la nuit et sans 
relâche, combien plus devons-nous veiller la nuit dans 
de fréquentes oraisons. » 

En morale, Cyprien se complait surtout dans le mar- 
tyre et la virginité : « Heureuse notre Eglise, s’écrie-t-il, 
si glorifiée de nos jours par le sang illustre des martyrs; 
blanche autrefois par les œuvres des frères, elle est 
rouge maintenant du sang des martyrs; ni les lis ni les 
roses ne lui manquent plus! » Ce qui caractérise le 
martyre, ce n'est pas la souffrance, mais la cause, non 
pæna sed causa facit martyrum. 

Lactance, au livre V de ses Institutions, a dit de son 
style : Erat ingenio facili, copioso, suavi, et, quæ sermonis 
mascima est virtus, aperto, ut decernere non queas utrum 
ornatior in eloquendo, an facilior in explicando, an po- 
lenlior in persuadendo fuerit. 

Saint Cyprien mérite cet éloge pour ses ouvrages A 
Démétrien, A Donat, Sur l'unité de l'Eglise et l'Oraison 
dominicale; maïs il est souvent trop délayé et surchargé 
d'épithètes ; bien different de Tertullien, dont l’expres- 
sion est toujours concise et la pensee abondante. 

Avec saint Ignace et saint Irenee, saint Cyprien est 
celui qui a développé avec le plus de précision et de clarté 
la notion catholique de l’Eglise; de là le rang conside- 
rable qu’il occupe dans la littérature chrétienne. 

Ses œuvres complètes (y compris les écrits douteux ou certaine- 
ment apocryphes ordinairement cités sous son nom), ont été éditées 
par Erasme, Bâle, 1520; Pamelius, Antw., 1568; Rigault, Par., 1648; 
Fell. Oxon., 1682 ; avec les travaux préparatoires de Baluze, la 
meilleure édition est celle du bénédictin Maran, Paris, 1796 ; à Ve- 
nise, 1728 ; Migne, sér. lat., t. IV-V. Edition portative, par Oberthür, 





206 MANTEL DE PATBOLOGIE. 


Bıbl. Patr. lat., Wirceb., 1782, 2 vol. in-8°; par Goldhorn, Bibl. 
select., Lips, 1838, 2 vol. Traités séparés : Ad codic. mss. vetustiss. 
fidem, par Krabiuger, Libri de cath. Eccl. unit.; De lapsis et habitu 
rırginum, Tub., 1853; 49 Donat.; De orat. dom.; De mortal.; De oper. 
et eleem.: De bons patient. et de zelo et lir., Tub., 1859 (corrections 
du texte nombreuses et estimables . — Cf. Tillemont, t. IV ; Ceillier, 
t. Il ; 2° ed., t 1: Mœhler, Pairol.; Rettberg, Cyprien, sa vie et ses 
œurres, Gwit., 1831 ; Reithmeier, Hist. de saint Cyprien. 


Ss». Nevatien, schismatique romain. 


Nous n'avons que des renseignements douteux sur la 
patrie et l'éducation scientifique du prêtre romain Nova- 
tien (souvent nommé et confondu avec Novat, prêtre de 
Carthage). Il se peut que la philosophie stoicienne, à 
laquelle il s'était peut-être adonné, ait eu quelque in- 
fluence sur le rigorisme avec lequel il voulait qu'on 
traität les laps. Ce qui est certain. c'est que, possédé du 
démon dès le temps de son catéchuménat, guéri par des 
exorcistes chrétiens, atteint plus tard d’une maladie 
grave, il fut baptisé avant la fin de son catéchuménat, 
sans toutefois recevoir la confirmation. Ce baptême, 
selon l’ancienne pratique, l’excluait du sacerdoce. Il fut 
cependant ordonné prêtre par le pape Fabien ou l’un de 
ses successeurs, probablement à cause de son savoir et 
de ses bonnes qualités, malgré la résistance du clergé 
et du peuple. Cette résistance n’était que trop justifiée. 
Séduit par le schismatique Novat, récemment arrivé. 
d'Afrique, il se mit à calomnier le pape Corneille, l’accu- 
sant de recevoir avec trop de facilité ceux qui étaient 
tombés dans la persécution de Dèce; il se posa ensuite 
comme antipape (252), après avoir été, dit-on, sacré 
évêque en état d'ivresse par trois évêques d'Italie ?. 

Lorsque Corneille eut été reconnu pape légitime, no- 
tamment par saint Cyprien et saint Denis d'Alexandrie, 


1 Baptismus clinicorum. — ? Voir des détails sur lui dans Philos- 
torge, Hist. eccl., VIL, xv; Euseb., VI, xLım; Corn., Ep. ad Fab., 
ep. Antioch.; Cypr., Ep. XLI, XL, XLIX, LI, LIN, etc. 





AUTEURS LATINS. NOVATIEN. 207 


Novatien fut excommunié par un concile de Rome et un 
autre de Carthage. Il poussa jusqu’à l’hérésie ses idées 
rigoristes sur le sacrement de pénitence et sur la nature 
de l'Eglise. Sa secte se propagea à Constantinople, en 
Asie, en Afrique, dans les Gaules et l'Espagne. Ces hé- 
rétiques orgueilleux se donnèrent eux-mêmes le nom de 
cathares (purs), et répandirent le bruit que leur chef 
Novatien avait été martyrisé sous Valerien 1. Tillemont 
en doute. Malgré diverses persécutions, il subsista des 
restes de cette hérésie jusqu’à la fin du sixième siècle, 
où elle était encore combattue par Euloge, évêque 
d'Alexandrie. 

Cette carrière militapte explique la perte de la plupart 
des nombreux écrits que saint Jérôme ? attribue à Nova- 
tien. Parmi ces écrits, on à conservé : 

4. Liber de Trinitate, ou Regula fidei, que saint Jérôme 
appelle un abrégé de l'ouvrage de Tertullien contre 
Praxéas, et qu’on éditait autrefois avec les écrits de ce 
dernier. Malgré les traits généraux qui le rapprochent 
du livre de Tertullien, il en diffère souvent dans le 
detail. Il affaiblit les idées de Tertullien sur les rapports 
du Fils avec le Père, et ne traite du Saint-Esprit que 
d'une manière superficielle ; il n’emploie pas le mot de 
Trinité, si fréquent dans Tertullien. Ce n’est donc point 
un extrait du livre contre Praxéas. Sa doctrine a beau- 
coup plus d’affinité avec celle d’Hippolyte, dont il était 
peut-être un partisan. Son principal objet est de com- 
battre deux classes de monarchiens , ceux qui tiennent 
le Christ pour un pur homme, homo nudus et solitarius, 
et ceux qui, le reconnaissant pour Dieu, ne distinguent 
point sa nature divine de celle du Pères. 

2. On attribue encore à Novatien : De judaicis cibis, 

contre ceux qui persistaient à suivre l’ancienne loi tou- 
chant les repas. 


! Euseb., Hist., IV, xxvm. — ? Catal., c. Lxx. — ® Hagemann, 
l'Eglise romaine et son infl. sur la discipl. et le dogme. Frib., 1864. 


208 MANUEL DE PATROLOGIE. 


3. Epistola cleri Romani ad Cyprianum, où il dit être 
d'accord avec saint Cyprien sur le traitement des laps, 
c'est-à-dire qu'avant la tenue du concile et le retablisse- 
ment de la paix, aucun ne sera reçu dans l'Eglise, sinon 
in arliculo mortis. Cette pièce, réimprimée parmi les 
lettres de saint Cyprien, LIV, passe pour apocryphe. 


Cf. Galland. Bibl., t. IV; Migne, t. Ill, ser. lat.; Tillem., t. Ill; 
Ceillier, t. III, et 28 ed., t. II ; Mœbhler, Patrol.; Dorner, op. cit. 


S 40. Arnobe (mort après 325). 


Dissertatio prævia, par Le Nourry, dans Migne, t. V, p. 366. 


Né à Sicca, dans l'Afrique proconsulaire , Arnobe 
s’illustra vers la du troisième siècle comme maitre 
d’eloquence et cHKpion du christianisme. Saint Jérôme! 
assure qu'il se convertit à la suite d’une vision. L’évêque, 
avant de lui conférer le baptême, lui ayant demandé 
un témoignage public giga sincérité, Arnobe répondit 
(après 303) par la publitätion de ses Disputes contre les 
gentils (liv. VID), où il n’est pas tout-à-fait à la hauteur 
de son sujet, dit saint Jérôme. Versé, comme Clément 
d'Alexandrie, dans les mystères du paganisme, il les 
expose beaucoup mieux que n'importe quel apologiste; 
il les réfute plutôt qu’il ne défend le christianisme. A 
l'exemple de Tatien et d’Athenagore, il montre l’inanité 
des efforts de ceux qui essaient de purifier le paganisme 
par l'interprétation allégorique de ses mythes. Mais 
s’il repousse victorieusement les crimes imputés aux 
chrétiens, il est trop peu versé dans leur doctrine, et se 
théologie, comme son anthropologie, est entachée de 
graves erreurs. 

Il répond d’abord à ceux qui imputent aux chrétien: 
les fléaux naturels et les guerres qui désolent l’empire 
et qui les accusent d’adorer un Dieu crucifié. Au seconc 
livre, il signale les divers motifs pour lesquels il fau: 

1 Catal., c. LXXIX. — V, XXXII-XXXIX. 









AUTEURS LATINS. ARNOBE. 209 


croire à Jésus-Christ et à ses promesses : la propagation 
merveilleuse du christianisme, les martyrs, les miracles, 
il traite ensuite de la nature et de l’immortalite de l’âme, 
et résout quelques objections, celle-ci entre autres : 
Pourquoi le christianisme est-il venu si tard? Chris- 
tianus ergo ni fuero, dit-il en cet endroit, spem salutis 
habere non potero (1, ıxv). Dans les livres lII, IV et V, 
il analyse la mythologie païenne, dont il dévoile les 
absurdités et les turpitudes. Aux livres VI et VII, il ré- 
pond à cette question : Pourquoi les chrétiens n'ont 
point de temples et d’idoles, et n’offrent point de sacri- 
fices? Il montre combien les pratiques du paganisme, 
les sacrifices d'animaux et la divination sont criminels 
et insensés. — La diction d’Arnobe est fleurie et animée. 

A la manière vague dont il parle de Dieu, du monde 
et de l’homme, on a pu le croire plus orthodoxe qu’il ne 
l'est réellement. Son dualisme est tel, que non-seulement 
il traite de sacriléges ceux qui font Dieu auteur de la 
nature et de l’homme (XI, xrvı), mais qu'il semble nier 
la nature supérieure de l’äme, en la plaçant entre le 
monde sensible et le monde suprasensible, et en lui 
donnant pour auteur une puissance inférieure à Dieu 
(I, xxxr). 

Cependant, il ne croit pas moins que la foi chrétienne 
soit la seule admissible : « Cessez donc, ö hommes, de 
ruiner vos espérances par de vaines recherches, et de 
compter plus sur vos opinions que sur la doctrine chré- 
tienne, lorsqu'elle contrarie vos idées. Quand il y va du 
salut de nos âmes, il faut, dit Epictète, „croire sans 
preuve rationnelle » (Il, Lxxviu). 

Editeurs : Salmasius, Lugd., 1651 ; Oberthür, Op. Patr. lat., t. V; 
Orelli, Lips., 1816; Hildebrand, Halle, 1844; Œbhler, Lips., 1846. 


Cf. Mahler, Patrol.; sur ses erreurs, Steeckl : Hist. de la phil. de l’ère 
patrist.; Woerter, Thévrie de la grâce et la liberté. 





910 MANUEL DE PATROLOGIE. 


S 41. Laetanee Firmin (mort vers 330). 


Dissertationes, par Le Nourry, Lestocq, etc., dans Migne, t VI 
et VII. 


Né en Italie, selon toute vraisemblance, Lactance fit 
ses études en Afrique, sous le rhéteur Arnobe. Son 
Symposion, recueil de cent devises dont chacune a six 
hexamètres, décida Dioclétien, vers 301, à l'appeler à 
Nicomédie en qualité de rhéteur. Contrarié d’avoir si 
peu d’auditeurs, et privé, malgré tous ses travaux, des 
plus nécessaires moyens de subsistance, il sentit le besoin 
d'acquérir une sagesse plus élevée. Vers 330, Constantin 
l’envoya à Trèves, pour faire l'éducation de son fils 
Crispus, à qui les intrigues de sa belle-mère Fausta 
preparaient une fin si malheureuse (325). On croit qu'il 
mourut à Trèves vers 330. Comme chrétien, nous lui 
devons les ouvrages suivants : 

4. Les Institutions divines (sept livres), dont chaque 
livre porte un titre spécial. L'auteur se proposait de faire 
connaître aux lettrés la vraie philosophie, au vulgaire 
la vraie religion, en se servant surtout d'arguments 
puisés dans la raison, dans la tradition païenne et dans la 
philosophie religieuse. Il cite rarement l’Ecriture. Dans 
le premier livre, il établit l’unité de Dieu, créateur du 
monde, par les philosophes et les poètes païens , par les 
oracles, Hermès Trismégiste et les sibylles. Quant aux 
divinités paiennes, la seule distinction des sexes suffit 
pour montrer leur inanite; les dieux supérieurs n’ont 
rien de grand et offrent d'innombrables contradictions. 
Passant aux dieux inférieurs, aux héros, il établit l’ori- 
gine de leur culte par quelques exemples, tel que celui 
de César. Après avoir dit que les dieux sont la personni- 
fication des passions humaines, il rappelle en terminant 
les pratiques scandaleuses et risibles de leur culte, les 
sacrifices humains et les impostures qui accompagnent 





AUTEURS LATINS. LACTANCE. 211 


tous ces actes. Dans le deuxième livre, sur l’Origine de 
l'erreur, il dit que, dans leurs détresses, les paiens in- 
voquent souvent, non point Jupiter ni les dieux en 
général, mais le Dieu unique et véritable. Quant aux 
prétendus miracles opérés par les faux dieux, Lactance, 
comme les autres apologistes, les attribue aux démons, 
dont l'empire sur les hommes date de la chute et va 
saffermissant de jour en jour. Au troisième livre, de la 
Fausse Sagesse, il passe en revue les trois branches de la 
philosophie, physique, logique et morale, les systèmes 
de Pythagore, de Socrate, de l’académie d’Arcesilas, de 
Cicéron, etc, systèmes contradictoires et qui ne décident 
point les grandes questions qui intéressent l’humanité. 
Du reste, les doctrines de la philosophie ne sont acces- 
sibles qu’à un petit nombre, tandis que le christianisme 
fructifie dans tous les hommes. 

La partie positive commence avec le quatrième livre, 
de la Vraie Sagesse. La vérité, vainement poursuivie par 
les philosophes, Dieu l’a révélée par les prophètes, anté- 
rieurs aux plus anciens auteurs grecs. L’organe de cette 
révélation, c’est le Fils de Dieu, « engendré avant tous 
les siècles selon l'Esprit, et dans le temps selon la chair, 
figuré par les prophètes, né d’une vierge, Soumis aux 
souffrances afin de donner aux hommes un parfait mo- 
dèle de toutes les vertus.» Dans le cinquième livre, après 
avoir mentionné quelques adversaires du christianisme 
qui lui ont donné la première idée de son travail, Lac- 
lance traite du culte du vrai Dieu et de l’observation de 
ses commandements, qui sont pour l’homme la condi- 
tion de son perfectionnement et de son progrès, contraire- 
ment au paganisme qui, en divinisant toutes les 
passions, devait corrompre même les hommes naturelle- 
ment bons. Les paiens méprisent la vraie justice et 
veulent forcer les chrétiens à retourner au culte des 
idoles. Le sixième livre, du Vrai Culte, fait voir que la 
véritable manière d’honorer Dieu, c’est l'innocence et la 


219 MANUEL DE PATROLOGIE. 


vertu : les païens, qui ne s'occupent que du dehors, ne 
les connaissent point; mais ils ont pressenti que la vraie 
connaissance de Dieu et l'union avec lui ne pouvaient se 
trouver que dans le christianisme. L’auteur combat les 
idées des païens sur le souverain bien et sur la morale. 
Celui-là, dit-il, honore Dieu d’un culte parfait, qui 
observe bien tous ses commandements. Le septième 
livre, de la Vie bienheureuse, roule sur l’immortalité de 
l'âme, la résurrection des corps, l'éternité des récom- 
penses et des châtiments futurs. Ce grand ouvrage, écrit 
entre 316 et 322, est dédié à Constantin. Lactance en fit 
lui-même un abrégé, où il introduisit plusieurs modifi- 
cations {. 

2. Dans le traité de l’Ouvrage de Dieu, antérieur aux 
Instilutions et dédié à son disciple Démétrien, l’auteur 
essaie de prouver l’unité et la puissance de Dieu par 
l'organisme du corps humain et les facultés de l’âme. 

3. Le traité de la Colèrede Dieu justifie l'emploi du mot 
colère, qui, appliqué à Dieu, scandalisait si fort les philo- 
sophes païens, bien qu'il signifie simplement que Dieu, 
ne pouvant être insensible au bien ni au mal, doit à sa 
justice de récompenser l’un et de punir l’autre. Il résout 
les objections qu’on peut élever contre cette doctrine, et 
termine par une vive exhortation à la piété, afin qu’on 
ne trouve point en Dieu un maitre terrible, mais un Père 
compatissant. Cet opuscule forme le complément des 
Institutions *. 

4. L’Ouvrage sur la mort des persécuteurs, au confesseur 
Donat, que saint Jérôme’, avec plus de raison peut-être, 
intitule : de la Persécution, manquaït dans les anciennes 
éditions de Lactance ; la première édition en a été faite à 
Paris, en 1679, par Baluze, sur un très-ancien manu- 
scrit de la bibliothèque de Colbert. Comme le manuscrit 
porte le titre Lucii Cæcihii, Le Nourry a prétendu qu'il 


 Hieron., Catal., c. Lxxx. La première édition est de Pfaff. Paris, 
1712. — 2Cf. Instit., Il, xvım. — 8 Catal., c. LXXX. 








AUTEURS LATINS. LACTANCE. 913 


n'était pas de Lactance. Lestocq a soutenu victorieuse- 
ment le contraire, en prouvant que d'autres manuscrits 
de Lactance portaient aussi ce nom de Cæcilius, et que 
le style était bien celui de Lactance. Cet ouvrage, com- 
posé vers 315, après la mort de Licinius, décrit la fin 
tragique que Dieu a réservée aux persécuteurs des chré- 
tiens et à ceux qui les imitent, pendant que le christia- 
nisme triomphe à mesure qu’on cherche à l’étouffer. Cet 
ouvrage, dont la fidélité historique est généralement 
reconnue, complète heureusement l’histoire des persé- 
cutions chrétiennes, surtout des dernières. 

5. On lui attribue encore un petit poème Sur la Passion 
du Seigneur. — Ses lettres, mentionnées par le pape 
Damase!, sont perdues, de même que son Jtinéraire, ou 
voyage d'Afrique à Nicomédie. 

Nous avons parlé plus haut de son Symposion. 

Outre les arguments qui lui sont communs avec les 
autres apologistes, Lactance s’est surtout occupé de la 
théodicée et de la providence. En psychologie, il combat 
expressément Arnobe et se déclare en faveur du créatia- 
nisme, serendarum animarum ratio uni ac soli Deo sub- 
jacet?. Il a rendu moins de services à la théologie 
chrétienne : constamment inexact, peu versé dans le 
dogme, l'expression juste lui manque et il tombe dans 
plus d’une erreur, ce qui faisait dire à saint Jérôme : 
Ülinam tam nostra confirmare potuisset quam facile. 
aliena destruæit ! Quand il parle du Verbe, il tombe dans 
le subordinatianisme®, et saint Jérôme l’accuse d’avoir 
nie, errore judaico, la personnalité du Saint-Esprit. 
Ailleurs, il s'exprime dans la terminologie accoutumee®. 
Lactance était surtout grand partisan des millénaires #. 

Il est d’autant plus parfait sous le rapport du style. 
On l'a comparé de bonñe heure, pour la pureté et l’élo- 
quence de sa diction, avec Cicéron qu'il imite à dessein, 


1 Ep. 1 ad Hieron.— ? Cf. De opif. Dei, c. xvu-xx.—3 Inst. divin., 
I, x; IV, vi. — + Iid., IV, zur. — 5 Ibid., IV, xu; VII, xxı. 


214 MANUEL DE PATROLOGIE. 


et dont il partage aussi les défauts : philosophie super- 
ficielle, style un peu déclamatoire et prolixe. Lactan- 
tius, dit saint Jérôme, quasi quidam fluvius eloquenti» 
Tullianæ. 

Principale édition, par Lebrun et Lenglet-Dufresnoy, Paris, 1748, 
3 vol. in-40 ; Galland., Bibl., t. IV; la plus complète par Edeuard de - 
S.-Xav., Rom., 1755. Edit. portat., par Oberthür, Patr. lat., 2 vol., 
avec de nombreux textes parallèles de Cicéron, par Bunemann, 
Leips., 1739; par Fritzsche, Leips., 1842, 2 vol.; Migne, ser. lat., 
t. Viet VII. Cf. Stæckl, Philos. de l’ère patrist., p. 249; Woerter, 
loc. cit. 


$ 42. Corneille, Etienne et Denis, évêques de Rome. | 


Epistolæ romanorum Pontificum, par P. Coustant, Paris, 1721. 


Outre les ouvrages grecs écrits à Rome par les auteurs 
déjà mentionnés ( Hermas, Hippolyte, Gaius ), il nous 
reste à citer quelques productions grecques et latines 
dues aux trois papes placés en tête de ce paragraphe. 

1. Corneille (251-252), originaire de Rome, a écrit 
plusieurs lettres à saint Cyprien, évêque de Carthage, et 
à Fabien, évêque d’Antioche, sur l’hérétique Novatien 
qu'il avait excommunie . C'est le pape Corneille qui a 
dit: Unus Deus, unus Christus, unus episcopus. « Un Dieu. 
un Christ, un évêque?. » « Lorsque les factieux entre- 
prenaient de diviser l’épiscopat, dit Bossuet sur ce pas- 
sage, une voix commune de toute l'Eglise et de tout le 
peuple fidèle s'élevait contre cet attentat sacrilége par 
ces paroles remarquables 5. » 

2. Etienne (253-257) écrivit aux évêques des Gaules 
à propos du schisme soulevé à Arles par Marcien, et 
plusieurs lettres sur la validité du baptème des héré- 
tiques, à Firmilien, évêque de Césarée, à saint Cyprien. 

Il n'en reste que des fragments À. 


4 Dans Coustant et Gallandi, Bibl. t. III; Routh, t. III; Migne, ser. 
lat., t. VO. — 3 Epist. ad Cypr. — 3 Cit. du trad. Cf. Bossuet, Orais. 
funeb. du P. Bourgoins. — * Dans saint Cyprien, Ep., n. 73 et 75; 
Eusèbe, Hist., VII, v. 





AUTEURS LATINS. CORNEILLE, ÉTIENNE, DENIS. 218 


3. Denis (259-269) adressa 1. aux églises d'Egypte 
une lettre encyclique contre les sabelliens, où nous 
lisons ce remarquable passage sur la sainte Trinité : 
« La sainte et admirable unité ne doit pas être partagée 
en trois dieux, ni la dignité et la grandeur suréminente 
du Seigneur ravalées par (le terme de) rolnu«; mais il 
faut croire à Dieu Père tout-puissant, et à Jésus-Christ, 
son Fils, et au Saint-Esprit, et que le Verbe est uni au 
Dieu de l’univers ; » 2. une lettre à Denis d'Alexandrie, 
où il le blâme d'avoir employé le terme zofnue en parlant 
de Jésus-Christ; 3. une lettre à l'Eglise de Césarée pour 
consoler les fidèles des maux que leur avait attirés l’in- 
vasion des Barbares. 

Ces trois hommes, identiques par leurs caractères gé- 
néraux, offrent cependant des différences considérables 
quant à leur caractère personnel et à leur tendance. 


COUP D'ŒIL RÉTROSPECTIF. 


Les auteurs que nous avons étudiés jusqu'ici, malgré 
la différence des esprits et des opinions, ont une com- _ 
munauté de vues qu'il est impossible de méconnaître : 
tendre à un même but par la liberté et la variété, tel est 
le trait distinctif de l’ancienne littérature chrétienne. Les 
Pères et les écrivains de ce temps ne croyaient pas que 
la science chrétienne fût définitivement constituée; ils 
pensaient, au contraire, qu'on y avancait progressive- 
ment sous la double influence de l'Esprit d’en haut et 
des efforts personnels. S'il arrivait qu'on s’eloignät de 
la tradition une et immuable, l'Eglise s’en apercevait 
bientôt, et en des termes plus ou moins doux ou sévères, 
se hâtait de rappeler dans la bonne voie les esprits four- 
voyés. 


1 Galland., Bidl., t. III; Rœssler, Bidl. des Pères de l’Egl., 2 vol., 
p. 281. 


216 MANUEL DE PATROLOGIE. 


DEUXIÈME PÉRIODE. 


LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE, DE L'AN 320 A LA FIN DU VII® SIÈCLE. | 


S 43. Progrès de la littérature chrétienne. 
COUP D'ŒIL GÉNÉRAL. 


La paix accordée à l'Eglise, la faveur même qu'elle ‘ 
obtint de l'Etat, aidèrent au progrès de la science chré- 
tienne. Le Seigneur, en lui accordant le don de la science, 
comme il lui avait donné au temps des persécutions le 
don de la foi, suscita aux quatrième et cinquième siècles 
un nombre si prodigieux d'écrivains ecclésiastiques, 
que cette période recut le nom de siècles des Pères de 
l'Eglise. 

Ce mouvement fut particulièrement accéléré par les 
doctes écoles d'Alexandrie, Césarée, Antioche, Edesse, 
Nisibe, Rinocorura, par les derniers efforts de la pole- 

» mique paienne, et, en Orient, par les nombreuses héré- 
sies des ariens, des nestoriens , des monophysites 
et des monothélites, par les controverses d'Origène, 
Photin, Apollinaire, et par l'affaire des trois chapitres; 
dans le nord-ouest de l’Afrique, par le donatisme; en 
Occident, par l’hérésie de Pélage. Au rationalisme 
croissant des hérétiques les moines opposèrent le véri- 
table esprit chrétien‘. 

La décadence de la littérature chrétienne à la fin du 
cinquième siècle, et surtout aux sixième et septième 
siècles, s'explique à la fois par la situation extérieure el 
par les embarras intrinsèques de l'Eglise; en Orient par 
l'humeur conquérante, les passions sensuelles et adula- 
trices de l’islamisme ; en Occident et en Afrique, par 


1 La littérat. chrét. et le monach., par Mahler (Feuil. hist. et poli- 
tiques, t. VII). 


Pr 
u u 





PROGRÈS DE LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE. 917 


es invasions des Germains. Uutre les disputes et les 
kissions innombrables qui dechirerent le sein de l’Eglise, 
ntre les subtilités fastidieuses des sectaires, les empe- 
teurs grecs exercèrent sur la foi un despotisme complet. 
C'était plus qu'il ne fallait pour perdre l’ancien monde et 
étouffer insensiblement la littérature chrétienne chez les 
Grecs et chez les Romains. 

Cette période est encore remarquable par la disparition 
soudaine de la langue grecque à Rome et en Occident 
depuis Constantin. Il paraît que, sous le pape Zosime 
(7), on ne possédait pas même à Rome le texte grec 
des canons de Nicée, et en 430, le pape Célestin mandait 
à Nestorius qu'il n’avait pas répondu plus tôt à ses 
_ lettres, parce qu’il n’avait pas de traducteur latin!. 


Progrès de la littérature chrétienne. 


Non-seulement le champ de la littérature s'agrandit 
. tonsidérablement, mais le progrès se relève encore en 
ce que les diverses branches de la théologie sont traitées 
séparément. Nous allons citer ses principaux représen- 
 tants dans ces diverses catégories. 

1. L'Histoire ecclésiastique a été fondée par Eusebe, 
évêque de Césarée. Ce Père de l’histoire de l'Eglise, 
comme on l’a surnommé, eut pour continuateurs Philos- 
torge, Théodore, lecteur de Constantinople, Evagre, 
avocat d’Antioche. On vit paraître ensuite, chez les 
latins : Rufin, continuateur et traducteur d’Eusebe , 
Cassiodore (Histor. tripart.), Sulpice-Sévère (le Salluste 
thretien), Paul Orose; parmi les hérésiographes : Epi- 
phane, évêque de Salamine, Théodoret, évêque de Cyr, 
et Jean Damascène chez les Grecs; Philastrius, évêque de 
Brescia, et Augustin chez les Latins. Citons enfin les 
actes des conciles et les collections des canons, chez les 
Grecs par Jean Scholastique, patriarche de Constanti- 
nople; chez les Latins par Denis le Petit. Saint Jérôme, 

'Dellinger, Hippolyte, etc. 


218 MANUEL DE PATROLOGIE. 


en rapportant dans son catalogue les travaux de ces 
divers auteurs, a inauguré l’histoire littéraire du chris. 
tianisme. 

2. L’apologetique, chez les Latins, a été traitée dans 
le sens d’Arnobe et de Lactance, par Firmin Materne, de 
Sicile, et par Commodien, probablement son contempo- 
rain ; chez les Grecs, par Cyrille d'Alexandrie, qui a refute 
Julien à la facon d’Origene contre Celse; Grégoire de 
Nazianze l’a fait aussi partiellement‘. L’apologetique 
gagne en étendue dans la Préparation et la Démonstra- 
tion évangélique d’Eusebe, et atteint à son apogée dans 
saint Athanase* chez les Grecs, et dans saint Augustin 
chez les Latins®. 

3. L'’exégèse, au milieu des opinions divergentes sur 
l'inspiration des Ecritures et la méthode d'interprétation, 
a été largement cultivée dans les écoles rivales d’Alexan- 
drie, d’Antioche et d’Edesse, d’une part par Athanase, 
Didyme, Cyrille d'Alexandrie, Hilaire, Augustin; d'autre 
part par Diodore de Tarse, Théodore de Mopsueste, 
Théodoret, Ephrem le Syrien, mais surtout par saint 
Chrysostome chez les Grecs, et saint Jérôme chez les 
Latins, qui ont tenu le milieu entre ces deux écoles. Ce 
dernier perfectionna aussi la critique biblique. Aux 
exégètes succédèrent, avec Procope de Gaza, les collec- 
tions de travaux d'exégèse, extraits des commentaires 
et des homélies des meilleurs exégètes anciens, désignés 
par le nom de Chaînes. On publia aussi d'excellents 
guides pour l'explication et la lecture de la Bible. A 
l'exemple du donatiste Tychonius, en ses Regulæ VII 
ad investigandam inlelligentiam sacrarum Scripturarum", 
saint Augustin traita ce sujet avec plus de details dans 
son livre de la Doctrine chrétienne, et Cassiodore dans 
son Jnslilulio divinarum lillerarum. . 

4. Toutefois, c’est la polémique contre les hérésies qui 


1 Invectivæ IT in Jul. apost. —3 Lib. II contr. Gent. — ® De civ. Dei. 
_— s Galland., Bibl., t. VII. 





PROGRÈS DE LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE. 219 


a ouvert le plus vaste champ à la littérature chrétienne ; 
aussi les plus éminents auteurs ecclésiastiques sont-ils 
en même temps ceux qui ont écrit des hérésies. 

Plusieurs Pères, après le malheureux essai d’Origene 
dans le De principiis, se sont appliqués à réduire la 
doctrine chrétienne en système, notamment, chez les 
Grecs, Grégoire de Nysse dans son Aöyos xarnynrixde 6 
téya, et Jean Damascène dans son “Exôeow, ou Exposition 
de la foi orthodoxe; chez les Latins, saint Augustin 
dans : De doctrina christiana; Enchiridion de fide, spe et 
charitate; Fulgence de Ruspe : De ecclesiasticis dogma- 
tibus. 

5. Saint Ambroise est le seul qui traite ex professo de 
la morale chrétienne, dans son De officiis (lib. ID, 
opposé à la morale paienne du De officiis de Cicéron. 
Sans cela, la morale ne paraît guère que dans les ser- 
mons et les homélies. 

6. La théologie pratique occupe une large place. Ce 
sont : 4. des ouvrages sur le sacerdoce, par Ephrem le 
Syrien, saint Grégoire de Nazianze et saint Chrysostome, 
en Orient; par saint Ambroise, saint Jérôme et saint 
Grégoire le Grand chez les Latins; 2. les instructions 
catéchétiques de Cyrille de Jerusalem et de saint Chry- 
sostome !, de saint Ambroise et de saint Augustin ?; 
3. des homélies et des sermons innombrables. 

7. La poésie religieuse est aussi cultivée par de nom- 
breux poètes. Les plus remarquables sont, chez les 
Grecs : Ephrem le Syrien, Grégoire de Nazianze, Syné- 
sius, Amphilogue, l’ami de saint Basile, Jean Damascene; 
outre ceux-ci, moins connus : Nonnus de Panopolis en 
Egypte, Paul le Silentiaire, sous Justinien I", et Gré- 
goire le Pisidien. Chez les Latins : l'Espagnol Juvence, 
dont saint Jérôme a dit : Non pertimuit Evangelii majes- 
talem sub metri leges mitiere; saint Ambroise, les papes 


1 Deux catéchèses, Ad illuminandos (aux catéchumènes). — ® De 
catech. rudib. 


390 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Damase et Grégoire le Grand, sans compter les nom- 
breux essais de Prudence de Saragosse, de Paulin de 
Nole, de Ceelius Sedulius, de Prosper d'Aquitaine, de 
Sidoine Apollinaire dans les Gaules, de Claudien Mamert, 
prêtre de Vienne, de Vénance Fortunat, dans la haute 
Italie, etc. 

8. Le progrès de la littérature chrétienne est surtout 
remarquable en ce quelle fait entrer dans son domaine 
la philosophie, l'interprétation des classiques grecs et 
latins, l’histoire nationale et militaire, et jusqu’à la juris- 
prudence, la médecine et les sciences naturelles. La dé- 
fense faite aux chrétiens par Julien d'apprendre et 
d'enseigner les lettres, passait, dit saint Augustin, pour 
le comble de l’insulte et de la cruauté, et Apollinaire en 
prit occasion pour faire servir les classiques grecs d’en- 
veloppe à des idées chrétiennes. 

La lecture de ces ouvrages, si divers par le fond et la 
forme, où toutes les questions pratiques sont abordées, 
principalement dans les lettres, qui sont fort nombreuses, 
loin d’être pénible et fatigante, est souvent pleine de 
charme, de sel et de critique; parfois même le langage 
y prend une singulière vivacité ?. 


1 Alzog, Program. de litterar. grecarum atq. rom. studiis cum 
theol. Christ. conjungendis. Frib., 1857. 

2 Voir l’ouvrage : Carmina e poetis christianis excerpta, édition 
classique, in-12. Le même traduit en francais sous ce titre : Les poètes 
chréliens depuis le quatrième jusqu’au quinzième siècle; morceaux 
choisis , traduits et annotés par Félix Clément, 1 vol. in-8°. Paris, 
Gaume, 6 fr. 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. EUSEBE. 291 


LA LITTÉRATURE CHRETIENNE DE 320 A SAINT AUGUSTIN, 430, 
DANS LES CONTROVERSES ARIENNES, DONATISTES, PÉLAGIENNES, ETC. 


Cf. Villemain, Tableau de l’éloquence chrétienne au quatrième siècle. 





CHAPITRE PREMIER. 
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. 


S 44. Eusèbe, évêque de Césarée (mort vers 340). 


Cf. Prolegom. de vit. et script. Euseb., par Valesius; Fabricius, in 
Bibl. græc., ed. Harless, t. VII, dans Migne, ser. gr., t. XIX. 


Eusèbe naquit en Palestine entre 260 et 270 et fut 
instruit par Pamphile, à Césarée en Palestine, siége 
d'une riche bibliothèque. Uni d’une étroite amitié à Pam- 
phile dont il avait adopté le nom, il partagea volon- 
tairement la disgräce de son ami emprisonné sous Do- 
mitien. Après le martyre de Pamphile (309), Eusèbe, 
obligé de prendre la fuite, se réfugia à Tyr, et de là en 
Egypte, où il resta quelque temps prisonnier. Vers 344, 
il fut nommé évêque de Césarée en remplacement 
d'Agapius. 

Le premier des théologiens, si l’on regarde à l’étendue 
du savoir, Eusèbe manquait de clarté et de rigueur 
dogmatique; d’abord partisan des ariens, il se décida 
pourtant à signer la profession de foi de Nicée (325). 
Craignant, après la décision de ce concile, que son crédit 
ne diminuät auprès de ses ouailles, il s’ouvrit à eux 
dans un écrit où il présenta la question sous un point de 
vue erroné et favorable à sa cause. Il déclare à plusieurs 
reprises que c’est par l’empereur plutôt que par le con- 
cile qu’il a été renseigné, et que c’est à cause de lui 
qu'il a adopté le terme d’éuooûctos 4. Evêque courtisan 

I Mehler, Athanase le Grand. 


922 MANUEL DE PATROLOGIE. 


dans plus d’une circonstance, il a nui considérablement 
à sa renommée. 

Admis dans l'intimité de Constantin, il est fort possible 
qu'il ait eu quelque part aux décrets de ce prince con- 
traires aux orthodoxes; car il participa lui-même aux 
mesures dont ils furent l'objet, en presidant le synode 
d’Antioche, où Eustathius fut déposé (330), en assistant à 
celui de Tyr (338), où saint Athanase subit le même sort. 
Il refusa le siege d’Antioche qui lui fut offert et mourut 
à Césarée vers 340. Faible de caractère, il mérite cepen- 
dant des éloges pour sa piété et pour les services qu'il a 
rendus à l'Eglise. 


Travaux historiques. 


4. Histoire ecclésiastique (dix livres). Elle commence 
à l’incarnation de Jésus-Christ et raconte l’histoire de 
l'Eglise jusqu'à l’année 324. Elle fut vraisemblablement 
composée avant le concile de Nicée (325), car l’auteur y 
donne à la fin de grands éloges à Crispus, fils de 
Constantin, ce qu'il n’eüt pas osé faire avant son exé- 
cution. 

2. La Chronique (deux livres) est un abrégé de l’histoire 
du monde depuis la création jusqu’en 325, avec des 
tables chronologiques où la chronographie de Jules 
l’Africain est très-souvent utilisée, Nous avons de la 
Chronique des fragments grecs et deux versions : l’une 
est de saint Irénée, l’autre est une version arménienne 
éditée pour la première fois à Milan en 1818 par le docte 
Zohrab, et traduite en latin par Mai, beaucoup mieux par 
Auchert. 

3. Vie de Constantin. 4. Panégyrique du même, pro- 
nonce le trentième anniversaire de son règne : ces deux 
ouvrages sont tres-laudatifs. 


1 Armen.-lat., avec fragm, grecs. Venet., 1818; avec : Samuelis 
Aniensis tempor. ratio et D. Petavii recensio opusculor. chronol. veter. 
script.; Migne, ser. gr., t. XIX. 





ÉCRIVAINS ORIENTAUX. EUSÈBE. 233 


3. Sur les martyrs de Palestine, ou plutôt de son temps; 
contenant des renseignements sur un grand nombre de 
martyrs de la persécution diocletienne. Cet ouvrage est 
considéré à tort comme un appendice au septième livre 
de l'Histoire de P’Egliset., 

6. Les Actes de saint Pamphile et de ses compagnons ne 
sont qu’un extrait de la Vie de saint Pamphile, perdue. 
Sont également perdus : un recueil d'actes de martyrs, 
une description de l'Eglise de Jérusalem et un écrit sur 
la fête de Pâques. | 


Ouvrages apologétiques. 


4. Préparation évangélique (quinze livres). Dans les 
six prenliers livres Eusèbe justifie, par la critique de la 
théodicée et du culte grecs, romains, phéniciens et 
égyptiens, les chrétiens d’avoir échangé la religion de 
leurs pères contre le christianisme. Dans les livres VII- 
XV, il étudie le judaïsme, sa religion, son histoire, ses 
institutions, qu’il compare avec le paganisme, pour mon- 
trer que les chrétiens ont eu raison de lui donner la 
préférence. C’est la description du monde avant Jésus- 
Christ et une préparation à l’onvrage suivant ?. 

2. Démonstration évangélique (vingt-deux livres, dont 
ilne reste que les dix premiers). Eusèbe y démontre que 
les chrétiens n’ont pas embrassé leur religion aveuglé- 
ment et sans examen (c. ı). En montrant le lien qui 
existe entre le christianisme et le judaïsme, le caractère 
provisoire de ce dernier, il établit le droit qu'ont les 
chrétiens de se servir des Ecritures juives. Du troisième 
au dixième livre, il explique les prophéties relatives à 
Jésus-Christ 5. 

3. Les ’Exdoyal tpopntixai, en quatre livres, roulent sur 
des sujets analogues; ce sont le plus souvent des expli- 

' Dans Migne, excepté l'Histoire eccl., t. XX, ser. gr. — 3 Ed. Vi- 
gerus, S, J., Par., 1628 ; Gaisford, Oxon., 1843, 4 vol.; Migne, sér. gr., 


1 XXL — 3 Ed. Montacutius, Par., 1628 ; Gaisford, Oxon., 1852, 2 vol.; 
Migne, ser. gr., t. XXI. 


224 MANUEL DE PATROLOGIE. 


cations allégoriques de l’Ancien Testament‘. Les cinq 
livres de la Théophanie, conservés en une version sy- 
riaque, sont un extrait et un complément de la Prépara- 
tion et de la Démonstration ?. 

4. L’opuscule Contre Hiéroclès montre avec beaucoup 
de verve et de perspicacité que le mage et le philosophe 
Apollonius de Tyane ne saurait soutenir la comparaison 
établie entre lui et le Christ par Hierocles. 

Nous avons mentionné l’Apologie d’Origene (trois 
livres), qu’il compösa de concert avec Pamphile. 


Ouvrages dogmatiques et polémiques. 


1. Deux livres Contre Marcellus, justement accusé de 
sabellianisme, bien qu'avec une animosité visible. 

2. Les trois livres de Théologie ecclésiastique sont 
également dirigés contre Marcellus. Le mot théologie 
est pris ici dans le sens de sermo de Filio Dei ejusque 
natura divinu; car l'auteur y prouve par la Bible l’exis- 
tence de la personne du Fils de Dieu. 

3. L’opuscule Sur la solennité pascale traite du carac- 
tere figuratif de la Päque juive, réalisée dans le Nouveau 
Testament. On y lit ce beau passage sur l’Eucharistie : 
« Les adhérents de Moïse ne sacrifiaient qu'une fois l'an, 
le quatorzième jour du premier mois, vers le soir; dans 
la nouvelle alliance, nous célébrons la Pâque tous les 
dimanches, nous sommes continuellement rassasiés du 
corps du Seigneur et nous participons sans cesse au 
sang de l’Agneau » (c. vu). 

4. Quatorze opuscules n'existent qu’en latin; les plus 
importants sont : De fide adversus Sabellium ; De resur- 
rectione; De incorporali anima; Quod Deus Pater incorpo- 
ralis sit. 


1 Ed. Gaisford, Oxon., 1842. — % Ed. Lee, Lond., 1842. Voir dans 
Mai d'importants fragm. grecs, Bibl. nov. Patr., t. IV. — 3 Gaisford, 
Oxon., 1859, a édité ces deux traités avec celui Contre Hiéroclès. — 
* Tous se trouvent dans Migne, ser. gr., t. XXIV. 








ÉCRIVAINS ORIENTAUX. EUSÈBE. 5 


Ouvrages d’escegöse. 


Ces ouvrages sont ou des prolégomènes ou des com- 
mentaires. 1. De ses Topiques, ou description de la 
Palestine et de Jerusalem, il ne reste que le catalogue 
alphabétique des noms de lieux cités dans la Bible. 
2. Canons évangéliques, sorte d'harmonie des évangiles. 
3. Questions évangéliques (trois livres) : solution des con- 
tradictions apparentes des évangiles. 4. Comimentaires 
sur les Psaumes et Isaie : la plupart sont conservés. 
De ses commentaires sur le Cantique des cantiques et sur 
saint Luc, il ne reste que des fragments. La méthode 
allégorique y predomine*. 


Importance d’Eusebe dans l’histoire de la littérature 
chrétienne. 


1. Sa valeur consiste surtout dans ses travaux histo- 
riques, qui lui ont valu le surnom de Père de l’histoire 
ecclésiastique. Son histoire contient sans doute bien des 
invraisemblances, des exagerations, des erreurs, mais 
au fond elle est digne de confiance, car elle s’appuie sur 
les documents et les auteurs anciens, et sur les pièces 
‚officielles. Quand les sources lui manquent, il l’avoue 
ouvertement?. Sa Chronique, on l’a dit depuis longtemps 
et à juste titre, « a été pendant des siècles la source de 
toute la chronologie historique du monde grec, latin et 
oriental; partout traduite, continuée, résumée, elle a 
servi de base à toute espèce de livres. » Quant à ses 
travaux élogieux sur Constantin, ils sont une preuve : 
frappante, malgré leurs mérites, de sa faiblesse de carac- 
tere, mais non de son égoïsme. Constantin l’ayant invité, 
pendant son séjour à Césarée, à demander quelque fa- 
veur pour son Eglise : « Mon Eglise n’a besoin d'aucune 
faveur, repondit-il; cependant comme je désire vivement 
écrire la vie des martyrs, je vous prie de mettre les 


1 Migne , ser. gr., t. XXIII et XXIV. — 2 Cf. Hist. eccl., IV, xxxv. 
15 





226 MANUEL DE PATROLOGIE. | 


archives publiques à mon service. » Cette prière lui fut 


accordée {. 

9. Ses œuvres apologétiques, malgré toute leur va- 
leur, sont moins importantes. Les renseignements de la 
Préparation sur les anciennes mythologies sont pour le 
philologue et le théologien un vrai trésor littéraire. 

3. Ce qui satisfait le moins, ce sont ses explications 
dogmatiques sur la question vitale du temps, la divinité 
de Jésus-Christ : elles nuisent singulièrement à sa repu- 
tation, et la faiblesse de caractère devient ici de la mau- 
vaise foi. Malgré les qualifications hyperboliques qu'il 
adresse au Christ, il retombe souvent dans le subordi- 
natianisme et dans la terminologie des ariens*. Son 
style, loin d’être toujours clair et coulant, est souvent 


dur, laborieux et ampoule. 


“ Migne est le seul qui ait donné une édition complète d’Eusèbe. 
Nous avons signalé plus haut les meilleures éditions de ses ouvrages 
détachés. La principale édition de l'Histoire ecclésiastique, faite à la 
demande de l’épiscopat français, par Henri de Valois, renferme les 
continuateurs d'Eusèbe , Paris, 1655, in-fol., 3 vol., avec de nombr. 
correct. du texte et de savantes dissertations ; augmentée et mieux 
ordonnée, par Reading, Cantabr., 1720 ; avec consultation d'anciens 
manuscrits, par Stroth, Halle, 1779,'1 vol. La plupart des ameliore- 
tions du texte de Valois et. des notes, y compris de nouvelles vues, 
sont de Heinichen, en son édition de l’Hist. eccl., Lips., 1827, in-8°, 
8 vol., de la vie et du pandyyrique de Constantin, ad sanctor. cœlum 
oratio, Lips., 1829. Burton a fait une nouvelle révision du texte de 
l'Histoire, Oxon., 1838, in-8°, 4 vol., ainsi que Læmmer, gr. et lat., 
Scaphus., 1859. Edition portat. de Schwegler, Tub., 1853. Cf. Tillem., 
t. VII; Dupin, Biblioth., Par., 1698, t. II; Ceillier, t. IV; ed. 2%, 
t. II; Semisch, Réal-Encyclop. de Herzog, t. IV. 


1 Hieron., Ep. ad Chromat. et Heliod. Cf. Héfelé, Diet. de l’Encycl. 
cath., éd. Gaume. — ? Voir les témoignages des anciens pour ou 
contre son orthodoxie après 325, dans Dupin, t. II, part. 1, p. 89. 











ÉCRIVAINS ORIENTAUX. 8. ATHANASE, 297 


S 45. Saint Athanase, arehevéque d'Alexandrie 
(mort en 373). 


Cf. Proleg. de vita et scriptis S. Athan., ed. Bened., op. Athan. : 
Vita S. Athan., incerto auctore, et Elogia Veterum in Migne, ser. 
gr., t. XXV ; Héfelé, Hist. des Conciles, 1er vol., p. 260. 


Contrairement à Eusèbe, Athanase se montra le plus 
héroïque adversaire de l’arianisme et mérita le surnom 
de Grand et de Père de l’othodoæie. Il naquit de parents 
chrétiens à Alexandrie, probablement entre 296 et 298. 
Frappé de la précision avec laquelle le jeune Athanase 
imitait les cérémonies religieuses, l’évêque Alexandre se 
chargea de l’élever dans sa propre maison, et l’initia à 
la théologie en lui faisant étudier les œuvres d’Origene. 
Athanase partagea ensuite pendant quelque temps la 
solitude de saint Antoine, où il puisa, avec le goût de 
lascetisme, le véritable esprit ecclésiastique. 

En 319, l’évêque Alexandre le promut au diaconat et 
lui témoigna une confiance sans borne. Athanase la jus- 
tifia par sa fameuse apologie, par le zèle et le succès 
avec lesquels il luita contre l’arianisme. Il se distingua 
surtout au premier concile œcuménique de Nicée (323) 
où l'avait emmené Alexandre, à qui il succéda sur le siege 
d'Alexandrie. Archevèque, il défendit envers et contre 
tous la divinité du Christ contre les diverses fractions de 
l'arianisme. Exilé cinq fois par les empereurs Constantin, 
Constance, Julien et Valence, rien ne put fléchir son 
courage héroïque. Chaque fois qu'il rentrait, le peuple, 
malgré les plus odieuses calomnies répandues sur lui, 
l'accueillait avec transport. « Les églises étaient dans la 
jubilation, et partout on offrait à Dieu des sacrifices 
d'actions -de grâces. » Partout où il allait, les évêques 
se relayaient pour lui faire cortége. Sa vie, ses combats, 
son génie servirent plus au triomphe du christianisme 
que toute la puissance de Constantin. Tous ceux qui ont 
écrit sa vie jusqu'à Mœhler, ont été, malgré eux, ses 


298 MANUEL DE PATROLOGIE. 


apologistes. Athanase mourut le 2 mai 373, quand l’aria- 
nisme penchait vers son déclin, et que la divinité de 
Jésus-Christ sortait victorieuse de tant d’assauts. 

Dans une existence aussi tourmentée, il n’en a pas 
moins composé de nombreux ouvrages, qui nous le 
montrent aussi grand dans la science que dans la pra- 
tique des affaires. Tous, à quelques exceptions près, ont 
pour but la défense de l'Eglise et de sa doctrine. 


Ouvrages apologétiques. 


Réfutation du paganisme et défense du christianisme : 
4. Discours contre les Grecs ; 2. Discours sur l’incarnation 
du Verbe de Dieu!. Ces deux ouvrages sont sans doute 
antérieurs à la querelle de l’arianisme, car ils n’en font 
aucune mention, bien que le sujet s’y prêtât. Il a élevé 
l’apologetique à l'état de science par la manière métho- 
dique dont il l’a traitée; dans sa défense contre le chris- 
tianisme, il se place à son propre point de vue, dans le 
dogme de la rédemption. Contre les Juifs, il établit la 
divinité du christianisme par les propheties ?. 


Ouvrages polémiques contre les ariens, les macédoniens et 
les apollinaristes sur la Trinité et l’Incarnation. 


4. Expositio fidei; 2. In verba : Omnia mihi tradita 
sunt a Patre meo; 3. Epistola encyclica ad episcopos ; 
4. Epistola encyclica ad episcopos Ægyplti et Lybiæ, contre 
les machinations des ariens; 5. Orationes IV contra aria- 
nos, qu'on place souvent avant le quatrième ouvrage. 

Dans sa cause personnelle, Athanase écrivit pour réfuter 
d’odieuses calomnies.: 6. Apologie contre les ariens, citée 
à tort dans les anciennes éditions sous le titre de Seconde 
apologie ou Collection de monuments, car elle a été écrite 
avant les traités suivants ; elle est dirigée contre les ca- 
lomnies relatives à Mélèce, Ischyras et Arsène; 7. Apo- 
logie à l’empereur Constantin; 8. Apologie de sa fuite. 


1 Migne, ser. gr., t. XXV.—3 Drey, Apologét., 1er vol., Mayence. 





ÉCRIVAINS ORIENTAUX. 8. ATHANASE. 229 


Contre les macédoniens (pneumatomaques) et les apol- 
linaristes, il a composé : 9. De l’Incarnation du Verbe de 
Dieu et contre les ariens; 10. Quatre lettres à Serapion, 
évêque ; 114. Le Traité de la Trinité et du Saint-Esprit, 
en latin seulement, a beaucoup d’analogie avec le traité 
précédent et avec les lettres ; 12. Deux livres contre les 
apollinaristes, l’un sur l’Incarnation de Notre-Seigneur 
contre Apollinaire, l’autre sur l’Avénement salutaire de 
Jésus-Christ. Peut-être faut-il y joindre encore : 13. Le 
Grand sermon sur la foi, dont Mai‘! a donné un nouveau 
fragment. 14. Lettres à Epictète, évéque de Corinthe, à 
Adelphius, évêque et confesseur, et à Maxime, philosophe. 


Ouvrages hislorico-dogmatiques. 


1. Lettres sur les décrets du concile de Nicée (perspecta 
Eusebianorum calliditate); 2. Du Sentiment de Denis, 
évêque d'Alexandrie, comme quoi il était opposé à l’hé- 
resie arienne; 3. Histoire des ariens, aux moines (jus- 
qu'en 357); 4. Lettre à Sérapion sur la mort d’Arius; 
3. Des Conciles d’Ariminum en Ilalie et de Séleucie en 
lsaurie; 6. Lettres aux principaux évéques d'Afrique ; 
1. Tome (lettre synod.) adressé aux Antiochiens en réfu- 
lation du schisme de Mélèce ; 8. Lettre à Rufinien. Les 
trois dernières contiennent entre autres choses les décrets 
du concile d'Alexandrie (362) sur la réintégration de 
ceux qui sont tombés dans l’arianisme. 

Nous devons encore comprendre dans cette catégorie : 
9. La Vie de saint Antoine, écrite pour les moines de la 
Gaule, excellent modèle de la vie réligieuse, où ils ap- 
prendront ce qu'ils doivent faire et éviter, et comment, 
quoique séparés de la société, ils peuvent lui être utiles. 
Cette excellente biographie d’un homme aussi remar- 
quable par son génie que par sa force morale, produisit 
dans toutes les classes sociales les plus salutaires effets ?. 


, 1 Nov. Bibl, Patr., t. II, p. 588; Migne, sér. gr., t. XXVI,‘'p. 1292.— 
CL Aug., Confess., lib. VII, c. xıv et xxıx. 


L 


230 MANUEL DE PATROLOGIE. 


« Ces deux noms (Athanase et Antoine) furent bient/t 
confondus ensemble et représentèrent les deux directions 
extrêmes du christianisme : la science et la simplicité 
de la foi®. » 

40. Les Lettres festivales, découvertes récemment en 
langue syriaque, précisent et modifient en bien des 
points la chronologie de l’histoire de l’arianisme ®. 


Ouvrages d'exégèse et de morale. 


Outre les textes de la Bible sur la Trinité et l’Incarna- 
tion souvent commentés par Athanase, nous citerons : 

4. Lettre à Marcellin sur l'interprétation des Psaumes, 
exhortation à l’étude des Psaumes, où l’on trouve réuni, 
sur la divinité et l'humanité du Christ, tout ce qui est 
épars dans les autres livres de l’Ecriture, sous une forme 
proportionnée à toutes les situations du cœur humain. 

2. Expositions sur les Psaumes, toujours précédées d’un 
argument qui indique le contenu des Psaumes, où l'au- 
teur trouve une quantité innombrable de figures et de 
prophéties relatives à Jésus-Christ. Un autre argument 
: découvert plus tard et mis en tête de l’édition bénédictine 
est une courte introduction sur la liaison des Psaumes, 
sur leurs auteurs, sur l'esprit avec lequel il les faut lire. 
Cette même édition contient, à la fin des Expositions, 
des fragments sur les Psaumes dont Fleckmann a été le 
premier éditeur. 

3. Interprétation des Psaumes, ou Titres des Psaumes, 
paraphrase avec de courtes explications littérales sou- 
vent défectueuses. 

4. Enfin, l’edition bénédictine renferme des fragments 
exégétiques tirés des citations d'auteurs postérieures, 
sur Job, le Cantique des cantiques, saint Matthieu et saint 
Luc®. 


1 Mœbhler, Athan., 2° éd. — % Editées en syriaque, par Cureton, 
Lond., 1888. Cf. Ang. Mal, Nov. Bibl., t. VI, en syriaq. et en lat. — 
® Voir dans Migne, t. XXVII, ser. gr., tous les travaux d’exögäse. 











ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ATHANASE. 231 


Parmi les œuvres morales et ascétiques sous forme de , 
lettres, nous devons mentionner spécialement la Lettre 
au religieux Draconce, qui fuyait l’épiscopat; il l'invite, 
par des exemples tirés de l'Ancien et du Nouveau Testa- 
ment, à revenir et à recevoir l’episcopat; la lettre au 
religieux Amunis (souvent classée parmi les lettres 
canoniques des Pères) sur les souillures involontaires de 
l'esprit et du corps, sur le mariage et le célibat, sur les 
controverses inutiles. 

Le symbole Quicumque, cette formule si précise du 
dogme de la Trinité, attribuée à saint Athanase, est d’une 
époque plus récente, car la seconde partie renferme déjà 
les symboles des deuxième et troisième conciles œcumé- 
niques (431 et 451). Les latinismes trahissent du reste 
une origine latine!. . 

On lui attribue encore de nombreux écrits, dont les 
uns sont douteux, les autres évidemment apocryphes®. 

Mœbhler caractérise ainsi l'ensemble de sa carrière 
littéraire : « Rarement méthodique, il écrivait souvent 
dans le feu de la persécution, rapidement, au péril de sa 
vie, quand il trouvait de nouveaux arguments contre 
les ariens ou qu'il y était contraint par les circonstances 
extérieures. Il était souvent obligé de se répéter, et il 
avait, du reste, pour principe qu'il est des vérités qu'on 
ne saurait trop dire®. » Ces paroles manquent de 
justesse et ne s'appliquent point aux deux Discours 
contre les païens, aux quatre Discours contre les ariens, 
ni aux quatre Lettres à Sérapion. Photius, un des plus 
grands critiques, dit Bossuet, « admire partout, non- 
seulement la grandeur des pensées et la netteté de 
l'élocution, mais encore, dans l'expression et dans le 
style, l'élégance avec la grandeur, la noblesse, la 
dignité, la beauté, la force, toutes les grâces du 
discours, à quoi il faut ajouter, dans les matières épi- 


1 Voir la diatribe, dans l’éd. bénéd., t. II; Migne, t. XXVIIL, A la 
fin. — % Migne, t. XX VIII. — ® Maler, Athan., préf., p. X. 


232 MANUEL DE PATROLOGIE. 


neuses et dialectiques, l’habileté de ce Père à laisser les 
termes de l'art pour prendre, en vrai philosophe, la 
pureté des pensées avec tous les ornements et la magni- 
ficence convenable *. » 


Doctrines et vues particulières de saint Athanase. 


Saint Athanase a traité de la plupart des dogmes 
ecclésiastiques. « Il prouve, dit Dupin, l'existence de 
Dieu, la création du monde et 14 Providence, dans ses 
livres contre les gentils. Il établit la Trinité des trois 
personnes divines et l’unité de nature et de substance 
presque dans tous ses ouvrages; mais il explique ce 
mystère avec beaucoup de simplicité ; il ne veut point 
qu'on s'amuse à disputer sur des termes. Il parle admi- 
rablement de la chute du premier homme, des peines du 
péché, de la nécessité et des effets de l’incarnation du 
Fils de Dieu. Il explique ce mystère d’une maniere qui 
combat également toutes les erreurs des hérétiques sur 
cette matière; car il enseigne contre les paulianistes 
que le Verbe s’est uni à l’humanité; contre les valenti- 
niens, qu'il a pris un corps semblable au nôtre dans le 
ventre d’une vierge ; contre les ariens et les apollina- 
ristes, qu'il a pris une âme et un esprit; contre les 
nestoriens, que la divinité est unie dans une même 
personne avec l'humanité, de sorte que la Vierge peut 
être appelée mère de Dieu; contre les eutychiens, que 
les deux natures subsistent dans une même personne 
avec leurs propriétés, sans confusion, sans mélange, 
sans changement. Il a cru l’âme spirituelle et immor- 
telle ; il ne fait point de difficulté d'assurer comme une 
chose certaine que les saints sont heureux et avec Jésus- 
Christ. Il parle de l'efficacité du baptême, il discute 
celui des heretiques; il reconnaît que l’Eucharistie est 
le corps et le sang de Jésus-Christ. Il loue la virginité et 


1 Bossuet, Def. de la Trad. et des SS. PP., part. 1, t. IV, c. xı. 
(Cit. du trad.) 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ATHANASE. 233 


la préfère au mariage, quoiqu'il ne le croie pas défendu. 
N reconnait l’Ecriture sainte pour la règle de la foi, et y 
joint la tradition et l'autorité des saints Pères. Il remarque 
que la foi est toujours la même, qu’elle ne change point, 
et que les conciles ne font que déclarer qu’elle est la 
doctrine de l'Eglise. Il enseigne que l’âme de Jesus- 

Christ est descendue aux enfers. 

« Pour ce qui regarde la discipline de son temps, on 
peut remarquer dans ses ouvrages qu'on donnait en ce 
temps-là la communion sous les deux espèces aux 
hiques, que les prêtres seuls consacraient, qu'on offrait 
Eucharistie sur un autel de bois, qu'on cachait les 
mystères aux catéchumènes et aux paiens, que les 
fidèles s’assemblaient dans les églises, qu'il y avait 
quantité de moines qui étaient soumis à leur évêque, 
et qu’on en faisait quelques-uns évêques. » Il traite des 
rapports des fidèles avec leur évêque, que « le peuple et 
le clergé choisissaient. Les évêques faisaient leurs visites 
dans leurs diocèces ; l'Eglise de Rome était considérée 
comme la première (car c’est toujours à Rome qu’Atha- 
nase demandait protection pour sa personne et ses 
droits), on jeünait pendant le carême et on celebrait la 
fête de Pâques en grande solennite. » 

Il y a peu de principes de morale dans ses ouvrages, 
et ceux qui s’y rencontrent ne sont point traités dans 
Inte leur étendue. 

Nous nous contenterons ici de résumer ses grandes 
ièses contre les paiens, les ariens, les pneumatomaques 
&les apollinaristes, de montrer comment il a défendu le 
thristianisme en face des paiens et des heretiques, et 
mment il s’est comporté en face de l’immixtion des- 
potique des empereurs dans les questions dogmatiques. 

Dans la première apologie, Athanase combat le paga- 
nisme par l’histoire même de son origine : l'oubli du 
Verbe divin, à l’image duquel l’homme avait été créé. 
Cet oubli, voilà ce qui a plongé l’homme dans les choses 


234 _ MANUEL DE PATROLOGIE. 


extérieures, dans les plaisirs sensuels, dans l’idolâtrie, ; 
dans la servitude du péché. L’humanite ne peut sortir 
de là qu'en revenant au Verbe; et il prouve, dans sn 
second discours (De Incarn.), qu’elle peut y revenir. Le 
Verbe est apparu en Jésus-Christ; ses miracles attestent 
qu'il est le souverain de la nature, et son caractère té: 
montre qu'il est saint et l'égal de Dieu; quant à la dirk 
nité du christianisme, elle se révèle par ses effets dans 
l'homme et ses progrès dans le monde; car ce ne 
sont point les paroles, mais les faits, qui démontrant 
la vérité du christianisme. « Qui ne voit le miracle? 
Pendant. que les sages de la Grèce sont incapables de 
persuader l’immortalité de l’âme à quelques hommes de 
leur voisinage, le Christ seul, par de simples paroles et 
par des hommes ignorants, a déterminé sur toute ls 
surface de la terre un nombre d'hommes incalculable à 
mépriser la mort, à penser à l'immortalité, à dedaigner 
les biens périssables, à s'occuper de l'éternité, à fouler- 
aux pieds la gloire humaine et à n’aspirer qu’au ciel. : 
Quel baume a si bien enlevé les maladies de l’âme, que 
les impudiques deviennent chastes, que les assassins 
quittent le glaive et que les timides deviennent coura- 
 geux ? Qui a contraint les barbares à déposer leur féro- 
cité et à vivre en paix, sinon la foi de Jésus-Christ et le 
signe de la croix? Le Sauveur, en apprenant aux 
hommes ce que les dieux n'ont pu leur apprendre, 
prouve sa divinité. Que si son ouvrage est divin, pour- 
quoi les paiens refusent-ils de le reconnaitre pour leur 
maître? De même que celui qui veut voir le Dieu invi- 
sible, le reconnait et le saisit dans ses œuvres; de même 
celui qui ne voit pas le Christ peut le connaître et le 
distinguer par les œuvres de son Incarnation, que ces 
œuvres soient d’un homme ou d'un Dieu. Chaque fois 
que vous regarderez l'œuvre du Christ, vous verrez la 
divinité du Père et vous serez ravis en admiration. » 

Les fins diverses et les conséquences de l’Incarnation 






ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ATHANASE. 233 


peuvent, d’après les écrits de saint Athanase, se resumer 
ainsi : Dieu est venu 1. pour restituer à l’homme la 
notion obscurcie de Dieu, 2. détruire le péché, 3. raviver 
en lui l’idée de l’immortalité, 4. anéantir l’idolätrie et 
briser l'empire de Satan, 5. remplacer la crainte servile 
de Dieu par la confiance filiale, 6. restaurer l'union de 
l’homme avec Dieu par le Saint-Esprit, 7. ramener toutes 
choses à leur origine. 

Dans sa lutte contre les idées exclusives et la religio- 
site superficielle de l’arianisme, Athanase déploie une 
profondeur, une onction et une dialectique remarquables; 
de à’ cette clarté, cette variété, cet air de conviction qui 
règnent dans sa démonstration de la divinité du Christ 
et du Saint-Esprit, et du mystère de la sainte Trinité. 

En plaçant le point de départ de l’arianisme dans cette 
idée que « le Christ est la première des créatures, et 
dans cette maxime philosophique de Philon, que le Dieu 
saint, infini, ne peut entrer en contact avec le monde 
créé et fini, » il en révèle la contradiction intrinsèque; 
c'està-dire que le Dieu parfait ne peut rien créer d’impar- 
kit, et que cependant il peut créer un être, le Fils. Si la 
création ne peut être produite immédiatement de Dieu, 
comment le Fils de Dieu peut-il être créé par la nature 
pure et incréée de Dieu? Saint Athanase appuie sa dé- 
monstration sur cette idée fondamentale : « Celui qui 
“pare le Fils de l’essence et de l'éternité du Père, 
confond le Fils avec les créatures. » 

Comme les ariens, pour établir leur subordinatia- 
ıisme, en appelaient aux textes de la Bible qui leur sem- 
blaent favorables *, Athanase posa en principe que « les 
doctrines de l’Ecriture sont identiques à celles de l'E- 
glie,» que c’est l'Eglise qui donne l'intelligence et la 
vie à la lettre morte de l’Ecriture, et qu'il faut rejeter 
oute explication contraire à la doctrine de l'Eglise. 


! Epist. ad episc. Ægypt. — * Luc., 1, 30, 48 ; Matth., XXVI, 89; 
m, 46; Jean, xıv, 28 ; Phil., 11, 6-11; Prov., VIN, 22. 


236 MANUEL DE PATROLOGIE. 


L’Ecriture, expliquée d'après l'ensemble du contexte, 
démontre incontestablement l'identité de nature entre 
le Père et le Fils, et justifie le terme d’homoousios. Il 
montre aussi l’absurdite et la fausseté de la plupart de 
leurs explications, principalement sur la production du 
Fils. Faut-il l'entendre humainement, cette génération 
de Dieu? Non, car Dieu n’est pas comme les hommes et 
les hommes ne sont pas comme Dieu. Si l’Ecriture 
emploie les mêmes expressions lorsqu'elle parle de Dieu 
-que lorsqu'elle parle de l’homme, les hommes clair- 
voyants doivent faire attention à ce qu'ils lisent, afin de 
n'avoir pas sur Dieu des pensées humaines, et sur 
l’homme des pensées divines. Il montre que la consé- 
quence de ce passage : Tout m’a été remis par mon Père, 
est directement contraire à celle qu'en déduisent les 
ariens ; car si le Fils, en tant que créature, fait partie du 
tout, il ne peut être l'héritier du tout. 

Il prouve enfin l'insuffisance de la Redemption selon 
la théorie arienne : « Quand même les crimes auraient 
cessé quelque temps, le péché et la mortalité ne seraient 
pas moins restés dans l'homme tels qu'ils étaient chez 
les premiers hommes. Si le Christ n’était pas Fils de 
Dieu, notre salut ne serait pas fondé en lui de toute 
éternité et pour toute l'éternité. Il nous faut un sauveur 
qui soit naturellement notre maitre, afin que nous ne 
redevenions pas, par la rédemption, esclaves de quelque 
idole *. Ainsi notre salut ne pouvait être fondé en aucun 
autre que dans le Seigneur, qui est de toute éternité et. 
par qui les temps ont été faits. Nulle créature ne pouvait 
opérer la rédemption, puisque les anges ont péché et 
que les hommes ont refusé d’obeir. » 

Après la consubstantialité du Fils, Athanase démontre 
contre les semiariens la divinité du Saint-Esprit; « car 
après avoir nié la divinité du Verbe, ils faisaient les 
mêmes outrages à son Esprit. » Quelques-uns allaient 

1 Orat. contr._Arian., c. XVI. 





ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ATHANASE. 937 


même jusqu'à dire « qu'il était non-seulement une créa- 
ture, mais encore un de ces esprits investis de quelque 
ministère et placé à un degré seulement au-dessus des 
anges. » Athanase établit sa divinité par sa nature et par 
ses œuvres. « Le Fils est en lui et il est dans le Fils. » 
ll est un avec le Fils, comme le Fils avec le Père; lui 
aussi, par conséquent, est un avec le Père. « Quand on 
nomme le Père, son Verbe y est aussi, et dans le Fils, 
l'Esprit. — Où est la lumière, là est aussi l'éclat; et où 
est le rayon, là est aussi son effet, et la grâce qui répand 
l'éclat. » Si le Saint-Esprit n’était pas vrai Dieu, il ne 
figurerait pas avec le Père et le Fils dans la formule du 
baptême. De là ce mot de saint Paul: « La grâce de 
Notre-Seigneur et l'amour de Dieu et la communion du 
Saint-Esprit soit avec vous.» Les grâces qu’on recoit ont 
leur source dans la sainte Trinité : le Père les envoie par 
le Fils dans le Saint-Esprit?. Athanase enseigne encore 
que le Saint-Esprit procède du Fils, que le Fils est la 
source du Saint-Esprit, que le Saint-Esprit est le prin- 
cipe sanctificateur, le sceau, l’onction; que par lui nous 
devenons tous participants de Dieu. 

Ainsi le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne forment 
qu'un seul et même Dieu. Il y a en Dieu unité parfaite, 
non-seulement de l'essence, mais encore des personnes 
qui se rapportent naturellement à un seul principe; car 
sil y avait en Dieu deux principes premiers, l’unité n’y 
régnerait pas dans toute sa perfection possible, puisque 
tout se rapporterait à deux, et pas à un. Mais, comme la 
fécondité de la nature divine en multipliant les per- 
sonnes, rapporte enfin au Père seul le Fils et le Saint- 
Esprit qui en procèdent, tout se trouve primitivement 
enfermé dans le Père comme dans le tout ?. 

Malgré tous ses efforts cependant, Athanase avoue 
qu'il ne saurait pénétrer ce sublime mystère, et il s’ecrie 


I Con, xt, 18. —* Ep. 1 ad Serap.,c. xxx; cf. Ep. mad Serap., 
t. VI. —® De Incarn., c. IX. — * Saint Athanase commenté par Bossuet, 

















238 MANUEL DE PATROLOGIE. 


avec saint Paul : « O profondeur de la richesse, de Fus 
sagesse et de la science de Dieu!» Et ailleurs : « Pi 
j'écrivais pour scruter la divinité du Verbe, plus 
science s’eloignait de moi; je la sentais s’éloigr 
d'autant plus que je croyais l’avoir mieux saisie. — 
que j’ecrivais était moindre que l'ombre, si petite soit- 
de la vérité dans mon esprit.» Il ne donne point s 
ouvrage comme une exposition complète de la divini 
du Verbe, mais comme une simple réfutation de li 
piété des ennemis du Christ. 
C'est avec la même sagacité profonde qu'il réfute le 
apollinaristes, selon lesquels le Christ n'était pas u 
homme parfait, la raison humaine étant remplacée € 
lui par le Verbe, suivant ce qui est dit en saint Jean 
« Le Verbe s’est fait chair. » Athanase leur fait voir quél:: 
ce mot chair doit s'entendre, comme en saint Paul, d 
l’homme tout entier, que le Fils de Dieu a pris la forme 
d'un esclave, et que ces mots, le Christ a prié, ne se rap 


Christ, du crucifiement de Dieu, de la nécessité d'ad-K:. 
mettre deux fils en Jésus-Christ et quatre personnes en €: 
Dieu. Il faut absolument, dit-il, que Jésus-Christ ait pris 4... 
la nature humaine dans sa plénitude, autrement la .! 
rédemption n'a pas de sens. Puisque le péché vient 44 
précisément de la nature raisonnable de l’homme, cette®, 
nature doit aussi se trouver dans le Christ, afin que le *;, 
Christ puisse l’affranchir du péché et devenir notre mo- „, 
dèle. C'est dans ce sens que le Seigneur a dit: «Si le „., 
Fils vous délivre, vous serez véritablement libres.» A ;;, 
cette objection capitale, que la doctrine catholique admet :}, 
deux Fils, dont l’un est une créature et reçoit l’adoration, ,. 
il répond que dans le Christ l’humanité n’est pas adorée ,; 
en tant qu’humanite, mais à cause de son union avec le .. 
Verbe incréé. Au lieu de séparer en deux la divinité et 
l'humanité, on doit adorer un Christ unique et complet. 


a 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ATHANASE. 239 


# Nous n’adorons point une créature à la façon des païens 
= des ariens; nous adorons le maître des créatures, le 
+ tbe de Dieu incarné!» 
Mans tous ces combats, aussi bien que dans les affaires 
:-klésiastiques, Athanase n’a jamais invoqué le bras 
::$ulier ; toujours, au contraire, il a protesté solennelle- 
nt contre l’immixtion des empereurs dans les ques- 
fus dogmatiques : « Qui oserait, dit-il, donner le nom 
: & concile à une assemblée présidée par l’écuyer de 
empereur, assisté d’un satellite, où l’on introduit des 
;-&rétaires impériaux au lieu de diacres ? — Quel synode 
: Mit-ce que celui qui s’est terminé par l'exil ou la mort, 
à gré de l'empereur? Dans quel canon est-il prescrit 
fe l'écuyer de l’empereur commandera en matières 
:&lésiastiques et promulguera par un édit le jugement 
‚bs évêques? Si cela a lieu par les menaces de l’empe- 
fur, à quoi servent donc les évêques? A-t-on jamais 
lien entendu de semblable ? Quand un décret de l'Eglise 
‚rt jamais reçu sa validité de l’empereur ? Bien des 
‚wneiles ont été tenus avant nous, jamais les Pères n’y 
nt sollicité le suffrage de l’empereur, et jamais l’em- 
-bereur ne s’y est mêlé des affaires ecclésiastiques, placées 
hors de sa sphère. » 
. Dans toutes ces controverses, Athanase n’apporte que 
.des sentiments de paix : « Tous ceux qui veulent avoir 
ke paix avec nous et quitter la secte arienne, appelez-les, 
recevez-les comme un père recoit son enfant. Ne con- 
damnez, ne rejetez pas inconsidérément ce qu’ils disent. 
‚Exhortez-les à éviter entre eux les discussions, les 
_Vaines disputes de paroles, à vivre dans l'union et la 
 Piété. Peut-être le Seigneur, prenant pitié de nous, ré- 
ira ce qui est séparé, et tous nous n’aurons plus qu un 
seul chef, Notre-Seigneur Jesus-Christ. » 
« Quand on embrasse dans leur ensemble les travaux 


! Ep. ad Adelph., c. vu; cf. Adv. Apollin., 1. vi. — * Hist. ancien. 
&L, LE 


340 MANUEL DE PATROLOGIE. 


de saint Athanase, dit Boehringer, on doit reconnaltze 
qu'il a été le héros de son siècle. Quoiqu'il eût la figure 


petite et que son corps decharne n’eüt rien d'apparent, 
sa présence exerçait sur les esprits un charme irrésis- 


tible, sur ceux-là même qui lui étaient hostiles, entre 


autres Constantin et Constance. » Saint Grégoire de Na- 
zianze a dit de lui, dans son panégyrique : « Il réunis- 
sait en lui la nature de deux pierres précieuses : pour 
ceux qui le persécutaient, il était un diamant; pour 
ceux qui étaient séparés de lui, un aimant. » 

Suivant Origene, nul d’entre les Grecs n’a exerté, 
dans le sens vraiment orthodoxe, une influence aussi 
féconde et aussi durable sur les docteurs suivants que 
saint Athanase. 


Avant 1601 on n’avait que des éditions latines des œuvres de saint 
Athanase ; Vicent., 1482, Basil. (Erasme), 1527, 1556, gr. et lat 
Heidelberg, 1601, ex offic. Commelini, in-fol., t. II. La meilleure des 
éditions modernes est de Montfaucon, Paris, 1698, in-fol., 3 vol.; 
emendatior et quarto volum. aucta (avec appareil littér.) par Justiniani 
(episc. Patävin.), Patav., 1777, in-fol.; 4 vol.; réimpr. par Migne avec 
plusieurs pièces nouvel., ser. gr., t. XXV-XXVIIL Biographies, Orat. 
xxı Greg. Naz.; Gottfried Hermant, Par., 1671, 2 vol. in-4°: Mahler, 
Athan. le Gr. Cf. Tilleın.,t. VII; Dupin, t. U; Ceillier, t. IV; Bœbrin- 
ger, Hist. de l’Egl. en bioyr.; Voigt, Doctrine d’Athan., Brême, 1861; 
Dorner, Dévelop. de la doct. sur la personne du Christ.; Stoeckl, Hist. 
de la philos. de l’ère patristique. 


$ 46. Saint Ephrem le Syrien (mort après 379). 


Cf. Assemani Bibl. orient., et Prolegom. de l’édit. rom. de ses œuvres. 


Les anciens monuments, difficiles à démêler sur ce 
point, font naître saint Ephrem au commencement du 
quatrième siècle (vers 306), à Nisibe, en Mésopotamie. 
D’après ses propres confessions, ses parents auraient été 
chrétiens ; quelques auteurs soutiennent le contraire. 

Saint Jacques, évêque de Nisibe, l’instruisit en vue de 
l'état ecclésiastique, le placa à la tête de l’école qu'il diri- 
geait, et l’emmena avec lui au premier concile (325) 
de Nicée. L'empereur Jovien ayant cédé Nisibe aux 


Le at alle ee AT … — 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ÉPHREM. 9241 


Perses, qui étaient venus l’assiéger de nouveau, Ephrem 
l'aurait quitté dès 338, et se serait rendu à Edesse, en 
Syrie, où il aurait accompli la plupart de ses travaux : 
de là son surnom de Syrien. Ses relations avec les soli- 
aires de ce pays le décidèrent à entrer en religion et à 
donner à son ardeur pour l’étude un but à la fois plus 
élevé et plus pratique. 

À Edesse, Ephrem illustra et affermit l'école syrienne 
de théologie, dont il fut peut-être le fondateur, et établit 
un nouveau système d'explication de la Bible, qui tenait 
comme le milieu entre les exagérations allégoriques des 
alexandrins et l'interprétation grammatico -historique 
des antiochiens. 

Ephrem entreprit deux voyages, l’un à Césarée en 
Cappadoce, pour visiter l’archevêque saint Basile, l’autre 
auprès des solitaires d'Egypte, à l’adresse desquels ses 
écrits contiennent des exhortations. On a cru générale- 
ment qu'il n’était que diacre de l'Eglise d’Ephese ; mais 
les Bollandistes, Pagi et d’autres, se fondant sur d’an- 
ciens documents et sur ses écrits, ont présumé qu’il était 
prêtre. Il mourut après 379, car il prononca encore cette 
année là le panégyrique de saint Basile. | 

La science remarquable et l’activité merveilleuse qu'il 
a déployées dans des temps si calamiteux lui ont valu 
les surnoms de prophète des Syriens, colonne de l'Eglise, 
bouche éloquente, et, comme poète, celui de harpe du 
Saint-Esprit. Saint Chrysostome l’appelle « l’aiguillon des 
läches, la consolation des affligés, le maître de la jeu- 
nesse, le guide des pénitents, un glaive contre les héré 
tiques, l’asile des vertus et la demeure de l’Esprit- 
Saint. » Au lit de la mort, il exhortait encore une dame 
illustre à ne se pas faire porter en litière par des es- 
claves, « puisque, selon l’Apôtre, Jésus-Christ est le chef 
de tout homme. » Saint Jérôme! rapporte qu’en Orient 
quelques-uns de ses discours étaient lus pendant l'office 

' Hieron., Catal., c. cxv. 

16 


949 MANUEL DE PATROLOGIE. 


après la lecture de la Bible; peut-être en fut-il de même 
en Occident, où plusieurs de ses écrits furent traduits 
de bonne heure en latin, et insérés sans doute dans 
d'anciens homiliaires!. | 

Les ouvrages qui restent de lui, les uns en grec et 
traduits probablement de son temps, les autres en sy- 
riaque, remplissent six volumes in-folio de l'édition 
romaine. Il voyait dans cette fécondité, comme il le dit 
dans son testament, l’accomplissement d’un rêve qu'il 
avait eu étant enfant, d’après lequel il était venu à sa 
langue une vigne chargée de fruits et de feuilles, et qui 
se développait de plus en plus. 

Ses ouvrages contiennent des explications sur toute la 
Bible, des hymnes animées d'un feu tout oriental et 
d’une véritable valeur poétique; des exhortations, des 
homélies et des traités, un notamment sur le sacerdoce; 
ses confessions et son testament, où il témoigne de son 
érudition hébraïque et profane, attestée, du reste, par 
l'éloge de saint Grégoire de Nysse. 


Doctrine de saint Ephrem. 


Malgré la prédominance de la partie morale et asce- 
tique, les travaux dogmatiques sont loin d’être absents. 
Contre les sabelliens et les ariens, il explique les dogmes 
de la Trinité, de la divinité et de l'humanité du Christ, 
l'union hypostatique des deux natures. Il qualifie la 
sainte Vierge de mère de Dieu, dont la virginité est tou- 
jours restée inviolable. Il parle de la nécessité du 
baptême et de la confession des péchés, et voit dans 
l'Eucharistie la présence réelle du corps de Jésus-Christ, 
que nous devons recevoir avec foi et innocence, puisque 
les anges eux-mêmes tremblent en sa présence. Il avait 
une telle dévotion envers les saints anges gardiens, qu’il 
mourut en prononcant ces paroles : « Je vous salue, 
ange conducteur qui séparez l’âme du corps et la con- 

1 Assem., in Op. Ephr., t. I, p. x1. 





ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. EPHREM. 243 


duisez dans les demeures qu'elle pourra de nouveau 
habiter jusqu'au jour de la résurrection. » Nous appre- 
nons de lui qu'on se servait des reliques des saints 
pendant les offices divins et qu'il s’y faisait des miracles. 
Il traite aussi de l’invocation des saints, surtout de la 
sainte Vierge, et de la prière pour les défunts. Il nous 
apprend encore qu’on conservait dans les églises et les 
oratoires les images des martyrs. Il combat l'erreur des 
millénaires, et entend les mille ans de l’Apocalypse dans 
le sens d’éternité. Il décrit fort longuement la vie mo- 
nastique ®. | 

Les extraits suivants témoignent avec quel sérieux il 
envisageait la vie chrétienne et sacerdotale : « Un jour, 
dès l'aurore, m’etant levé, j'étais sorti avec deux de nos 
frères de la ville d’Edesse la bien-aimee. J’avais levé les 
yeux au ciel comme vers un miroir limpide qui réfléchit 
l'éclat des astres sur la terre. Saisi d’admiration, je 
disais: Si tout cela resplendit d’une telle gloire, combien 
les justes et les saints, qui font la volonté de Dieu, 
brilleront-ils d’une plus ineffable lumière à l’heure où 
viendra le Seigneur ! Soudain s’offrit à ma mémoire ce 
terrible avènement du Christ. Mes os en tremblèrent, et, 
frissonnant du corps et de l’äme, je pleurai et je dis en 
gemissant : Dans quel état serai-je surpris, moi pé- 
cheur, à cette heure menacante?... Les martyrs montre- 
ront leurs blessures, les solitaires leurs vertus; qu’aurai- 
je à montrer, moi, que ma torpeur et ma négligence ? » 
Sa dernière prière montre quel humble sentiment il 
avait de lui-même : « Ne me déposez pas dans vos mo- 
numents ; cette pompe ne convient ni à la pénitence d’un 
pécheur, ni à l'humilité d’un chrétien, moins encore à 
la perfection d’un diacre. Je vous défends d’allumer des 
flambeaux autour de mon corps pour l’honorer; il vaut 
mieux qu’ils brülent dans le sanctuaire. La bienséance 
chrétienne interdit qu’un cadavre, qui bientôt pourrira 

1 Cf. Dupin, Bibl. t. II, part. u, p. 187. 





244 MANUEL DE PATROLOGIE. 


dans la terre, soit entouré de plus de cierges qu'il n’en 
faut pour éclairer plusieurs autels... J'implore aussi vos 
prières : c'est le plus agréable et le plus doux parfum 
que vous puissiez pour moi faire monter vers Dieu. » 

Il commence ainsi son traité sur le sacerdoce : « Mi- 
racle suprenant, puissance indicible, mystere redoutable 
du sacerdoce ! Je demande à genoux, au milieu des 
larmes et des soupirs, de pouvoir méditer sur cette 
richesse du sacerdoce; je dis richesse pour ceux qui 
savent le conserver dignement et saintement. C’est un 
bouclier éclatant et sans pareil, une muraille impene- 
trable, un solide et inebranlable fondement, qui atteint 
de la terre jusqu’au ciel. Mais pourquoi célébrer la dignité 
sacerdotale? Elle surpasse la prière, la science et toute 
conception. C’est elle, je crois, qui faisait dire à saint 
Paul : O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la 
science de Dieu! » 

Ce qui reste de ses œuvres a été édité par P. Benedictus, S. J., et 
Assemani, Rome, 1732, in-fol., 6 vol., dont trois en syriaque et en 
lat. (t. I et UI, Exegetica), et 3 en gr. et en lat. L’Editio Oper. Congr. 
Mechit., Venet., 1836, 4 vol., contient de plus une explication des 
Evangiles en une traduction arménienne, et le Comment. sur les 
Epitres de saint Paul (excepté la lettre à Philémon). Cf. Tillemont, 
t. VIII; Ceillier, t. VII; 2% ed., t. VI; Rœdiger dans : Real-Encyel. 
de Herzog, t. IV. 


$ 47. Saint Cyrille, évêque de Jérusalem (mort en 386). 


Dissertat. Cyrillian., de Touttée, dans Migne, ser. gr., t. XXXIIL. 


Cyrille naquit vraisemblablement vers 345 (on ne sait 
ou), et fut élevé à Jerusalem; il paraît avoir passé sa 
jeunesse dans la vie religieuse. En 334 ou 335, il fut 
promu au diaconat par Macaire, évêque de Jérusalem, 
et en 345 au sacerdoce par Maxime, successeur de 
Macaire. Il ne fut jamais chargé de l’enseignement du 
ministère des catéchumènes ni de la prédication. En 351, 
il succéda a Macaire, grâce surtout à l'influence des 





ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CYRILLE. 245 


ariens, d’Acace et de Patrophile; de là les tracasseries et 
les ennuis qui traversèrent son épiscopat. Il ne tarda 
pas à avoir de violents démêlés avec son métropolitain, 
Acace de Césarée, arien opiniâtre, sur la prééminence 
que le concile de Nicée avait accordée à l'Eglise de Jéru- 
salem. Acace était d'autant moins disposé à respecter ce 
titre d'honneur qu'il était un des adversaires de ce con- 
cile. Il fit tant que Cyrille fut déposé par un concile (358) 
et chassé de Jérusalem. Rétabli par le concile de Séleucie 
(359), Acace parvint à le chasser une seconde fois (360). 

Réintégré par Julieg avec les autres évêques exilés, il 
anéantit par ses prières les tentatives de l’empereur pour 
rétablir le temple de Jérusalem. Acace revint à la foi 
orthodoxe en 363, au concile d’Antioche, et mourut 
en 366. Quoique débarrassé de cet ennemi, Cyrille n’en 
fut pas moins exilé derechef en 367, par l’empereur 
Valens , et eut beaucoup à souffrir des ariens. Il ne ren- 
tra à Jérusalem qu'après la mort de Valens ( 378). Il ré- 
tablit l’ordre et la paix dans son Eglise, et réconcilia une 
foule d’hérétiques et de schismatiques. Il assista au 
deuxième concile œcuménique de Constantinople, -où il 
fit reconnaître la prééminence de son Eglise sur celle de 
Césarée, expliqua son orthodoxie et la régularité de son 
ordination faite par Acace ; il y fut loué pour la fermeté 
de sa conduite. Saint Eusèbe rendait hommage à l’état 
florissant de l'Eglise de Jerusalem, bien que, des trente- 
cinq années de son épiscopat, il en eût passé seize en 
exil. Cyrille mourut le 18 mars 386. 

1. Son principal ouvrage sont les Catéchèses, mention- 
nées déjà par saint Jérôme !. Ce sont des instructions sur 
l'ensemble des vertus chrétiennes, faites à Jérusalem 
par saint Cyrille avant son épiscopat ?. Les catéchu- 
mènes étaient partagés en deux classes, les dcoutants, 
qui assistaient à l'office jusqu’à l’offertoire et étaient 
Isiruits par un catéchiste ; les compétents, qui devaient 

I Catal., cxu. — ? Suivant Touttée, elles commencèrent en 847. 





246 MANTEL DE PATROLOGIE. 


être baptises a Pâques ou à la Penteeôte. Entre les cate- 
“heses de Cynile. precedees d’une introduetion (proeaté- 
chese), les dix-huit premières, données pendant le car&me 
aux compétents, embrassent toute la doctrme chrétienne; 
les cinq dernières ont été adressées aux néophytes pen- 
dant la semaine sainte. et traitent du baptême, de la 
confirmation. de l’eucharistie et de la liturgie, que la 
discipline de l’arcane ne permettait pas d'expliquer au- 
paravant : « Depuis longtemps, dit-il, je désirais vous 
entretenir de ces mystères spirituels et célestes, et vous 
préparer un festin de doctrines plus parfaites : mais j'ai 
cru devoir attendre jusqu'à ce moment !. » Ces catéchèses, 
qui portent le nom spécial de mystagogiques, forment 
un tout avec les dix-huit autres. Les doutes élevés par 
les protestants contre leur authenticité ne sont inspires 
que par un intérêt dogmatique. Moins fondées encore 
sont les objections contre l’ensemble de l’œuvre. 

2. Nous devons encore à saint Cyrille quelques écrits 
moins importants : 1. une Homelie sur saint Jean, v. 2- 
16, commencant par ces mots : « En quelque lieu que 
Jésus-Christ paraisse, la est le salut; » 2. une Lettre à 
Constantin sur une croix lumineuse qu'on vit au ciel, 
à Jerusalem, le jour où il prit possession du siége épis- 
eopal; il la termine en invitant l'empereur à « glorifier 
Ja sainte, consubstantielle (?) Trinité de notre vrai Dieu; » 
3. nn abrégé de la liturgie de saint Jacques”? ; 4. l'ho- 
melie sur la circoncision du Seigneur est apoeryphe°. 


Doctrine de saint Cyrille de Jérusalem. 


La doctrine des catéchèses est d'une haute importance ; 
on y desirerait seulement plus de précision sur la sainte 
Trinité. Cependant nous ne le classerons point, avec 
saint Jérôme, Rufin, Socrate, Sozomène, parmi les ariens; 
il était plutôt, au dire de saint Athanase*, du parti qui 


8 Calech., xix. — % Voir l'avertissement et la Catéchèse xxm dans 
l'éd, des Bénédictins. — ® Luc, 11, 23. — * De syn., c. XI. 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CYRILLE. ' 247 
adherait à la doctrine de Nicée, mais qui réprouvait 
le terme d’öpooöcws, parce qu’il servait de manteau au 
sabellianisme!. Il donna lieu à ce soupçon au commen- 
cement de son épiscopat, en n’entrant pas franchement 
dans le parti des orthodoxes. 

Les catéchèses sont le plus ancien et le plus vaste ou- 
vrage en ce genre que nous ayons de l'antiquité; il im- 
porte donc de les résumer brièvement, pour qu'on en 
connaisse le fond et qu'on puisse apprécier la methode 
catéchétique usitée à cette époque. 

La procatéchèse et la 1'° catéchèse indiquent aux caté- 
chumènes la manière de se comporter pendant les in- 
structions : « C'est le temps de confesser les fautes que 
vous avez commises en paroles ou en actions, le jour ou 
la nuit. » La 2° roule sur le péché et la pénitence; la 
3° sur la nécessité du bapt&me pour obtenir la r&mission 
des péchés; la 4° explique ces articles de la foi dans 
l'ordre du symbole; la 5° traite de l’excellence, des effets 
et de la nécessité de la foi : elle sert de transition à la 
partie du symbole relative aux catéchumènes. La termi- 
nologie de ce symbole tient le milieu entre le symbole 
des apôtres et celui de Nicée. Les autres catéchèses ont 
pour objet les articles particuliers; la 6°, l’unité de Dieu; 
la 7°, la paternité et la filiation divines; la 8°, la Provi- 
vidence ; la 9°, la création; la 10°, Jésus-Christ et sa 
dignité; la 14°, la divinité du Verbe et sa génération 
éternelle ; la 42°, l’incarnation ; la 13°, la mort et la pas- 
sion du Christ; la 14°, sa résurrection; la 15°, son second 
avenement; la 16°, le Saint-Esprit, son excellence, ses 
opérations dans l’Ancien Testament; la 17°, ses opéra- 
tions dans le Nouveau Testament; la 18°, la résurrec- 
tion de la chair. Là se terminait la préparation des caté- 
chumènes au baptème. Ils récitaient ensuite le symbole. 


1 Cf. Touttée, Diss. II, c ı-m. Il n’emploie qu’une fois le mot 
d'éuooûsuos, et encore dans un passage suspect. Ep. ad Const., c. VII. 
Cf. Touttée, in hunc loc. 


248 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Cyrille y joignit une courte instruction sur les articles 
10 et 12, sur l'Eglise et la vie éternelle. 

Partout le catéchiste se met au point de vue de ses 
auditeurs, placés entre le paganisme et le christianisme. 
L’apologie se mêle constamment à l'exposition de la 
doctrine, qu'il présente sous forme d’homelie et qu'il 
aime à relever par des récits bibliques. . 

Les catéchèses mystagogiques initient à l'intelligence 
du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie, y 
compris les cérémonies qui les accompagnent. 

4. Saint Cyrille a sur le péché originel une grande 
variété d'expressions, comme lorsqu'il dit : « l’homme 
pécheur, notre race perdue!, etc. » 

2. Il distingue deux sortes de foi, la foi proprement 
dite et la foi qui se révèle par des miracles?. « La pre- 
mière, la foi dogmatique, consiste dans l’assentiment de 
l'esprit à une vérité, et contribue au profit de l’âme. » 
a Conservez, dit-il aux catéchumènes, la foi que vous avez 
reçue de l'Eglise et qui est attestée par l’Ecriture sainte. 
Mais parce que tous ne peuvent lire l’Ecriture, les uns 
à cause de leur ignorance, les autres à cause de leurs 
travaux, nous avons résumé en peu de paroles tout ce 
qu'on est obligé de croire, afin que nulle âme ne périsse 
par ignorance. Que cette foi soit votre viatique pendant 
toute votre vie; n’en acceptez jamais d'autre, dussions- 
nous la changer nous-même, et enseigner le contraire 
de ce que nous enseignons maintenant 5. » 

3. L'Eglise est appelée catholique parce qu'elle est 
répandue par toute la terre, parce qu'elle enseigne uni- 
versellement et sans erreur tout ce que les hommes 
doivent savoir, dans les choses visibles et invisibles, 
terrestres et célestes ; parce qu’elle soumet au vrai culte 
tout le genre humain, princes et sujets, savants et igno- 
rants; parce qu'elle guérit universellement tous les 


1 Catech., x, 15; ibid., 8. — ? 1 Cor., x, 8; Catech., v, x, XI. — 
8 Ibid., c. xn. 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CYRILLE. 249 


péchés, soit du corps, soit de l'esprit, et possède uni- 
versellement toutes les vertust. » Il explique ensuite le 
mot d’Eglise, et avertit ses auditeurs de ne point parti- 
ciper aux réunions religieuses des hérétiques. Ces mots 
du symbole : Et la sainte Eglise catholique, ont pour but 
de vous faire éviter leurs conventicules impurs et de 
vous retenir toujours attachés à l'Eglise catholique dans 
laquelle vous avez été regeneres?. » 

4. Dans la 4° catechöse®, il cite le canon de l'Eglise de 
Jerusalem, et il ajoute : « Apprenez aussi del’Eglise quels 
sont les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, et 
ne lisez aucun de ceux qui sont apocryphes. » 

5. Sur la personne de Jésus-Christ, il enseigne claire- 
ment les deux natures : « Le Christ était double, homme 
en tant que visible, Dieu en tant qu'invisible®. Il n’a pas 
été crucifié pour ses propres péchés, mais afin de nous . 
délivrer des nötres®. Tl a vraiment souffert pour tous 
_les hommes‘. Il est descendu dans les enfers pour y 

délivrer les justes”. » 

6. Bien que l’auteur insiste vivement sur la liberté de 
l'homme, c’est à tort que quelques-uns l’ont accusé de 
semi-pelagianisme : « L’äme, dit-il, a son libre arbitre; 
le démon peut bien la tenter, mais de la forcer contre 
son propre gré, il n’en a pas le pouvoir 8.» 

1. Dans les sacrements, il explique surtout les céré- 
monies du bapt&me?. Au sujet de la confirmation, qu’il 
appelle la grâce du Christ et du Saint-Esprit, il men- 
tionne, outre l’onction principale du front, une autre 
onction sur le nez, les oreilles et la poitrine : « Pendant 
qu'on oint le corps de cette huile visible, l’âme est sanc- 
üfiée par l'Esprit saint et vivifiant 10. » 

Voici comment il s'exprime sur l’Eucharistie : «Comme 
le pain et le vin de l’Eucharistie, avant l’invocation de 


1 Catech., XVII, xxm. — 2 Ibid., xxXIV. — 3 C. XXXV, XXXVI. — 
IV, 1x. — sv, x. — 6 XIII, 1v. — TI, XI. — 8 IV, xxi. Cf. Touttée, 
Dissert, III, c. vo. — 9 Cat., XIX et XX. — 10 XXI, 1. 





250 MANUEL DE PATROLOGIE. 


l’adorable Trinité, sont du pain et du vin communs, mais 
qu'après cette invocation le pain devient le corps du 
Christ et le vin le sang du Christ, ainsi,» etc. Rien de 
plus complet et de plus solide que ce qu’il dit de la 
transsubstantiation dans la 22° catéchèse : « Puisque le 
Seigneur a parlé lui-même et a’dit du pain : Ceci est mon 
corps, qui oserait encore douter ? Et puisqu'il a assuré 
et dit lui-même : Ceci est mon sang, qui jamais en dou- 
tera, disant que ce n’est pas son sang? — Ne les consi- 
dérez donc pas comme un pain et un vin communs; car 
c'est le corps et le sang de Jésus-Christ, selon l'assurance 
du Seigneur : que si les sens ne vous en persuadent pas, 
la foi vous en rendra certain. Ne jugez pas la chose par 
le goût; mais, assuré par la foi, tenez pour certain que 
vous avez reçu le corps et le sang de Jésus-Christ. — 
Autrefois, à Cana en Galilée, il changea l’eau en vin, 
et nous ne croirions pas qu'il a change le vin en sang» 
La 23° catéchèse est une explication complete de l'Eucha- 
ristie comme sacrifice, et de la communion. L'auteur 
y enumere les principales parties de la liturgie de Jeru- 
salem, c’est-à-dire de la messe des fidèles (les catéchu- 
menes connaissaient depuis longtemps les parties pré- 
cédentes, la messe des catéchumènes) : lavement des 
mains, baiser de paix, sursum corda, préface, consécra- 
tion, mémoire des vivants et des morts, Patèr, prépa- 
ration à la communion (sancla sanclis), communion, 
actions de grâces. Voici le passage relatif à la consé- 
cration : « Sanctifies par ces cantiques spirituels, nous 
prions le Dieu de bonté d'envoyer le Saint-Esprit sur les 
dons offerts, afin qu’il fasse du pain le corps de Jesus- 
Christ, et du vin son sang; car tout ce que touche le 
Saint-Esprit est sanctifié et transmuté. » Après avoir parlé 
de la mémoire des vivants et des morts, il ajoute: 
« Nous offrons aussi à Dieu, de la même manière, des 
prières pour les défunts, quoique pécheurs nous-mêmes ; 
| Cat., XIX, c. VU, 

















ÉCRIVAINS ORIENTAUX. DIODORE, THÉODORE.  2%4 


au lieu de tresser des couronnes (comme les païens), nous 
offrons le Christ immolé pour nos péchés, afin que celui 
qui est si bon et si miséricordieux leur devienne favo- 
rable aussi bien qu'à nous. » On recevait le corps du 
Seigneur dans le creux de la main droite, que l’on sou- 
levait de la main gauche; puis on recevait le calice : 
« Quand vous approchez pour communier, il ne faut pas 
venir les mains étendues ni les doigts ouverts; mais, 
soutenant de la main gauche comme d’un trône votre 
main droite, où doit reposer un si grand roi, vous rece- 
vez le corps de Jésus-Christ dans le creux de cette main 
en disant : Amen. » 

Editions des œuvres de saint Cyrille, par Prévot, Paris; 1608; la 
meilleure, par Touttée, continuée par Maran, Par., 1720 ; r&iınprimde 
à Venise, 1763; ed. Reischl et Rupp, Monach., 1848, 2 vol. in-8°; 
Migne, ser. gr.,t. XXXIII. Cf. Tillem.,t. VII; Dupin, t. Il; Ceillier, 
t. VI; 2° &d., t. V; Plitt, De Cyril. Hieros. orationibus quæ exstant 
catech., Heidelb., 1855. 


S 48. Diodore, évêque de Tarse (mort vers 390); 
Théodore, évêque de Mopsueste ( mort en 428 ); 
Ecole d’Antioche. 


L'école que les prêtres Dorothée (vers 290) et Lucien 
avaient fondée à Antioche, là même où dès le deuxième 
siècle l’évêque Théophile avait rendu à l'Eglise et à la 
science de signalés services , eut pour principaux repré- 


sentants Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste, qui 


rappellent Clément et Origène à Alexandrie. Ce furent 
eux proprement qui assurerent la célébrité de cette 
école, et lui imprimèrent une direction contraire à celle 
d'Alexandrie. Ces deux écoles différaient principalement 
sur l'inspiration et l'explication de la Bible, sur l'emploi 
de la philosophie dans la théologie, sur les termes 
dogmatiques à employer pour exprimer les rapports de 
la nature divine et de la nature humaine dans le Christ. 

Ne au quatrième siècle d'une famille notable d’An- 


232 MANUEL DE PATROLOGIE. 


tioche, Diodore reçut à Athènes et à Antioche une excel- 
lente instruction scientifique et théologique. A Antioche, 
il lut les ouvrages et assista aux lecons du célèbre 
Eusebe d'Emése‘. Il montra tant d’ardeur pour l’asce- 
tisme, que les plus grandes austérités ne répondaient 
point à son idéal de perfection, et qu'au dire de saint 
Chrysostome?, son corps decharne n'offrait plus qu'une 
ombre de la forme humaine, ce que l’impie Julien consi- 
derait comme un châtiment des dieux de l’Olympe. 

A ces goûts scientifiques et ascetiques, Diodore joignit 
comme prêtre un zèle infatigable et une intrépidité à 
toute épreuve contre tous les ennemis de la foi qui agi- 
taient Antioche et qui par des moyens divers tendaient 
à un but commun. Habile à distribuer l’enseignement. 
il compta parmi ses plus illustres disciples Théodore de 
Mopsueste et saint Chrysostome. 

Dans le schisme mélécien, provoqué par la déposition 
de Mélèce, évêque d’Antioche, Diodore resta fidèlement 
attaché à ce pontife, dont il partagea quelque temps la 
persécution, les dangers et la fuite. Nommé évêque de 
Tarse par Mélèce revenu de l'exil, il assista au deuxième 
concile œcuménique de Constantinople (381), qui lin- 
stitua métropolitain de la Cilicie, tandis qu’en cette 
même année un décret impérial lui décernait le titre de 
« boulevard de l’orthodoxie de Nicée.» «Martyr vivant,» 
comme l'appelait saint Chrysostome, il mourut en 3%. 


Ouvrages de Diodore. 


De ces ouvrages, au nombre de plus de soixante, énu- 
mérés par Suidas®, par le métropolitain nestorien Ebed- 
Jesu® et par Fabricius®, il ne reste que de légers débris. 

1. Ses écrits apologétiques, polémiques et dogmatiques 
sont dirigés contre les païens, les juifs, les manichéens, 


1 Hier., Catal., cix. — ? Orat. in Diod. — 3 Cf. Ed. Bernardy, t. 1. 
— + Bibl. orient., t. II, p. 1877. — 6 Fabric., Bibl. græc., ed. Har- 
less, t. XIX. 





ÉCRIVAINS ORIENTAUX. DIODORE, THÉODORE. 953 


es ariens, Photin, Sabellius, Marcellus, les apollina- 
ristes, etc. Dans ce nombre, les fragments de ses deux 
principaux ouvrages : Contre les synousiastes!, et sur le 
Saint-Esprit ?, sont surtout remarquables, en ce que, 
dans la lutte contre Apollinaire, le rapport des deux na- 
tures en Jésus-Christ est présenté dans le sens du nesto- 
ranisme, qui devait éclater plus tard. 

Dans le traité du Destin, qui n’existe plus, l’auteur 
avait établi la preuve cosmologique de l'existence ; dans 
le Hept otxovoulas 5, il s’eleve contre l'éternité des peines 
de l’enfer ; « la punition, dit-il, devant être surmontée 
par la grandeur de la miséricorde divine. » 

2. Dans ses commentaires sur la plupart des livres de 
l'Ecriture , il combat la méthode allegorique d’Alexan- 
drie, et défend la méthode grammatico-historique, dont 
il a posé les bases dans le traité annexé au commentaire 
des Proverbes. Il y tient trop peu de compte de l’élément 
surnaturel et prophétique. Les vingt-trois fragments 
exégétiques sur l'Exode, publiés récemment par dom 
Pitra*, sont d’une authenticité douteuse et insigniflants 
quant au fond. 

Théodore de Mopsueste naquit aussi à Antioche vers 
350, d’une famille distinguée. Il y assista aux lecons du 
sophiste Libanius et du philosophe Andragathius. En 
théologie, où il eut pour condisciple saint Chrysostome, 
il fut formé par Diodore, l’évêque Flavien et Cartérius. 
Saint Chrysostome le détermina à entrer dans le sacer- 
doce. 

Par l’éclat de ses lecons, Théodore fut le principal re- 
présentant de l’école d’Antioche , dont la réputation 
croissante attira des élèves distingués : tels que Jean, 
qui fut évêque d’Antioche, et peut-être aussi Théodoret 
et Nestorius. L'Eglise de Syrie lui a donné le titre hono- 


! Dans Marius Mercator, ed. Baluze, p. 349, et Leont. Byzantinus, 
Contr. Nest. et Eutych., 1, 1; Migne, ser. gr.,t. LXXXVI. — ? Pho- 
Üus, cod. 102. — 3 Assemani, Biöl., t. IH. — * Spicil. Solesm., t. I. 


254 MANUEL DE PATROLOGIE. 


rifique d’Interpräte par excellence. Vers 392, il se rendit 
auprès de son maitre Diodore, évêque de Tarse, et fut 
nommé ensuite évêque de Mopsueste. 

La position équivoque! qu'il prit dans la querelle de 
Pelage, et qu’il accentua davantage dans la dispute 
nestorienne, analogue à celle-là, a tellement nui à sa 
gloire, qu’il fut condamné, quoique mort en 428, par le 
cinquième concile œcuménique (553), ainsi que Théo- 
doret, évêque de Cyr, et Ibas d’Edesse, dans l'affaire des 
Trois Chapitres. 


Ouvrages de Théodore de Mopsuaste. 


Il ne s’est conservé que peu de ses nombreux écrits. 

1. En dogme, il a composé quinze livres Sur !’Incarna- 
tion (contre les ariens et les apollinaristes) ; vingt-cinq 
livres contre l’ultra-arien Eunome, où il défend les traités 
que saint Basile avait écrits contre lui; quatre livres 
Contre Apollinaire, dont il combattit les erreurs sur les 
rapports des deux natures en Jésus-Christ, pour tomber 
lui-même dans l’extrême opposé , en séparant complète: 
ment les deux natures et en n’admettant qu’une union 
morale et extérieure. — Dans tous ses écrits, Théodore 
exhale sa mauvaise humeur contre la philosophie, sur- 
tout contre la philosophie platonicienne. 

2. Plus nombreux sont ses travaux d’exégèse sur la 
plupart des livres de l’Ecriture. Ennemi déclaré du pro- 
cédé allégorique des alexandrins, il écrivit, dit-on, 
contre Origène, pour établir sa méthode grammatico- 
historique, un traité intitulé : De allegoria et historia, 
où il poussa ses principes rationalistes jusqu’à nier que 
les anciennes propheties s’appliquassent à Jésus-Christ. 
Photius, tout en vantant ses connaissances bibliques et 
la fécondité de ses pensées, lui reproche d’être trop dif- 
fus, d’avoir un style embarrassé et obscur. 

On en voit des preuves dans ce qu'il dit des fins der- 

1 Woerter, le Pélagianisme, etc. Frib., 1866. | 





ÉCRIVAINS ORIENTAUX. DIODORE, THÉODORE. 255 


nières : pour lui, l’avenir n’est pas seulement le souve- 
nir, la restauration de l’état actuel, mais encore sa plé- 
nitude et son couronnement. Il croyait que dans sa 
condition primitive, l’homme était naturellement sujet 
à la mort, condition imparfaite d’où il ne sortirait qu’a- 
près avoir atteint sa plénitude. | 

Entre tous ses écrits nous n’avons de complet que le Commentaire 
sur les douze petits prophètes, édité partiellement et pour la première 
fois d’après un manuscrit de Vienne, par Weynern, Berol., 1837; 
complet, par A. Mal (Nov. collect., t. VI, et Nov. Bibl., t. VII); les 
Fragments sur le Nouv. Test., par Fritzsch, Turici, 1847; voir dans 
Migne des extraits des ouvrages dogmatiques, ser. gr.,t. LXVI; Pitra, 


Spicileg. Solesm., t. I; cf. Tillem., t. XII ; Ceillier, t. VII, et Maller 
dans Real-Encycl., de Herzog, t. XV. 


Les trois amis saint Basile, saint Gregoire de Nazianze 
et saint Grégoire de Nysse. 


Ce qu’avaient fait saint Athanase pour la doctrine et 
saint Antoine pour la vie religieuse fut maintenu et 
développé dans l'Eglise orientale par les trois Cappado- 
ciens Basile, Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse, 
qui ont transmis à leurs successeurs l'esprit qui avait 
animé leurs ancêtres. Voici en quels termes saint Gré- 
goire de Nazianze s'exprime dans une lettre sur la liaison 
qui s'établit de bonne heure entre lui et saint Basile : - 
« Nous aspirions tous deux à la science avec une égale 
ardeur, mais sans rivalité ni jalousie. Cependant notre 
principal effort, notre but suprême, c'était la vertu. 
Nous travaillions à prolonger notre amitié, en nous pré- 
parant une éternité bienheureuse et en détachant de plus 
en plus nos cœurs des choses terrestres. La parole de 
Dieu était notre guide; nous nous servions mutuelle- 
ment de maîtres et de gardiens, et j’oserais dire, si je le 
pouvais sans vanité, que l’un était la règle de l’autre. » 


256 MANUEL DE PATROLOGIE. 


S 49. Saint Basile. 


Voir la préface de l'édition Gaume (3 vol. in-4° en six parties), 
avec la notice de In Biölioth. de Fabricius, ed. Harless, t. IX. 


Saint Basile naquit vers 330 d’une riche et pieuse fa- 
mille de Césarée, en Cappadoce. Les dernières années de 
son enfance furent dirigées par son père, rhéteur à Néo- 
césarée. dans le Pont. D'un autre côté, sa mère Emmélie 
et son aieule Macrine, disciple de saint Grégoire le Thau- 
maturge, ne négligèrent rien pour assurer son éducation 
religieuse et pour le former à la piété. « Je n’oublierai 
jamais, disait plus tard saint Basile en parlant de son 
aïeule Macrine, les profondes impressions que faisaient 
sur mon âme encore délicate les discours et les exemples 
de cette venerable femme. » Il fit ses études à Césarée 
en Cappadoce, à Constantinople et à Athènes. Dans cette 
dernière ville, il eut pour condisciples Grégoire de Na- 
zianze et l’empereur Julien, qui y étudiait aussi dans le 
même temps. Il quitta Athènes vers 359 et rentra dans 
le Pont, où, entouré de ses pieux parents, il renonca à 
toutes les idées mondaines et se décida pour la vie ascé- 
tique. Il alla visiter les colonies monacales établies en 
Syrie, en Palestine et en Egypte (360-361). Après son 
retour, il se débarrassa de son patrimoine et vécut dans 
la solitude religieuse avec sa pieuse mère et sa sœur 
Macrine, non loin du village d’Amesi, dans le Pont. 
Grégoire de Naziauze alla se joindre à lui pour partager 
ses études et vivre dans son intimité. Plus tard, Grégoire 
de Nysse, le plus jeune des frères de saint Basile, s’as- 
socia à leurs travaux. 

Promu au sacerdoce presque malgré lui par l’évêque 
Eusebe, vers 364, il succéda à ce dernier (370) sur le 
siége archiépiscopal de Césarée. Mais il lui fallut vaincre 
bien des difficultés avant d’être généralement accepté 
dans son diocèse. A partir de ce moment, il se montra le 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. BASILE. 957 


défenseur invincible de la foi de Nicée, surtout contre 
l'empereur Valens et ses deux préfets Commode et Dé- 
mosthènes. Valens déclara un jour, après une discussion 
mémorable, « qu’il n’avait jamais entendu un évêque 
lui parler avec autant de fermeté. » Il y eut même un 
moment où l'empereur s’inclina devant lui : c'était à 
Césarée, le jour de ’Epiphanie (372). Basile deploya la 
même grandeur d'âme dans plusieurs calamités sociales. 
En organisant la vie cénobitique, il a exercé une influence 
si durable , que les basiliens, auxquels il a donné son 
nom, sont restés jusqu'à ce jour le premier des ordres 
religieux en Orient. Basile mourut le 1° janvier 379. 


Ouvrages de saint Basile. 


Parmi ses ouvrages, nous mentionnerons surtout : 

1. Oratio ad adolescentes, quomodo possint ex gentilium 
libris fructum capere, cité communément sous le titre : 
De legendis gentilium libris. Ce traité se rapproche beau- 
coup de celui de Plutarque : Comment il faut lire les 
poèles; il est probable que saint Basile, déjà évêque, le 
composa pour les membres de sa famille qui fréquen- 
.taient les écoles paiennes de Césarée. Voici en quels 
termes il en indique le but dans son introduction : « Ne 
vous étonnez point si je crois avoir découvert aussi 
quelque chose d’utile pour vous, qui frequentez jour- 
nellement l'école et qui conversez avec les sages 
de l'antiquité au moyen des livres qu'ils ont laissés. 
Je voudrais vous conseiller de ne point confier sans 
réserve à ces hommes le gouvernail de vos pensées, 
comme s’il s'agissait du gouvernail d’un navire, de ne 
les pas suivre partout où ils veulent vous conduire, mais 
d'accepter d’eux ce qui vous est utile, tout en sachant 
ce qu’il faut rejeter. Notre meilleur guide vers notre 
destinée véritable (le ciel), ce sont les saintes Ecritures, 
qui nous instruisent par des mystères. Mais puisque votre 


jeunesse ne vous permet pas d’en approfondir le sens, 
17 


258 MANUEL DE PATROLOGIE. 


nous voulons y preluder en nous appliquant & des ou. 
vrages qui n’en different pas absolument, à l'exemple 
de ceux qui s’exercent dans l'art de la guerre, afin que 
cet exercice nous profite quand il nous faudra luttr 
sérieusement. Persuadés que nous sommes destinés au 
plus grand des combats, nous devons nous y préparer 
en conversant avec les poètes, les historiens, les orateurs, 
tous les hommes enfin qui peuvent contribuer à la eur 
ture de notre âme. C’est seulement quand nous serons 
habitués à regarder pour ainsi dire le soleil dans l'eau, 
que nous pourrons lever les yeux vers la lumière même. 
S’il y a quelque parenté entre les ouvrages païens et les 
ouvrages chrétiens, la connaissance des premiers doit 
être profitable; s’il n’y en a point, l’enseignement qui 
résultera de leur comparaison pourra contribuer à nous 
affermir dans l’étude des ouvrages chrétiens. Moïse, si 
réputé chez tous les hommes pour sa haute sagesse, 
arriva, dit-on, à la connaissance de la vérité en s’appli- 
quant aux sciences des Egyptiens. »: 

Dans ses conseils sur la littérature paienne , l’évêque 
seplace évidemment au point de vue des idées et de la 
morale chrétiennes; il suppose comme un point admis 
qu'elle est utile, nécessaire même, au développement 
de toutes les facultés intellectuelles et à la formation du 
goût. Son dessein est d'enseigner à la jeunesse les moyens 
d'étudier les auteurs païens sans péril pour leur âme, 
de{ les utiliser dans la science sacrée et dans la vie chré- 
tienne. La pauvreté du fond pouvait, dans des éditions 
spéciales, être corrigée par des passages analogues em- 
pruntés aux œuvres des Pères, tel que le panégyriqu 
d’Origene par saint Grégoire le Thaumaturge. 

Voir Doergens, S. Basile et les étud. class., Leip., 1852; éd. Dübne 
et Lefranc, Paris, 1843; ed. gr. et germ., Lotholz, Léna, 1857; gr. € 
germ., Wandinger, Munich, 1858. 

2. Ses deux principaux ouvrages de polémique dog 
matique sont: Libri V, quibus impii Eunomii apologeticu 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. BASILE. 259 


wertitur‘ et Liber de Spiritu sancto ad Amphilochium, 
konii episcopum ®. 

Le premier écrit est dirigé contre Eunome, évêque 
de Cyzique , en Mysie, partisan outré de l’arianisme et 
dont le subordinatianisme allait jusqu’à prétendre qu'il 
ya une différence absolue entre celui qui engendre et 
celui qui est engendré, et que le Christ, quoique supe- 
rieur à la création, est tout-à-fait dissemblable au Père, 
dvéuotos , quant à la substance, évômotos xar’ obalav xal xurd 
züvra: de là le nom d’Anoméens donné à ses partisans. 
Rationaliste prononcé, il s’inquiétait peu de la doctrine 
de ’Ecriture et de l’ancienne croyance de l'Eglise sur le 
Fils et sur ses relations avec le Père, et il comhattait le 
nystère de la sainte Trinité par des arguments emprun- 
&s à la dialectique. Théodoret lui reprochait à juste 
ütre de transformer la théologie en une dispute de 
mots®, Saint Basile, se plaçant au point de vue d’Eu- 
1ome, s'élève contre l'expression de non-engendre, qu’on 
le trouve point dans l’Ecriture. Il demande à son adver- 
fire pourquoi il ne donne pas à Dieu le nom de Père, 
ts’il veut être plus sage que le Sauveur. Entrant dans 
k detail, il prouve que l’attribut de non-engendré, qui 
est, selon Eunome, l’attribut divin le plus essentiel, 
n'est qu’une propriété de Dieu, et, qui plus est, une pro- 
priété toute négative, qui n’exprime pas son essence. 
Contrairement à ce qu’enseigne ce rationaliste impie et 
heretique, il soutient qu'il est impossible d’avoir de 
Dieu une connaissance parfaite ; car la raison atteste que 
Dieu existe, si elle ne dit pas ce qu'il est. C’est par le 
même genre d'arguments qu’il rejette le sens inexact 
qu'Eunome attache au terme engendré, en établissant 
une opposition entre le Père et le Fils. Ce mot, dans sa 
véritable acception, signifie : l'union naturelle du Père 
et du Fils. Mais sa principale preuve contre Eunome lui 


‘ Edition Gaume, t. Ier. — * Edition Gaume, t. III. — ® Hæret. 
ab. IV, II. 


Zr MANTE LE PATROLOGIE. 
es Fire zar ces parcués de saint Jean : « Au commen- 
cmt ea: € Verte. et » Verie etait en Dieu, et le 
Verte etat item. » Par os d-ux termes : le Ferbe et élait, 
l'Évsanz: ste a ferme ia porte à cette hérésie. Quant à 
lement re:neux ırteresse dans cette controverse, 
saint Base assure avec saint Athanase que « celui qui 
separe le Fi: d'avec le Pere. qui l’exeint complètement 
de la sc-kte du Pere. se ferme le chemin de la science. 
Si le Fis est une créature. il ne nous représente pas la 
nature du Pere: car on ne peut connaitre la nature de 
œ:ui qui engendre que par la nature de celui qui est 
engendre.» 

Le second ouvrage. du Saint-Esprit, est dirigé contre 
cette fraction de semi-ariens qui, pendant la grande 
dispute de l'arianisme, arrivèrent, par une conséquence 
nécessaire. à nier la consubstantialité du Saint-Esprit 
après avoir nié cæ.le du Fils. et recurent le nom d’enne- 
mis du Saint-Esprit =vcraxcoxyor). La consubstantialité 
du Saint-Esprit etait une des questions dont on s'était le 
moins occupé jusque-là. Ici encore, cependant, saint 
Basile pouvait se rattacher à saint Athanase, et il 
trouvait en même temps l’occasion de se prononcer sans 
réserve en faveur de la divinité du Saint-Esprit, qu'il 
avait moins accentuée précédemment, dans l'espoir de 
ramener les ariens au dogme catholique et de prévenir 
des soupcons odieux, pour ne pas dire des persécutions. 

Saint Basile raconte lui-même en commencant quelle 
a été l’occasion de son travail : « Comme je priais der- 
nièrement avec le peuple et que je me servais pour louer 
Dieu de cette double formule : « avec le Père et le Saint- 
Esprit,» et: a par le Fils dans le Saint-Esprit,» quelques 
assistants m’accuserent d’user d'expressions non-seule- 
ment nouvelles et étrangères, mais encore contradic- 
toires. » Saint Basile démontre que ces deux formules 
sont également usitées dans l’Ecriture (n. 6), qu'il y est 
dit du Père :-« par lequel, » du Fils et du Saint-Esprit : 





ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. BASILE. 261 


« duquel » (n. 7-42); il réfute ceux qui disent que le 
Fils n’est pas avec le Père, mais après le Père, qu’il ne 
faut pas dire du Fils : « avec lequel, » mais « par 
lequel » (n. 43-24). Puis il démontre la consubstantialite 
du Saint-Esprit, en expliquant ce qu’il faut entendre par 
Saint-Esprit. Voici les principales propositions qu'il dé- 
montre : « Le Seigneur lui-même, dans la formule du 
baptême, a réuni le Père, le Fils et l'Esprit; or, ce qui 
est uni dans le baptême l'est sous tous les rapports; il 
n'est pas uni pour une chose et séparé pour une autre. 
Dans cette force vivifiante qui élève notre nature de la 
corruption à l’immortalité, la force de l'Esprit est com- 
prise dans celle du Père et du Fils. » Et ailleurs : « Il 
est impossible que ce qui diffère en nature soit égal en 
efficacité; si l'efficacité du Père, du Fils et de l'Esprit 
ne diffère sous aucun rapport, il s'ensuit nécessairement 
qu'il y a unité de nature.» De là saint Basile tire cette 
conclusion : « Comme le nom du Père et du Fils et du 
Saint-Esprit est prononcé de la même manière (nous 
confessons que) : le rapport qui existe du Fils au Père, 
existe aussi du Fils au Saint-Esprit, selon l'ordre tradi- 
tionnel des paroles usitées dans le bapt&me. Mais si l’Es- 
prit est au même niveau que le Fils, et le Fils au même 
niveau que le Père, il est évident aussi que l'Esprit est 
égal au Père» (n. 43). Il faut donc rendre à l'Esprit le 
même honneur qu’au Père et au Fils (n. 48), d’autant 
que l’Ecriture l'appelle « Dieu » et « Seigneur » (n. 52), 
que dans la Bible les expressions « avec l'Esprit » et 
« dans l’Esprit » sont identiques (n. 60), et qu’enfin la 
tradition tout entière se sert invariablement de cette 
formule : « A Dieu le Père, et au Fils Notre-Seigneur 
Jésus-Christ, avec le Saint-Esprit, honneur et puissance 
soit dans les siècles des siècles » (n. 72). Saint Basile ter- 
mine en jetant un coup d'œil rapide sur les querelles et 
les fourberies des hérétiques, sur les attaques dirigées 
Contre sa personne, « plus redoutables, dit-il, qu’une 


262 MANUEL DE PATROLOGIE. 


guerre générale et déclarée; » il trace là un tableau 
effrayant de la situation de l'Eglise de son temps, « où 
l'on avait transplanté la borne fixée par les Pères, 
ébranlé la pierre fondamentale et le boulevard des 
dogmes » (n. 76-77). 

3. Parmi ses travaux exegetiques, les Homélies sur 
l’Hexaméron, sont les plus connues; elles faisaient déjà 
l'admiration de ses contemporains. « Quand je lis 
l’Hexameron,, disait saint Grégoire de Nazianze, et 
qu’avec lui je suis transporté au trône du Créateur, je 
comprends alors toute l’économie de son œuvre crés- 
trice ; je comprends mieux que je n'aurais pu le faire par 
mes réflexions, l’auteur sublime et admirable de l’uni- 
vers.» Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est la 
foule des auditeurs qui se pressent dans les églises 
grandioses construites par l’évêque, et qui se montrent 
si sensibles à ses instructions : ce sont, comme il s’ex- 
prime lui-même, des hommes simples et sans culture, 
des artisans et des ouvriers, obliges de travailler pour 
gagner leur pain de chaque jour. Saint Basile savait, 
du reste, les préparer d'avance à un pareil enseigne- 
ment; il les charmait en leur développant les miracles 
de la création par des images sensibles, par des pein- 
tures physiques en rapport avec ce qu'ils avaient jour- 
nellement sous les yeux. « Il est des villes, s’ecrie 
l'orateur, qui, depuis le lever du jour jusqu’au soir, 
repaissent leurs regards du spectacle de mille jeux 
divers; elles ne se lassent pas d'entendre des chants 
dissolus qui font germer la volupté dans les âmes. Et 
nous, que le Seigneur, le grand artisan des merveilles, 
appelle à la contemplation de ses ouvrages, nous lasse- 
rons-nous de les regarder, ou serons-nous paresseux d’en- 
tendre les paroles de l’Esprit-Saint? Ne nous presserons- 
nous pas plutôt autour de ce grand atelier de la 
puissance divine, et, reportés en esprit vers les temps 
antiques, ne saurons-nous pas embrasser d’un regard 


2 WON 


“CRIVAINS ORIENTAUX. S. BASILE. - 263 


-e de la création, selon les enseignements 

a a donné à son serviteur Moïse 1? » — 

ns la sérénité de la nuit, portant des 

»xprimable beauté des astres, vous 

r de toutes choses; si vous vous 

lui qui a semé le ciel de telles 

s le soir, vous avez étudié les 

iv, et si vous vous êtes élevé, 

vies, à l'être invisible, alors vous êtes 

Lien préparé, et vous pouvez prendre place 

u magnifique amphithéâtre ; venez : de même que, 
prenant par la main ceux qui ne connaissent pas une 
ville, on la leur fait parcourir, ainsi je vais vous con- 
duire, comme des étrangers, à travers les merveilles de 
cette grande cité de l’univers. » Elevant ensuite leurs 
regards du spectacle du monde visible à la contempla- 
tion des vérités éternelles, il continue : « Si les choses 
visibles sont si belles, que seront les invisibles? Si l’im- 
mensité des cieux dépasse la mesure de la pensée 
humaine, quelle intelligence pourra pénétrer dans les 
profondeurs de l’éternité?? » S’il désespère de pouvoir 
décrire ce soleil périssable et pourtant si beau, « comment 
dépeindre dans tout son éclat le Soleil de la justice di- 
vine?» En se reconnaissant incapable d’apercevoir la 
beauté de l’Océan tel qu’il parut aux yeux de son Créa- 
leur, sa pensée se porte aussitôt vers quelque chose 
dincomparablement plus beau : « Que si l'Océan est 
beau et digne d’eloges devant Dieu, combien n’est pas 
plus beau le mouvement de cette assemblée chrétienne, 
où les voix des hommes, des enfants, des femmes, con- 
fondues et retentissantes comme les flots qui se brisent 
au rivage, s'élèvent au milieu de nos prières jusqu'à 
Dieu lui-même 5? » A cette éloquence si persuasive et si 
populaire, Basile sait allier aussi la science de l’orateur 


!Homil. ıv, init.; cf. Hom. 1. — * Homil. vi, init. — ® Homil. ıv, 
D, 7. 


264 MANUEL DE PATROLOGIE. 


formé aux écoles d'Athènes. Sans doute l'Hexaméres 
contient plus d'une erreur de physique, commune, & 
reste, à toute l’antiquité; mais il contient aussi quant 
de vues justes et excellentes, à côté des plus magnifiqué 
descriptions, comme l’a fait remarquer de nos jou 
Alexandre de Humboldt. 4 

Treize Homélies sur les Psaumes A, 4, 14; 28 et 99 
32 et 33; 44, 48; 59, 61, 114 et 145. Garnier en a poréé 
le jugement suivant : « Si l’on compare entre eux le 
discours sur l’Hexaméron et sur les Psaumes, je ne nier 
point que les premiers étaient chez les anciens beaucowg 
plus célèbres que les derniers ; mais j’accorderai +. 










ment qu'ils soient plus utiles. Pour l’eloquence et k 
variété du récit, je souffrirai qu’on préfère l’Hexamé 
mais si on regarde au fruit et au resultat, il n'en ser&: 
plus de même. » 

Commentarius in Isaiam prophetam. On a prétenda: 
quelquefois que ce commentaire sur les seize premiers 
chapitres d’Isaie n'était pas de saint Basile, mais les 
critiques les plus autorisés s'accordent à le lui attribuer. 

4. Nous connaissons son activité par les discours qu'il 
a prononcés en différentes fêtes et sur les sujets les plus 
variés, sous les titres de discours, homélies, sermons, ainsi 
que par la liturgie qui porte son nom ou celui de sa 
métropole. Les premiers appartiennent aux plus beaux 
monuments de l’antiquité grecque chrétienne : « Celui 
qui veut devenir un parfait orateur, disait Photius, na 
besoin ni de Platon ni de Démosthènes, s’il prend Basile 
pour modèle. Autant sa langue est abondante et belle, 
autant il déploie de force et de variété dans ses argu- 
ments » (Cod. 141). Saint Basile est le premier qui aï 
transporté l’eloquence mondaine de son temps sur le 
terrain du christianisme. Quant à la liturgie de saint 
Basile , elle était fort estimée et trouva une grande 
vogue en Orient. 

1 Cosmos, t. II, p. 29. 


‘IVAINS ORIENTAUX. S. BASILE. 265 


ıscetiques et morales jointes aux deux 

(la grande et l’abrege) forment une 

» ses œuvres!. Par ces deux règles, 

omplètement la vie cénobitique, 

« l'Eglise grecque, et il a fourni 

. lèle des institutions monastiques. 

1e le plus éloquent de l’activité univer- 

.it Basile - nous est fourni par les trois cent 

--six Lettres que nous avons de lui; trois sont 

‚„elees Canoniques, parce qu’elles déterminent la ma- 

nière et le temps de la pénitence publique. Cette corres- 

pondance est d’un style si remarquable, qu’un rhéteur 

païen, Libanius, n’hésitait pas à donner à son ancien 

élève la préférence sur lui pour l'élégance et le bon goût 
qui distinguent son style épistolaire. 

On lui attribue encore d’autres ouvrages; mais ils ne 

sont pas authentiques ?. 


Doctrines dogmatiques et morales de saint Basile. 


Outre les doctrines déjà relevées dans l’analyse de ses 
écrits, nous insisterons principalement sur les points 
suivants : 

1. La nécessité de la tradition ecclésiastique, à côté des 
saintes Ecritures, pour s’approprier et pour maintenir le 
vrai christianisme. « Je tiens pour conforme à l'esprit 
des apôtres d’adhérer aux traditions qui ne sont pas 
contenues dans l’Ecriture, et saint Paul? lui-même nous 
y exhorte®. Parmi les dogmes et les doctrines conser- 
vés dans l'Eglise, les uns nous sont venus par l’ensei- : 
gnement écrit, les autres par la tradition apostolique. 
Les uns et les autres sont également efficaces pour la 
piété, et quiconque connaît un peu par expérience l’éco- 
nomie de l'Eglise ne contredira point cette vérité. » 
(Suit l’'énumération de quelques exemples.) 


1 Edit. Gaume, t. II. — % Appendice, éd. Gaume, t. Il et II. — 
VII Thess., 11, 14. — * De Spiritu sancto, n, 71. — 5 Ibid. n. 66, 


266 MANUEL DE PATROLOGIE. 


2. A propos de la Trinité, dont il a traité longuement, 


saint Basile fait la remarque suivante : « Ne prenez mes 
paroles que comme un exemple et une ombre de la vérité, 
et non comme la vérité des choses. » Il soutenait, en effet, 
contre Eunome, qu'on ne pouvait pas arriver à la par- 
faite connaissance de Dieu. « La nature humaine ne peut 
pas en cette vie atteindre les mystères divins; chacun, 
il est vrai, y fait des progrès incessants; mais il res- 
tera au-dessous de l'excellence de son objet jusqu'à 
ce que l’Etre parfait vienne faire cesser cette connais- 
sance partielle. — Que personne ne croie donc avoir 
atteint le plus haut sommet de la science : plus on fait 
de progrès dans la connaissance, plus on sent sa fai- 
blesse. De là vient qu'Abraham et Moïse s’humilierent 
profondément lorsqu'il leur fut donné de voir Dieu, l'un 
en reconnaissant qu'il n’était que cendre et poussiere, 
l’autre en avouant qu'il avait la voix faible et la langue 
pesante. » 

3. Sur les merveilleux effets du baptême et sur ceux 
qui le differaient : « O prodige! vous êtes renouvelé 
sans être refondu, vous êtes transformé sans être brise, 
vous êtes guéri sans éprouver de douleur, et vous n'ap- 
préciez pas cette grâce ! Si vous étiez asservi à un homme 
et qu’on vous offrit la liberté, quelle ne serait pas votre 
hâte et votre empressement! Et maintenant qu’esclave 
non plus de l’homme, mais du péché, le hérault vous 
appelle à la liberté pour vous affranchir de l'esclavage, 
ponr faire de vous un frère des anges, et vous institue 
par la grâce enfant de Dieu et héritier des richesses 
de Jésus-Christ, vous dites que le temps n’est pas encore 
venu pour vous de recevoir ce présent! O honteuses € 
interminables affaires ! » 

4. Dans le sacrement de l’Eucharistie, saint Basik 
reconnaît le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ. 
« Qu'on s'approche dignement de ce festin sacré si 100 
croit fermement ces paroles de Notre-Seigneur : Ceci éil 










INS ORIENTAUX. S. BASILE. 367 


‘vré pour vous. Si l’äme a foi en 
‘re la majesté et la gloire du Fils 
‘8 humble et obéissant jusqu’à 
e nous, elle se sentira éprise 
‚ pour son Fils. Tels doivent être 
.s et les dispositions de celui qui veut 
vain et au calice, » 

-ement de pénitence est traité par saint Basile 
‚utes ses parties essentielles : contrition, confession 
satisfaction. « Le juge aura pitié de vous et vous fera 
„articipant de toutes ses misericordes, mais à une con- 
ion seulement : c'est qu'après avoir péché, vous soyez 
„mmble et contrit, que vous pleuriez vos œuvres mau- 
.-laises, que vous confessiez sans honte vos crimes secrets 
: # suppliüiez vos frères *. Et comme la manière de se con- 
-tertir doit correspondre à la manière dont on a failli, il 
‚st nécessaire de confesser ses péchés à ceux qui ont reçu 
la dispensation des mystères de Dieu; il faut faire aussi 
‚de dignes fruits de pénitence’, c’est-à-dire des œuvres de 

„Justice opposées aux péchés qu'on a commis#. » 
- 6. Le culte des saints est attesté et recommandé dans 
la lettre cxcvn° (n. 2), adressée à saint Ambroise, évêque 
de Milan : « Votre zèle pour le bienheureux évêque 
Denis témoigne de votre grand amour pour le Seigneur, 
de votre vénération pour vos prédécesseurs et de votre 
zèle pour la foi ; car les sentiments affectueux que l’on 
montre pour de fidèles collaborateurs se rapportent au 
maitre qu’ils ont servi; honorer ceux qui ont combattu 
pour la foi, c'est montrer évidemment qu'on est animé 
du même zèle pour la foi®.» « Tout ainsi que les abeilles 
sortent de leurs ruches quand elles voient le beau temps, 
et parcourant les fleurs de quelques belles campagnes, 
sen reviennent chargées de cette douce liqueur que le 
ciel y verse tous les matins avec la rosée; de même, aux 


! Regul. brev., 172. — % Homil. in ps. xxxII, n. 3. — ® Regul. brev., 
288, — ® Regul. 287. — 5 Cf, Epist. CCLI et CCLVIL. 


268 MANUEL DE PATROLOGIE. 


jours illustrés par la solennité des martyrs, nous accou- 
rons en foule à leurs mémoires pour y recueillir comme 
un don céleste l'exemple de leurs vertus. » 

7. Sur la morale chrétienne et l’ascétisme, les travaux 
de saint Basile ne sont pas moins considérables ; ils ont 
eu une grande influence. S'il parle souvent de l’impor- 
tance de la science et de la nécessité d'exposer Ia foi 
d’une manière intelligible, il insiste avec plus de force 
encore sur le côté moral et religieux. « Quand je lis dans 
saint Paul que «la charité ne meurt point, » je m'étonne 
que les hommes s’appliquent avec tant de soins aux 
objets passagers, qu'ils les aiment avec tant de passion, 
tandis qu’ils n'ont aucun souci de ce qui est durable, la 
charité, et contrarient même ceux qui s’y adonnent. » 
— « Laissez donc là les recherches curieuses, les vains 
combats de paroles, et contentez-vous de la parole des 
saints et du Seigneur lui-même; songez à vous rendre 
dignes de votre vocation céleste, et menez une vie con- 
forme à l'Evangile, dans l'espérance de la vie éternelle. » 
De même qu'en pratique il sacrifie tout à l’amour du 
prochain et déploie dans le soulagement des maux phy- 
siques une activité infatigable, de même dans ses 
discours, il apparaît comme le plus intrépide champion 
de la charité envers le prochain dans une époque diffi- 
cile et malheureuse, où l’aumöne semble plus nécessaire 
encore et la prodigalité plus coupable. « Dilatez et élevez 
vos âmes, criait-il aux riches, et non pas vos murs. 
Que votre maison soit plus ou moins spacieuse, elle vous 
rendra le même service. — Les pauvres assiégent vos 
portes, et par des plaintes touchantes implorent votre 
compassion ; et vous répondez avec dureté que vous ne 
sauriez satisfaire à tant d’exigentes. Mais je vois rien 
qu'à votre main la preuve de votre mensonge. Ce dia- 
mant qui orne votre doigt témoigne, quoique muet, 
contre vous. Combien de malheureux consolerait le prix 

1 Homil. vx, n. 1. (Addit. du trad.) 








ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. BASILE. 269 


de ce diamant! » En même temps qu'il humilie les riches 
et met à nu leur orgueil, il relève le pauvre à ses propres 
yeux en lui rappelant qu'il est créé à l’image de Dieu 
et qu’il a été racheté par le Dieu-homme. « Souvenez- 
vous des biens que vous avez déjà reçus, et de ceux qui 
vous sont encore assurés par les promesses divines. 
Réjouissez-vous de ce que vous possédez, sans vous 
affliger de ce que vous n’avez point. » 

Le plus beau triomphe de saint Basile est d'avoir 
éveillé le sentiment chrétien en faveur des esclaves, et 
flétri le trafic des hommes autorisé par les lois. Le 
tableau vivant et historique du désespoir d’un père 
obligé pour vivre de vendre un de ses enfants, est d’un 
effet indescriptible {. 

L'ascétisme est encore un des objets qui ont le plus 
occupé le saint docteur, l’ascetisme, qu'il appelle un 
effort « pour devenir semblable à Dieu, pour mortifier 
la sensualité de la chair, vivre surtout par l’âme et non 
par le corps, car autant le ciel est éloigné de la terre, 
les choses terrestres des choses célestes, autant il y a de 
difference entre l’äme et le corps.» Saint Basile, qui en 
avait fait lui-même l’heureuse expérience, place le point 
culminant de l’ascétisme dans la vie monacale, « cette 
vie anticipée des anges. » Aussi les descriptions qu'il en 
trace sont aussi vraies qu’attrayantes. 

On le voit, saint Basile occupe une place éminente soit 
qu'on le considère comme théologien, comme prédica- 
teur ou comme fondateur d'ordre. Pour compléter sa 
physionomie, nous devons signaler encore sa belle et 
noble carrière épiscopale, où il nous a laissé un modèle 
qui ne sera pas atteint de longtemps. Il défendit victo- 
rieusement la confession de Nicée contre les arguties 
des ariens et le despotisme de Valens; il prevint la deca- 
dence de la discipline ecclésiastique au milieu des que- 
relles de l’arianisme, soutint ses droits de métropolitain 


! Homil. in Luc., xu, 18, n. 4, édition Gaume, t. Il, p. 60. 


970 MANUEL DE PATROLOGIE. 


contre Anthime, évêque de Tyane, qui, après la nf 
velle distribution de la Cappadoce, prétendait 4 
mêmes droits archiépiscopaux que lui. La plupart 
mesures qu'il adopta en matière de discipline ecclésh 
tique et de liturgie ont été conservées dans l'Eg 
orientale. Sans parler de ses controverses ecclésiastidi 
des attaques incessantes dont il était personnelles 
l’objet, quelle ardeur infatigable n’a-t-il pas mise auf 
vice de la paix religieuse, sur son propre te 
comme dans les régions les plus reculées ! | 
Pour étouffer le schisme de Mélèce à Antioche 
s’empressa d'appeler à son secours saint Athanase 4 
pontife de Rome; mais il n’obtint de Rome qu’un 
concours, et ses efforts n’eurent pas plus de succèsi 
ceux qu'il tenta pour resserrer les liens qui uniss 
l'Orient et l'Occident, pour renouveler les lois de‘ 
cienne charité, ramener à la première vigueur la‘ 
des ancêtres, ce céleste et salutaire présent du CH 
qui s’est altéré dans le cours des âges. — Quoi def 
désirable, en effet, que de voir des hommes, séparée 
une si grande distance, ramenes par le lien de l'an 
à l’unité des membres dans le corps de Jésus-Chri 
Partout où saint Basile paraît et agit, dit Boehringen 
impose le respect, parmi la jeunesse d'Athènes com 
parmi les prêtres de Césarée, dans le monastère com 
sur le siége épiscopal. 










Oper., ed. græc., Basil., 1532; Venet., 1551 (singulièrement & 
mentee); græc. et lat., ed. Fronton le Duc et Morel, S. J., 
et augmentée, 1638, 3 vol. ed. Combefis, Paris, 1679, 2 vol. 38 
La meilleure édition est celle des Bénédictins, reproduite; 
MM. Gaume, 3 vol., divisés en six parties. Sur l'authenticité et À 
terpolation de plusieurs traités, voir Sinner, Paris, 1839, 3 volë 
6 fasc.; sur les passages incriminés par la censure ecclésiastiés 
Alb. Jahn, Animadvers. in S. Basil. Op., supplem. ed. Garnieril 
Bern., 1842; Migne, ser. gr., t. XXIX-XXXII. Biographies : Greg. ME 
Orat. in laud. Bas. Max.; G. Hermant, Vie de S. Bas. et Greg 
Naz., Par., 1574, 2 vol. in-40. Cf. Tillem., t. IX; Dupin, t. II; 
t. VI; ed. 2%, t. IV; Klose, Basile le Grand, d’après sa vie et sa 


ÉCRIVAINS ORTENTAUX. S. GREGOIRE DE NAZIANZE. 971 
fu, Strals., 1835; Bœbringer, Histoire de l'Eglise en biographies, 
} part. mm, p. 469-274. 

} $ 50. Saint Grégoire de Nazianze (mort vers 390). 
l 


€ Prefat. gener. in Opera Greg. Naz.; Vita Gregor. ex ejus scriptis. 
grec, a Greg. presbyt.; Testimonia veterum et Præfat. aliorum in 
Ted. Bened.; Migne, t. XXXV, ser. gr. 









Grégoire naquit vers l’an 329, à Arianze, village de la 
oce (le 9 mai 300, d’apres les Bollandistes). 
Son père, qui avait appartenu jadis à la secte syncré- 
des Hypsistariens, était entré dans le sacerdoce 
sa conversion et avait été promu au siége épisco- 
de Nazianze. Après avoir recu une éducation reli- 
très-soignée, due principalement à sa mère, sainte 
‚ le jeune Grégoire fréquenta d’abord les écoles de 
, Capitale de la Cappadoce, où il fit la connais- 
de saint Basile; puis il alla compléter son instruc- 
à Alexandrie et à Athènes. Ce fut dans cette dernière 
, où saint Basile habitait depuis longtemps, que les 
jeunes hommes conclurent cette amitié qui devait 
toujours enchainer leurs destinées. 
Après de vastes et solides études sur la grammaire, 
à rhétorique, les mathématiques, la philosophie et la 
sie, sans même oublier la médecine, Grégoire, par- 
m à l’adolescence, quitta Athènes, recut le baptême 
Mans sa patrie, et y fit la promesse de consacrer sa 
Bence uniquement au service de Dieu, et de « prendre 
r épouse l’ascétisme. » Sur les instances réitérées de 
int Basile, il s’unit à lui pour mener en commun la 
mérémitique dans une campagne située pres du Pont, 
is « se vautrèrent dans les privations, » cultivèrent 
#ience et passèrent ainsi les plus beaux jours de leur 
mistence. Ce fut là que leurs efforts réunis produi- 
ent les Philocalies, œuvre méritoire tirée des livres 
Türigene. Quoique résolu, comme Basile, à demeurer 
ger aux controverses religieuses de son temps, il 










972 MANUEL DE PATROLOGIE. 


n’en fut pas moins, par la force des circonstances, des 
même que son ami Basile, un des plus remarquable: 
défenseurs de la foi de Nicée touchant la divinité dÿ 
Jésus-Christ. « Il a mérité parmi les Grecs le surnom 
théologien, dit Bossuet, à cause des hautes concepti 
qu’il a de la nature divine‘. » Il partage ce titre 
saint Jean l’Evangeliste. Son père, vieillard qui occu 

le siége épiscopal de Nazianze, ayant souscrit 
faiblesse de caractère un symbole de Nicée rédigé 

les ariens sous une forme équivoque, son fils alla ls! 
trouver et arrêta l'opposition qui le menacait en le denk 
dant à faire publiquement une profession de foi orthon 
doxe. Calmes désormais, les fidèles et le pasteur n'æj 
désirèrent que plus vivement d’avoir Grégoire pour évé 
que. Grégoire refusa. Une fête survint; pendant l'offiéé 
public, le vieillard s’approche inopinement de son fie 
et lui confère l’onction du sacerdoce (361). Gregoire, 
jugeant indigne d’une si haute distinction, s'échappe 
par la fuite et retourne auprès de son ami Basile, dans 
cette solitude de Pont qui lui était devenue si chère 
Mais les insistances chaque jour plus pressantes des 
fidèles et de ses parents le déterminèrent, en 362, à aller 
secourir son père. Ce fut alors qu’il prononca ce célèbre 
discours sur la fuile (repl quyñs), où il justifie à la fois 
son départ et son retour, et traite de la sublimite, de 
l'excellence et des devoirs du sacerdoce, sans oublier 
l'immense responsabilité qu'il impose. 

Sur ces entrefaites, en 364, Basile était entré lui- 
même dans le sacerdoce et était devenu, vers 310, 
métropolitain de Césarée. Une querelle de juridiction 
ayant éclaté entre Grégoire et l’évêque Anthime, de 
Tyane, Basile contraignit Grégoire à se faire sacre 
évêque de Sasime, diocèse limitrophe nouvellement créé. 
Mais lorsqu'il connut l’état déplorable de ce nouveau 


1 Bossuet. (Citation du trad.) 
2 Edit. grecq. à part, par Alzog, avec des notes. Frib., 1858. 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NAZIANZE. 973 


diocèse, le site peu avantageux de ce siége épiscopal, il 
refusa de l’administrer ; pendant longtemps, chaque fois 
qu'il parlait de ce diocèse, il s’exhalait en plaintes amères 
contre saint Basile. Cependant, il trouvait aussi pour 
l'excuser de généreuses paroles : « Mon ami, disait-il, 
était tellement habitué à ne considérer en toutes choses 
que le côté spirituel et divin que, partout où il croyait 
découvrir les intérêts de Dieu, il les préférait aux devoirs 
de l'amitié, qui, du reste, lui étaient si sacrés. » 

Rappelé une seconde fois de la solitude par les tendres 
supplications de son père, il retourna à Nazianze en 
372, et y resta désormais en qualité de coadjuteur, 
jusqu'à la mort du vieillard, déployant la plus salutaire 
activité soit par son zèle à défendre la foi, soit par le 
dévouement dont il fit preuve pendant une sécheresse 
effroyable. En 369, la mort lui ravit son jeune frère Ce- 
saire, excellent jeune homme, qui avait été autrefois 
médecin de la cour de Constantinople. Un peu plus tard, 
ce fut le tour de sa sœur Gorgonie, si tendrement aimée 
et que la mort surprit dans de touchants entretiens sur 
la vie future. En 374, son père les suivit dans la tombe. 
Sa pieuse mère, sainte Nonne, parvenue à une haute 
vieillesse, ne tarda pas à les y rejoindre. Dans le senti- 
ment de ce vide immense joint à la faiblesse de sa santé, 
Grégoire se persuada qu'il était incapable de remplir les 
fonctions d’évêque de Nazianze. Il se retira donc dans 
la solitude de Séleucie, où la nouvelle de la mort de 
saint Basile alla le surprendre et assombrir ses jours : 
« Vous me demandez, écrivait-il, comment je me porte? 
— Tres-mal. Je n’ai plus Basile, je n’ai plus Césaire, 
ion frère selon la chair et selon l'esprit, et je puis dire 
avec David : Mon père et ma mère m'ont délaissé. Mon 
corps est maladif, les années s'accumulent sur ma tête, 
les inquiétudes se multiplient ; — l'Eglise n’a point de 
pasteurs capables. » 


Telles étaient ses dispositions d’esprit lorsque, sous le 
18 





976 MANUEL DE PATROLOGIK. 


Trinité des personnes. Les discours xxvu-xxxı, dirigés. 
contre les eunomiens et les macédoniens, et appelé 
théologiques, sont les plus célèbres. Grégoire « y défen 
avec une force invincible, dans sa manière précise 4 
serrée, la théologie des chrétiens sur le mystère de À 
Trinite!. » | 

Sous forme apologétique, nous avons les deux Discown 
contre l’empereur Julien, cités ordinairement sous le tit 
de Invectivæ contra Julianum imperatorem. Cet homme: 
abominable, qu'il avait connu à Athènes, lui inspira 
une si vive répulsion qu'il avait prononcé ce mot prophé; 
tique : « Quelle calamité se prépare le peuple romain! #: 

Maintenant que Julien, devenu maître absolu, mani-. 
feste ouvertement sa haine et son mépris pour le chris: 
tianisme, et les applique avec une sacrilége arrogance 4 
afin de renverser le christianisme, Grégoire, plein de * 
zèle pour la maison de Dieu, s'élève contre lui avec un. 
accent amer et indigné. Comme savant et comme théo- 
logien, il combattit surtout ce fameux édit en vert. 
duquel Julien interdisait aux chrétiens le culte des lettres 
‘ grecques. « Quiconque a le sentiment des joies de l’étude 
et de la science, dit-il, partagera certainement mon 
indignation. Sans réfléchir, je sacrifie volontiers tous 
les autres avantages : richesses, naissance, gloire; la _ 
science est à mes yeux d’une valeur plus haute et plus 
réelle. À quoi songeait donc cet homme, dont l’insensk- 1 
bilité n’avait d’égal que sa haine irréconciliable contre * 
le christianisme? Quel était donc son dessein quandil 
voulait nous fermer les canaux de la science? ?» 

Une autre apologie toute personnelle est celle de la 
fuite, dont nous avons parlé plus haut5. Le rapport de ; 
ce traité sur le sacerdoce avec les ouvrages analogues | 
de saint Chrysostome et de saint Grégoire le Grand est : 
parfaitement marqué dans l'avertissement dont il est 
















1 Bossuet. (Cit. du trad.) — 4 Orat. 1v contr. Jul.; prior invectiva, 
e. XCVI-CV. — 3 Orat. 1, ed. Bened. 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NAZIANZE. 277 


précédé dans l'édition bénédictine : « Saint Chrysostome, _ 
dans les six livres Sur le sacerdoce, et saint Grégoire le 
Grand, dans les quatre livres de la Sollicitude pastorale, 
ont tellement puisé dans cet excellent ouvrage, ils ont si 
bien exprimé celui qu'ils semblent avoir pris pour mo- 
dèle, qu'ils ne paraissent guère avoir fait autre chose que 
développer et amplifier ce qui avait été dit par le Théo- 
logien avec plus de netteté, de concision et de vigueur. » 
Pour saint Grégoire de Nazianze, le sacerdoce est « l’art 
des arts et la science des sciences, » ch. xvı; il exige les 
plus hautes qualités, il implique les plus graves dangers 
et assume la plus lourde responsabilité. « Il faut être 
pur avant de purifier les autres ; il faut être rempli de 
la sagesse avant de l’enseigner aux autres; il faut être 
une lumière pour pouvoir éclairer autrui; il faut s’être 
approché de Dieu si l’on veut conduire les autres à lui; 
il faut s’être sanctifié soi-même, quand on veut sanctifier 
les autres, les conduire, les conseiller. » 

Une autre partie de ces discours renferme les Sermons 
pour les fêles du Seigneur, pour les féles des saints et 
des martyrs, ou les discours d'occasion, d'installation, 
d'adieu, de condoléance; sur l'amour du prochain, le 
soulagement des pauvres, etc. Il faut signaler aussi, à 
raison de leur caractère exceptionnel, les discours funè- 
bres qu’il a prononcés sur son frère Césaire, sur sa sœur 
Gorgonie, sur son père, en présence de saint Basile, et 
sur saint Basile lui-même; il inaugurait ainsi dans la 
littérature chrétienne une nouvelle forme d’eloquence 
qu'il a marquée d’une empreinte originale. 

Les discours de saint Grégoire de Nazianze occupent 
la plus grande place dans ses écrits, car il est surtout 
célèbre comme orateur chrétien. Il avait montré, dès sa 
jeunesse, une prédilection marquée pour la rhétorique, 


1 Dans Migne, sér. grecq., t. XXXV, p. 405. 
2Cf. Charpentier, Etud. sur les SS. Pères, p. 324. Greg. de Naz., 
Sermons des fétes (en allem.), Soest, 1865. 


278 MANUEL DE PATROLOGIE. 


où il avait trouvé la plus douce jouissance. « Mon seul 
désir, avait-il dit un jour, mon unique amour, était 
l’eloquence; je la rencontrai en Orient, en Occident et 
dans Athènes, cet ornement de la Grèce. Je m'y appli- 
quai longtemps et avec ardeur ; cependant je finis par la 
déposer aux pieds du Christ, et je la subordonnai à la 
grande parole de Dieu, bien supérieure à toutes les doc- 
trines inconstantes et passagères des hommes. » Cepen- 
dant, il lui arrive assez souvent, même dans ses plus 
beaux discours, de viser à la recherche, à l'effet et autres 
artifices propres aux rheteurs de son temps. Aussi, mal- 
gré son titre honorable de théologien, est-il inférieur à 
saint Anathase et à saint Grégoire de Nysse pour l'ori- 
ginalité des vues et le développement des idées scienti- 
fiques. 

2. Ses poésies, tour à tour biographiques, historiques, 
dogmatiques et morales, et dont les sujets se prêtaient 
peu aux formes de la poésie, ne sont le plus souvent 
qu'une versification délayée et fort prosaïque ; on n'y 
surprend aucun de ces élans poétiques qu'on remarque 
dans ses discours. On y constate la diminution des forces 
qu’amene la vieillesse. Les meilleurs et les plus attrayants 
de ces morceaux sont les plus courts, les gnomes, les 
vers didactiques, et surtout, quoique assez long, le De 
vila sua, sous une forme légèrement satirique. 

3. Deux cent quarante-deux Lettres, très-importantes 
pour l'histoire contemporaine, rédigées avec précision, 
clarté et agrément. La lettre à Evagre (243°) est apo- 
cryphe. Les objections qu’on a faites contre l'authenticité 
du Testament (Exemplum lestamenti), ne sont pas suffi- 
samment justifiées. | 


Doctrines el particularités de saint Grégoire de Nazianze. 


1. Comme saint Basile, saint Grégoire de Nazianze 
faisait grand cas des auteurs païens. Voici en quels | 
termes il s’en exprimait dans son panegyrique de saint 





ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NAZIANZE. 279 


Basile : « Il est un point sur lequel je crois que tous les 
hommes qui pensent sagement sont unanimes : c’est 
que la culture scientifique est le plus excellent de tous 
les biens terrestres, je ne parle point de cette culture 
plus noble, de celle qui nous appartient en propre 
(à nous chrétiens), mais aussi de cette culture extérieure » 
et paienne, « que le vulgaire des chrétiens, jouet d’une 
opinion erronée, méprise comme une séduction, un 
danger et une apostasie. » 

2. Le dogme de la Trinit& est de toutes les doctrines 
théologiques celle que saint Grégoire a traitée le plus 
souvent et avec plus de détails. « La plus haute connais- 
sance, dit-il, est la connaissance du Père, du Fils et du 
Saint-Esprit. » C’est pourquoi «nous devons commencer 
tous nos discours par la vertu de la sainte Trinité.» 
Dans le passage suivant, il explique admirablement 
l'unité de la nature divine et la distinction des per- 
sonnes : « Que cette profession de foi soit le guide insé- 
parable de votre vie : une seule divinité et puissance 
qu’on trouve unie en trois et qui comprend trois choses, 
non d'essence et de nature différentes, non augmentées 
par quelque addition ni amoindries par quelque sous- 
traction , égales sous tous les rapports, les mêmes dans 
tous les sens, comme dans le ciel la grandeur et la 
beauté; — l’union infinie de trois infinis; Dieu, si on les 
considère chacun en soi, en tant que Père, Fils et Saint- 
Esprit, -de sorte que chacun conserve son caractère per- 
sonnel; — Dieu tous trois quand on les considère 
ensemble, l’un à cause de légalité d’essence (consub- 
stantialité), l’autre à cause de l’unité de la nature et du 
principe (monarchie). A peine ai-je conçu l'un en esprit 
que les trois m’enveloppent déjà de leur clarté; à peine 
commencé-je à distinguer les trois, que je suis aussitôt 
ramené au tout. Si je considère l’un des trois, je le 
tiens pour le tout; mon œil est rempli, et cependant le 
reste m’a échappé. Je ne puis embrasser la grandeur de 


2e WANTEL RE PATROLOGIE. 


ke monde sensible. ordre parmi les anges, ordre di 
les astres et dans leur mouvement. — Le désordre, 
contraire. c'est la rume du monde physique comme 
monde social. — Le même ordre est également ned 
saire à l'Ectise_ Il consiste en ce que les uns sont étd 
pour étre brebis. les autres pour être pasteurs ; ce 
pour commander. ceux-là pour obéir, — en vuei 
l'harmonxæ et de la prospérité de tout. » Dans l’a 
nisme corporel, les membres ne sont pas séparés 
uns des antres. mais ils forment tous un même co 
pour k mamben de la paix et de l'harmonie : « il en 
de mème dans ke corps general de Jésus-Christ {. » 
Saint Gregoire designe le sacrement de l’ordre di 
les termes les plus explicites : « L’onction et l'Esprit 
de nouveau descendu sur moi?, » dit-il, en parlant de 
consécration comme évêque de Sasime; et il décrit 
long le rite de la consécration épiscopale". Il enseig 
aussi positivement que Pierre, cette colonne de l'Eglü 
a transmis sa primauté à l’Eglise de Rome, dont l’évêd 
« préside à tout l'univers chrétien et forme le lien 
l’unite catholique*. » 
4. La vie cénobitique, dont il fait la description à 
l'éloge. il l'appelle « la philosophie par excellence 5,» d 
mème que saint Grégoire de Nysse la qualifie de « philé 
sophie d’en haut. » et saint Nil, de « philosophie divine.ı 


in 



















Opera omnia græc., ed. Basil., 1550 ; Zat., Basil., 1550 et 1574; & 
beaucoup préférable : grer. et lat., ed. Billius (et Morellus), par 
1609, in-fol., 2 vol., et Paris, 1630; la meilleure, du bénéd. Clément, 
Par., 1778, 1 vol. in-fol. (arrêtée par la révolution); t. II, par Caillot 
Paris, 1840; Migne, ser. grecq., t. XXXV-XXXVIIT. Cf. Tillemont, 
t. IX; Ceillier, t. VII, edit. 2, t. V. Hergenræther, /e Dogme de lı 
Trinité divine selon Greg. de Naz., Ratisb., 1850; Ullmann, Grég. d 
Naz. le Theol., Darmst., 1825 ; Behringer, 1 vol., 2° part., p. 357. 


1 Orat. n,n. 3. —*®Orat. IX, n. 1-8. — ®Orat.x,n. 4. — ® Carr 
advers. episc., Migne, t. XXXV, p. 120. — 5 Orat. x de fuga, c. 
et v1. 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NYSSE. 283 


En $S 51. Saint Grégoire de Nysse (mort vers 395). 


"- Notitia ex Fabric. Bibl. grec., ed. Harless, t. IX ; Prolegomena 
. Morellianæ, dans Migne, ser. gr., t. XLIV. 
I 1 
ar Grégoire de Nysse, frère puine de saint Basile, naquit 
x plusieurs années après 330, et probablement le jour 
«anniversaire de Basile. Il ne parait pas qu'il ait fréquenté 
les célèbres écoles de ce temps; il étudia sous la direc- 
.tion de Basile et prit des lecons privees. Souvent, dans 
" la suite, nous l’entendrons! donner à celui-ci le nom de 
Y  Pere et de Maitre, avec lequel il rivalisa, ainsi que son 
frère Pierre, dans la vie cenobitique®. Lui aussi s’etait 
:: consacré au service de l’Eglise; il était déjà parvenu au 
- degré de lecteur, lorsqu'il échangea cet état contre celui 
: de rhéteur et se maria avec Théosébie, qui mourut pré- 
. maturément. Cependant les représentations de Basile et 
… les vifs reproches de Grégoire de Nazianze, ses deux 
.: amis, le ramenerent à l’état ecclésiastique : « On pre- 
tend, lui disaient-ils, que le démon de l'ambition vous 
entraine dans une fausse route sans que vous vous en 
aperceviez, et que vous préférez le nom de rhéteur 
à celui de chrétien®. » Il s’appliqua désormais à l’élo- 
quence chrétienne et à l’etude du dogme. En 371, il fut 
consacré évêque de Nysse, située dans la province de 
son frère Basile. Attaqué, sous l’empereur Valens, par le 
gouverneur Demosthenes, sous prétexte qu'il administrait 
mal les biens de l’Eglise, il fut en même temps déposé 
et banni (375) par les évêques ariens, qui prétendaient 
que son élection avait été invalide. Apres que l’em- 
pereur eut succombe dans une bataille contre les Goths, 
Jovien lui permit de retourner auprès de son troupeau 
(378). En 379, de terribles épreuves fondirent sur lui : 


!In Hexaem., et Ep. x. — 3 Socrate, Hist. eccl., IV, xxvI1. — 3 Ep. 
ZXXVIL. 


984 MANUEL, DE PATROLOGIE. 


la mort lui ravit son frère Basile et sa sœur Macrine, 
qu’il aimait tendrement et qui jouissaient d’une grande 
influence. 

Le rôle considérable qu'il remplit au deuxième concile 
cecumenique de Constantinople (381) lui a souvent fait 
donner le titre de Père des Pères. Ce fut lui qui prononça 
l'oraison funèbre de Mélèce, évêque d’Antioche, mort 
pendant le concile. Après la clôture de l'assemblée, 
l'empereur le qualifia, dans une lettre-circulaire, de 
« colonne de l’orthodoxie catholique. » Mais ce qui lui fit 
le plus d'honneur, ce fut d’être délégué par le concile 
en Arabie et à Jérusalem, pour remédier à divers dé- 
sordres, dont la plupart étaient probablement occasionnés 
par les menées des apollinaristes. Autant il avait aspiré 
vers les « sanctuaires de la miséricorde, » Bethléem, le 
mont des Olives, le Golgotha , le tombeau du Sauveur, 
qu'il visita avec une pieuse émotion, autant il éprouva de 
résistance de la part des fidèles, divisés entre eux et sou- 
levés contre leur vénérable évêque, Cyrille de Jérusa- 
lem. Il se plaignait amerement de l'inanité de ses efforts: 
« Tandis que l'univers entier s'est uni dans la vraie pro- 
fession de la Trinité, il est à Jérusalem des hommes qui 
montrent contre leurs frères une haine qu'ils ne devraient 
avoir que contre le démon, contre le péché et contre les 
ennemis déclarés du Sauveur. » 

Les dernières nouvelles que nous ayons de lui nous 
apprennent qu'il parut encore trois fois à Constanti- 
nople : en 383, où il prononca probablement son discours 
sur la divinité du Fils et du Saint-Esprit ; en 385, où il 
fit les oraisons funèbres de la princesse Pulchérie et de 
l’imperatrice Flacille ; en 394, où il assista à un concile 
en vue d’apaiser les querelles de quelques évêques 
arabes, puis à la consécration d’une église. Outre ses 
nombreuses controverses avec les hérétiques, il eut 
beaucoup à souffrir du successeur de son frère Basile, 
Helladius, archevêque de Césarée, qui leur portait à tous 








ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NYSSE. 285 
deux une haine que les plus généreux procédés furent 
impuissants à etouffer. 

Ouvrages de saint Grégoire de Nysse. 


»* 


41. Sur l’exégèse, Explication apologétique sur l’héxa- 
méron, composée à la demande de son frère Pierre. 
« Pourquoi exiger encore, lui dit-il, une nouvelle expli- 
cation après le divin traité de notre Père et Maître sur le 
même objet, et puisque tous ceux qui l’ont lu l’admirent 
autant que les écritures mêmes de Moïse ? » Il veut pour- 
tant essayer, soit pour défendre ce traité et dissiper les 
malentendus qu’il avait provoqués, soit pour le com- 
pleter. De là le titre d’apologie. 

Ce travail se poursuit dans le De opificio hominis (trente 
chapitres) , composé également à la prière de son frère 
Pierre , à qui il est dédié. Saint Grégoire y combat la doc- 
trine d’Origene sur la préexistence des âmes. 

De vita Mosis seu de perfectione virtutis. L'auteur écri- 
vit cet opuscule à la demande du jeune Césaire, pour 
lui servir d'introduction à la perfection chrétienne. C'est 
un traité à la fois théorique et pratique, où la doctrine 
est appuyée d'exemples empruntés à la vie de Moïse, cet 
homme privilégié de Dieu. 

Libri duo in Psalmorum interpretationem , où l’on ex- 
plique le but, l’ordre et le partage des Psaumes. Le but 
est de conduire à la vertu dans tous les états et dans tous 
les événements de la vie, d’elever l’esprit des choses de 
la terre aux choses du ciel, et de pousser l’homme au 
plus haut degré de perfection. Grégoire trouve dans les 
cinq divisions qu’il adopte pour les Psaumes tous les de- 
grés qu’on doit parcourir pour arriver à être parfait. 
Quant à l’ordre, Grégoire montre qu’il n’est nullement 
historique. Les psaumes 1-Lvin sont les seuls qu'il ait 
commentés avec quelque detail. Il termine par un dis- 
tours sur le psaume vi, en forme d’appendice. 

.… Accurala expositio in Ecclesiasten Salomonis (hom. vun). 


286 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Le commentaire finit au chapitre m, verset 43. Ces ex- 
plications, pleines de simplicité et de naturel, sont par 
cela même très-utiles et tres-attrayantes. 

Homiliæ xv in Cantica canlicorum. Ici, au contraire, 
saint Grégoire a poussé jusqu’à l’excès l'interprétation 
allégorique, entrainé sans doute par la nature du sujet. 

Parmi ses commentaires sur l’Ancien Testament, on 
doit encore classer l’Epistola de Pythonissa, ad Theodo- 
sium episcopum, Ileoi rc éyyastptméôov, explication du cha- 
pitre xxvii, vers. 8 et suiv. du premier livre des Rois, 
où il est dit que ce n’est pas l’äme de Samuel, mais un 
démon déguisé en prophétesse, qui apparut à Saül. 

Commentaires sur le Nouveau Testament : Homiliz v 
de oratione dominica. Après des explications générales 
sur la nécessité et la vraie méthode de la prière, son 
excellence et ses avantages, l’auteur éclaircit avec beau- 
coup de soin et un grand charme chacune des demandes 
du Pater. Le même éloge convient à ses Huit homéles 
sur les beatitudes, dans le sermon de la montagne. 

Le commentaire sur ce texte de saint Paul : Quando 
sibi subjecerit omnia, tunc ipse quoque Filius subjicietur a 
qui sibi subjecit omnia, où les erreurs d’Ürigene se mon- 
trent à découvert, est justement tenu pour apocryphe‘. 

2. Ouvrages dogmatiques. Le plus étendu est un traite 
polémique contre Eunome : Libri XII contra Eunomium. 
Saint Grégoire y explique la doctrine catholique de Ja 
consubstantialité du Fils et du Saint-Esprit, en même 
temps qu'il recüfie les altérations commises dans les 
écrits analogues de feu son frère Basile, qu'il venge des 
atlaques dirigées contre sa personne par Eunome. Pho- 
tius préfère cet écrit aux réfutations de Théodore et de 
Sophronius, pour la beauté de la forme et la richesse des 
pensées. 


1 Krabinger en a donné une édition séparée. Landshut, 1840. 
? Voir ses ouvrages d’ex&göse dans Migne, t. XLIV, ser. gr. L’Epis- 
tola de Pythonissa se trouve seule au tome XLVe, p. 107. 





ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GREGOIRE DE NYSSE. 287 


Antirrheticus adversus Apollinarem ( cinquante-neuf 
chapitres ), autre traité également excellent, où l’auteur 
insiste avec force sur cette idée principale : Notre salut 
vient de ce que le Christ a adopté la nature humaine dans 
toute sa plénitude, esprit, âme et corps; c’est à cette con- 
dition seulement qu'il pouvait être notre parfait modèle 
et nous racheter. Ce premier écrit est complété par un 
traité plus court, adressé à Théophile, évéque d’Aleæan- 
drie, contre Apollinaire. 

Les trois autres traités suivants, récemment décou- 
verts par Angelo Maï, ont également un caractère polé- 
mique : Sermo adversus Arium et Sabellium; Adversus 
pneumatomachos Macedonianos: Electa testimonia adver- 
sus Judæos ?. On doute de leur authenticité. 

Un traité d’une nature moins polémique et le meilleur 
ouvrage de l'auteur sur le dogme, est la grande Caté- 
chèse (quarante chapitres), sur la manière d’instruire 
les paiens (les athées eux-mêmes), les Juifs et les here- 
tiques pour les amener au christianisme. Saint Grégoire 
part de ce principe fondamental que celui qui enseigne 
doit se placer constamment au point de vue de son ad- 
versaire, et surtout commencer la discussion en s’ap- 
puyant sur les vérités rationnelles dont on est convenu. 
Par le fond du sujet et dans l'intention de l’auteur, cet 
ouvrage est la démonstration philosophique de toute la 
doctrine de l'Eglise, et le plus heureux essai d'un traité 
méthodique, malgré cette division arbitraire : de la Tri- 
nité et de la création du monde, de la rédemption, de 
l'application de la rédemption au moyen des sacrements, 
de la récompense et de la peine éternelle 5. 

‘ D'autres parties du dogme sont traitées dans les ou- 
vrages suivants : Quod non pulandum sit tres deos dici 

1 Nova collectio, t. VIIL, p. 2; Migne, t. XLV, à la fin. — ? Græc. et 
lat., ed. Zacagnius, in Collectan. monum. vet. Eccl. græc., Roms, 
1698, p. 288; Galland., Bibl., t. VI; Migne, t. XLV, p. 193. Cf. 


Ceillier, t. VIII ; ed. ga, t. v1. — 5 Edition séparée, par Krabinger, 
grecq. et lat., Munich, 1838. 


288 MANUEL DE PATROLOGIE. 


oportere ; — Ad Simplicium, tribunum, de Fide, seu de 
Patre, Filio et Spiritu sancto ; — Contra fatum, disputa- 
tatio cum ethnico philosopho ; — Adversus ethnicos de Deo 
trino, ex communibus nolionibus ; — De differentia essen- 
lie et hypostaseos, ad Petrum fratrem; — Macrinia, sive 
de anima et resurrectione, écrit immédiatement après la 
mort de sa sœur Macrine. Il met dans la bouche de sa 
sœur mourante des explications théologiques sur l’âme, 
la mort, la résurrection et le renouvellement de toutes 
choses 1; — De infantibus qui præmature abripiuntur, 
ad Hierium, Cappadociæ prefectum. 

3. Ouvrages pratiques el ascétiques. A la premiere 
classe appartiennent les discours : Contra eos qui diffe- 
runt baplismum ; — Exhortalio ad pœnitentiam; — Con- 
tra usurarios sive feneratores, et contra fornicarios, sur 
I Cor., vi, 18; — De pauperibus et beneficentia ; — Cum 
episcopus ordinalus esset. 

Nous avons en outre de nombreux discours pour les 
fetes, discours funebres, discours de consolation ; sur la 
Nativité du Seigneur, la Résurrection et l’Ascension du 
Sauveur, sur la Pentecôte, sur le meurtre des enfants de 
Bethléem; un panegyrique de saint Etienne; un discours 
sur la Chandeleur, sur la mère de Dieu et le juste Simeon ; 
panégyriques d'Abraham, des quarante martyrs, de Gre- 
goire le Thaumaturge, de saint Ephrem, du martyr 
Théodore, de son frère saint Basile ; les oraisons funèbres 
du patriarche Mélèce, de la princesse Pulchérie et de 
l'impératrice Flacille, de sa sœur Macrine ; à quoi il faut 
ajouter encore : Non esse dolendum de morluis, qui ex 
hac vita ad sempiternam transierunt. 

L'élément ascétique domine surtout dans les ouvrages 
suivants : Quid nomen professiove christianorum sibi ve- 
lit, ad Harmonium ; — Liber de perfectione el qualem opor- 
teat esse christianum, ad Olympium monachum ; — Sum- 


1 Edition séparée, grecq. et lat., par Krabinger, Leips., 1837 ; en 
grec et en allem., par Œhler, Leips., 1858. 





ÉCRIVAINS ORIENTAUX. 8. GRÉGOIRE DE NYSSE. 289 


maria descriptio veri scopi vilæ asceticæ. Parmi ces trai- 
tés, il en est un d’une importance particulière, c’est celui 
de la Virginité. Saint Grégoire, envisageant tour à tour 
son sujet dans l’acception restreinte et dans le sens large 
du mot virginité, décrit la vie supérieure de l’âme et sa 
destinée. Ce qui s’est passé corporellement dans le sein 
de Marie, dit-il, s’accomplit spirituellement dans l’âme 
virginale. Et il ajoute : « C’est la virginité qui fait que 
Dieu ne refuse pas de venir vivre avec les hommes : 
c'est elle qui donne aux hommes des ailes pour prendre 
leur vol du côté du ciel ; et étant le lien sacré de la fa- 
miliarité de l’homme avec Dieu, elle accorde par son 
entremise des choses très-éloignées par nature. » « Les 
vierges ont en la chair quelque chose qui n’est pas de la 
chair, et qui tient de l’ange plutôt que de l’homme t. » 

La virginité lui apparaît comme le dépouillement total 
des objets matériels et terrestres, et le plus sûr moyen 
d'atteindre au but suprême de l’ascétisme, la vision de 
Dieu, l’union et la société avec lui. Néanmoins, tout en 
reconnaissant dans la virginité proprement dite un plus 
haut degré de perfection, il n’a garde de ravaler le ma- 
riage, «puisqu'il a été sanctifié par la bénédiction divine 
et qu'il a son fondement dans la nature humaine. » 

Le caractère de la piété et du véritable esprit religieux 
est également expliqué dans une instruction adressée à 
un religieux : Epistola de is qui adeunt Hierosolymam, 
seu de sacris el religiosis peregrinantibus, où l’auteur, 
critiquant les abus de ces fréquents voyages, remarque 
que « ce qui plaît à Jésus-Christ, ce n’est pas d'avoir été 
à Jerusalem, mais d’y avoir vécu saintement. » 

4. Parmi les Lettres, au nombre de vingt-six, les sui- 
vantes, y compris celle qui précède, méritent surtout 
d'être signalées : Epistola canonica ad Letoium, episco- 
pum Melitines, sur la discipline ecclésiastique, sur les 
apostats et autres grands pécheurs ; Epistole ad sorores 


1 Addit. du trad. 
49 


990 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Euslathiam et Ambrosiam, filiamque Bastlissam. Elles 
complètent les instructions de saint Grégoire sur la vie 
spirituelle. Les autres n’interessent que les controverses 
dogmatiques et l’histoire ecclésiastique contemporaines. 


Doctrines el vues particulières de saint Grégoire 
de Nysse. 


Les adversaires innombrables que Grégoire eut à con- 
battre et ses essais pour réduire la doctrine de l'Eglise à 
un ordre systématique, supposent que ce saïnt docteur, 
de même que saint Cyrille, a embrassé une grande éten- 
due de matières, où il est nécessaire de recueillir les 
traits caractéristiques de sa doctrine. En théologie, il 
penche plus visiblement du côté d’Origene que ses amis 
de Cappadoce, tout en tenant compte des progrès et de la 
forme plus accentuee de la foi chrétienne, afin d’eviter 
les erreurs de son célèbre devancier. Il rejette surtout 
d’une manière non équivoque l'influence doctrinale de 
Platon, et déclare qu'il n’admet pas d’autre base et 
d'autre règle de la science que l'enseignement de lE- 
glise 4. Séparée de la foi, la science n’est selon lui qu'une 
vaine et stérile spéculation ®. Si, malgré cela, on trouve 
que ses théories ne s'accordent pas pleinement avec 
le dogme ecclésiastique, il faut se rappeler l'explication 
qu'il a donnée lui-même, c'est que, dans ces sortes de 
questions, il n’a pas voulu établir un dogme, mais seu- 
lement énoncer une opinion, où y&p ddypa Tv Adyov romü- 
udn Gore épopuhv Bobvar rois Saba Ahoustv 5. Du reste, plu- 
sieurs critiques pensent que ses écrits ont été altérés 
par les origénistes. 

4. Dans le système de saint Grégoire, la doctrine de 
l'unité de Dieu dans la trinité des personnes occupe le 
point culminant ; c’est de beaucoup celle qu’il a le plus 
développée. Il trouve la preuve rationnelle de l'existence 


1 De anima et resurr., Migne, t. XLVI, p. 49; cf. Ibid., p. 108. — 
2 De vita Mosis. — 3 Hexaem., lib. I, Migne, t. XLIV, p. 68. 








ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NYSSE. 994 
de Dieu dans l’idée innee de l'Etre suprème, puis dans 
la sage et harmonieuse ordonnance du monde. Selon 
lui, l'unité de Dieu résulte de la notion même de l'être 
parfait ; « car il est impossible de concevoir deux êtres 
absolument parfaits. » 

Suivant saint Grégoire, c’est par la faculté de con- 
naître que l’homme démontre le mieux l'origine divine 
de son âme ; on constate chez lui un effort plus marqué 
encore que dans saint Grégoire de Nazianze pour établir 
l'existence de la Trinité par la nature de l’homme, dans 
lequel l’âme, l'intelligence et l'esprit ne constituent qu'un 
tout indivisible. Il va même jusqu’à dire que cette preuve 
tirée de la connaissance de nous-mêmes est la plus sûre 
et la plus solide. 

Saint Grégoire a fixé le sens encore incertain alors des 
termes oüol« et önderacız dans les trois écrits intitulés : 
De differentia essentiæ et hypostasis; — Quod non sunt 
tres Dii, et: De Deo trino ex communibus nolionibus. Il 
n'emploie le mot oöcl« que pour designer la substance, 
tandis qu'il se sert indistinctement de éxéoraou et de npo- 
swrov pour exprimer la personne. La même nature di- 
vine, dit-il, existe dans chaque personne, chaque per- 
sonne est Dieu, et cependant il n'y a pas trois dieux. 
L'unité la plus étroite existe aussi entre les trois per- 
sonnes divines. Le Père n’opère jamais rien sans le con- 
cours du Fils, ni le Fils sans le concours du Saint-Esprit, 
Toute opération de Dieu dans les créatures émane du 
Père, passe par le Fils et se termine dans le Saint-Esprit. 
ll trouve que cette démonstration du dogme de la Trinité, 
en même temps qu'elle réfute le monothéisme glacé des 
Juifs et le polythéisme paien , aide à les concilier ‘. 

2. Contrairement à la théorie de l’emanation, qui 
avait encore de nombreux apologistes, et à l'encontre du 
dualisme, selon lequel le monde aurait été formé d’une 
matière éternelle, saint Grégoire enseigne positivement 

? Cf. Dorner, Entwicklungsgeschichte, etc. 





992 \ MANUEL DE PATROLOGIE. 


que le monde a été tiré du néant, signe manifeste de la 
toute-puissance , de la bonté et de la sagesse de Dieu. 
Toutes les créatures se ressemblent en ce qu'elles sont 
passées du non-être à l'être, et qu’en vertu même de leur 
origine elles sont sujettes au changement et à la varia- 
tion. La créature est spirituelle ou corporelle, visible ou 
invisible. Saint Grégoire traite ici à fond de la doctrine 
des anges. 

3. Il traite aussi fort longuement de l'homme et sur- 
tout de l'âme. Nous avons déjà remarqué qu’il combat 
énergiquement l'opinion d’Origene sur la préexistence 
des âmes. et celle de la métempsycose, qui en découle. 
L'homme, dit-il, naît en méme temps quant à son corps 
et à son âme. Sur l’origine de l’âme , il semble moins in- 
cliner vers le créatianisme que vers le génératianisme, 
car il affirme que la semence de l’âme humaine n'est 
ni une âme corporelle, ni un corps inanimé, mais « un 
être vivant et animé, engendré par des corps animés et 
vivants ?. » 

4. Incarnation et Redemption. C’est pour anéantir le 
péché et la mort et pour faciliter à l'homme le retour à 
sa beauté primitive, que le Fils de Dieu s’est fait homme 
et s’est offert lui-même pour nous en sacrifice : la réali- 
sation de ce sacrifice a commencé dès la dernière cène. 
Vrai Dieu et vrai homme, il s’est immole lui-même, 
comme notre seul grand Pontife, en sacrifice de rédemp- 
tion : « Il a offert son âme pour notre âme, son corps 
pour notre corps, afin que la mort fût détruite dans l'un 
et l’autre, et que tous deux fussent rétablis dans leur 
première magnificence ®. » 

5, Sacremenis. Saint Grégoire s’est surtout occupé du 
baptême, de la confirmation, de l’Eucharistie et de 
l'ordre ; il établit la croyance de l'Eglise en s'appuyant 


1 Cf. Kleinkeidt, Greg. Nyss. Doctrina de angelis, Frib., 1860. — 
2 Cf. Mahler, Greg. Nyss. doct. de huminis nat. cum Origen. compa- 
rata, Halle, 1854. — 9 Orat. in Christ. resurr. 





ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NYSSE. 293 


sur l'Ecriture, puis sur la tradition, qu'il appelle « un 
héritage qui nous est venu des apôtres par l’entremise 
des saints ,» velut hæreditas quædam per successionem 
ex apostolis per sancios ad nos sequentes transmissa 1. 
« L'Eglise, dit-il, a ses décisions, ou plutôt sa foi, laquelle 
est plus ferme et plus certaine que toute explication. » 

6. Sa théorie des fins dernières offre plus d’une prise 
à la critique, notamment lorsqu'il dit de la vie future 
«qu'elle n’est point un lieu, mais un certain état de 
l'âme , » lorsqu'il nie l'éternité des peines, sous prétexte 
que tout mal doit disparaïtre. Il se trompe aussi dans 
ce qu'il dit de la résurrection ?. Déjà le patriarche Ger- 
main de Constantinople (713-770) avait essayé, dans 
son "Avramodorıxds À dvoleuros 5, de réfuter diverses accu- 
sations de ce genre et de venger Grégoire des erreurs 
origénistes qu'on lui imputait ; le moine Barsanuphius * 
et de nos jours Louis Vincenzi ® se sont proposé le même 
but. 

Si, par l’ensemble de ses travaux, saint Grégoire est 
évidemment inférieur à saint Basile dans ce qu'il dit du 
gouvernement de l'Eglise, il est également inférieur à 
Grégoire de Nazianze sur le terrain de l’eloquence ; en 
revanche, il les surpasse tous deux par le développe- 
ment scientifique des grands problèmes de théologie et 
de philosophie, comme par l'ordonnance systématique, 
et ce n’est pas à tort qu'après Origène on l’a placé au 
premier rang des auteurs ecclésiastiques grecs pour la 
fécondité des vues. Photius $ lui reconnaît un style élevé 
et agréable, une grande richesse de pensées, relevées 
par des exemples explicatifs. | 


Opera omnia S. Greg. Nyss., d'abord en latin, Colon., 1537; Basil., 


1 Orat. m contr. Eunom. — % De anim. et resurr. — 3 Voir des 
fragments dans Phot., cod. 283.— * Montfaucon, Bibl. Coisliana, 
Paris, 4745, in-fol., p. 397, et Fabricii Bibliothec. græc., t. IX, p. 124. 
— In S. Greg. Nyss. et Orig. scripta et doct. nova recensio, Rome, 
1864, 1 vol. — ® Biblioth., cod. 6. 









294 MANUEL DE PATROLOGIE. 


1571, et Paris, 1573. Plus complet et mieux soigné, par Fronton 
Duc, Paris, 1603 ; du même, ed. gr. et lat., avec un appendice 
J. Gretser, S. J., Par., 1618 ; ed. 11°, Paris, 1638, encore tr&s-ins 
sant. Pour une meilleure édition complète, on trouvera de précie 
secours dans les éditions critiques des ouvrages publiés à part 
mentionnés plus hant, et dans les divers morceaux édités par 
gelo Mai (Nova collect., t. VII et VII, et Nova Bibl.,t. V, réimpri 
dans Migne, sér. gr., t. XL-XLIV. Cf. Tillemont, t. XIV; Dupin, t. I 
part. I; Ceillier, t. VIII, ed. 2%, t, VI; Rupp, Vie et opinions de Gré 
goire de Nysse, Leips., 1834. Boehringer, Hist. ecclés. en biograpk,, 
4 vol.; Ritter, Histoire de la philos. chrét., 2 vol.; Steckl, Hist. de la 
philos. de l’ère patristig.; Hubner, Philosophie des Pères de l’Eglis, 
p- 188. 

L’Eglise d'Occident, qui enviait peut-être à l’Eglis 
orientale ses trois grandes lumières de la Cappadoce. 
eut la joie de pouvoir leur opposer trois hommes non 
moins remarquables; nous avons nommé saint Ambroise. 
saint Augustin et saint Jérôme. | 


$ 52. Didyme l’Aveugle (mort en 394). 





Notitia, de Fabricius ; Bibl, grec., t. XVIII. Commentarii de D: 
dymo, lib. II, et: Epistola, de Mingarelli, dans son édit. Oper. 
Migne, sér. grecq., t. XXXIX. 


Didyme, né à Alexandrie en 309, perdit la vue des 
l'âge de quatre ans. Ce malheur ne l’empêcha point de 
cultiver les sciences et de devenir un des plus savants 
hommes de son temps. 

« Il acheva d'apprendre à lire au moyen de caractères 
mobiles qui lui servaient à composer des mots et des 
phrases. Il sut bientôt ce que les clairvoyants pouvaient 
savoir, et bien plus qu'ils ne savaient : l’étude était de- 
venue la seule condition de sa vie. Assidu aux lecons des 
professeurs les plus célèbres, il étudia tout: grammaire. 
rhétorique, poésie, philosophie, mathématique et jusqu'à 
la musique, qui faisait alors partie de cette derniere 
science. Nul n’interpretait mieux Platon, nul ne parlal 
si bien d’Aristote, Ce qu’on citait surtout comme une 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. DIDYME. 295 


rveille, c’est qu'étant aveugle, il sut résoudre les pro- 
mes les plus compliqués de la géométrie sur des 
nures qu’il n'avait jamais vues. Dans la science sacrée, 
s prodiges surpassaient tout cela. Didyme savait par 
eur les deux Testaments, de manière à en réciter, rap- 
tocher, commenter les textes avec la sûreté de mémoire 
ıe ses travaux exégétiques réclamaient !. » 

Aussi, comme il se plaignait à saint Antoine du sort 
ont il était affligé : « O Didyme, s’écria le saint, ne par- 
Z pas ainsi ! Ne vous plaignez pas du lot que le ciel vous 
‚fait. Si Dieu vous a refusé les yeux du corps, qui sont 
ommuns à tous les hommes, et même aux animaux les 
lus immondes, aux serpents, aux lézards, aux mouches, 
l vous a donné les yeux des anges pour le contempler 
face à face *. » Didyme était laïque et dirigeait avec dis- 
lünction l’école catéchétique d'Alexandrie. De nombreux 
auditeurs se pressaient autour de lui; d’autres se sont 
formés par la lecture de ses écrits, tels que saint Jérôme, 
Rufin, Pallade, Isidore de Péluse, etc. Il mourut en 394, 
ou, d’après Tillemont, en 399. 

Ses travaux roulent sur le dogme et sur l'exégèse. 


Travaux dogmatiques de Didyme. - 


1. Ses trois livres de la Trinité, son principal ouvrage, 
rédigés après 379, ont été découverts par Mingarelli; on 
à prouvé qu'ils étaient identiques avec l’ouvrage que les 
anciens lui attribuent sous ce titre 5. Le premier livre, au- 
quel manquent les six premiers chapitres, et qui renferme 
plusieurs autres lacunes, démontre l’inanité des objec- 
tions ariennes contre le dogme de la Trinité (c. vri-xvn). 
(\traite ensuite de l’unité de Dieu, de la consubstantia- 
lité et de la trinité des personnes, qu’il établit par de 
nombreux passages de l’Ecriture; de la consubstantia- 


1 Ed. Thierry, Revue des Deux-Mondes, 1er mai 1865 (Cit. du trad.). 
— 4 Socrate, Hist. eccl., lib. IV, cap. xxv. — 3 Socrate, Hist. eccl., 
lb. IV, cap. xxv ; Cassiod., Hist. trip., lib. VII, cap. vin. 


296 MANUEL DE PATROLOGIE. 


lité du Fils (c. xvm-xxxvi). Le deuxième livre s’occupe 
de la divinité, de la procession et de la personnalité du 
Saint-Esprit (c. vi-x), de ses effets dans le baptême, 
dans les apôtres et dans l’Eglise. Au troisième livre, 
Didyme démontre, dans l’introduction, comment les pas- 
sions troublent la raison et éloignent de la connaissance 
de Dieu (c. 1), puis il résume brièvement, sous la forme 
de cinquante-cinq syllogismes , les points principaux du 
dogme de la Trinité (c. 11) et consacre le reste de son 
traité (c. m-xLır) à élucider les textes de la Bible dont 
différents hérétiques abusaient contre la divinité de Jésus- 
Christ. 

2. Le traité du Saint-Esprit, connu seulement par la 
version latine de saint Jérôme, était, au dire de ce Père, 
fréquemment usité et copié chez les Latins. Il examine, 
dans un style coulant et lumineux , la doctrine du Saint- 
Esprit, sa personnalité, sa divinité, mais surtout son 
opération dans les prophètes et dans les saints. Par le 
fond des idées, il se rapproche beaucoup de l’ouvrage 
précédent. 

Le livre Contre les manichéens combat les doctrines 
manicheennes sur le principe du mal. 1l réfute d’abord, 
par des arguments rationnels, leurs opinions sur les 
deux principes bon et mauvais, puis leurs idées sur le 
bien et le mal dans le monde moral, notamment sur la 
dépravation inhérente à la matière et au corps. 

Les ouvrages suivants, dont nous ignorons le con- 
tenu, mais qui avaient probablement un caractère dog- 
matique, sont perdus : Ilpèc Yuocopov, Ilspt Gowudro, 
contra Arianos libri II, sectarum volumen, spi xpovolæs xat 
xploews. Les plus célèbres de ses ouvrages perdus étaient : 
les “Yrouvipare elç a nepl "Apyav Qpryévous, où il essayait 
de justifier le De principiis d’Origene, ce qui lui valut 
quantité d'attaques et de soupçons. 








ÉCRIVAINS ORIENTAUX. DIDYME. 297 


Ouvrages d’exégèse. 


Ils étaient fort nombreux. Les plus complets que nous 
ayons sont d’abord ses remarques sur les Psaumes, dont 
plusieurs ont été retrouvées par Mai ‘; puis les Commen- 
taires sur Job, sur les Proverbes et sur la plupart des 
Epitres des apôtres *. 

Outre les sujets dogmatiques sur lesquels il a spécia- 
lement écrit, il en a traité plusieurs autres. Dans un pas- 
sage, il dit positivement que le Saint-Esprit procède aussi 
du Fils, c’est dans le Traité du Saint-Esprit (cap. xxx1v) 
où il fait dire au Verbe : « Il procède du Père et de moi, 
car il subsiste et il parle, et cela il le tient du Père et de 
moi. » Ex Patre et ex me est, hoc enim ipsum quod sub- 
sistit et loquitur, a Patre et me illi est®. Mais dans son 
ouvrage de la Trinité, il ne lui rend témoignage qu’in- 
directement, lorsqu'il dit que « le Fils possède tout ce 
qu'a le Père, excepté d’être Père, » il possède donc aussi 
la spiration; au livre II, chapitre v, il appelle le Saint- 
Esprit une image du Fils. Didyme attribue principale- 
ment au Saint-Esprit la sanctification de l’homme et la 
distribution de la grâce : «Tous les hommes imaginables 

n'ont pas été enrichis par le Saint-Esprit... Ceux-ci sont 
les seuls qui le possèdent d’une manière permanente 
avec le Père et le Fils, et sont éclairés et spiritualisés par 
sa divine lumière ; éclairés , ils deviennent, autant qu’il 
est possible, semblables à celui qui les éclaire, ils parti- 
cipent à sa lumière et à son nom, et reçoivent le contre- 
poison de la grâce divine qui leur arrive sans obstacle. 
Alors ils volent sur les ailes de celui qui apparut un jour 
sous la forme d’une colombe, ils échappent à leurs 
propres pensées, évitent les embüches du démon, et re- 


\ Nova Bibliöth. Patr., t. VIL — ? Cf. Lücke, Quæstiones ac Vin- 
diciæ Didymianæ, Gotting., 1839. — 8 Cf. c. xxxVIl. 


298 MANUEL DE PATROLOGIE. 


nonçant aux objets inconstants et périssables de ce monde, 
ils contemplent sa magnificence !. » 

Les citations suivantes acheveront de caractériser sa 
théorie de la grâce. « L’excellence » de la création « con- 
siste en ce qu'elle participe de la bonté de Dieu, qu’elle 
lui est attachée par l'obéissance et par l’amour?. » Cette 
question : « Pourquoi Dieu permet-il que des justes 
comme David tombent quelquefois dans le péché? » est 
résolue ainsi : « lis seraient tentés, s’ils ne pechaient ja- 
mais, d'attribuer leur vertu à leurs propres forces, et non 
à la coopération de Dieu. En leur enlevant cette haute 
opinion , la grâce divine ne les empêche pas © de pécher, 
afin qu'on voie éclater tout ensemble et la faiblesse na- 
turelle de l’homme et l'assistance qu'il recoit de Dieu *.» 

La confirmation est appelée par Didyme cppæyts Xprotoë 
iv perorw et yplona®. Il la distingue du baptème. Il qua- 
lifie la messe de dvaluexros Aurpela 5, et il ajoute que Dieu 
a placé dans ses églises sacrées, dans ses maisons de 
prières, comme dans les autres cieux ?, ses biens à jamais 
inépuisables. » Faisant allusion à la discipline de l’ar- 
cane, il parle de la pâque tant désirée que nous célébrons 
journellement par la participation du corps et du sang 
de Jésus-Christ 5. Quoique saint Jérôme ait été, à cause 
d’Origene, un adversaire de Didyme, et bien qu’il l’ac- 
cuse d’avoir enseigné la préexistence de l’âme, il rend 
cependant hommage à la pureté de sa doctrine sur la 
Trinité, et à la profondeur de son savoir ; il reconnait 
qu'il parle de la Trinité en bon catholique : Didyınus certe 
in Trinitate catholicus est’. Son style est simple et sans 
ornements, clair et agreable. 


+ 4 De Trin., lib. II, c. xx. — ? Ibid., 1, xviH. 

3 C’est évidemment par bévue que la particul&æ oi manque dans le 
texte des éditions de Mingarelli et de Migne ; autrement ce passage 
dirait le contraire de ce. qu’il doit signifier. 

+ Expos. in Ps. L, vers. 1. — 5 De Trin., Il, xu. — 6 Ibid., I, xxv. 
— 1 On suppose qu’il faut lire éspoïs Ou oixoıs, au lieu de s5paæyots. 
— 8 Ibid., II, xxı. —°® Adv, Ruf., lib. Il 











ÉCRIVAINS ORIENTAUX. MACAIRE ET AUTRES. 299 


Opera, ed. Gombefis, dans l’Auctuar. noviss., t. II, ei dans les Leçons 
de Canisius, ed. Basnage, t. I. Cf. Galland., Bid/., t. VI. Mingarelli, 
De Trinit., Bonon., 1769 ; Migne, sér. grecq., t. XXXIX. Cf. Tillemont, 
t, X, et Geillier, t. VII, ed. 2%, t. V. 


$ 53. Maeaire l’Aine ou l’Egyptien (mort en 390), 
et autres auteurs qui ont éerit sur l’ascétisme et la 
vie cénobitique. 


Entre les anciens écrivains qui ont porté le nom de 
Macaire, nous devons signaler surtout Macaire le Grand, 
qu'on a surnommé l’Egyptien , pour le distinguer d’un 
jeune contemporain surnommé l’Alexandrin ou le Cita- 
din. Il s'appelait aussi Macaire l’aine. Il ne faut pas non 
plus le confondre avec saint Macaire , ami et disciple de 
saint Antoine, supérieur du monastère de Pispir. 

Macaire l'Egyptien naquit en l’an 300 et arriva en 330 
dans le désert de Scète, où l’on conserve encore de nom- 
breux souvenirs de lui et or : homonyme. Il y vécut 
jusqu’en 390 dans l’ascétisn_ 1e plus rigoureux ‘. Il pas- 
sait pour un grand thaumaturge, et les autres religieux 
l'avaient en si haute vénération, que dès l’âge de qua- 
rante ans, ils l’appelerent le « jeune vieillard, » parce 
qu'il egalait en perfection les moines à cheveux blancs. 
Nous savons par un passage de Palladius qu'il était 
prêtre. | 

Ses ouvrages sont : 1. Cinquante Homelies spirituelles, 
exhortations adressées aux moines, où il traite de la vie 
ascétique, de la perfection chrétienne et de ses degrés, 
des difficultés et des tentations qu’on y rencontre. 

2. Sentences sur les objets de la vie ascétique, sur les 
expériences qu’elle fournit ; les réponses de Macaire aux 
demandes de ses disciples ont été probablement recueil- 
lies par ces derniers?. Gœrrès, parlant de l'influence 


1 Ce caleul résulte de l’Historia ad Lausum, c. xıx. Comparer la fin 
avec les chapitres 1 et var du commencement. — ? Migne, t. XXXIV, 
P. 


+ 


300 MANUEL DE PATROLOGIE. 


que ces homélies ont exercée plus tard sur les dévelop- 
pements de la mystique, dit « qu’on y trouve déjà toutes 
les formes de la mystique avec ses nuances les plus déli- 
cates !. » 

3. Deux ou trois lettres circulaires aux moines, et une 
courte prière, le tout édité pour la première fois en 1850, 
par H.-J. Floss. | 

Les sept Opuscules ascétiques, dont Poussines a donné 
en 1683 une premiere édition , ne sont point de Macaire, 
mais une compilation de ses homélies faite par Siméon 
Logothète ?. 

4. Quant à l’autre Macaire, surnommé l’Alexandrin, 
prêtre et religieux de Nitrie, on ne peut lui attribuer 
sûrement que trois petites sentences® et un court traité 
intitulé : Sermo de exitu aunimæ justorum el peccatorum. 

5. Nous devons aussi à d’autres moines de l'Egypte, 
des sermons , des règles monastiques, des sentences et 
des lettres sur la vie ascetique et la vie monacale. Nous 
en avons de Orsiesius, abbe de Tabennese, mort vers 380; 
de Serapion , évêque de Thmuis, mort en 359 (il existe 
encore de lui un petit écrit contre les manicheens) ; de 
Pacöme, abbé de Tabennèse, mort en 348 ; d’Antoine le 
Grand, mort en 356 ; d’Isaie et de Marc !’Ermite. Dans la 
suite, le plus important écrivain parmi eux, fut Evagre 
du Pont, né vers 350, et mort en 399 comme moine d’E- 
gypte. Plusieurs de ses écrits sont perdus; il ne reste 
que son Monachus, seu de vita activa, et quelques autres 
traités ascétiques peu étendus. 

6. Les œuvres de Palladius, évêque d’Helenopolis, 
tres-importantes pour l’histoire des ordres religieux au 
quatrième siècle, sont une des principales sources à con- 
sulter quand on veut étudier cette matière. Palladius, 


1 Préface des œuvres de H. Suso, éd. de Diepenbrock, Ratisb., 
4837. Lindner, Symbolæ ad hist. theolog. myst. de Macario, Lips, 
4846. — 3 Cf. Galland., Bibl. Patr., t. VII, p. 161. — ® Migne, 
t. XXXIV, p. 263. 





ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ÉPIPHANE, 301 


moine et ascète lui-même depuis 388, et depuis 401 évêque 
d’Helenopolis, connaissant personnellement un grand 
nombre d’ermites et d’ascetes de l’un et de l’autre sexe, 
consigna par écrit, en 421, sous le titre de: Historia Lau- 
staca, continens vilas sanclorum Patrum, tout ce qu'il avait 
vu ou entendu sur les ermites de l'Egypte, de la Lybie, 
de la Thébaïde, de la Cyrène, de la Mésopotamie, de la 
Palestine, de la Syrie, de Rome et de la Campanie; il ra- 
conte surtout leurs miracles avec une prédilection mar- 
quée. On trouve de nouveaux renseignements dans sa 
très-vaste collection de Sentences des Pères, et dans l’His- 
toire des moines égyptiens, ou Paradis‘. Mentionnons 
aussi les différentes règles monastiques qu'on attribue 
aux Macaires ou à d’autres supérieurs d'ordres *. 


Voir la collection de ces divers ouvrages, avec les recherches 
qu’ils ont provoquées, dans Migne, ser. grecq., t. XXXIV ; Galland., 
Biblioth., t. VIL; Holstenius, Cod. reg. monach., t. I, p. 19; P. Pos- 
sinus, Thesaurus ascetic., Tolosæ, 1684 ; Floss, Macarii AEgyptii 
Epistol.,homil. lucos, etc., cum vitis Macariorum AEgyptii et Alexand., 
Colon., 1860 ; Tillemont, t. VIIL; Ceillier, t. VII. Les auteurs des écrits 
mentionnés au n° 5 se trouvent dans Migne, ser. grecq., t. XLX, 
p. 867 et suiv; ceux de Marc, ibid., t. LXV. 


S 54. Saint Epiphane (mort en 403). “ 
Vita S. Epiph., de Polybius, ev. de Rhinocorura, Migne, t. XLI. 


Epiphane, né vers 310, dans un village de Palestine, 
non loin d’Eleuthöropolis, passa, dans le but de s’ins- 
truire, une partie de sa jeunesse en Egypte, où il résista 
vaillamment aux séductions des gnostiques qui tâchaient 
de l’attirer dans leur parti. Il embrassa ensuite la vie 
monastique, qui était alors dans tout son éclat, et établit 
pres de son village natal un couvent qu'il dirigea pen- 
dant plus de trente années. En 367, sa réputation de 
sainteté le fit nommer évêque de la métropole de Sala- 


A 


mine, dans l'île de Chypre. Evêque, il fut chargé par 
1 Migne, série grecq., t. LXV. — 3 Migne, t. XXXIV, p. 967, 


309 MANUEL DE PATROLOGIE. 


l'empereur de travailler à éteindre le schisme d’An- | 


tioche, et entreprit à cette occasion le voyage de Roms 
en 382. Mais sa principale sollicitude était la vie monas- 
tique et la pureté de la foi chrétienne, où il déploya sou- 
vent un zèle excessif qui lui faisait dépasser le but. Doué, 
il est vrai, d’un savoir étendu (il parlait cinq langues), 
il pechait par le défaut de pénétration. et de connais- 
sance des hommes : de là certaines démarches irrefle- 
chies et peu mesurées. 

Les erreurs d’Origene lui semblaient très- préjudiciable 
à la foi chrétienne ; il les considérait même comme ce qui 
avait été imaginé de plus absurde avant et après lui, et 
comme la véritable source,de l’arianisme. Dès qu'il s’agis 
sait d’Origene, son ardeur ne connaissait point de bornes. 
Ce fut lui qui, dans un voyage en Palestine, en 394, 
provoqua la querelle de l’origénisme, en s’élevant contre 
Jean, évêque de Jerusalem, très-attaché à Origène. Bien- 
tôt après, Théophile d'Alexandrie, esprit rusé et vindi- 
catif, abusa de l’aversion d’Epiphane contre Origene 
pour décréditer saint Chrysostome. A force de lui répé- 
ter qu’il était nécessaire d'empêcher l'introduction de l'o- 
rigénisme dans la capitale, où s'étaient réfugiés des 
moines partisans de cette doctrine, les quatre frères longs, 
il le décida à faire le voyage de Constantinople : c'était 
en 402. Epiphane, convaincu que saint Chrysostoine fa- 
vorisait l’origenisme, y déploya une grande hostilité 
contre lui. Il s’apercut plus tard qu’on l’avait trompé. 
Chrysostome lui ayant demandé d’un air surpris : « Sage 
Epiphane, est-il vrai que vous ayez parlé contre moi?» 
il lui fit cette réponse un peu embarrassé : « Athlète du 
Christ, sois éprouvé et triomphe. » Puis il quitta l'éclat 
faux et trompeur de Constantinople ; car «il avait hâte,» 
disait-il, en prévision sans doute de sa mort prochaine. 

En effet, le vaisseau qui l’emmenait ne le conduisit pas 
vivant jusqu’à l’île de Chypre. Accablé de vieillesse, il 
était immobile , rappelant à deux prêtres fidèles dont il 


. . 


BR. ‚nike 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ÉPIPHANE. 303 


tait accompagné les épreuves de sa vie, ses luttes contre 
es sectes diverses. Une tempête s'étant élevée vers le 
joir, il resta longtemps dans l'abattement et dans le si- 
ence, le Livre des évangiles placé sur son cœur. Puis s’e- 
ant ranime, il fit apporter des charbons et de l’encens, 
le fit brûler par ses prêtres, pria longtemps avec eux, 
leur dit adieu en les embrassant, et expira lorsque la 
tempête s’apaisait. Ses restes, ramenés à Salamine, y 
furent ensevelis avec de grands honneurs; et son nom 


demeura célèbre dans l’Orient et consacré dans les deux 
Eglises 4. » 


OEuvres de saint Epiphane. 


1. Contre les quatre-vingts hérésies, ou Iavapuv, en trois 
livres. Cette « boîte aux remèdes, » ainsi qu'il l’appelait, 
doit son existence à la prière de deux religieux. Leur 
lettre et sa réponse, où il fait une revue sommaire de 
son sujet, précédent le premier livre. Le Panarion lui- 
même est l’histoire des doctrines de quatre-vingts héré- 
sies, dont les matériaux sont empruntés à saint Irénée 
et à Hippolyte, qu'il cite souvent mot à mot. L'auteur a 
surtout imité le second ; comme lui, il mentionne les 
écoles philosophiques des Grecs et les sectes juives qui 
seloignent de la révélation ; comme lui enfin, il termine 
par une profession de foi. Il donne quantité de rensei- 
gnements qu'on ne trouverait point ailleurs, ce qui 
assure à son travail une valeur durable, d'autant qu'il 
est encore le plus complet. Il est regrettable que la 
critique y soit souvent absente. — L’Exposition de la foi, 
travail fort étendu (trente-un chapitres), forme l’appen- 
dice du précédent ouvrage. Lipsius a fait connaître les 


1 Villemain, Tableau de Péloq. chrét. au IVe siècle. (Cit. du trad.) 
Cf. Eberhard, Participation d’Epiphane à la controverse contre Ori- 
gene, Trèves, 1859, et L. Vincenzi, In Greg. Nyss. et Origen. scripta 
el doctrinam nova recensio, t. II. 


304 » MANUEL. DE PATROLOGIE. 


sources d’Epiphane, et publié des tables comparatives 
pour aider à la critique de ces sources !. 

2. L'auteur a rédigé lui-même un abrégé de son livre 
sous le titre de : Récapitulation. 

3. L’Anchorat fut écrit en 374, un an avant le Pans- : 
rion, à la prière de deux prêtres et d’un magistrat de 
Suedri, en Pamphylie. Il est dit dans les lettres qui la 
servent de préambule, qu’une portion des adversaires 
du Saint-Esprit s'étant rapprochée de l'Eglise, il s’agis- 
sait maintenant de les instruire convenablement. Comme 
il n'y avait là personne qui fût en état de le faire, on s'a 
dressa à l'homme le plus marquant et le plus rapproché, 
pour lui demander des instructions. Epiphane répondit 
par son Exposition de la foi chrétienne, Anchora, où i 
explique longuement les dogmes de la Trinité et del’n- : 
carnation , de la résurrection, du jugement et de la vie ” 
éternelle, mais en y mêlant bien des éléments étrangers 
à son sujet, tels que la réfutation d'erreurs païennes e 
manicheennes, de longs commentaires sur certains ob- 
jets mentionnés dans la Bible, etc. 

4. Nous avons encore de lui quelques Excursions bibli- 
ques, 1. dans le traité des Mesures et des Poids, très-utile 
pour les études d'introduction à l'Ancien Testament. Il y 
explique les signes critiques et grammaticaux, parle des 
traductions et rapporte une foule d’autres détails pre- 
cieux pour la science de l’herméneutique. I] traite enfin 
des mesures et des poids dans les quatre derniers cha- 
pitres (xxI-xxIv ); 2. dans les Douze pierres précieuses, 
explication des noms, de la figure et des propriétés des 
douze pierres précieuses qu’Aaron portait sur ses habits 
pontificaux, entremèêlées d’interpretations morales et alle 
goriques. Nous n'avons de cet écrit qu'une traduction 
latine et un ancien extrait en grec. 

5. Deux lettres d’Epiphane, traduites en latin, sont 
mêlées aux lettres de saint Jérôme. 

1 Vienne, 1866. 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. 8. CHRYSOSTOME. e 303 


Ouvrages douteux ou apocryphes. 


De prophelis eorumque obitu et sepullura ; — Sept ho- 
mélies ; — Tractatus de numerorum mysteriis ; le Physio- 
logue , recueil de notices merveilleuses sur les propriétés 
et les énergies naturelles de divers animaux, et sur les 
applications morales qu’on en peut faire. 

Enfin, on attribuait jadis à saint Epiphane un long 
Commentaire sur le Cantique des cantiques , parce que la 
traduction latine, seule connue pendant longtemps et 
un peu différente du texte, le lui attribuait. Mais après 
la publication du texte grec par M. A. Giacomelli, il est 
devenu évident qu'il émane de Philon, évêque de Car- 
pasium en Chypre, ami et évêque suffragant d’Epi- 
phane !. 

Epiphane a le style prolixe, quelquefois enjoué ; il 
manque de méthode. Mais il faut louer son érudition, 
son amour de la vie monastique et ascélique. 

Opera S. Epiph., græc. et lat., ed. Dion. Petavius, Par., 1622, in-fol., 
2 vol.; Œhler, Berol., 1859 et seq.; en grec seulement, par Dindorf, 
Lips., 1860 et seq.; Migne, ser. grec., L. XLI-XLIH. Philonis Carpasii 

Enarratio in Canticum canticorum, ed. Giacomellus, Roms, 1772. 
Gallandius, t. IX, in appendice ; Migne, ser. grecq., t. XL; cf. Tille- 
mont, t. X; Ceillier, t. VIU, ed. 2%, t. VI; Doucin, Hist. de la vie de 


S. Epiph., Paris, 1720. 


$ 55. Saint Jean Chrysostome (mort en 407). 


Voir la Préface de ses œuvres dans le premier vol. de l'édition 
Gaume (26 vol. gr. in-80 ); la Vie de saint Chrysostome, etc., même 
édit. (tom. XIII, pars prior). 


Jean, surnommé le Constantinopolitain, à cause de la 
position officielle qu’il occupa à Constantinople, et Chry- 
sostome ou Bouche d'Or, à raison de son aptitude ex- 
ceptionnelle pour l’éloquence, était né en 347, dans la 

1 Voir sur Philon, Polybius, Vita S. Epiph., c. xLix. Epiphanii 
Epist. ad Joann. Hieros., c. I. 

20 





306 , MANUEL DE PATROLOGIE. 


ville d’Antioche. Fils d’un père illustre, Sécundus, qui 
occupait le poste élevé de « maître des milices d'Orient, » 
il appartenait également, du côté de sa pieuse mère 
Anthuse, à une famille illustre et considérée. Veuve des 
l'âge de vingt ans, sa mère se consacra tout entière à 
son éducation et jeta dans son jeune cœur ces semences 
de piété dont l'influence s’étendit sur toute sa carrière 
et sur tous ses travaux religieux !. Sa première culture 
scientifique lui fut donnée par le rhéteur Libanius et 
par le philosophe Andragathius, sans préjudice de sa 
foi. L’admiration qu’excitaient ses progrès avait fait dé- 
sirer à Libanius de l’avoir un jour pour successeur, et ce 
célèbre rhéteur se plaignait amèrement que « les chre- 
tiens le lui eussent ravi par un sacrilége. » 

Chrysostome, après avoir plaidé quelque temps dans 
le barreau, renonca au tumulte des affaires publiques, 
malgré les perspectives brillantes qui s’ouvraient devant 
lui, pour se vouer à la vie solitaire et contemplative et 
s'appliquer à l’étude des saintes lettres, à l'exemple de 
Basile, cet ami de jeunesse auquel il était étroitement 
lié. Mélèce, le pieux évêque d’Antioche, développa les 
germes précieux de cette rare intelligence, et après l’a- 
voir initié aux vérités chrétiennes, le baptisa vers 369, 
et au bout de trois ans lui conféra le degré de lecteur. Ce 
vénérable pontife ayant abdiqué ses fonctions vers 370, 
et d’autres siéges étant devenus vacants autour d’An- 
tioche pour les mêmes motifs, plusieurs cités tournèrent 
leurs regards vers Chrysostome et son ami Basile. Ils 
s'étaient réciproquement promis de se soustraire à une 
semblable élection. Cependant saint Basile finit par céder 
aux instances de son ami, dans l'espoir que celui-ci en 
ferait autant. Saint Chrysostome ayant refusé par humi- 


1 Le païen Libanius, faisant allusion aux vénérables mères des 
grands docteurs de l'Eglise, Nonne, Anthuse, Monique, etc., s’écriait : 
« O Dieu de la Grèce, quelles femmes se trouvent parmi ces chré- 
tieus | » (Note du trad.) 





ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 307 


lité, on en vint à des explications en suite desquelles 
Chrysostome rédigea son célèbre opuscule du Sacerdoce, 
pour justifier son pieux stratagème. 

Vers le même temps, Chrysostome ayant perdu sa 
sainte mère Anthuse, se retira dans la solitude auprès 
des moines fixés autour d’Antioche, où il se félicitait 
« d’avoir échangé ce port assuré contre les flots d’une 
mer tumultueuse. » Associé à d’autres hommes travaillés 
des mêmes goûts, tels que Théodore, depuis évêque 
de Mopsueste, et Maxime, il s’adonna à la vie ascétique 
sous la direction du savant abbé Diodore, qui fut plus 
tard évêque de Tarse, et de Carterius, jusqu’en 380. 
À cette époque se rattachent ses premiers écrits : contre 
les ennemis de la vie cénobitique , laquelle lui paraît su- 
périeure à l’empire ; l’apologie de la virginité; deux 
lettres à Théodore, qui avait momentanément déserté la 
solitude et songeait à se marier. Sa santé affaiblie le con- 
traignit de retourner à Antioche, où il reçut le diaconat 
des mains de l’évêque Mélèce, revenu de l'exil ; après la 
mort de Melece, il fut ordonné prêtre par l'évêque Fla- 
vien, qui lui confia, à cause de son grand âge, la charge 
de prédicateur dans son église. 

Une insurrection provoquée par une taxe que l’empe- 
reur avait, etablie pour célébrer le cinquième anniver- 
saire de son fils Arcadius, venait d’eclater à Antioche 
(387) : on renversa les statues de l’empereur et celles de 
l'impératrice. Ce fut là, pour Chrysostome, l’occasion de 
déployer l'énergie de son caractère et la mâle austérité 
de sa science chrétienne. Tandis qu’une députation, ayant 
Flavien à sa tête, se hâtait vers Constantinople pour flé- 
chir la colère de l’empereur, Chrysostome pronongait 
devant le peuple d’Antioche, effrayé et abattu, ces fa- 
meuses homélies sur les statues, où il console, ranime et 
censure tour-à-tour son auditoire consterné, et où éclatent 
avec la sagesse du pasteur, la science du théologien et 
l'éloquence brillante de l’orateur chrétien. Douze années 


308 MANUEL DE PATROLOGIE. y 


plus tard, sa puissante parole obtint à Antioche les 
mêmes résultats, d’une part, contre les menées des hé- 
rétiques et des sectaires, de l’autre contre le paganisme 
et la superstition des mœurs, et surtout contre la passion 
des jeux du cirque et des comédies. 

C'est de sa période d’action à Antioche que datent ses 
meilleurs travaux d’exégèse : les Commentaires sur la 
Genèse, sur les évangiles de saint Matthieu et de saint 
Jean, sur la plupart des epitres de saint Paul, outre de 
nombreuses homelies. 

Contre ses vœux et ses prévisions, l'empereur Hono- 
rius le nomma, en 397, patriarche de Constantinople, 
après la mort de Nectaire. Chrysostome recut la consécra- 
tion des mains de Théophile d'Alexandrie, qui devait 
bientôt après le précipiter de son siége. 

Lorsque Chrysostome, avec une énergie croissante, 
renouvela dans la résidence impériale les anciennes atta- 
ques contre les anoméens et les novatiens, et qu'il s’en 
prit à la fois au peuple, aux grands et à la cour; lorsque, 
nouveau Jean-Baptiste, il critiqua sans ménagement les 
opinions hétérodoxes du puissant ministre Eutrope et de 
l’imperatrice Eudoxie ; lorsqu'on le vit agir vigoureuse- 
ment contre certains évêques indignes de son ressort, on 
fit les derniers efforts pour le perdre. 

Tous les partis hostiles se groupèrent autour d’Eu- 
doxie, blessée au vif dans son orgueil, et d’Eutrope. Ils 
tächerent surtout de gagner à leurs criminels desseins 
Théophile d'Alexandrie, jaloux du poste éminent qu'oc- 
cupait Chrysostome. Ils y parvinrent d’autant plus faci- 
lement que Théophile, chargé de graves accusations, 
devait se justifier en présence de Chrysostome , dans un 
concile tenu à Constantinople. Il ajourna son voyage, et 
sur ces entrefaites abusa de la confiance de saint Epi- 
phane pour décréditer Chrysostome, en le représentant 
comme un origeniste. Il arriva ainsi, chose incroyable, 
que Théophile arrivant à Constantinople assuré de l’ap- 











ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 309 


pui de l’impératrice, y parut non plus en accusateur, 
mais en juge. Chrysostome, qu'on avait chargé de griefs 
ridicules, fut déposé au concile du Chéne (403), après 
avoir justement refusé d'y comparaître. Lorsque, en 
vertu du décret de deposition , l’empereur Arcadius, prié 
d’expulser violemment saint Chrysostome de son siege 
patriarcal, le fit conduire, au mois de septembre 403, en 
Bithynie, à la faveur de l'obscurité du soir, une fermen- - 
tation extraordinaire éclata parmi le peuple, qui se sou- 
venait alors de tous les bienfaits qu'il avait recus de son 
père et de son pasteur. Le retour du patriarche fut ré- 
clamé au milieu des malédictions et des menaces profé- 
rées contre les auteurs de cet attentat, et arraché à l’em- 
pereur. Chrysostome fut ramené dans son église au 
milieu d’une indescriptible allegresse. 

Humiliés à ce point et obligés de fuir, les ennemis du 
patriarche épiaient le moment favorable de se venger et 
d'exécuter leur complot avec le concours de l’impera- 
trice; ils y comptaient d'autant plus qu’Eudoxie avait 
été tout récemment humiliée et aigrie par un discours 
du patriarche sur Herodiade. Cette fois encore, on eut 
recours à Théophile pour consommer le forfait, mais 
n’osant comparaître à Constantinople, il conseilla par écrit 
d'appliquer à Chrysostome le quatrième canon du concile 
d'Antioche (341) employé autrefois contre Athanase, et 
en vertu duquel un évêque déposé par un concile ne 
pouvait être réintégré que par un concile. On adopta 
ce parti, et le patriarche dut reprendre la route de l'exil. 
Chrysostome implora le secours de l’évêque de Rome, 
Innocent I”, qui s’intéressa vivement à ses malheurs. 
Toutefois, ses ennemis ne réussirent pas moins, à force 
d’imposture et de calomnies, à le faire exiler par Arcadius 
(c'était en 404, après la Pentecôte) ; et pour lui enlever 
tout espoir de relour, ils lui firent donner l’archidiacre 
Arsace pour successeur. Pendant ses courses à travers . 
la Bithynie, la Phrygie, la Galatie, la Cappadoce, la 


319 MANUEL DE PATROLOGIE. : 
Cilicie et l'Arménie, le saint patriarche. d’une com- | 
plexion délicate, épuisé. fut en proie à toutes les 
douleurs physiques. et essuya en plus d’un endroit les 
mauvais traitements d'un derge hostile et prévenu. 
A Constantinople, on décida encore le faible Arcadius à 
ordonner que l’illustre exilé serait déporté de Cucuse, 
en Arménie, où il poursuivait activement l'œuvre dela 
conversion des Goths commencée à Constantinople, à 
Pityus en Colchide, sitné aux extrêmes limites de l’em- 
pire, sur la rive orientale de la mer Noire. Le généreux 
athlète succomba à tant de fatigues avant d’avoir atteint 
le terme de son voyage, et mourut le 14 septembre 407, 
en prononcant ces paroles de Job : « Beni soit le Sei- 
gneur en toutes choses! » Cédant aux instantes prières 
des fidèles emus de tant de souffrances, Théodose II fit 
ramener à Constantinople le corps du saint pontife : 
L’Hellespont était en feu, les rues de la ville éelairés : 
par des flambeaux, quand les restes mortels de saint 
Chrysostome furent ramenés triomphalement et inhumés 
dans l’église des Apôtres. L'empereur, agenouillé devant 
son cercueil, implorait de ses parents, de sa pieuse mère 
surtout, l’oubli des injustices et des tourments infligés à 
ce fidele pasteur. 


Ouvrages de saint Chrysostome. 


De tous les Pères grecs, Chrysostome est celui qui a 
laissé le plus d'ouvrages. Ce sont : des explications de 
l'Ecrilure sainte, des sermons, des traités de dogme et de 
controverse, de morale et d’ascétisme, des lettres !. 


Commentaires sur l'Ecriture sainte. 


Ces commentaires embrassent la majeure partie de 
ses travaux littéraires ; ils occupent près de neuf volumes 
de l'édition Gaume (ou benedictine), et s'étendent à la 

118 volumes en 26 parties, édition Gaume. 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 311 
plupart des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament. 
Quoique présentés sous forme d’homelies, ils donnent 
cependant, dans la première partie, des explications très- 
exactes sur les mots, sur les particules elles-mêmes et 
sur les choses. Le sens est solidement établi d'après le 
contexte et l'esprit général des saintes Ecritures. La 
seconde partie est réservée aux exhortations morales 
et ascétiques. Cette méthode déjà employée par saint 
Ephrem le Syrien, concilie les deux procédés contraires 
d’Antioche et d'Alexandrie ; elle n’étend pas l'inspiration 
aux mots eux-mêmes, comme le faisaient les alexan- 
drins, mais uniquement aux vérités’ dogmatiques et 
morales ; et, contrairement à l’école d’Antioche, elle ne 
bannit pas absolument la recherche du sens allégorique; 
seulement elle se garde de l’exagerer et ne le croit pas 
essentielle dans l'explication de l’Ecriture. - 

Parmi les commentaires sur l'Ancien Testament, on a 
toujours préféré les suivants : soixante-sept Homélies et 
neuf Sermons sur la Genèse, Expositions sur les Psaumes 
M-XII, XLI-XLIX et CVII-CL?; cinq Sermons sur Anne, et 
trois Homelies sur David et Saul®; Commentaire sur le 
prophète Isaïe, e. ı-vın, 10; six Homélies sur ce texte: 
« J'ai vu le Seigneur“; » deux Homélies sur l’obscurité 
des prophéties. — L’authenticite, ou du moins l'intégrité 
du Commentaire sur le prophète Daniel est révoquée en 
doute 5. | 

Parmi ses explications sur le Nouveau Testament, 
on tient en grande estime les quatre-vingt-dix Homélies 
sur saint Matthieu, et particulièrement sur le sermon de 
la montagnef. Moins heureuses sont les quatre-vingt- 
huit Homélies sur saint Jean” et les cinquante-cinq Homé- 
lies sur les Actes des apötres®. Les meilleures sont 
incontestablement les Homélies sur toutes les épîtres de 


Tom. IV. —?T.V. —®T.IV. —* Is., c. vi, 1. — 8 Cf. Montfau- 
con, in ed. Gaume, ad hunc lib.; Mai, Collect. nov., t. I, p. XXXII 
(à partir d’Isaie, tome VI). — © T. VIL — 7 T. VIIL — ST... 


3123 MANUEL DE PATROLOGIE. 


saint Paul‘, que saint Chrysostome lisait avec üne pré- : 


dilection particulière. Voici en quels termes il s’exprime 
dès le début de l’homélie qui sert d'introduction à l’épitre 
aux Romains: « Si j'entends autrement certains endroits 
de saint Paul, je ne le dois pas à l'excellence et à la 
pénétration de mon esprit, mais à la lecture incessante 
de ses écrits et à l’amour ardent que je lui porte. En 
entendant lire ses écrits deux fois par semaine, souvent 
même trois et quatre fois, quand nous célébrons la mé- 
moire des martyrs, je me réjouis au son de cette trom- 
pette spirituelle, je tressaille, je brüle de desir..., et il 
me semble que jé le vois présent. » 

On a souvent attaqué l'authenticité de la Synopsis 
Veleris et Novi Testament, quasi commonitorii (commen- 
tarii brevis?)? 

Discours religieux. 


1. Dogmatiques et polémiques. Douze Homiliæ contra 


Anomæos, seu de incomprehensibili, ıd est, de incomprehen- . 


sibili Dei natura. La plupart ont été prêchées à Antioche 
avant l’épiscopat du saint docteur; les dernières sont de 
l'évêque de Constantinople. Les huit Homélies contre les 


en . - 


m nn ms net ee an 1 U WEPERPPEEEF URS 


Juifs sur la divinilé de Jésus-Christ (quod Christus sit 


Deus) datent de sa période sacerdotale à Antioche®. 
L’Homelie sur la résurrection des morts roule sur la 
démonstration de ce dogme fondamental du christia- 
nisme*. 

A cette catégorie, nous pouvons ajouter encore : 

Les vingt et une Homélies sur les slutues, au peuple 
d’Anlioche?, car on y trouve, à côté d’exhortations mo- 
rales, plusieurs grandes vérités dogmatiques déve- 
loppées d’une façon originale. | 

Deux Catéchèses (ad illuminandos), où prédomine l’élé- 
ment moral. Elles sont adressées aux catéchumènes et 
aux néophytes. | 

1 T. IX-XIL —32T. VI. — ST, L —4T. IL — TU. 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 313 


La Liturgie de saint Chrysostome occupe une place im- 
portante parmi les liturgies orientales. 

2. Homélies pour les féles du Seigneur, et Panégy- 
riques des saints. 

Homélie pour la nativilé de Notre-Seigneur, de l’année 
386; Homélie sur le baptéme de Jésus-Christ et sur 
l’'Epiphanie; deux Homélies sur la trahison de Judas; 
Homélie sur le cimetière et la croix; deux Homélies sur 
la croix et le larron; Homélie sur la résurrection, le 
saint et grand jour de Pâques; Homélie sur l'ascension 
du Seigneur ; deux Homélies sur la Pentecôte. 

Entre les Panégyriques des saints, celles de son apôtre 
favori méritent la préférence : 

Sept Homélies sur les louanges de l’apôtre saint Paul, 
prononcées à Antioche; sur plusieurs saints de l’Ancien 
Testament : Job, Eléazar, les Maccabées et leur mère; 
sur des saints du Nouveau Testament : d'abord trois 
Homélies sur les martyrs en général, savoir : Sermon 
des saints martyrs; Homélie sur les marlyrs, et Homélie 
sur tous les saints martyrs. Viennent ensuite d’autres 
homélies sur des martyrs particuliers : Julien, Barlaam, 
Juvence, Maxime, etc.; puis sur les saints évêques de 

l'Eglise d’Antioche : Ignace, Babylas (et aussi contre 
Julien et les Gentils), Philogon, Eustathe et Mélèce, sur 
le prêtre et martyr Lucien ; une Homélie à la louange de 
Diodore, évéque de Turse; une Homélie à la louange de 
Théodose le Grand. L’Encomium sancti Gregorii illumi- 
naloris, et plusieurs homelies sont donnés pour apo- 
cryphes ou comme interpolés dans l'avertissement qui 
les précède dans l’édition Gaume, t. XII, p. 1065. 

3. Discours moraux pour exciter à la plupart des 
vertus chrétiennes, détourner des vices grossiers et des 
mauvaises habitudes, comme la fréquentation du cirque 
et du théâtre. On y trouve également cinq homélies sur 
la prière et une sur la pénitence. Les Sermones de conso- 

IT. XI, édition Gaume. 


314 MANUEL DE PATROLOGIE. 


latione mortis n'ont été conservés qu’en latin, de même 
que : Sermones aliquot de terre motu, à l'occasion de 
fréquents tremblements de terre. 


Traités moraux et ascéliques. 


Le plus connu et le plus divulgué sont les six livres | 


de son traité du Sacerdoce; nous avons dit plus haut à 
quelle occasion ils ont été écrits. L'auteur, dans un lan- 
gage magnifique, diffus et déclamatoire en certains 
passages, décrit l’excellence et la sublimité du sacerdoee, 
les devoirs et les responsabilités qui y sont attachés: 
il recommande instamment de les inculquer à tous ceux 
qui aspirent à l’ordination sacerdotale, dont lui-même 
se jugeait indigne. 

Appuyé sur saint Jean‘, il considère le sacerdoee 
comme la plus grande preuve d'amour envers Jésus- 
Christ; il est d’autant plus magnifique qu’il est utile & 
une foule innombrable d’hommes, puisque le prêtre, 


tenant la place de Dieu, dispense aux hommes les rr ! 
chesses du salut. Quand il compare la dignité sacerdo- . 
tale avec la dignité royale, il trouve que la première * 


l'emporte autant sur la seconde que l’äme est plus 
excellente que le corps. « Quand vous voyez le Seigneur. 
immolé et étendu sur l’autel, le prêtre incliné sur la 
victime et priant, tous les assistants couverts de ce sang 
précieux , pouvez-vous croire que vous êtes encore 
ici-bas parmi les hommes?? Mais aussi plus la dignité 
est élevée, plus la responsabilité est lourde; elle serait 
trop lourde même pour les épaules des anges. Quelle 
pureté surtout et quelle crainte de Dieu ne doit pss 
avoir le prêtre pour offrir le redoutable sacrifice, rece- 
voir dans ses mains le Maitre de l’univers, pendant que 
les anges se tiennent autour de lui, que le chœur des 
Vertus célestes acclame le Seigneur et environne l'autel 





2 = 


pour honorer la victime! Que ne doivent pas être, je le | 


1 xx], 46. — 3T, INT, 1. 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 315 


demande, les mains qui font un tel office, la langue qui 
prononce de telles paroles (celles de la consécration)! 
Combien doit être pure et sainte, plus pure que toutes 
choses, l’âme destinée à recevoir un tel esprit! Il faut 
donc que le prêtre l'emporte en vertu sur tous les 
autres, de même que Saül était au-dessus de tout le 
peuple d'Israël. Et quels écueils, et quels orages n’a-t-il 
pas à éviter! « L’äme du prêtre est assaillie par plus 
de vagues et d’orages que l'Océan lui-même. » Il doit 
connaitre les choses de la vie humaine autant que ceux 
qui sont le plus mêlés au monde, et en être en même 
temps plus dégagé que les solitaires qui vivent dans les 
montagnes. Quelle vigilance, quelle connaissance des 
âmes , quelle science théologique ne faut-il pas pour 
instruire et diriger tous les états, chacun selon ses 
besoins! « Le même mode ne convient pas pour gou- 
verner tous les esprits, pas plus que les médecins ne 
prescrivent le même remède à tous les malades. » — 
Que lui sert-il de bien combattre les Grecs, si les Juifs le 
volent, ou de vaincre les uns et les autres, s’il se laisse 
piller par les manichéens? Pour cela, le prêtre doit 
posséder à un haut degré la force de la parole. « En 
dehors des œuvres, nous n’avons qu’un instrument, 
qu'un moyen de salut, la parole et la doctrine; elles 
nous tiennent lieu de médecine, de feu, de fer : veut-on 
brûler ou couper, c'est là ce qu'il faut employer; si 
cela ne sert à rien, tout le reste est inutile. » Cependant, 
malgré tous les soins qu'il donne au fond et à la forme 
de sa prédication, le prêtre ne doit point se laisser sé- 
duire aux applaudissements de la multitude. Il doit 
posséder le don de la parole et mépriser la louange. En 
travaillant ses discours, il ne doit songer qu’à plaire à 
Dieu. Et quelle n’est pas la responsabilité du prêtre, 
oblige de répondre non-seulement de ses propres fautes, 
mais encore de celles d'autrui ! 

Exhortlatio ad Theodorum lapsum, Libri II; — Adver- 


316 MANUEL DE PATROLOGIE. 


sus oppugnalores vilz monasticæ, libri II], auquel est 
annexé, dans l’edition Gaume, la Comparaison du roi et 
du moine; — De compunctione ad Demetrium monachum, 
libri III; — Ad Stagirium ascelam a dæmone vezxalum, 
de Providentia, libri III; — De virginilate; — Ad 
viduam juniorem et De non iterando conjugio, libri II; 
— Adversus eos (clericos) qui habent virgines subiniro- 
ductas, et Quod regulares feminæ viris cohabitare non 
debeant!; — Liber, quod nemo læditur a se ipso, et Liber 
ad eos qui scandalisali sunt ob adversitates?. 


Letires. 


L’edition Gaume en contient deux cent quarante- 
trois ; elles donnent d’importants renseignements sur la 
vie et les travaux de saint Chrysostome, et sur l’histoire 
ecclésiastique contemporaine. 


Doctrine et particularités de saint Chrysostome. 


La seule énumération de ses œuvres laisse deviner 
dans quelle large mesure il a dü s'occuper des différentes 
parties du dogme et de la morale chrétienne. L’educa- 
tion qu’il avait recue à l’école d’Antioche et la tournure 
naturelle de son génie lui donnaient peu de goût pour 
l'exposition spéculative des vérités dogmatiques. Il les 
aborde surtout par le côté pratique. Son importance 
n'est pas dans le dogme, mais dans la morale; il sait 
admirablement personnifier les vertus chrétiennes, il les 
embellitetles recommande puissamment par les exemples 
qu'il emprunte à l'Ancien et au Nouveau Testament. 

4. Aussi sa théodicée n’offre rien de particulier. Ce qui 
l'intéresse avant tout, c'est qu'on donne un sens divin 
aux expressions humaines qu'on applique à Dieu et à 
ses attributs : « Ne vous arrêtez point a l’imperfection 
des termes, mais expliquez-les d'une manière digne de 
Dieu. Quand vous entendez dire que Dieu engendre, ne 

1 Tous ces traités dans le tome I. — 3 T. III. 








ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 317 


songez point à un partage, mais à une communauté d’es- 
sence ; ces expressions et beaucoup d'autres, Dieu les 
a empruntés à nous, et nous les avons empruntées à lui, 
— pour notre honneur. » 

Sur la Trinité, il s’en tient à cette formule de l'Eglise : 
unité de l'essence, diversité des personnes, qu’il explique 
par des textes de lEcriture. Il entre d'autant moins 
dans l’exposition spéculative de cette doctrine, que par- 
tout, mais surtout en face des subtilités des anoméens, 
il insiste énergiquement sur la nécessité de foi. « Si 
l'homme est incapable de comprendre les choses ter- 
restres qui l’environnent, s’il ignore comment il est né, 
comment il se nourrit et se développe, à plus forte raison 
ne peut-il comprendre les choses supra-terrestres, sur- 
tout la nature divine, qui surpasse toute conception. » 

2. Dans l’anthropologie, au contraire, et dans la doc- 
trine de la rédemption, il entre dans de nombreux et 
longs éclaircissements ; il est souvent original, surtout 
dans sa diction. Il enseigne que dans l’origine l’homme 
élait immortel, même quant à son corps ; « car s’il eût 
été mortel , il n’aurait pas été condamné à la mort comme 
à un châtiment. » Ces mots : Dieu a créé l’homme à son 
image et à sa ressemblance, ne doivent pas s’entendre 
d'une égalité de nature, mais d’une ressemblance de 
pouvoir. Nous devons ressembler à Dieu par la douceur, 
par la miséricorde, par toute sorte de vertus ; nous de- 
vons régner sur nos pensées , sur nos désirs deraison- 
tables et mauvais, et les soumettre à l’empire de la rai- 
son. » Le point de vue pratique, comme on le voit, 
reparait aussitôt dans le cours de ses explications. La 
chute et ses conséquences spirituelles et corporelles sont 

surtout traitées avec de grands détails. 

3. Quand saint Chrysostome aborde la personne de 
Jésus-Christ et l'œuvre de la rédemption, il a grand soin 
de ne pas séparer les deux natures, la « parfaite nature 
divine et la nature humaine, » contrairement à ce qu’on 


318 MANUEL DE PATROLOGIE. 


avait coutume de faire dans l’école d’Antioche : « Etre 
concu par une mère et reposer dans son sein, c’est là, 
dit-il, un attribut de l’humaine nature ; mais être conçu 
par une mère qui n’a jamais été reconnue, cela passe la 
nature humaine en magnificence. » Voilà pourquoi le 
Christ possède à la fois la nature divine et la nature hu- 
maine. « Si la forme divine est un Dieu parfait, la forme 
d’esclave est aussi un esclave parfait. — Gardons-nous 
de les confondre aussi bien que de les séparer. Quand je 
dis un, je dis union des deux, je ne dis pas mélange, 
ou changement d’une nature en l’autre. » Et comme les 
anomeens invoquaient les textes de l’Ecriture où le Christ 
se déclare lui-même et est déclaré par les apôtres infe- 
rieur au Père, Chrysostome répond qu'ils ont fait cela 
pour quatre raisons : 4. pour convaincre les hommes à 
venir que le Christ a véritablement pris la nature hu- 
maine, et non pas un corps fantastique ; 2. à cause de la 
faiblesse de leurs auditeurs ; 3. pour leur enseigner l'hu- 
milité, 4. pour nous empêcher de croire que cette union 
sublime et ineffable qui a lieu dans la Trinité, ne consti- | 
tue qu’une personne divine. | 

4. La rédemption a eu trois avantages : 1. elle a de- 
truit les maux et les peines de la première chute; 2. elle 
nous a rendu les biens que nous avions perdus, en sorte 
que maintenant le Christ est libre tout en étant dans la 
servitude, ce qui vaut mieux que la première liberté, 
3. le Christ nous a promis des biens plus excellents que 
ceux que nous avions dans le commencement et avant la 
chute. — La victoire est parfaite, rien ne manque plus à 
notre triomphe. 

5. L'Eglise est une avec le Christ. « De même que le 
corps et la tête constituent un homme, de même le Christ 
et l'Eglise ne font qu'un. » L'Eglise est donc unique par 
toute la terre, parce qu'elle n’a qu'un maître qui est com- 
mun à tous. Elle est fondée par le Saint-Esprit, qui est 
venu sous forme de langues de feu, afin de purifier de 








ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 319 


es souillures le monde qui avait été désuni par la c5n- 
usion des langues. » 

6. Sur les sacrements, considérés comme signes sen- 
ibles de la grâce invisible, saint Chrysostome enseigne 
que «le Christ ne nous y donne rien de sensible, mais 
eulement des choses spirituelles sous des éléments vi- 
ibles. » — « Si vous étiez sans corps, il aurait pu vous 
ommuniquer ses dons d'une manière tout incorporelle; 
nais votre âme étant unie à votre corps, il vous donne 
les choses spirituelles sous des formes sensibles ?, » Il 
lit en parlant des effets des sacrements : « C’est par les 
acrements que le Christ s’unit aux fidèles. » 

1. L'Eucharistie, saint Chrysostome le répète en divers 
passages, est «le corps et le sang du Christ,» — «un 
sacrifice saint et redoutable. » — « Ne regardons pas à 
qui est devant nous, mais demeurons fermement atta- 
ches à la parole du Christ. Sa parole est infaillible , tan- 
dis que nos sens sont sujets à l'illusion. Et puisqu'il a 
dit: Ceci est mon corps, soumettons-nous et considérons- 
le avec les yeux de notre esprit. » Aussi exhorte-t-il les 
fidèles, de toute la puissance de son âme, à se bien pré- 
parer à la réception du corps et du sang de Jésus-Christ : 
«‘J'exposerais plutôt ma vie, dit-il, que de donner le 
corps du Seigneur à un indigne ; » — car « s’il n’est per- 
sonne qui osât recevoir un roi avec irrévérence, ni même 
toucher son vêtement avec des mains impures, comment 
pouvons-nous traiter avec tant d’irrévérence le corps 
de ’Homme-Dieu, qui est au-dessus de tout, ce corps pur 
etimmacule qui est uni à la nature divine, et par qui 
nous avons la respiration et la vie? Ah! je vous en prie, 
le nous précipitons pas nous-mêmes dans la mort, mais 
ıpprochons-nous de lui avec respect et une grande pu- 
tele. Et quand vous le verrez là étendu, dites-vous : 
Grâce à ce corps, je ne suis plus cendre ni poussière, je 
de suis plus un captif, mais un affranchi. Par lui, j’es- 

!Hum. 11 in Pent.; Hom. xxxV in I Cor. —% Hom, LxxxIu in Matth. 





320 MANTEL DE PATROLOGIE. 


père la vie éternelle, la condition des anges, le com- 
merce de Jésus-Christ. Ce corps percé d’épines et flagelle, 
la mort n'a pu le retenir. Devant lui, le soleil s’est voile 
de ténèbres quand il l’a vu suspendu à la croix. — Voilà 
ce corps qui a été inonde de sang, percé d'une lance et 
qui a ouvert pour l'univers entier deux sources de salut 
d'où l’eau et le sang ont jailli. — Voulez-vous encore 
éprouver sa vertu d’une autre manière : interrogez cette 
femme affligée d’un flux de sang et qui toucha, non pas 
sa personne, mais seulement la frange de son habit. In- 
terrogez la mer qui le porta sur ses vagues. Demandez 
aux mauvais esprits d'où vient que leur puissance a été 
brisée , à l'enfer ce qui lui a ravi sa victoire : ils ne vous 
nommeront pas autre chose que ce corps crucifié. De- 
mandez aussi à la mort : D'où vient que ton aiguillon est 
émoussé et ta force abattue? autrefois si redoutable à 
tous, comment es-tu devenue douce même aux enfants? 
Et elle sera contrainte d’en attribuer la cause à ce corps. 
En effet, dès qu'il fut attaché à la croix, les morts res- 
susciterent, les sépulcres s’ouvrirent et les morts revin- 
rent à la vie. Et ce corps, il ne l'a pas seulement livré à 
nos embrassements, mais, pour nous prouver toute l’in- 
timité de son amour, il nous l’a encore donné à manger. 
Mais aussi, plus le bienfait est grand, plus grand sera 
notre chätiment, si, par notre indifference ou par nos 
sentiments impurs, nous nous rendons indignes d’un tel 
bienfait. » 

8. Les explications aussi developpees qu’attrayantes 
sur les rapports de la liberté et de la grâce, servent de 
transition entre le dogme et la morale, qui est le veri- 
table terrain de saint Chrysostome. 

9. Parmi les différents moyens de salut, saint Chry- 
sostome recommande surtout la prière : « Un roi, dans 
son. vêtement de pourpre, a moins d'éclat que n’en donne 
à l’homme en prière son entretien avec Dieu. Si, en pré- 
sence de toute l’armée, des généraux et des princes, un 








ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOMÉ. 391 


homme s’avance et s’entretient en particulier avec le 
prince, il attire aussitöt sur lui tous les regards et ac- 
quiert par là une plus grande considération. Ainsi en 
est-il de celui qui prie. Reflechissez, en effet, à ’impor- 
tance de cette action : un homme, en présence des anges, 
des archanges, des séraphins, des chérubins et de toutes 
les puissances célestes, ne craint pas d'approcher en 
toute joie et confiance le Roi des rois, et de s’entretenir 
avec lui! Quel honneur peut égaler celui-là? Mais ce 
n'est pas seulement un honneur, c’est encore un grand 
profit que nous retirons de la prière, avant même d’a- 
voir reçu ce que nous demandons. 

En effet, sitôt qu’un homme élève ses mains au ciel 
et invoque le Seigneur, il déprend son cœur de toutes les 
choses terrestres et s'élève en esprit dans la vie future. 
Il ne pense plus qu'aux affaires du ciel, et pendant qu'il 
prie, si toutefois il prie bien, il n’a rien de commun 
avec la vie d’ici-bas. Si sa colère s’enflamme, elle est 
facilement apaisée par la prière. De même qu'au lever 
du soleil, toutes les bêtes féroces prennent la fuite et se 
cachent dans leurs repaires, de même, quand la prière 
sort de notre bouche et de nos lèvres comme un rayon 
du soleil, et que notre âme est illuminée, toutes les 
pensées impures et animales disparaissent et se cachent, 
pourvu que nous priions avec ferveur, avec un esprit 
attentif et une âme vigilante. La prière est un port au 
milieu de la tempête, une ancre au sein des flots tumul- 
tueux ; pour celui qui chancelle, c’est un soutien, pour le 
pauvre un trésor, pour les riches un gage de sécurité, 
un préservatif contre les maladies et une garantie de la 
santé. — La prière est le refuge de la douleur, la source 
de la gaîté, une cause de joie incessante, la mère de la 
Vraie sagesse. — « Cependant, je ne parle pas d’une 
prière faite du bout des lèvres, mais d'une prière qui 
sort du fond du cœur. Comme les arbres qui ont de 
profondes racines résistent aux assauts des vents mille 

21 


329 MANUEL DE PATROLOGIE. 


fois répétés, ainsi la prière qui jaillit des profondeurs 
de l'âme, ayant de vigoureuses racines, s’élève tran- 
quillement dans les hauteurs et n’est troublée par 
l'orage d'aucune pensée. De là, cette parole du pro- 
phète : «Du sein de l’abime, j'ai crié vers vous, Ô mon 
Dieu. » 

Mais la prière qui monte le plus haut est celle qui 
s'élève d'un cœur oppressé, mais fervent; de même que 
les eaux qui traversent la plaine et qui se répandent au 
loin ne peuvent s'élever dans les airs, tandis que, con- 
tenues et poussées dans des canaux, elles s’élancent 
dans l’air plus rapides qu'une flèche; ainsi l’äme hu- 
maine, tant qu'elle jouit d’une grande liberté, se dissout 
en quelque sorte. Si, au contraire, elle est opprimée 
par le malheur, elle envoie au ciel de pures et harmo- 
nieuses prières, et c'est ce qui fait dire au prophète: 
« Dans ma détresse, j'ai crié vers le Seigneur, et il m'a 
exaucé !! » 

Tout bien pesé, nous trouvons que la qualité qui do- 
mine au milieu des œuvres si diverses de saint Chrysos- 
tome, c'est une éloquence douce et gracieuse, quoique 
dans le goût du temps, une exégèse assez méthodique, 
et un zele vigoureux, couronné souvent de grands 
succès, pour la discipline ecclésiastique. 


Omnia opera, edit. emend. et aucta, 26 vol. in-8°, 2 col., ap. Gaume, 
fratres. Cette édilion, qui est la reproduction de celle de Montfaucon, 
est la meilleure : 400 fr. — Edit. Salvilius, Etonæ, 1619, in-fol., 8 vol.; 
græc. et lat., ed. Fronto Ducæus et Morellus, Par., 1609-1633, in-fol., 
42 vol., recus. Paris, 1636. Venet:, 13 vol. in-fol. Cf. Tillemont, t. X]; 
Dupin, t. II, p. 1; Ceillier, t. IX, ed. 2%, t. VII; Neander, Jeun Chry- 
sostome et l’Eglise à son époque, surtout ’Eglise d’Orient, 3° éd. 
Augsb., 1848, 2 vol. ; Héfelé, Postilles de saint Chrysostonie, soixaute- 
quatorze sermons tirés de ses Œuvres, 3° édit., Tubing., 1857. 


1 Orat. de incomprehens., contra anom., V. 











ÉCRIVAINS ORIENTAUX. SYNÉSIUS. "+ 393 


S 56. Synésius, évêque de Ptolémaïs (mort vers 414). 


Cf. Notitia historica ex Petavii notis ad Synes. Opera. Notitia litte- 
raria ex Fabricii Bibl. græc., t. IX ; et l’article Synésius de Krabinger 
dans le Dictionn. encyclop. de la théol. cath., &d. Gaume. 


Synésius, issu d’une famille noble et illustre, naquit 
à Cyrène, dans la Pentapole égyptienne, entre 370 et 
375. Il fit ses études à Alexandrie, fut initié aux mathe- 
matiques et à la philosophie (néoplatonicienne) par les 
leçons d’Hypatie, cette fille spirituelle du mathématicien 
Théon , cette femme en manteau de philosophe, à 
laquelle il donne encore dans sa dernière lettre les noms 
de mère, de sœur et d’institutrice, et qui fut assassinée 
dans une insurrection populaire (415). La force remar- 
quable d’eloquence où il atteignit après ses premières 
années d’études, décida ses concitoyens à l'envoyer à 
Constantinople, quoique très-jeune encore, porter une 
couronne d'or à l’empereur Arcadius (390). Il attendit 
un an avant d'obtenir audience. Il y prononca un 
discours sur la royauté, qui, malgré sa franchise et sa 
hardiesse, fut mieux accueilli que la couronne. Après 
avoir passé à Constantinople trois années malheureuses 
et tourmentées, il retourna à Cyrène, mélant au goût 
des lettres et des sciences la passion de la chasse et de 
l'agriculture. Cependant, au milieu de ses travaux phi- 
losophiques, la solitude lui pesait?, et comme on ne 
cessait de lui répéter de toutes parts « qu'il devait aller 
à Athènes, » il s’y rendit enfin; mais le désenchante- 
ment ne se fit pas attendre. « De tant de magnificences, 
disait-il, les Athéniens n’ont plus que le nom, la philo- 
sophie elle-même les a quittés; c'est l'Egypte qui est : 
maintenant le foyer de la philosophie, dont les semences 
y ont été répandues par Hypatie®.» ll résida de nou- 


1 Edition grecq. et allem., par Krabinger, Munich, 1825. — ? Ep. ci. 
— 3 Ep. cXXXVI. 


F- — LaNTI IE PAYRHOCE- 


Dar ı Axa oem 2 jesquaun commenct- 
mec 0: sie le om epugmr de probablement sa 
TES rss agaele» ’’archesèque d'Alexandre, 
Tbargécs ont : wur use dent d eut trois fils. 
Rap: Cam  Crremsiqme où à se livra derechef 
ass rage sv es ja vorı de peuple et du clergé 
+ drmumöa QUEÇDE mar. pour évèque de Ptolemais 
‘49 _ Some reprassa d'aburd ces offres, d'une parti 
case Ôe ia ke de cfa : car « D me voulait ni se séps- 
rer de sa em ur vivre fartivement avec elle comme 
un aebvre -  'astre part parce qu'il ne croyait ps 
ane Que Ses <GinuRs sur la preexisience de l'âme, 
sr ds mad et la resarrection des morts fussent 
aa kurmier- avec la évrtrme de l'Eglise. Cependant les 
Biss <oeravmt qu la eräne divine, qui déjà avai 
pere en nc da 3 zramdes choæs acheverait son ou- 
vrase. et. en ‘ai meimirami la pleine vérité, lui donnerait 
ia fre de » resemer. Cet espoir ne fut point déçu‘. . 
Promu à lvèche de Piolemais, et investi par Théo- 
phix de la jersbrtion metropolitaine sur la Pentapok, 
Stmsus. masre la difficulie des temps, remplit fidèle 
ment sa char et «int de grands succès. Il réconcilia 
ks parts reirwux. mainkınt la discipline ecclésiastique, 
notamment en fa» des cruautes du gouverneur Andro- 
nique. mourut probablement en 414, attristé par les 
frequentes incursions des Barbares dans sa patrie, que 
ni son courage militaire. ni ses connaissances mathé- 
matiques et strategiques, ni surtout la mort de ses trois 
fils ne purent sauver. La mort de cet homme éloqueni 
- termine l'histoire de la Pentapole lybienne, où le chris- 
tianisme avait penetre de bonne heure?, et dont les 
monuments grandioses font encore aujourd'hui l’étonne- 
ment du voyageur. 
" Cf. Evagr., Hist. eccl., I, xv. — ? 4ct., u, 10 et 13, 1; Marc., X, 


sn atunhibe à. 


ÉCRIVAINS ORIENTAUX. SYNÉSIUS. 395 


Travaux littéraires de Synesius. 


De ses nombreux travaux littéraires, nous. possédons 
seulement : 

4. Cent cinquante-cing Lettres (cent cinquante-six avec 
‘e supplément de Possinus). Elles témoignent de la ri- 
chesse de son génie, de sa grandeur d'âme, de son 
activité universelle et de ses progrès dans les idées 
chrétiennes; on y trouve aussi de nombreux détails sur 
la situation politique et religieuse du temps. — Nous 
avons cité plus haut son Discours sur la royauté. 

2. Traités : Dio, vel de ipsius vitæ institulo; De in- 
somniis. Pétau trouve que l'esprit païen domine encore 
entièrement dans l’une et l’autre : Liber de somnüs, 
dit-il, merum culiorem deorum redolet, neque vel pilum 
christiani habet nominis... nec aliud de Dione judicium est. 
L’Eloge de la calvitie (calvitii enconium) est évidemment 
une satire dirigée contre les sophistes!; Æogypiius seu 
de providentia ?. Dans la lettre cinquième, Synésius 
exhorte les prêtres de son diocèse à ne rien négliger 
pour expulser la secte des eunoméens qui s’etait glissee 
dans son diocèse. De doro astrolabii dissertatio. 

3. Homélies et sermons. De ses deux homélies, nous 
n'avons que des fragments. Nous n’avons également 
que deux sermons sous le titre de Catastasis (1. dicta in 
maximam barbarorum excursionem; 2. Constilulio, seu 
Elogium Anysii). 

4. Hymnes. Hymni decem, lyrico carminis genere. Les 
cinquième, sixième et neuvième attestent nettement les 
vues orthodoxes de Synésius, car il y invoque le Fils de 
la Vierge et chante un hymne à la Trinité, animarum 
medico, medico corporum, Patri simul excelso, Spiritui- 
que sanclo. 


1 Edit. grecque et allemande, par Krabinger, Stuttg., 1834. 
3 En grec et en allemand, par Krabinger, Solisb., 1835, 


326 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Photius a dit d'une partie de ses écrits que « le style 
en est sublime et grandiose, mais qu'il incline vers la 
diction populaire (d'autres écrivent poétique). Ses lettres 
sont pleines Je charme et de douceur, avec des pensées 
fortes et abondantes : » Stylus ille sublimis quidem el 
grandis, sed qui ad popularem (alii poeticam) simul dic- 
tionem inclinet. Epistole venustate et dulcedine fluentes 
cum sententiarum robore et densilate. 


Contenu des écrits de Synésius. 


Les écrits de Synésius offrent fréquemment le mélange 
d'idées paiennes et chrétiennes, exprimées dans un style 
tout païen et avec les formes du néo-platonismet. En 
général, la période chrétienne offre plus d’un ouvrage 
qui demande à être apprécié au même point de vue que 
diverses productions de la renaissance au quinzième 
siècle. On trouverait, surtout en Italie, même chez les 
plus hauts dignitaires de l'Eglise, un pareil amalgame 
d'expressions paiennes et chrétiennes, malgré l’incon- 
testable orthodoxie de ceux qui s’en sont servis. Du 
reste, dans les écrits que Synésius a composés comme 
prêtre et comme évêque, on remarque un progrès sen- 
sible vers la foi chrétienne. « L’enthousiasme un peu 
fanatique disparaît insensiblement devant la précision 
dogmatique, et la fantaisie du poète finit par se con- 
fondre avec la croyance de l’évêque. » Déjà, avant son 
épiscopat, il écrivait à un certain Jean qui, après une 
vie orageuse, voulait se retirer dans la solitude du 
cloitre : « Je loue tout ce que vous ferez pour l’amour 
du ciel; — je me réjouis donc avec vous que vous 
soyez heureusement arrivé au but où je touche à peine 
après de si longs efforts. Priez pour moi, afin que pareil 
bonheur m’echoie, que je retire quelque profit de mes 
travaux philosophiques, et que je n’aie point consumé 
inutilement ma vie dans les livres. » La plus touchante 

* Cf. Huber, Philosophie des Pères de l'Eglise, p. 315. 








ÉCRIVAINS ORIENTAUX. SYNÉSIUS. 397 


expression de ses sentiments religieux se trouve dans 
le chef-d'œuvre de son éloquence, la première catastasis, 
qu'il termine ainsi, en faisant allusion à la ruine pro- 
chaine de Ptol&mais : « Il approche le jour de la tempête, 
ce jour où les prêtres, en présence des dangers qui les 
menaceront, devront se réfugier dans le temple de Dieu. 
Pour moi, je resterai à mon poste dans l’église; je pla- 
cerai devant moi les vases sacrés, j'embrasserai les 
colonnes du sanctuaire qui soutiennent la table sainte; 
jy resterai vivant, j'y tomberai mort; je suis ministre 
de Dieu, et peut-être faut-il que je lui fasse l’oblation de 
ma vie; Dieu jettera quelques regards sur l’autel arrosé 
par le sang du pontife. » Cependant, peu de temps aupa- 
ravant, dans le même discours, ses souvenirs païens 
s'étaient réveillés, et il les mêlait à ses pensées chré- 
tiennes avec une touchante naïveté : « O Cyrène, s’ecriait- 
il, dont les registres publics font remonter ma naissance 
jusqu’à la race des Héraclides! Tombeaux antiques des 
Doriens, où je n’aurai pas de place ! Malheureuse Ptolé- 
mais, dont j'aurai été le dernier évêque! Je ne puis en 
dire davantage; les sanglots étouffent ma voix. » 

Opera omnia, ed. H. Turneb., Paris, 1555; græc. et lat., ed. D. Peta- 
vius, Par., 1612; augmentées des Œuvres de Cyrille de Jérusalem, 
éd. 1633. La meilleure édit. est celle de 1640 ; ad codd. mss. fidem 
recognovit et annot. crit. adjecit Krabinger, Landesh., 1850 (tom. I, 
ne contient que les discours et des fragments d’homélies); Migne, 
ser. gr., t. LXVI. La meilleure reproduction des Hymnes se trouve 
dans le Sylloge poetarum græcor., de Boissonade, Paris, 1825, t. XV. 
On trouve de nouveaux secours pour la critique si nécessaire du 
texte dans les Odservaliones criticæ in Synes. epist., ed. Kraus, 
Solisb., 1863. Cf. Tillemont, t. XII; R. Ceillier, t. X ; ed. 24, t. VIII; 
Clausen, de Synesio philosopho, Lybiæ Pentap. metropolita, Hafn., 
1831 ; Toussaint, Etudes (société littér. de l’univ. de Louvain, 1840, 
vol. 4); Druon, Etudes sur la vie et les œuvres de Synésius, Paris, 
1859 ; Dr Kraus, Etudes sur Synésius de Cyrène (Revue trim. de Tub., 
1865, livr. 3 et 4; 1866, livr. Are). Ce travail fournit des renseignements 
sur la vie et les écrits de Synésius , sur son sacre, sur ses progrès 


dans la foi chrétienne et donne l’énumération complète des ouvrages 
qui ont paru sur Synésius. 





328 MANUEL DE PATROLOGIE. 


S 57. Eerivains secondaires de cette époque. 


Asterius, Nemesius, Nonnus et Proclus. 


I. Saint Asterius, métropolitain d'Amasée, dans le 
Pont, vivait dans la seconde moitié du quatrième siecle. 
Il reste encore vingt et une de ses homélies recueillies 
par Photius!; on y trouve plusieurs panégyriques de 
martyrs et de saints. 

Ses œuvres ont été éditées par J. Brontius, Antwerp., 1615; 
Combefis, dans son Auctuarium, les a augmentées de six homélies, 
Paris, 1648; Migne, ser. gr., t. XL. 

II. Némésius. Tout ce que nous savons de lui, c’est 
qu’il fut évêque d’Emese en Phénicie, probablement vers 
le commencement du cinquième siècle. On lui doit un 
traité philosophique Sur la nature de l’homme, passable- 
ment étendu et qui n’est pas sans importance. Il y traite 
de la physiologie et de la psychologie, et y critique les 
opinions des anciens en bon philosophe. S’il incline forte- 
ment vers le néo-platonisme et s'il soutient la préexis- 
tence des âmes, il n’en dit pas moins ailleurs, au point 
de vue chrétien, une foule d'excellentes choses, par 
exemple, lorsqu'il parle de la dignité de l’homme et de 
son rang dans l’ensemble de la création, de l’immortalité 
de l’âme et de la liberté. | 

Ses œuvres ont été éditées à Anvers, 1565; dans l’Auctuarium 
Bibl. Patr., Paris, 1691 ; Oxon., 1671 ; Migne, ser. gr.,t. XL. Cf. Ritter, 
Hist. de la philos. chret., 2° vol., p. 461. 

III. Nonnus de Panopolis, auteur de poésies profanes 
(les Dionysiacu), a fait aussi, en vers hexametres, une 
description poétique de l'Évangile de saint Jean, sous le 
titre de : Merabodh voù xara ‘Loavynv äyiou eûæyyehtou 2. 

IV. Proclus, d’abord secrétaire d’Atticus, patriarche 
de Constantinople, fut promu par lui au diaconat et à 
la prêtrise, et nommé sous son successeur évêque de 


1 Biblioth., cod. 271. — 3 Migne, ser. gr., t. XL. 











AUTEURS LATINS. COMMODIEN. 329 


Cyzique; mais il fut empêché de prendre possession de 
son siege par un contre-parti qui voulait établir un autre 
évêque. Plus tard, en 434, il devint patriarche de Cons- 
tantinople, et comme tel combattit avec zèle le nesto- 
rianisme. Il mourut en 447. Nous avons de lui un grand 
nombre de lettres et d’ecrits synodaux, vingt-cinq ho- 
mélies pour les fêtes du Seigneur et de différents saints. 
Parmi ces dernières se trouve le fameux discours pro- 
noncé contre Nestorius, où il revendique le titre de mère 
de Dieu, que Nestorius refusait à la sainte Vierge. 


Editeurs de ses œuvres : Combéfis, Auctuarium, t. I; Gallandi, 
Bibl., t. IX; Migne, ser. gr., t. LXV. 


CHAPITRE IL. 
AUTEURS LATINS. 
S 58. Commodien (Gazæus). 


Gennade est le premier qui ait fait mention de Com- 
modien, dont il apprécie parfaitement la valeur littéraire. 
On a conclu de la ressemblance de son style avec celui 
des auteurs africains qu’il était né en Afrique. Le sur- 
nom de Gazæus, qu’il avait pris lui-même, a fait supposer 
à quelques-uns qu’il était ne à Gaza en Palestine; mais 
il est probable que ce mot gaza, ou trésor, est une simple 
allusion au trésor de vérités qu’il trouva dans le chris- 
lianisme après sa conversion. On n’est point d'accord 
sur le temps où il vécut; suivant les uns, il serait pos- 
térieur à Lactance, dont il aurait adopté les opinions 
millénaires; il aurait donc vécu au début du quatrième 
siècle, sous le pape Sylvestre (314-335); les autres croient 
qu'il écrivait vers 267-270, parce qu'il dit dans un en- 
droit « qu'il s’est écoulé 200, et non encore 300 ans, 
depuis l'introduction du christianisme *. » Mais ce pas- 
sage peut s'entendre d’une introduction postérieure à 

1 De script. eccles., c. xv.— % Instr., XVI, 2. 


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AUTEURS LATINS. FIRMICUS MATERNUS. 331 


à Paulin de Nole par Muratori. De nos jours, dom Pitra 
lui a attribué, avec assez de vraisemblance, le Carmen 
apologelicum adversus Judæos et gentes, intitulé dans le 
manuscrit : Traclatus sancli Episcopi. Ge carmen, qui a 
beaucoup d’analogie avec les Institutiones, a été décou- 
vert dans un manuscrit du huitième siècle, rapporté 
d'Italie en Angleterre (Middle Hill), et reimprime dans le 
Spicilegium Solesmense, tomes I et IV, avec des prolé- 
gomènes et des éclaircissements. Pitra presume que le 
titre, incomplet dans le manuscrit, pouvait être celui-ci : 
Commodiani, episcopi africani, carmen apologeticum ad- 
versus Judæos et gentes. Il croit que les deux ouvrages 
sont du commencement du troisième siècle. 


Découvertes par le jésuite J. Sirmond, les Instructiones ont été 
éditées par N. Rigault, Tulli Leucorum, ap. Belgrand, 1650 ; editio 
repetita per Priorium, avec lcs œuvres de saint Cyprien, Par., 1666 ; 
avec des dissertalions par Dodwell et Schurzfleisch, Viteb., 1750; 
ed. Davidius, avec l’Ocfavius de Min. Felix, Cantabr., 1712; ed. 
Œhler, duns la Bibl. Patr. eccles. latin., de Gersdorf, vol. xm, 
avec Min. Félix, Materne, et le Poème de Paulin contre les païens. 
Cf. Lumper, p. xıu, 390-407; Ceillier, t. IV, ed. 24, t. III. 


$ 59. Firmieus Maternus. 


D’apres les renseignements fournis par son ouvrage, 
il était probablement originaire de Sicile, où il remplis- 
sait, comme paien, une charge importante. Ses JJuit 
livres de mathématiques et d'astronomie, respirent encore 
tout-à-fait l'esprit païen !. Après sa conversion, il rédigea, 
vers l’an 348, le livre intitulé : De errore profanarum re- 
ligionum libellus ad Constanlium et Constanlem Auguslos. 
La difference d’esprit qui regne dans ces deux ouvrages, 
le style plus correct du second ont fait soupconner qu'ils 
n'étaient pas du même auteur. Ce petit traité apologe- 
tique se distingue en ce qu'il parle non-seulement de la 
religion des Grecs et des Romains, mais encore de celle 

1 Ed. Venet., 1501, et Basil., 1551. 


332 MANUEL DE PATROLOGIE. 


des peuples barbares. Materne mit au service du chris- 
tianisme un zèle infatigable ; son ardeur inconsideree 
le poussa jusqu’à demander aux empereurs Constance 
et Constant, de faire disparaître par la violence les 
derniers vestiges du pagänisme, parce qu'il est écrit au 
Deutéronome : « Après la destruction du temple, la puis- 
sance de Dieu nous a élevés plus haut‘. » A part cette 
singularité, sa polémique ne renferme rien qui n'ait été 
dit par Arnobe, Lactance et saint Cyprien; seulement elle 
est encore plus aggressive contre le paganisme que celle 
de Lactance. Sa diction est souvent uniforme et diffuse. 

En matière dogmatique, on trouve dans Materne un 
éclatant hommage au dogme de l’Eucharistie; il dit, en 
faisant allusion au chapitre vi de saint Jean : « Nous bu- 
vons le sang immortel du Christ; ce sang du Christ se 
mêle au nôtre et nous confère l’immortalite. » 


Ed. Galland., in Bibl., t. V; Migne, ser. grecq., t. XII. Edit. Ober- 
thür, renfermant Arnobe (Patr. lat.,t. V); ed. Münter, Hafniæ, 1826; 
ed. (Ehler, loc. cit., vol. XII; ed. Bursian, Lips., 1856. 


6 60. Marius Vietorinus Ll’Africain (mort entre 370 et 382). 


La colonne que lui avait érigée Rome païenne pour 
reconnaître ses talents de rheteur (354), ne l’empêcha 
pas d’embrasser le christianisme dans une haute vieil- 
lesse (avant 361), « au grand étonnement de Rome et 
à la joie de l'Eglise. » Saint Augustin a fait un récit 
touchant de sa conversion, où il trouvait un motif de 
s’affermir dans la sienne ?. Victorin a composé plusieurs 
écrits en reconnaissance des grâces qu'il avait reçues 
dans l'Eglise. En voici la nomenclature : 

1. Liber ad Juslinum manichæum contra duo principia 
manichæorum, el de vera carne Christi. 2 De verbis 
Scripturæ : Factum est vespere et mane dies unus. Cæ- 
peritne a vespere dies, an u matutino ? 3. Liber de gene- 


I Deut., x, 6-10. — 3 Confess., lib. VII, c. u et seq. 


AUTEURS LATINS. S. HILAIRE. 333 


ralione divina ad Candidum arianum : refutation d'un 
petit traité de Candide encore existant. 4. De öpoouctw 
recipiendo. Plus importants sont ses Quatre livres contre 
Arius, bien qu’ils renferment de grandes obscurites et 
des vues contraires à l’enseignement catholique. Ils ont 
été composés vers 365. 5. Les Commentaires sur l'épttre 
aux Ephésiens, livres II, et sur l’épttre aux Galates, 
livres II, outre les Petits commentaires de Victorin, 
évêque de Petau, en Steiermark, sur l’Apocalypse, sont 
les premiers débuts de l’exégèse biblique en latin. 
6. Trois hymnes sur la Trinité. 

Le De physicis, ou mieux : Adversus physicos ( contre 
les physiciens qui attaquaient la doctrine de l’Ecriture 
sur la création) est douteux. Le Carmen de vu fratribus 
Maccabeis, est certainement apocryphe. 

Ses œuvres ont été rééditées par Gallandi, Biblioth., t. VIII, et par 


Ang. Mai, Nova Collect. veter. script., t. III; Migne, ser. lat., t. VIU. 
Cf. Ceillier, t. VI; ed. 2%, t. IV. 


S 61.-Saint Hilaire de Poitiers (mort vers 366)?. 


Voir la Préface générale et la Vie dans l’éd. de Coustant, augm. par 
le docte Seip. Maffei. Vita S. Hilarii, par Fortunat. 


Saint Hilaire naquit vers 320 d’une famille noble de 
Poitiers, où, malgré le luxe effréné et la corruption des 
mœurs, les sciences, notamment la grammaire et la 
rhétorique, étaient plus florissantes qu'en aucune autre 
partie de l'empire romain. Après une étude approfondie 
du latin, sa langue maternelle, il acquit une connais- 
sance complète de la langue grecque. Mécontent, dé- 
goûté même du paganisme et de sa philosophie, il se 
tourna vers la lecture de la Bible, et cette fréquentation le 

1Cf. Hionym., Catal., 101. — ? La librairie Gaume publie en ce 
moment une nouvelle édition des œuvres complètes de S. Hilaire, 
d'après les manuscrits les plus authentiques, l’édition des Bénédictins 


(1693) et l'édition de Vérone (1730). La révision du texte est confiée à 
un excellent philologue, M. F. Dübner. (Note du trad, 


336 MANUEL DE PATROLOGIE. 


d'épwoucto. Nous avons donc ici une discussion toute pa- 
cifique, puisqu'elle a pour but de réconcilier des esprits 
séparés seulement par l’obscurité de leurs idées. 

2. Cet écrit ayant été attaqué par Lucifer de Cagliari, 
comme trop indulgent, saint Hilaire se justifia dans 
l’Apologetica ad reprehensores libri de synodis responsa, 
et s’expliqua avec plus d’exactitude. 

3. L'ouvrage Contra Constantium imperatorem , liber 
unus, rédigé avant la mort de Constance, mais publié 
seulement après, est écrit avec une grande précision. 
L'auteur y accuse Constance d'avoir ruiné la foi et l’E- 
glise, sous prétexte de rétablir l’unité de croyance. 
A cette tactique déloyale il préfère ces temps de persecu- 
tion ouverte, où du moins l’on ne trompait pas les chre- 
tiens sur l'objet de leur croyance et ne leur enlevait pas 
le mérite du martyre. « Maintenant, s’écrie-t-il, je dois 
à Jésus-Christ de rompre le silence » (c. m). Il rappelle 
à Constance les violences exercées contre les chefs de 
l’orthodoxie, et justifie la confession de Nicée : « Je te dé- 
nonce, à Constance, ce que j'aurais dit à Néron , ce que 
Dèce et Maximin auraient entendu de ma bouche : Tu 
combats contre Dieu , tu es acharné contre l'Eglise, tu 
persécutes les saints, tu détestes les prédicateurs du 
Christ, tu détruis la religion : tu es le tyran non des 
choses humaines, mais des choses divines. Tu es le pré- 

, curseur de l’antechrist, dont tu commences les mystères 
d’iniquite !. » . 

4. Le Liber II ad Constantium , est un court mémoire 
sur des questions d’orthodoxie, destiné à être remis à 
l'empereur. Saint Hilaire l’ayant écrit précédemment, à 
une époque où il en espérait encore quelque résultat, 
y traitait ce prince avec plus de douceur. C’est dans ce 
livre qu'on lit cette belle et généreuse parole : « Si un 
pareil moyen (la contrainte) était employé à l’appui de 
la vraie foi, la sagesse épiscopale s’y opposerait et dirait : 

1 C. 1V-VII. 








AUTEURS LATINS. S. HILAIRE. 337 


Dieu est le Seigneur de tout, il n’a pas besoin d'un 
hommage forcé, il ne veut pas d’une profession de foi 
arrachée !, 

5. Contra Auxentium. Dans ce traité, Hilaire cherche à 
démasquer Auxence, évêque intrus et arien de Milan, 
qui, par considération pour l’empereur Valentinien, 
cachait son arianisme sous des formules ambiguës. 

6. On attribue encore à saint Hilaire quinze Fragments 
historiques, ou morceaux détachés de son livre contre 
Valens et Ursace. Mais il n’y a guère que le premier, le 
second tout au plus, qui soit certainement authentique. 
Sur les autres, l’opinion des critiques est partagée. 


Ouvrages dogmatiques. 


Dans les douze livres Sur la Trinité, son plus grand 
et son plus important ouvrage, saint Hilaire expose, 
d'après la Bible, le « mystère de la foi évangélique, » la 
génération éternelle du Fils unique dans l'unité de 
l'essence divine, et réfute les objections des ariens. Du 
Saint-Esprit, il n’en parle qu’en deux endroits, ce qui a 
fait supposer qu’autrefois ce traité avait un autre titre, 
celui-ci peut-être : De fide adversus arianos. Il l’Ecrivit 
pendant son exil. 


Ouvrages exégétiques. 


Saint Hilaire est, parmi les latins, le premier exégète 
marquant. Nous avons de lüi : 4. un Commentaire sur 
l'Evangile de saint Matthieu, écrit vers 355. La forme en 
est allégorique ; il n’y est pas tenu compte du texte grec 
ni des ouvrages d'Origène. 2. Trailes sur les Psaumes, 
composés après son retour de l'exil. Sont authentiques 
les traités sur les psaumes 1, II, IX, XIII, XIV, LI-LXIX, XCI, 
exvIn-CL; apocryphes les traités sur les psaumes xv, 
xxxı, xLI. Les autres sont perdus. 

Contrairement à la méthode suivie dans ses autres 


1C.ı. 
22 


338 MANUEL DE PATROLOGIE. 


écrits, et particulièrement dans le livre sur la Trinité, où 
il avait adopté l'explication grammaticale et historique, 
l'auteur préfère ici, alors qu'il ne s’agit plus de démon- 
trer à des hérétiques un dogme par l’autorite de la Bible, 
la méthode typique et allégorique. qui sert mieux à l’é- 
dification. On s'aperçoit aussi qu'il est plus familiarise 
avec la langue grecque et avec les exégètes, et l’on re- 
connait l'influence du commentaire d’Origene sur les 
Psaumes, déjà remarquée par saint Jérôme : In quo opere 
imitatus Origenem, nonnulla etiam de suo addidit 1. 

D'autres de ses ouvrages sont également perdus, no- 
tamment un petit livre contre un médecin paien, Dios- 
core, un ouvrage liturgique Sur les Mystères et le livre 
des Hymnes. De même que le Psautier dit de saint Am- 
broise n'est certainement pas de lui, il est également 
très-douteux que l'explication des épiîtres de saint Paul, 
découverte par dom Pitra ?, soit authentique, aussi bien 
que les deux homelies sur les commencements du pre- 
mier et du quatrième évangiles, trouvées par A. Maïs. 
Il en faut dire autant des hymnes qu'on lui attribue et de 
la lettre à sa fille Abra ®. 


Doctrine de saint Hilaire. 


4. L'enseignement de saint Hilaire a pour but princi- 
pal l'exposition du dogme chrétien, qu’il exprime de la 
manière la plus complète dans le passage suivant : Le 
Père et le Fils « sont un, non par le mystère de l’éco- 
nomie du salut, mais par une génération substantielle, 
car Dieu, en engendrant son Fils de lui-même, ne dé- 
génère point en lui, » il ne produit point un être subor- 
donné. 

Sur le Saint-Esprit, il enseigne qu’il est une personne 
distincte et unie aux deux autres personnes. Quant à 


1 Catal., c. c. — 4% Spicil. Solesm., t. I. — 3 Nova Bibl. Patr., 
t. I. — ® Reinkens, Hilarius, p. 273 et suiv. — 5 De Trinit., lib. II, 


C. XXIX. 














"'TEURS 
| LACTINS. S. HILAIRE. 339 


“ment il s'exprime à la fin de son 

“le Dieu lni-même : Quod ex te 

“anctus Spiritus tuus est, etsi 

», sed tamen teneo conscientia. 

* Trinité est incomprehen- 

ler; si saint Hilaire ose 

*s hérétiques l’ont forcé 

mble et infirme pa- 

‚oit point le parfait : » 

‚.ctum, neque quod ex alio 

‚„loris sut potest inlelligentiam 

4 La connaissance humaine n’est 

sure de ce qui est possible et connais- 

ı toute incrédulité est-elle une folie : Omnis 

‚fidelitas stultitia est, quia imperfecti sensus sui 

pientia, dum omnia infirmitalis suæ opinione mode- 

ır, putat effici non posse quod non sapil. Causa enim 

fidelitatis de sententia est infirmitatis, dum gestum esse 
quis non putat, quod geri non posse definial . 

3. Dieu a revêtu ses vérités révélées de certaines 
expressions qui s'adaptent au sujet aussi convenable- 
ment que le permettent les bornes du langage humain. 
Il faut en maintenir le sens véritable : « Dieu a dit qu’il 
faut baptiser les nations au nom du Père et du Fils et du 
Saint-Esprit. La forme de la foi est donc certaine, mais 
le sens en est incertain pour les hérétiques. Il ne faut 
donc rien ajouter aux préceptes ?.» Et plus loin : Immen- 
sum est autem quod exigitur; incomprehensibile quod 
auditur, ut ultra præfinitionem Dei sermo de Deo sit. 
Posuit naturæ nomina Patrem, Filium, Spiritum sanctum. 
Extra significantiam sermonis est, extra sensus inten- 
tionem, extra inlelligentiæ conceptionem, quidquid ultra 

quærilur; non enunliatur, non altingitur, non tenetur. 
4. Il parle surtout, dans un beau et lumineux lan- 
gage, de la nécessité d’une révélation et de l'obligation 
1 De Trinit. II, xxıv. — 2 Ibid., lib. IE, c. v. 


330 MANUEL DE PATROLOGIE. 


l'origine même du christianisme. Comme il est fait allu- 
sion dans d’autres passages de cet écrit à des faits sur- 
venus au commencement du cinquième siècle, et que les 
badinages littéraires ne conviennent guère à une époque 
de persécutions, on peut admettre peut-être que son 
apologie fut écrite vers 411. 

Ses Instructiones adversus gentium deos pro christiana 
disciplina per lilleras versuum primas, sont partagées en 
deux livres et en quatre-vingts chapitres. C'est la divi- 
sion adoptée par Etienne Baluze, d'après un ancien ma- 
nuscrit de Saint-Albin d'Angers. Dans le premier livre, 
l’auteur dévoile aux paiens l’absurdite de l’idolätrie, et 
les exhorte à embrasser le christianisme. Il s'efforce 
ensuite d'attirer les Juifs à la religion chrétienne, et 
traite en particulier de l’antechrist, qui est, dit-il, apparu 
en Néron. Dans le deuxième livre, après avoir parlé du 
dernier jugement et de la résurrection, il adresse, dans 
un langage affectueux et brülant de zèle, des instructions 
aux catéchumènes, aux fidèles, aux clercs, aux chrétiens 
entaches de différents vices. Ce traité renferme différentes 
erreurs sur le système millénaire, la chute des anges et 
l'antechrist. Ses idées sur la Trinité manquent de pré- 
cision. Commodien se complait dans les jeux de mots. Il 
écrivit en vers rhythmiques, poésie populaire usitée 
chez les Romains et qu'on trouve déjà avant lui. 

Ce qui lui appartient en propre, ce sont, outre plu- 
sieurs expressions africaines inusitées, les acrosliches. 
Le contenu des chapitres est indiqué par les lettres ini- 
tiales de chaque vers. La préface elle-même est traitée 
en acrostiches. A la fin, c'est-à-dire au quatre-vingtième 
chapitre, intitulé Nomen Gasæi, les lettres initiales, en 
allant du dernier vers au premier, forment ces trois 
mots : Commodianus mendicus Christi. 

Gallandi a pretendu, sans succes, que Commodien etait 
l’auteur d’un autre ouvrage (adversus Paganos) assigné 


1 Cf. Baluze, sur le De mortib. persecut, de Lactance, c. x et XL 


AUTEURS LATINS. FIRMICUS MATERNUS. 331 


à Paulin de Nole par Muratori. De nos jours, dom Pitra 
lui a attribué, avec assez de vraisemblance, le Carmen 
apologelicum adversus Judæos et gentes, intitulé dans le 
manuscrit : Traclatus sancli Episcopi. Ce carmen, qui a 
beaucoup d’analogie avec les Institutiones, a été décou- 
vert dans un manuscrit du huitième siècle, rapporté 
d'Italie en Angleterre (Middle Hill), et réimprimé dans le 
Spicilegium Solesmense , tomes I et IV, avec des prole- 
gomenes et des éclaircissements. Pitra presume que le 
titre, incomplet dans le manuscrit, pouvait être celui-ci : 
Commodiani, episcopi africani, carmen apologeticum ad- 
versus Judæos et gentes. Il croit que les deux ouvrages 
sont du commencement du troisième siècle. 

Découvertes par le jésuite J. Sirmond, les Instructiones ont été 
éditées par N. Rigault, Tulli Leucorum, ap. Belgrand, 1650 ; editio 
repetita per Priorium, avec les œuvres de saint Cyprien, Par., 4666 ; 
avec des dissertalions par Dodwell et Schurzfleisch, Viteb., 1750; 
ed. Davidius, avec l'Octavius de Min. Félix, Cantabr., 1712; ed. 
(Ehler, dans la Bibl. Patr. eccles. latin., de Gersdorf, vol. x, 


avec Min. Félix, Materne, et le Poème de Paulin contre les paiens. 
Cf. Lumper, p. xl, 390-407; Ceillier, t. IV, ed. 29, t. II. 


S 59. Firmieus Maternus. 


D’après les renseignements fournis par son ouvrage, 
il était probablement originaire de Sicile, où il remplis- 
sait, comme paien, une charge importante. Ses [uit 
livres de mathématiques et d'astronomie, respirent encore 
tout-à-fait l'esprit paien ‘. Apres sa conversion, il rédigea, 
vers l’an 348, le livre intitulé : De errore profanarum re- 
ligionum libellus ad Constantium el Constanlem Augustos. 
La difference d’esprit qui regne dans ces deux ouvrages, 
le style plus correct du second ont fait soupconner qu'ils 
n'étaient pas du même auteur. Ce petit traité apologé- 
tique se distingue en ce qu’il parle non-seulement de la 
religion des Grecs et des Romains, mais encore de celle 

Ed. Venet., 4501, et Basil., 4551. 


349 MANUEL DE PATROLOGIE. 


luciférien. En 863, Lucifer retourna à Calaris et mourut en 371. Son 
schisme lui survécut encore quelque temps ; et en 384, un prêtre de 
ce parti, nommé Faustinus, adressait encore sous le titre : De Tri- 
nitate, seu de fide contra Arianos, un écrit à l’impératrice Placidie, 
où il défendait son parti et accusait ses adversaires, surtout le pape 
Damase. D’autres écrits de Lucifer, qui ont mérité les éloges de saint 
Athanase, sont, outre quelques lettres : 4. De non conveniendo cum 
hæreticis, ad Constantium imperatorem, où il démontre, par l’autorité 
de l’Ecriture, qu'il ne pouvait, au concile de Milan, se réunir aux 
ariens, comme le voulait l'empereur ; 2. De regibus apostaticis ad 
Constantium imperatorem. L'occasion et l'objet de cet écrit sont in- 
diqués dans ces paroles du commencement : « Puisque vous osez dire 
que vous seriez mort depuis longtemps si votre foi n'était point in- 
tacte et les mesures que vous prenez contre nous agréables à Dieu, 
j'ai éprouvé le désir de vous soumettre l’histoire de quelques rois à 
qui vous ressemblez dans l’apostasie et la cruauté, afin de détruire 
l'opinion qui consiste à dire : Si la foi d’Arius, c’est-à-dire la mienne, 
n’était pas la foi catholique, et si en persécutant la foi de Nicée je 
n'étais pas agréable à Dieu, aujourd’hui mon empire ne serait cer- 
tainement plus florissant. 8. Pro sancto Athanasio ad Constantium 
imperatorem, libri II. L'auteur, dans ce livre, démontre qu'il n'est 
pas permis de rejeter la vraie foi en condamnant Athanase. Cons- 
tance, étonné de la franchise et de la violence de cet écrit, le fit 
remettre à son auteur. Lucifer, non content de s’en déclarer l’au- 
teur, justifia encore sa conduite dans un nouvel écrit intitulé : 4. De 
non parcendo in Deum delinquentibus, ad Constantium imperatorem. 
C’est le devoir des évêques, dit-il, de ne se point taire par crainte 
des hommes, en présence des fautes et des erreurs des princes. 
5. Son dernier écrit : Moriendum esse pro Filio Dei, ad Constantium 
imperatorem, poursuit le même but ; il y montre un désir ardent de 
subir la mort du martyre. Suivant Coleti, ces divers écrits furent 
rédigés de 356 à 860. 

Editeurs : J. Tilius, Paris, 1586 ; la meilleure édition est de Coleti, 
Venet., 1775; avec des Prolégomènes, dans Migne, sér. lat., t. XII. 

UI. Pacien, après un mariage heureux, fut à cause de la sainteté 
de sa vie, promu au siége épiscopal de Barcelone en 370, et resta à 
la tête de cette Eglise jusque vers l’an 391. C’est à son fils, Dexter 
Paciani, que saint Jérôme dédia son Catalogue des écrivains eccle- 
siastiques. Nous avons de Pacien : trois lettres à Sempronius contre 
jes novatiens ; Parænesis ad panttentiam, douze chapitres; Sermo de 
baptismo , sept chapitres. C'est dans la première lettre à Sempronius 
qu'on lit ces célèbres paroles : « Mon nom, c’est chrétien ; mon sur- 
nom, c'est catholique : » Christianus mihi nomen, catholicus cognomen. 


AUTEURS LATINS. S. OPTAT. 343 


5 62. Saint Optat de Milève. 


Cf. Dupin, Prolegomena, historia Donatistarum et geographia sacra 
Africæ, dans son édition. 


Optat était évêque de Milève, en Numidie. Tout ce 
qu’on peut dire de précis sur le temps où il vivait, c’est 
qu’il écrivit contre les donatistes vers 370, et qu'il 
existait encore à l'époque du pape Sirice et sous le règne 
de Théodose. 

Son traité du Schisme des donatistes contre Parménien, 
en sept livres, et d’abord en six seulement, le septième 
ayant probablement été ajouté plus tard , lorsqu'il revisa 
son travail, était une réplique aux détestables écrits de 
Parménien, évêque donatiste de Carthage ‘. Je commen- 
cerai, dit-il, 4. par faire l’histoire du schisme et de son 
origine? : «Ne de la colère, il a été nourri par l’ambition 
et affermi par l’avarice 5; » 2. je montrerai quelle est 
l'Eglise et où elle est; 3. je prouverai que nous n’avons 
pas demandé de soldats et que nous ne sommes point 
coupables des crimes qu'on dit avoir été commis par 
ceux qui ont voulu procurer la réunion; 4. s’il est vrai 
que les catholiques soient de grands criminels; 5. du 
baptème ; 6. sur diverses pratiques liturgiques des dona- 
tistes, non justifiées et offensantes pour les catholiques, 
comme de laver les autels sur lesquels les catholiques 
avaient célébré, etc. Le septième livre examine à quelles 
conditions on doit recevoir les donatistes qui reviennent 
à l'Eglise. 

L'ouvrage de saint Optat, d'une étendue commune, 
est infiniment estimable; outre les notices historiques 
qu'il contient, il expose avec beaucoup de clarté, de 
précision et de justesse plusieurs points essentiels de la 

doctrine catholique, et donne une foule de détails pra- 
tiques d’une grande valeur. Il dit, en parlant de l'Eglise 

1 Cf, Lib. 1, n. 6. — 3 Lib. I, n. 7, —"# Lib. I, 19. 


344 MANUEL DE PATROLOGIE. 


visible, sur l’unité de laquelle il insiste en divers 
endroits ! : « Que devient donc la propriété de ce nom 
de catholique, puisque l'Eglise est appelée catholique 
par la raison qu'elle est répandue partout? Si comme 
vous le préteridez, elle est renfermée dans un étroit 
espace (comme la secte donatiste), que devient le mérite 
du Fils de Dieu? ? » Il énumère cinq caractères de 
l'Eglise, qu'il présente sous l'emblème d’une chaire, 
d’un ange, d’un esprit, d’une source et d’un sceau. Il dit 
du premier : « Vous ne pouvez nier que vous ne sachiez 
que la chaire épiscopale a été donnée à Rome, premiere- 
ment à Pierre, en laquelle a été assis Pierre, le chef de 
tous les apôtres, qui a été pour cela appelé Céphas; 
c'est dans cette chaire que l'unité devait être gardée 
par tous les fidèles, afin que les autres apôtres ne 
pussent pas s’attribuer la chaire, et que celui-là füt tenu 
pour pécheur et pour schismatique, qui élèverait une 
autre chaire contre cette chaire singulière 5. » Sous la 
figure de l'ange, il entend les évêques des Eglises parti- 
culières : ils sont au-dessus des prêtres, et les prêtres 
au-dessus des diacres. L'Eglise n’en est pas moins 
sainte pour renfermer des pécheurs dans son sein *. 

De l'homme, saint Optat enseigne qu’etant naturelle- 
ment faible et imparfait, il a besoin de la grâce : Est 
Christiani hominis quod bonum est velle, et in eo quod 
bene voluerit currere; sed homini non est datum perficere, 
ut post spalia, quæ debet homo implere, restet aliquid 
Deo, ubi deficienti succurrat, quia ipse solus est perfectio°. 

Trois choses sont nécessaires à la validité du bap- 
tème : Prima species est in Trinitale, secunda in credente, 
tertia in operante. Les deux premières, l'opération de 
Dieu et la foi dans celui qu’on baptise, sont indispen- 
sables. L’indignite du ministre ne nuit pas à la validité 
du sacrement, car « les sacrements sont saints par eux- 
mêmes et non par les hommes, » Si la foi est nécessaire, 


1 Lib. Il, D, 1. — 8 Ibid. — Il, 4, —! VIL,3. — 6, 20. — 6 V, &, 











AUTEURS LATINS. S. ZÉNON, PHILASTRE. 345 


c'est seulement aux adultes; le baptême des enfants est 
aussi valide. 

Optat reconnait clairement la présence de Jésus-Christ 
dans l'Eucharistie, où nous devons lui offrir nos ado- 
rations. Il mentionne divers usages qui se rattachent au 
sacrifice : on l'offre sur un autel, on y emploie des 
calices, qu’il appelle « des porteurs du sang du Christ; » 
l'Eglise l'offre sur toute la surface de la terre. 

Il traite aussi des cérémonies usitées dans la peni- 
tence publique, de la virginité, qu'il appelle consilium et 
spirilale nubendi genus, du culte des reliques. 

Son style, comme on l’a vu lorsqu'il caractérise le 
donatisme, est vigoureux et expressif, mais il manque 
d'élégance et d'harmonie; ses expressions sont un peu 
acerbes, quoique modérées encore si on les compare au 
langage des donatistes. Les interprétations allégoriques 
semblent déplacées dans un ouvrag de discussion 
dogmatique. Pour juger de son mérite, il suffit de 
savoir que saint Augustin renvoie au travail d’Optat 
contre Parménien ceux qui désirent connaitre à fond 
la querelle donatiste. Fulgence le place à côté de saint 
Augustin et de saint Ambroise. 

Operis S. Optat., prim. ed., Mogunt., 1549 ; Paris, 1569, et mieux 
1631, cum observ. et not. Albaspinæi ; la meilleure, de Dupin, Par., 
1700 ; Awstel., 1701 et Antw., 170%; dans Oberthür, cum not. select., 
Wirceb., 1790, 2 vol.; Galland., Bibl., t. V ; Migne, ser. lat.,t. XI; 


cum lilter, apparat., par Dupin et autres. cf. Tillem.,t. VI; ; Ceillier, 
t VI; ed. 34,t. V. 


$ 63. Saint Zénon de Vérone (mort vers 380); 
Philastre de Bresse (mort vers 387). 


Voir les dissertations et les Prolégomènes de Ballerini et de Bo. 
nacchi sur Zénon, et la préface de Galeardi sur Philastre, dans Migne, 
ser, lat., t. XI. 


I. En l’absence de données suffisantes sur la vie de 
Zenon, on ignore s’il naquit en Grèce, en Syrie, ou, à 


Let MANTE JE FATBOLDGIE 
Ze à = Dre zw. en Afrique. Huitième évêque 


m Verne ı ur à DE sous l'empereur Julien, il | 


LIL »rer-rzmme ja doctrine orthodoxe contre 
Tam Ace. rg 3 Milan. mamlınt la disciple 
nature. ae wm grand nombre de paies, 
Jena ce es zremves Tune charilé peu commune 
ax Un zym: et aux victimes de la guerre, d 

Le ss vırzzı Seraires. inoonnus de l'antiquité 
chris. us Dies seine discours (traités) longs 
et SaKr-Twet-wpt arts : on les trouve parmi ks 
> Vans 1% et Se Verone ‘15161. Les frères Ballerini 
ke ere ac obus: mars tous les doutes ne sont pas 
sages. Les Ecvaurs. dont les uns sont fort courts, les 
autres mivreks. ct ete. selon les Ballerini, recueillis 
de ss paréers apres sa mort. On a souvent discuté de 
ne kers sur la vazur dogmatique de ces discours : 
Dorner. sapçuvant sur Petau. pense que l’auteur, ser- 
vant & transition entre Tertullien, Hippolyte et Denis 
de Rome. vivait dans le troisième siècle. 

Ein:cs es Rule, Vénxe, 1739; Aug. Vind., 1758; Gall., Bibl. 
LV: Mt: U Tem. t IN ; Caillier, t. V1; Fessler, t. I; Schütz, 
Iren. 22 20 Termin. dxirima christ., Lips, 1854; Zazdzewski, Zeno, 
Verm. szix. Ris. 1862: Herzog, Real-Encyel.,t. XVII. 

IT. Philastre naquit en Espagne ou en Italie dans 
l'epoque asitee de l'arianisme naissant. Pendant ses 
lointaines missions, il combattit avec une égale ardeur 
les ariens, les paiens et les juifs ; les mauvais traitements 
ne purent ralentir son proselvtisme. On dit qu’il s’oppos 
vigoureusement à la promotion d’Auxence sur le siege 
de Milan. Nommé lui-mème évêque de Bresse, il mourut 
vers 337, après une carrière feconde en résultats. 

Evèque. il continua de combattre contre l’hérésie, et 
composa, à l’exemple de saint Epiphane, son livre de‘ 
Heresies, en se servant de l'ouvrage grec de son devax 


en nn mn = > 


= Mid nt 


ee 


AUTEURS LATINS. S. AMBROISE. 347 


er. Saint Augustin s'étonne que Philastre, beaucoup 
moins savant et moins exact que saint Epiphane, ait 
compté un bien plus grand nombre d’hérésies; saint 
Epiphane en avait cité quatre-vingts; à ce nombre Phi- 
lastre en ajoute soixante-seize. Il n’avait pas une notion 
exacte de l’hérésie. Cet ouvrage, « lu avec prudence, » 
dit Bellarmin, peut rendre des services ; il a toujours été 
estimé et il l’est encore. 


Première édition du livre des Hérésies, par J. Sichardus, Basil., 
1528, souvent réimpr.; cum notis Fabricii, Hamb., 1721, in-80 ; avec 
des additions aux notes de Fabr., ed. Galeardus, Brix., 1738, et Aug. 
Vind., 1757, in-4°; cum Vita Philastrii per Gaudentium, ejus succes., 
et la description de six nouv. hérés., d'après un manusc. du couv. de 
Corbie ; avec de nouv. supplém., dans Gallandi, Bibl., t. VII; Migne, 
t XII, ser. lat.; Œhler, Corpus hæreseolog., Berol., 1856, t. I; 
Tillem., t. VII; Ceillier, t. VI, 2% ed., t. V. 


$ 64. Saint Ambroise, évêque de Milan (mort en 397). 


Vita S. Ambrosii, a Paulino, ejus notario; autre Biographie tirée de 
ses écrits dans les Prolégomènes de l’éd. bénéd., avec une excellente 
indication des dates pour sa vie et ses œuvres. 


Ambroise, fils d'un préfet de la Gaule, naquit vrai- 
smblablement à Trèves entre 335 et 340. Sa famille 
comptait parmi ses aieux un grand nombre de consuls 
et de hauts fonctionnaires. Après la mort de son père 
(vers 350), il fut, tres-jeune encore, conduit à Rome 
avec sa mère, sa sœur aînée Marcelline, et son jeune 
frère Satyre, pour y continuer ses études. 

Entré dans le barreau, il plaida des causes avec tant 
d'éclat, qu'il fut nommé procurateur de la Ligurie et de 
la province Æmilia. Milan fut le siége de sa résidence. 
L'évêque .de cette ville, Auxence, toujours attaché à 
Yarianisme, étant venu à mourir (374), les catholiques 
etles ariens furent unanimes pour le demander comme 
évêque, après qu’un enfant se fut écrié à l’église 

Ambroise, évéque! Ambroise, encore catéchumène, ré- 


348 MANUEL DE PATROLOGIE. 


sista d’abord par des moyens désespérés, mais il céda 
enfin à la volonté de Dieu qui se révélait avec une telle 
évidence. Baptisé par un évêque orthodoxe, huit jours 
après il était sacré évêque sans avoir reçu aucune in- 
struction théologique. Mais Dieu, qui l’avait appelé à œ 
ministère sublime, par sa grâce y supplea; les fidèles de 
Milan admirerent en lui l'idéal de l’évêque, l'Eglise un 
des plus habiles et des plus courageux défenseurs de sa 
croyance et de ses droits, les malheureux un protecteur 
dévoué et infatigable. Il entra en fonctions dans la ma- 
turité de l’âge, en appliquant sa fortune à des œuvres de 
bienfaisance. Consacrant à l’erudition théologique, sous 
la direction de Simplicien, qui lui succéda, tous ses 
instants de loisir, il étudia les écrivains de la Grèce, 
Clément, Origène, Didyme et surtout saint Basile, celui 
de tous qu'il a le mieux imité dans ses écrits comme 
dans le gouvernement de son Eglise. 

Parmi les grandes œuvres de son épiscopat, nous 
mentionnerons sa lutte persévérante contre l’arianisme 
dans laquelle il assura la nomination d’un évêque catho- 
lique à Sirmium et élimina (381) cinq évêques ariens. 
Il résista deux fois, au risque de perdre la vie ou d'aller 


en exil, aux injonctions de la cour, qui lui ordonnait de 


céder les églises catholiques aux ariens. « Qu'on nous 
les enlève par force, répondait-il, je ne résisterai pas; 
mais je ne les livrerai jamais; je ne livrerai pas l’heri- 
tage de Jésus-Christ; je ne livrerai pas l'héritage de 
nos pères , l'héritage de Denis qui est mort en exil pour 
la cause de la foi, l'héritage d’Eustorge le confesseur, 
l'héritage de Mirocles et des autres évêques fidèles, mes 
prédécesseurs !. » Dans cette lutte, il était soutenu par 
son peuple, qui le mettait à l’abri des violences et des 
avanies. 

Il résista avec la même énergie et le même succès 
aux instances que le rhéteur Symmaque faisait auprès 

1 Epist., lib. I, ep. xx. (Substit. du trad.) 


Le ee tmmmmems… 


AUTEURS LATINS. S. AMBROISE. 349 


des empereurs pour replacer dans la salle des séances 
du sénat la statue de la déesse Victoria, enlevée par les 
empereurs Constance et Gratien. 

De même qu'à Trèves (381) il avait refusé d'admettre 
à la communion Maxime, le meurtrier de Gratien, tant 
que Maxime n'eut pas expié son crime par la pénitence, 
il fit de même à l’égard de l’empereur Théodose, qui, 
en 390, s'était souillé du sang de sept mille Thessaloni- 
ciens, dont plusieurs étaient complètement innocents, 
jusqu'à ce que ce prince se fût soumis à la pénitence 
publique. Plus d’une fois aussi, dans des circonstances 
graves, les souverains éprouvèrent les heureux effets de 
sa puissante intervention. 

Un autre mérite de saint Ambroise est d’avoir conquis 
à l'Eglise celui qui devait être son plus grand docteur, 
sant Augustin. Enfin, en protestant contre la peine de 
mort invoquée contre Priscillien par des hommes d’Eglise, 
il se rendit d'autant plus vénérable à ses adversaires, 
que dès le début de son pontificat il avait toujours in- 
tercédé en faveur des condamnés à mort. Il mourut le 
4 avril 397. L'Eglise de Milan a honoré la mémoire de 
son grand évêque en conservant jusqu'à nos jours la 
liturgie qui porte son nom. 


Ouvrages de saint Ambroise. 


Saint Ambroise a déployé en littérature la même acti- 
vite que dans les œuvres pratiques. L'enseignement 
étant à ses yeux un devoir essentiel du sacerdoce, il 
instruisait son peuple tous les jours de dimanches et de 
fêtes, quum jam effugere non possimus officium docendi 
quod nobis refugientibus imposuit sacerdolii necessilas!. 
Il s’y sentit obligé dès le commencement de son ponti- 
ficat, « bien que, transporté soudainement des tribunaux 
et des emplois de la vie civile au sacerdoce, je fusse 
obligé d'enseigner ce que je n’avais pas appris, d’ap- 

t De offic., I, u. 


350 MANUEL DE PATROLOGIE. 


prendre et d’enseigner en même temps‘. » Il ne pröcha 
d’abord que ce qu'il avait trouvé dans l’Ecriture sainte 
par un travail assidu et ce qui lui avait été révélé par 
celui qui, étant le véritable Maître, est le seul qui n'ait 
pas besoin d’apprendre ce qu'il enseigne à tous?. 

Ses travaux littéraires ont pour but la réfutation ou 
plutôt la comparaison du paganisme avec le christia- 
nisme : ils roulent sur la controverse dogmatique, l’exé- 
gèse, la morale, l’ascétisme, sans parler de ses lettres et 
de ses hymnes. 

4. La première occasion de combattre le paganisme 
lui fut offerte sous les empereurs Gratien (382), Valen- 
tinien II et Théodose, lorsque Symmaque voulut relever 
l'autel de la Victoire dans le sénat romain. Dans ses 
lettres à Valentinien?®, il réfute les accusations de Sym- 
maque qui imputait aux chrétiens la désertion des dieux 
du paganisme et la ruine du sénat : « Ce n’est pas 
aux dieux, dit-il, mais à sa vaillance, que Rome doit 
l'empire du monde. » A cette objection, qu’il y a plu- 
sieurs chemins pour arriver à Dieu, il répondait : « Venez 
et entrez sur la terre dans la céleste milice ; c’est là que 
nous vivons et combattons. Que j’apprenne les mystères 
du ciel par les témoignages du Dieu qui l’a créé, et non 
par celui de l’homme qui ne se connait pas. » On disait 
aussi que les dieux se vengeaient par les calamités pu- 
bliques qui désolaient l'empire, de la désertion de leur 
culte, Saint Ambroise s'étonne que les dieux aient at- 
tendu que leur culte fût aboli pour se venger des offenses 
qu'on leur a faites, En exhortant l’empereur à ne point 
céder à ces suggestions, il lui montre que le paganisme 
est tout l’opposé du christianisme. Ici, c’est le vrai Dieu, 
source de tout salut; là, ce sont de faux dieux, avec 
l'erreur et l’imposture. Le vrai Dieu doit être préféré à 
tout, et l’on ne fait tort à personne en donnant la préfé- 
rence au Très-Haut. Votre foi lui appartient ; et comme 

4 De offic., ©. ıv. — 3 Ibid., c. 1. — 8 Epist. XVII et XVII. 








AUTEURS LATINS. S. AMBROISE. 351 


vous ne pouvez forcer personne à honorer Dieu malgré 
lui, que la même chose vous soit permise à vous. Il n’est 
rien de plus grand que la religion, de plus sublime que 
la foi, surtout pour un empereur. De même que tous le 
servent, il doit, lui, servir son Dieu et la vraie foi. « Si 
aujourd’hui, ce qu'à Dieu ne plaise, un empereur païen 
erigeait un autel aux idoles, et voulait forcer les chre- 
tiens d’assister aux sacrifices des ministres des idoles, 
s’il portait cet ordre en plein sénat et en présence des 
chrétiens qui y forment une si grande majorité, est-ce 
que tout chrétien ne considérerait pas cette démarche 
comme une persécution? Mais que penserait-il d’un em- 
pereur chrétien qui commettrait un tel sacrilége? Voilà 
pourtant, ö empereur, le crime dont vous vous rendrez 
coupable en signant le decret qu’on vous propose. Du 
reste, si vous commandiez cela, il n’est pas un évêque 
qui le supportät ou qui y fût indifférent. Vous pouvez 
venir à l’église, mais aucun évêque n’y sera pour vous 
recevoir ; ou s’il y est, ce sera pour vous résister et 
refuser votre offrande. » Interpellant ensuite l’empereur : 
« Que répondriez-vous, lui dit-il, à votre frère Gratien, 
si, du fond de sa tombe, il vous disait : Je me console de 
mes malheurs parce que j’ai remis l’empire entre tes 
mains, et que je me survis dans les institutions que j'ai 
établies en faveur d’une religion immortelle. Mon assas- 
sin n’a pu m’enlever que la vie; mais toi, en supprimant 
mes ordres, tu as fait plus que celui qui a porté les armes 
Contre moi. Choisis entre les deux : si tu signes volon- 
lairement, tu condamnes ma foi; si tu cèdes à la vio- 
lence, tu trahis ton frère. » Ambroise l’emportat. 

Saint Ambroise nous offre une intéressante compa- 
raison de la morale chrétienne avec la morale païenne, 
dans son De officiis ministrorum, où il imite visiblement 

‘ CE Schmieder, Griefs de Symmaque et réponses de S. Ambroise, 


Halle, 1790 ; Villemain, De Symmaque et de S. Ambroise, tableau de 
l'éloquence chrétienne au quatrième siècle. 


Li HANTEL JE PATMMOCE. 


te ver mu og 2 wi sur + De som jade à part par Krahinger. _ 
CE Tiens ,2 1: Dıgm,ı EE: caler, ı VE, 2» éd,t V; Silbe, 
Ver de same dr, Var, Lai 


$ &. Suäpiee Sévère ur zur W6) 
CL Inmertei. zu 15. Eros, de Pre), ei Prolegomena ad Salpie., 
Galkand.. Bill. : VIL 
Severe. surnomme Sulpsoe. naquit vers 363 d'une fs- 
mille noble de l’Aquitame. Apres avoir fréquenté l'école” 
des rheteurs de Bordeaux , il se consacra à l'étude da : 





poque où. à la prière-de sa belle-mère, il était allé rendre 
visite à saint Martin (393) et avait concu le dessein de 
transmettre à la postérité la vie de cet illustre pontife, 
dont il recueillit les matériaux dans de fréquentes visites. 
Selon de Prato, il serait mort peu de temps après l’an 406. 
Cette étrange nouvelle donnée par Gennade, que, «dans 
sa vieillesse, Sévère s'était laissé séduire au pélagianisme 
et s'était imposé pour penitence de se taire pendant tout 
sa vie,» a été sans doute imaginée pour expliquer a 
subite disparition. 
Ouvrages de Sulpice Sévère. 


4. Vie de saint Martin, composée pendant les sept der- 
1 De script. eccl., c. XIX. 


… 


Lan cmt ee 


AUTEURS LATINS. SULPICE SÉVÈRE. 361 


nières années de la vie du saint, et publiée après sa 
mort. Outre les miracles notoires, Sulpice, imbu de l’es- 
prit .credule de son temps, rapporte quantité d’autres 
faits merveilleux, « mais de telle sorte qu'on reconnait 
facilement le fond naturel des événements, lequel fond 
n'exclut pas l'influence surnaturelle ?. » 

2. Histoire sacrée, depuis l'origine du monde jusqu'au 
prernier consulat de Stilicon ( 400 ans après Jésus-Christ), 
composée entre 400 et 403 ; chef-d'œuvre de concision 
et d'élégance, qui a fait appeler Sulpice le Salluste chre- 
tien *. On y trouve à la fin des détails précieux et exacts 
sur Priscillien 5. Bernays a dit de cette histoire « qu'elle 
est un des ouvrages qui sont appelés à remplir la tâche 
gigantesque qui incombe à l’humanité et qui consiste à 
concilier la Bible avec la civilisation grecque etromaine®. » 
C'est aussi à cette fin qu’on l’employait souvent autrefois 
dans les écoles savantes. 

3. Ses Dialogues entre Gallus et Posthumianus (405) ; 
le premier sur les vertus des moines d'Orient ; le second 
et le troisième sur celles de saint Martin et des moines 
d'Occident, complètent la Vie de saint Martin. 

4. Lettres à Paulin, évèque de Nole; au prêtre Eusebe, 
Contra æmulos virtutum beati Martini; au diacre Auré- 
lius, De obitu et apparitione beati Martini; à sa belle- 


mère , Quomodo beatus Martinus ex hac vita ad immor- 
talitatem transierit. 


D'autres lettres (Migne, append., ser. lat., t. XX, p. 223) sont con- 
sidérées comme apocryphes par les meilleurs critiques; cf. Fessler, 
t. Il. 

L’Historia sacra parut pour la première fois à Bâle en 1556; cum 
comment. Sigonii, Bon., 1581; Francof., 1592. Severi Opera, emend. 
et illustr. Giselin, Antw., 1574; Par., 1575. La meilleure, de Jér. de 
Prato, Véron., 1741, in-4°, t..1I, sans les lettres; avec les lettres, 


1 Reinkens, Martin de Tours, Thaumat., moine et évéq., Bresl., 1866. 
— ? Ita brevitati studens, ut pœne nihil gestis subduxerim. Lid. I, 


c. I. — $ Editée à part par Dübner, Par. 1851. — ® Chronol. de Sulp. 
Severe, Berl., 1861. 





362 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Gall., Bibl., t. VII; Migne, ser. lat., t. XX. C£ Tillem., t XI; Dopin, 


t. I, part. Im ; Ceillier, & X; ed. 2, t. VII. 


5 66. Rufin, pretre d’Aquilée (mort en 410). 


Cf. Rufin. Vit. lib. II; notitia ex Schœnemanni Bibi. Patr. lat. 
dans Migne, sér. lat.,t. XXI. 


Rufin (Tyrannius) naquit vers 345 à Julia Concordia, 
près d’Aquilee. Il vécut, n’etant encore que catéchu- 
mène, dans un couvent d’Aquilee où, après son baptême 
(370), il reçut probablement le diaconat ; de là son surnom 
d’Aquilde. Depuis longtemps, il s’y était lié d’une étroite 
amitié avec saint Jérôme, et lorsque celui-ci partit pour 
l'Orient (373), il quitta son pays et se rendit d’abord en 
Egypte, où il rencontra la spirituelle et pieuse Mélanie, 
qui séjournait depuis quatre ans dans ce berceau de la 
vie érémitique, consacrant à Dieu son veuvage et ses 
richesses aux pauvres, dont souvent elle nourrissait 
jusqu’à cinq cents par jour. Il s’attacha à elle d’une ami- 
tie indissoluble et ’accompagna dans ses voyages. Rufin 
se sentit également attiré par les moines du désert de 
Nitrie, et par les savantes lecons de l’aveugle Didyme, 
chef de l’école d'Alexandrie. 

D’Egypte, Rufin alla en Palestine, où il dirigea plu- 
sieurs années les ermites du mont des Olives, de même 
que Mélanie y était à la tête d’un couvent de femmes. Il 
resserra les nœuds qui l’unissaient à saint Jérôme, lequel 
sejournait habituellement à Jérusalem avec la vénérable 
Paula, et, avant même son arrivée à Jérusalem , l’avait 
recommandé comme un homme d'une vertu exem- 
plaire. 

Cependant Rufin demeura à Jérusalem, captivé par 
l'évêque de Jérusalem, comme lui partisan fanatique 
d’Origene. Il recut de ses mains l’onction sacerdo- 
tale (390). 

Grâce aux agitations qu’un certain Aterbius avait 


AUTEURS LATINS. RUFIN. 363 


excitées contre Origène, et en suite desquelles on repro- 
cha à Jean et à Rufin, voire même à saint Jérôme, d’être 
ses admirateurs, bien que celui-ci eût désapprouvé ses 
erreurs, il arriva qu'en 394 saint Epiphane prêcha contre 
Origène en présence de Jean et de Rufin, et, contraire- 
ment aux saints canons, conféra les ordres à Paulinien, 
frère de saint Jérôme. Dans la querelle qui surgit ensuite 
entre les deux évêques, Rufin prit le parti de Jean et 
Jérôme celui d’Epiphane. Une rupture qui allait éclater 
entre les deux amis fut prévenue par Mélanie, et la ré- 
conciliation eut lieu en 397. 

Peu de temps après, Rufin accompagna en Italie 
Mélanie, dont la jeune nièce, qui portait son nom, se 
proposait, ainsi que son aïeule, de vivre dans la conti- 
nence parfaite avec le consentement de son mari. A 
Rome, Rufin traduisit l’apologie d'Origène, par Pamphile 
et Eusèbe, puis le De principiis d'Origène, en s’autori- 
sant du jugement favorable qu’en avait autrefois porté 
saint Jérôme. Il omit ou modifia dans sa traduction plu- 
sieurs passages scabreux, et essaya, dans un épilogue, 
de prouver que les hérétiques y avaient fait de nom- 
breuses altérations 1. 

A Rome, ce travail fit sensation; dès que saint Jérôme 
en fut informé, une violente dispute littéraire s’ensuivit 
entre les deux. Rufin, obligé par le pape Anastase de 
donner des éclaircissements, n’evita l’excommunication 
que par une profession de foi orthodoxe, et vécut désor- 
mais presque constamment à Aquilée. Les invasions des 
Goths sous Alaric le contraignirent de prendre la fuite. 
Il voyagea en Sicile avec la jeune Marcella (nièce de 


Mélanie), et avec son époux Pinian, et mourut à Messine 
(410). 


Mérite littéraire de Rufin. 


1. Son mérite est d’avoir, par ses nombreuses traduc- 
1 Sur la méthode arbitraire de Rufin, voir $. Jérôme, Ep. ad Avit, 


= BSUX ME SRE 

ns. onu “ones sur plaseexrs ouvragu 
zmes_ eus «ris u: Jmerpse Fu, T Hüstsure erch- 
sertie PissAr_ mans 2 suseaers d’Origens, de 
sant Jasie_  sanc mesure fr Nazızser, d'Ergn 
br Fmr. es devpnouez zemesitrurs, Les Marines de 
Sax # jeisenrren. ur] are Sscsramené au pags 
fe = MD JUSENrTS pee massages. eér. Sa {re 
ürien © "iäsunr resume É'Emsehe est le plus 
garant «€ le Où z ac = ges de vogue ms la 
su Les ze muicuses 0: Rate reparasssent ic; : 
1 mer jiméeurs mare x mime Evre. katze de 


vont zent +» premire zur base de sa continualion', 

Une zuire tradartaın d> Rain est T’Histeria menach- 
rum, sea Die de u. Pazrum «iremke-tross chapiires): 
vies de iremire- russ samés de desert de Nitrie : Narre- 
tous cz. sat le premmer editeur. Roswesd. suni ex 
grzcı, =: opousr, transis£r ?. 

2 Quer prommds - Ayeiogia adversus Hierony- 
zum Gb Il. à agerile om a donne à tort le nom dh : 
vertires:_ Rufın v refoie en termes violents et peu chs- 
ritabies les reproches que lim faisait saint Jérôme. La 
réponse de ce dernier, en deux livres. suivis d’un troi- 
seme. est vive. mais decente et mesurée : « Quells 
édification pour des spertateurs, s'écriait saint Jeröme, 
que de voir deux vieillards se quereller. d’autant plus 
qu'ils veulent passer tous deux pour orthodoxes! 












1 La meilleure édit. est de Th. Cacciari, ad cod. Vatic., Rome, 114, 
in-4*, 2 voL Sur le reproche exagéré fait à Rufin par Valésins et Hot 
(Declar. interpr.,, d'avoir usé de trop de liberté dans l’élaboratie 
d'Eusébe, voir : "Dissertat. de rita, fide et Eusebiana ipsa Rufei 
translatione, ed. Cacciari, et Kimmel, De Rufino Euseb. interpreie, 
Ger., 1838. 

3 Autw., 1618, souv. reimpr. 


AUTEURS LATINS. S. JÉRÔME. 365 


Donnons-nous plutôt la main et unissons nos cœurs !. » 

Apologia ad Anastasium, Romanæ urbis episcopum, où 
il fait cette déclaration : Origenis ego neque defensor sum 
neque assecior, neque primus inlerpres. 

De benedictionibus Patriarcharum (lib. IT), écrit à la 
prière de Paulin (de Nole?); suivant Gennade?, Rufin y 
explique le chapitre xııx de la Genèse dans le sens his- 
brique, moral et mystique. 

Le meilleur travail de Rufin est son Exposition ou 
Commentaire du Symbole des Apôtres, rédigé à la demande 
& l'évêque Laurent. Très-estimé de l’antiquité, il est 
encore utile pour l’histoire des dogmes. 

L'authenticité des Commentaires sur les soixante- 
quinze premiers psaumes, sur Osée, Joël et Amos, de la 
Vie de saint Eugène et du Traité de la foi, ete., est dou- 
teuse. | 


Opera, ed. De la Barre, Par., 1580, in-fol.; la meilleure, de Valarsi, 
Vérone, 1745 (un seul vol., incomplète) ; Migne, sér. lat., t. XXI. 
C. Tillem., t. XII; Dupin, t. II, part, 1; Ceillier, t. X; ed. 28,t. VII. 


S 67. Saint Jérôme (mort en 420). 


C. Proleg. ed. bened., et de l'édition de Vallarsi et de S. Maffei, 
meilleure encore que la première. 


Jérôme (Sophrone-Eusèbe) naquit entre 340 et 342 
difficilement en 331), à Stridon en Dalmatie. Il fut élevé 
à Rome par le célèbre grammairien Donat, et peut-être 
par le rhéteur Victorin. Le baptême, « ce vêtement du 
Christ et de l’innocence, » il le reçut certainement des 
Mains du pape Libère ; mais il le profana bientôt « dans 
les sentiers scabreux de la jeunesse, où sa chasteté 
»ssuya plus d’un naufrage » qu'il pleura amerement 
lans la suite. Pour compléter ses études, il se mit à 


1 Cf. Buse , Jérôme et Rufin (Revue scientif. et artist. de Bonn, 
s ann.) — ? De script. eccl., c. XVII. 


366 MANUEL DE PATROLOGIE. 











voyager, passa quelque temps à Trèves, où l'éclat de ki 
cour, dont il fut un instant ébloui, lui fit envisager le 
vie par son côté sérieux et prendre la résolution dest 
consacrer sans partage au service de Dieu. n 

Après ce voyage dans la Gaule, il est probable qui. 
se rendit à Aquilée, auprès de son ami Rufin, poæ 
lequel il avait transcrit à Trèves le commentaire sur les‘ 
Psaume et le traité des Synodes, de saint Hilaire de: 
Poitiers. Epris d'amour pour la vie religieuse, il s’atia- 
cha étroitement à Rufin, ainsi qu'à Chromace, Eusebe, : 
Jovin, Chrysogone et Nicéas. A la suite d’une commotios : 
dont nous ignorons les details, il quitta Aquilée ave . 
Evagre, prêtre d’Antioche, Héliodore, Innocent et Nieeas, 
et entreprit son premier voyage en Orient (372). Ils tra- 
verserent, avec de grandes fatigues, le Pont, la Bithynie, 
la Galatie, la Cappadoce, la Cilicie, au milieu d’un ét 
brûlant, et, entrés en Syrie, ils trouvèrent enfin la ville 
d’Antioche (373). Innocent mourut quelques jours après. : 
Jérôme, depuis l'automne jusqu’au printemps, fut ‘ 
éprouvé par diverses maladies. Ce fut alors sans doute 
qu'il promit au Christ de renoncer à la lecture de ses 
auteurs favoris, Térence, Plaute, Virgile, Cicéron et 
Quintilien, que Rufin lui reprocha dans la suite avec 
autant d’indélicatesse que de mauvais goût. Il prit aussi 
des leçons d’exégèse auprès d’Apollinaire, si estimé 
avant ses erreurs, et, séduit à la vie monastique par 
un pieux vieillard de la contrée, Malchus, il se retira 
dans le désert de Calchis, sur la côte orientale de la 
Syrie, où il vécut quatre ou cinq années dans l’ascétisme 
le plus rigoureux. 

Tout en gagnant sa vie par le travail de ses mains, il 
s’appliquait avec ardeur à l’étude, particulièrement de la 
langue hébraïque, aidé par un Juif converti. C’est là 
aussi qu’il écrivit la vie du premier ermite, saint Paul 
de Thèbes, outre différentes lettres à Héliodore pour lui 
reprocher sa désertion : « Que fais-tu dans le siècle, lui 


AUTEURS LATINS. S. JÉRÔME. 367 


dit-il, toi, plus grand que le siècle? » Retourné à An- 
tioche, il fut, malgré sa résistance, ordonné prêtre (479) 
dans un temps où cette Eglise était déchirée par le 
schisme de Mélèce. Jérôme prit le parti de Paulin, et 
rédigea son Dialogue entre un luciférien et un orthodoxe. 
Quittant de nouveau Antioche, il passa quelque temps à 
Constantinople pour y recevoir les lecons de Grégoire de 
Nazianze sur l'interprétation de l’Ecriture. Après avoir 
terminé sa traduction de la Chronique d’Eusebe et divers 
travaux d’exégèse, il se rendit à Rome sur la demande 
& pape Damase, avec Paulin, évêque d’Antioche, et 
Biphane, évêque de Salamine, pour assister à un con- 

de touchant le schisme de Mélèce (382). 

À Rome, il traduisit en latin deux homélies d'Otigène 
ar le Cantique des cantiques, et le traité de Didyme sur 
k Saint-Esprit, rédigea sa controverse contre Helvidius, 
et, sur l'invitation du pape Damase, consacra ses grandes 
Connaissances en linguistique et son génie critique à la 
révision de la version italique de la Bible. Il réunit 
autour de lui un grand nombre de personnes attirées 
vers la vie religieuse, surtout des femmes, des veuves, 
des vierges de haute naissance et d’un grand esprit, 
dont les plus remarquables sont Marcella, Principia, 
Asella, Mélanie, Paula, Eustochium, Fabiola et Felicitet. 
Sur leur demande, il rédigea plusieurs traités ascétiques, 
ansi que des lettres, où il commente des passages et 
quelquefois des livres entiers de la Bible. 

Après la mort de son protecteur, le pape Damase, 
Jérôme quitta Rome (385) avec son frère Paulinien et le 
trêtre Vincent, et entreprit son second voyage en Orient 
après avoir reçu l’assurance qu'il y serait suivi de Paula 
et de sa sœur Eustochium. Paula le rejoignit effective- 
ment à Antioche, d’où ils allerent ensemble dans la 
Terre-Sainte en traversant la Cœlé-Syrie et la Phénicie. 
Après avoir visité les lieux saints et satisfait leurs goûts 


!Reinkens, les Ermites de saint Jérôme, Schaffh., 1864. 


368 MANUEL DE PATROLOGIE. 

scientifiques, ils visiterent l'Egypte, où Jérôme assistt 
avec un vif intérêt aux leçons de l’aveugle Didyme, & 
parcoururent les stations monastiques de la Nitrie. Ren- 
trés dans la Terre-Sainte, ils se fixèrent au berceau &a 
christianisme, à Bethléem, où s’eleverent bientôt deux 
couvents, l’un d'hommes, pour saint Jérôme, Paulinien, 
Vincenti et leurs amis ; l’autre de femmes, pour Paula, : 
Eustochium et les nombreuses vierges de toute condi 
tion qui se groupèrent insensiblement autour de cs 
nobles romaines. Saint Jérôme, tout en se consacrant 
aux œuvres de l’ascetique, déploya une activité infat- 
gable, surtout dans l’explication de la Bible et dans les 
controverses religieuses de son temps; il suffit de rap- 
peler les noms d’Origene, Nestorius, Pelage, Jovinien, 
Vigilance, Helvidius. Il mourut le 30 septembre 4%, & 
fut inhumé à Bethléem. Plus tard ses restes furent 
transportés à Rome. 











Ouvrages de saint Jérôme. 


4. Saint Jérôme est surtout renommé dans l'Eglis 
occidentale pour ses travaux sur l’Ecriture sainte, aux- 
quels il se prépara par des traités dont la plupart sont 
traduits du grec; ce sont : 

Liber de nominibus hebraicis, seu de interpretation | 
nominum hebraicorum, dans lequel il traduisit en latin le 
livre du juif Philon qui porte le même titre. Il y explique 
les noms propres des deux Testaments, non d’après le 
sens étymologique, mais d’après la méthode allégorique 
de Philon. Ses explications sont souvent forcées et tout-à- 
fait inexactes. Liber de situ et nominibus locorum hebraico- 
rum, traduction libre de l'ouvrage d’Eusebe sous le même 
titre : Transtulimus, dit-il, relinquentes ea quæ digna 
memoria non videntur, et pleraque mutantes. Il y con- 
signe les témoignages des anciens sur le même sujet. 
Liber hebraicorum quæstionum in Genesim, avec des Te- 
marques sur les passages difficiles de la Genèse. L’auteur 


AUTEURS LATINS. S. JÉRÔME. 369 


yeompare l’ancienne version latine avec le texte hébreu 
et les Septante, et la rectifie en plusieurs endroits avec 
l'aide du Juif Bar-Anina et d’un autre savant versé dans 
lhébreu et le chaldaïque : travail unique en son genre, 
fort estimé alors et jugé indispensable dans la littérature 
grecque et romaine de cette époque. 

Après ces travaux préparatoires et les commentaires 
qe nous citerons encore, saint Jérôme pouvait entre- 
prendre la révision complète de l’ancienne version latine. 
ll commença en traduisant lui-même en latin les deux 
Testaments d’après les textes hébreux et grecs!. Pen- 
dant que les Goths, au dire de Sunnia et Fretella®, lui 
savaient gré de ses travaux, les « Grecs demeuraient 
assoupis, » et saint Augustin lui écrivait que sa version, 
différente en bien des points de l’ancienne traduetion, 
profondément enracinée dans le peuple, excitait plus 
d'un mécontentement 5. Cependant, après avoir conseillé 
d'éviter ces sortes d’écarts en ce qui concerne l’Ancien 
Testament, saint Augustin reconnut plus tard qu'il était 
utile de s'éloigner des Septante. 

Commentaires. Saint Jérôme y préluda par sa traduc- 
tion des deux homelies d’Origene Sur le Cantique des 
Canliques. « Origène, dit-il, ayant surpassé tous les inter- 
pretes dans tous les livres de l’Ecriture, s’est surpassé 
li-même dans l'interprétation du Cantique. » Il y faut 
joindre le Commentaire sur l’Ecclésiaste, commencé à 
Rome pour Blésilla, et achevé à Bethléem pour Paula 


1 Sous le titre de Bibliotheca divina, dans Valarsi, t. IX-X ; Migne, 
& XXVIII-XXIX. — 2 Ep. cvı, al. cxxxv. 

3? Nam quidaın frater noster episcopus, cum lectitari instituisset in 
ecclesia cui præest interpretationem tuam, movit quiddam longe aliter 
2bs te positum apud Jonam prophetam, quam erat omnium sensibus 
nemoriæque inveteralum, et tot ætatum successionibus decantatum. 
‘actus est tumultus in plebe, maxime Græcis argueutibus et inflam- 
nantibus calumniam falsitatis, ut cogeretur episcopus, Judeorum 
2stimonium flagitare. — Quid plura? Coactus est homo velut men- 
ositatem corrigere, volens, post magnum periculum, non remanere 
ne plebe (iuter Hieron. Epist., n. 104). 

24 





370 MANUEL DE PATROLOGIE. 


et Eustochium, ut in morem commentarioli obscura 
que dissererem, ul absque me posset inlelligere g: 
gebat. 

Vinrent ensuite les commentaires plus étendus s 
quatre grands et sur les douze petits prophètes 
saint Matthieu, sur les Epitres aux Galates, aux 
siens, à Tite, à Philémon : saint Jérôme y suit la mé 
grammatico-historique, sans rejeter la méthode & 
rique d’Origene. Son dessein est « d'élever un ! 
spirituel sur le solide fondement de l’histoire (k 
littéral ou historique), en tenant le milieu entre 
toire et l’allégorie, comme entre Scylla et Charyb 
Une correspondance animée s’établit entre lui et 
Augustin sur le verset 44, c. u, de l’Epître aux Gal 
Ses commentaires sont très-inégaux, et plusieur 
trop hâtés par le défaut de temps; ils manquent 80 
de solidité et de profondeur. Il disait lui-même : D 
quodcumque in buccam venerit. 

On doute de l’authenticité du Comment. in lib. Job, du Bra 
Psalterium; du Liber in expositione Psalm., et Præfat. de lib. ] 
de l'Explan. in ps. xLı et cxvu, de l’Expos. IV Evang., € 
attribue presque unanimement à Pélage les Comm. in Ep. S. 
excepté celui de l’Epitre aux Hébreux. 

2. Travaux polémiques et dogmaliques. Nous 
déjà cité l’Apologie contre Rufin, où il oppose cà et 
ton passionné et violent de Rufin, un langage non 
äpre et blessant, ce qui faisait dire à saint Augı 
« Quel est l’ami qu'il ne faille craindre comme s’il ı 
devenir un ennemi, si ce que nous déplorons.a pu € 
entre Rufin et Jérôme“? » — Dialogue contre les | 
riens, ou altercation entre un luciférien et un ortho 
nous en avons déjà marqué l’objet. — Livre contr: 
vidius, sur la perpétuelle virginité de Marie, contre 
qui égalent le mariage à la virginité et préte 

1 Pref., lib. VI Comment. in Is. — 3% Comm. in Nahum, c 


8 CI Moehler, Jérôme et Aug., Mélanges, t. I, p. 1-18. — + 
inter Ep. Hieron. 


AUTEURS LATINS. S. JÉRÔME. 371 


qu'après la naissance du Sauveur, Marie a eu d’autres 
enfants. — Contre Jovinien, sur le même sujet. Des amis 
en ayant trouvé certaines expressions trop vives, l'au- 
teur se justifia dans son Apologie à Pammaque!.— Livre 
contre Vigilance (vers 406), où règne la même âpreté de 
langage contre Vigilance, qui attaquait le culte des 
martyrs, des reliques, etc. À ceux qui lui reprochaient 
son ton virulent, saint Jérôme répondait : Hærelicis nun- 
quam peperci; hosies Ecclesiæ mihi quoque hostes*. Sur la 
fin de sa vie (vers 445), il s’attaqua aussi aux pelagiens 
dans trois Dialogues, où un certain Atticus défend la 
doctrine de l'Eglise contre l’hérétique Critobule; cette 
lutte lui valut d’être littéralement assiege dans son cou- 
vent de Bethléem. L’ordination de son frère Paulinien 
par Epiphane (vers 399) le détermina à écrire contre Jean 
de Jérusalem, dont il combattit les vues origénistes. 

Mentionnons encore sa traduction latine déjà citée du 
. Livre du Saint-Esprit, par Didyme ®. 

3. Ouvrages historiques. Traduction latine de la Chro- 
nique d’Eusèbe, qu'il continua à Constantinople en 384, 
et conduisit de l’an 325 à l’an 378*. — Le De viris illus- 
tribus, seu De scriptoribus ecclesiasticis, chef-d'œuvre 
de biographie concise et exacte, indique les ouvrages 
des plus remarquables écrivains ecclésiastiques, depuis 
les apôtres jusqu’à l’auteur. C'était le premier essai de 
ce genre chez les catholiques; saint Jérôme en avait 
trouvé la plupart des matériaux dans l'Histoire ecclésias- 
tique d’Eusebe. — Vie de saint Paul, premier ermile; — 
Vie de saint Hilarion et Vie de saint Malchus®. — Le 
Martyrologe de saint Jérôme, précédé de sa correspon- 
dance avec Chromace et Héliodore, quoique tres-ancien, 
n'est pas de lui‘. | 


1 Ep. xLvn; cf. XLIX, L.— 3 Prol. dial. adv. Pelag. — ® Voir dans 
Valarsi, t. II; les ouvrages polémiques; Migne, ser. lat., t. XXII. — 
*T. VUI; Migne, t. XX VII. — 5 Migne, t. XXII. — °C. Fessler, t. II, 
p. 194. 


372 MANUEL DE PATROLOGIE. 


4. Entre les cent cinquante lettres publiées par Va- 
larsi‘, cent seize seulement sont de lui; les autres lui 
ont été adressées, ou bien elles ont été ajoutées pour 
l'intelligence du sujet. Ces lettres, si importantes pour 
la vie de l’auteur et les événements contemporains, ont 
été rangées par Valarsi dans les cinq classes suivantes : 
Lettres 4 à 18 (ann. 370-384); lettres 19 à 45 (de Rome 
jusqu'en 385) ; lettres 46 à 95 (de Bethléem) ; lettres 96 à 
444 (de 401 jusqu’à sa mort, en 420); lettres dont la date 
ne peut être rigoureusement fixée. 

Parmi ces lettres, il en est plusieurs qui sortent des 
bornes ordinaires d’une correspondance et sont de véri- 
tables traités. Les lettres bibliques expliquent des noms, 
des personnages, des objets mentionnés dans l’Ecriture, 
et montrent quel profit -on peut tirer de sa lecture?; les 
autres sont d’une nature dogmalico-polémique, morale 
et ascétique, historique et familière. Celles qui roulent 
sur la Bible sont de beaucoup les plus nombreuses. On 
estime surtout les lettres au pape Damase et à saint 
Augustin, de même que les lettres morales et ascétiques. 
Il y faut joindre : la Lettre à Nepotien sur la vie des clercs 
et des moines, la Lettre à Océan sur les vertus d’un évéque, 
les conseils sur la perfection chretienne et la vie mo- 
nastique, adressés à des amis et à des amies, telles 
que Paula et ses filles Eustochium, Marcella, Fabiola, 





Asella, etc. Comme on lui faisait remarquer qu’il louait 


la virginité aux dépens du mariage, il répondait naive- 
ment : Laudo nuptias, laudo conjugium, sed quia mihi 
virgines generant. Plus honorantur nupliæ quando quod 
de illis nascitur plus amatur ?. 


Parmi les lettres dogmatico-polémiques, nous devons 


citer encore les lettres quinze et seize au pape Damase : 
An tres hyposiases in Deo dicendæ sunt; la lettre cent 
vingt-six à Marcellin et à Anasphychie, sur l’origine de 
l’äme, hortans ut reliqua pelant ab Augustino; la lettre 

4 Migue,t. XXII. —? Ep. Lui ad Paulinum. —3 Epist., XXII, c. xx. 





AUTEURS LATINS. S. JÉRÔME. 373 
cent quarante-six à Evangèle, quid sit discriminis inter 
episcopum, presbyterum et diaconum!. 

Ses nombreux owvrages perdus sont partagés en deux 
classes dans Valarsi ?: ouvrages réellement perdus, et 


ouvrages qu'on croit perdus, mais dont l’existence est 
encore douteuse 5. 


Doctrine de saint Jérôme. Son importance. 


4. L’Ecriture, dont toutes les parties sont inspirées et 
promulguées par le Saint-Esprit, contient les mystères 
de Dieu sur la création et la rédemption. Mais il faut 
l’entendre dans le sens de l'Eglise, spirituellement. Si on 
l’entend d’une manière charnelle, « c’est le démon qui 
parle par l’Ecriture, et toutes les hérésies en sortent ; 
l'Evangile du Christ devient l'Evangile de l’homme, 
ou, ce qui est pire encore, du démon. » Quoique 
ramassee dans un étroit espace, l’Ecriture contient un 
fond inépuisable : Quantum dilatatur in sensibus, tantum 
in sermone constringitur 5. Aussi la véritable vie con- 
siste-t-elle à l’étudier : « Que peut être la vie sans l’étude 
de l’Ecriture sainte, qui nous fait connaître le Christ, la 
vie de ses fidèles 5? » 

2. 1! y a sans doute une connaissance naturelle de 
Dieu”, basée sur la considération de la grandeur et de 
la beauté du monde; mais elle se limite au Père: le Fils 
et les mystères de la Rédemption ne peuvent être connus 
que par la révélation ®. Si, dans l’Ancien Testament, la 
Trinité divine a été tantôt manifestée plus clairement, 
tantôt cachée sous des figures, Jésus-Christ est le seul 
qui ait vraiment révélé ce mystère aux hommes”. Père, 
Fils et Saint-Esprit sont trois personnes ou hypostases 
dans une seule substance ou divinité. Les trois sont 

1 S. Hieron. Epist. select., Vesont., 1839. —3T,. I, præf., Pars altera, 
n. 45-33. — ® Migne, t. XX, p. XVII-XXXVIN. — ® Comm. in Jerem., 
xxIx, 8; in Gal., 1, 11. — ® Comm. in Eccl., x11, 12. — 6 Epist. xxx 


ad Paulam. — T Comm. in Gal., 1, 16; in Tit., 1,10. — 8 In Gal., 
m, 2. — © Prolog. in Genes. 


374 MANUEL DE PATROLOGIE. 


également éternels ; il faut donc rejeter le subordinatia- 
nisme d’Origene et plus encore celui d’Arius, ainsi que 
le faux monarchianisme de Sabellius et de Photin ‘. Le 
Saint-Esprit a la même nature que le Pere et le Fils®, 
contrairement à ce qu'ont enseigné Macédonius, Eunome 
et d’autres hérétiques. 

3. Saint Jérôme traite longuement de l’homme et de 
la Redemption, surtout dans sa polémique contre le pela- 
gianisme ®. 

4. Voici comment il parle des rapports que les fideles 
doivent avoir avec l’Eglise : « Quiconque se sauve, se 
sauve dans l'Eglise; quiconque se tient hors de l’Eglise 
du Seigneur ne peut être (parfaitement) pur. Cela est 
vrai non-seulement des Juifs et des paiens, mais encore 
et surtout des heretiques*. Les assemblées de ces der- 
niers ne sont point des Eglises du Christ : (Sicut) una 
Eva mater cunctorum viventium, et una Ecclesia parens 
omnium christianorum... quam hæretici in plures Ecclesias 
lacerant, que juæta Apocalypsin * synagogæ magis dia- 
boli appellandæ sunt quam Christi conciliabula®. 

5. Les deux passages suivants sur la hiérarchie ont 
donné lieu de croire que saint Jérôme contestait la pré- 
éminence de l'évêque sur le prêtre : Idem est presbyter 
quod et episcopus”, et : Quid facit, excepta ordinatione, 
episcopus, quod non faciat presbyter®? On voit, cepen- 
dant, dans ce dernier passage qu'il reconnait la supé- 
riorité de l’évêque dans un point essentiel, l’ordination; 
et voici, du reste, comment il termine cette même lettre: 
Ut sciamus traditiones apostolicas sumptas esse de Veleri 
Testamento; quod Aaron et filii ejus alque levitæ in 
templo fuerunt, hoc sibi episcopi et presbyteri et diaconi 

1 Ep. xvin ad Damas., c. IV; Comment. in Zach., Iv, 12; in Is., LXV, 
16; in Eph., W, 5; Ep. LXV ad Princip. —% In Is., LXIN, 10; in Amos, 
1V, 12. — ® Voir les textes groupés dans Wcerter, Rapports de la 
grä:e et de la liberté, p. 649. — + Comm. in Joel, 11. 3; in Ezech., 


va, 19; Ep. Lx ad Ocean., c. 1x. —3 1,9. — 6 Comm. CXxIII ad 
Agaruch., c. x. — 7 Comm. in Tit., c.1. —® Ep. CXLVI ad Evang. 








AUTEURS LATINS. S. JÉRÔME. | 375 


vindicent in Ecclesia. Il va jusqu'à dire : Ecclesis salus 
in summi sacerdotis dignitate pendel, cui si non exsors 
quedam et ab omnibus eminens detur polestas, tot 
in Ecclesia efficientur schismata quam sacerdotes 1. 

Mais c’est à l'Eglise romaine qu’appartient le premier 
rang : elle est la chaire de Pierre, l’arche du salut, le roc 
qui supporte tout : Quicumque extra hanc domum agnum 
comederit profanus est?. Et voici la raison de cette pré- 
éminence de Pierre : Propterea inter duodecim unus eli- 
gitur, ut, capite conslituto, schismatis tollatur occasio®. 
L'Eglise romaine est donc la règle de la foi et de la 
doctrine *. Saint Jérôme explique ainsi le titre de clerc 
donné aux ministres de l'Eglise : St enim xñpoç græce, 
sors latine appellatur : propterea vocantur clerici, vel 
quia de sorte sunt Domini, vel quia ipse Dominus sors, id 
est pars clericorum est. Qui aulem vel ipse pars Domini 
est, vel Dominum partem habet, talem se exhibere debet 
ut et ipse possideal Dominum, et possideatur a. Domino. 
Qui Dominum possidet et cum propheta dicit : Pars mea 
Dominus S. 

6. Sur les fins dernières, saint Jérôme enseigne, con- 
trairement aux Grecs, que ce qui se fera pour tous au 
jour du Seigneur, a lieu pour chaque individu le jour de 
sa mort, et non pas seulement au jugement universel : 
Diem autem Domini, diem inlellige judicii, sive diem exi- 
lus uniuscujusque de corpore. Quod enim in die judicii 
‚[uturum est omnibus, hoc in singulis die mortis impletur®. 
Nous ignorons si le passage suivant s'applique au pur- 
gatoire : Inter morlem autem et inferos hoc interest : in- 
fernus, locus in quo animæ recluduntur, sive in refrigerio 
sive in pœnis , pro qualilale meritorum ’. 11 ne rejette pas 
moins expressément cette opinion attribuée à Origène, 


I! Adv. Lucif. — ? Ep. xv et xv1 ad Damas. — ® Adv. Jovin., 1, 26. 
—+ Ep. XLVI ad Marcel., c. x1 ; Ep. ıxıı ad Theoph., c. . — 6 Ep. Lu 
ad Nepot., c. v. — ® Comm. in Joel, c, 11. — 7 Comm. in Os., x, 16; 
cf. Valarsi, ad À. I. 


376 MANUEL DE PATROLOGIE. 


que tous les êtres, y compris le démon, seront régéné- 
rest. Quant au règne de mille ans, il le qualifie d’opi- 
nion judaïque ridicule et indigne d’un chrétien ?. 

La haute valeur de saint Jérôme a toujours été recon- 
nue, malgré quelques jugements injustes et malveil- 
lants. Valarsi® a recueilli, dans les différentes époques, 
les témoignages honorables qui lui ont été rendus. Saint 
Augustin dit qu'il était le lien de l'Orient et de l’Occi- 
dent, « à cause qu'étant célèbre par la connaissance non- 
seulement de la langue latine, mais encore de la langue | 
grecque et même de l’hébraïque, il avait passé de l’E- 
glise occidentale dans l’orientale pour y mourir à un âge 
décrépit dans les Lieux-Saints et dans l’étude perpétuelle 
des livres sacrés". » « Les hérétiques le haissent, pour- 
suit Sulpice Sévère, parce qu'il ne cesse de les attaquer; 
les clercs, parce qu'il censure leur vie et leurs crimes ; 
mais tous les bons l’admirent et l’affectionnent. » Ce qu'il 
y avait de trop passionné dans son langage et d’excessif 
peut-être dans ses mortifications extérieures , ne venait 
que de l'excès même de son amour de Dieu et de l'Eglise. 
Il est indubitablement un des plus doctes Pères de l’E- 
glise latine, et ses travaux comptent parmi les plus inte- 
ressants et les plus variés de la littérature chrétienne. 
Pourtant, il serait exagéré de dire avec Erasme : In Hie- 
ronymo quæ phrasis, .quod dicendi arlificium ! quo non 
christianos modo omnes longo post se inlervallo reliquit, 
verum eliam cum ipso Cicerone cerlare videlur. Ego certe, 
nisi me sanclissimi viri fallit amor, cum hieronymianam 
orationem cum ciceroniana confero, videor mihi nescio 
quid in ipso eloquentiæ principe desiderare ®. Loin d’être 
l’egal de Cicéron, il n’est pas même aussi pur et aussi 
classique que Lactance. Mais, pour la puissance et la 
force du style, il est incomparable. 


1 Comm. in Is., XIV, 20; xxvIl, 1; LXVI, 24, etc. — 3 Præf. comm. 
in Is., et LXVI, 23. — ® Selecta Veter. Testimon., t. 1. — + Cit. du 





AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 371 


Opera, ed. Erasm., Basil., ap. Froben., 1516 et seq., in-fol., 9 vol.; 
Marian. Victorius Reatin., ep., Rom., 1565, in-fol., 9 vol.; ed. bened. 
(Poujet et Martianay), Par., 1693-1706, in-fol., 5 vol. La meilleure 
édition, de Valarsi, Véron., 1734, in-fol., 12 vol.; 1766, in-4°, 41 vol. 
Voir dans Migne, t. XXX, p. 902, l’ordre dans lequel se succèdent 
les ouvrages dans les anciennes éditions. Cf. Tillemont, t. XII; Dupin, 
t. I, part. 3 ; Ceillier, t. X, ed. 2%, t. VII; Gollombet, Hist. de S. Jer.; 
Behr, Théol. clret. rom., p. 165; Fessler, t. I, p. 131; Zoeckler; 
Jérôme, sa vie et ses œuvres d’après ses.dcrits, Gotha, 1863. 


S 68. Saint Augustin (mort en 430). 


Augustini (S.), Hipponens, episc., Opera omnia, post Lovaniens. 
theologorum recensionem castigata, denuo ad manuser. cod. Gallic., 
Belg., etc., necnon ad edit. antiquior. et castigatior., op. et stud. 
monach. ord. S. Bened.— Edition Gaume, 22 vol. gr. in-8° à deux 
colonnes. 


Aurèle Augustin naquit à Tagaste en Numidie (354). 
Son père, qui y exercait les fonctions de curiale, ne se 
convertit qu'à la fin de ses jours; sa mère Monique, était 
née dans le christianisme et compte parmi les plus illus- 
tres chrétiennes de l'antiquité. Augustin fut instruit à 
Madaure et à Carthage. Admirablement doué au point de 
vue intellectuel et moral, élevé avec le plus grand soin 
par sa pieuse mère, devenue veuve de bonne heure, 
Augustin tomba néanmoins, sous le double rapport de 
l'intelligence et du cœur, dans les plus grands écarts. A 
dix-huit ans, il eut à Carthage un fils auquel il donna le 
nom d’Adeodat. Ramene à des pensées plus sérieuses par 
la lecture de l’Hortersius de Cicéron !, il :’appliqua avec 
ardeur à l’étude de la philosophie, et son premier traité 
De apto et pulchro, composé à l’âge de vingt-six ans, lui 
valut beaucoup de gloire. Toutefois, ce ne fut qu'après 
un sévère examen de tous les systèmes philosophiques, 
y compris celui des manicheens, auxquels il fut attaché 
depuis l’âge de dix-neuf ans jusqu’à l’âge de vingt-huit, 
qu'il trouva dans les leçons chrétiennes de saint Ambroise 

1 Confess., IH, ıv. 





378 MANUEL DE PATROLOGIE. 


la vérité et les grâces nécessaires à une vie plus parfaite. 
I quitta la carrière de rhéteur qu’il avait remplie à 
Rome (383) et à Milan (384) avec un grand succès, et 
suivi de quelques amis, se retira dans la villa de Cassia- 
ciacum (386). C'est là qu’il posa en quelque sorte les bases 
de ses futurs travaux en philosophie et en théologie, par 
ses ouvrages Contre les académiciens, de la Vie heureuse, 
de l'Ordre, et plus tard par les Soliloques et le traité de 
l’Immortalilté de l’âme. La veille de Pâques, en 387, 
saint Ambroise lui administrait le baptême, ainsi qu'à 
son fils et à son ami Alype, maitre de grammaire dans 
sa ville natale et converti par Augustin. Ainsi s’accom- 
plissait cette parole prophétique de l'évêque à sainte 
Monique : « Il est impossible qu’un fils pleuré avec de 
telles larmes périsse jamais. » Augustin a, du reste, dé- 
peint dans un tableau inimitable les luttes qu’il dut sou- 
tenir pour secouer pleinement le joug des passions mon- 
daines, et trouver ailleurs que dans les séductions des 
sens la paix où aspirait son âme inquiète et déchirée. 
Bientôt après, il retourna en Afrique avec ses amis ; 
mais ayant perdu à Ostie sa mère qui le protégeait de ses 
ferventes prières , il résolut d'aller passer quelque temps 
à Rome. Il y écrivit De moribus Ecclesiæ catholicæ, De 
moribus manichæorum, De quantitate animæ et De libero 
arbitrio; mais il ne publia ces deux derniers ouvrages 
qu’en Afrique. A la fin de l’année 388, il se retira avec 
ses amis dans une campagne qu'il possédait près de 
Tagaste, résolu de se consacrer à l'étude et aux exer- 
cices de la piété, après avoir distribué aux pauvres une 
partie de sa fortune. Il y composa, De musica, De magis- 
tro, De vera religione, De Genesi, contra manichxos. La 
réputation qu'il se fit par ces nouveaux ouvrages, fut 
“ cause que pendant un séjour à Hippone, l’évêque de cette 
ville, Aurele, l’ordonna prêtre malgré sa resistance, et 
lui confia le ministere de la prédication, que son grand 
âge l’empéchait de remplir. On peut juger du crédit qu'il 








AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 379 


jouissait des cette époque par l'explication qu'il fit du 
symbole en présence des évêques réunis en concile gé- 
néral à Hippone en 393, et qui devint plus tard le traité De 
fide et symbolo. Successeur d’Aurèle sur le siége d’Hip- 
pone, vers 395, il se révéla non-seulement comme un des 
plus remarquables évêques de son temps, mais comme. 
le plus grand docteur de tous les siècles. En continuant 
le régime claustral qu’il avait commencé, il fit de sa de- 
meure épiscopale une sorte de couvent où il vécut en 
commun avec son clergé; aussi l’a-t-on considéré 
comme l’instituteur des séminaires et de la vie cano- 
nique des clercs. La force de génie , le zèle infatigable 
qu'il déploya dans ses luttes verbales ou écrites contre 
les donatistes, les manichéens et les pélagiens, unis à la 
sainteté de sa vie et à l’eloquence de sa parole, ont fait 
de lui le docteur de l'Eglise le plus influent et le plus uni- 
versel ; car, on l’a dit avec justice, le plus grand theolo- 
gien du moyen-äge, saint Thomas, n’a été que « le meil- 
leur interprète de saint Augustin. » Ecoutons le père 
Garnier : « J’augmenterai plutôt que de diminuer les 
éloges de ce Père, que je regarde comme le plus grand 
de tous les esprits, comme celui où l’on trouve le dernier 
degré de l'intelligence dont l'humanité est capable, un 
miracle de doctrine, celui dont la doctrine nous montre 
les bornes dans lesquelles se doit renfermer la théologie, 
l'apôtre de la grâce, le predicateur de la prédestination, 
la bibliothèque et l’arsenal de l’Eglise, la langue de la 
vérité, le foudre des hérésies, le siége de la sagesse, l’o- 
racle des treize derniers siècles, l’abrege des anciens 
docteurs et la pépinière où ceux qui ont suivi se sont for- _ 
mes. Il developpe les mystères de la prédestination et de 
la grâce comme s’il les avait vus dans l'intelligence et 
dans la pensée de Dieu même.» Après une carrière si 
bien remplie, Augustin mourut avant que les barbares 


1 Steph. Dechamps, De hæres. jans., lib. II, disp. L 
(Addition du trad.) 


380 MANUEL DE PATROLOGIE. 


eussent ravagé son pays et son siége épiscopal, le troi- 
sième mois de l'invasion (28 août 430). Augustin fut 
le dernier grand homme de l’Afrique ; après lui com- 
menca la barbarie. | 


Ouvrages de saint Augustin. 


Pour faciliter la revue de ses ouvrages, les premiers 
éditeurs de saint Augustin les ont partagés en un certain 
nombre de catégories, d’après la similitude des sujets. 
De toutes les classifications qui ont été tentées, celle des 
bénédictins est encore la meilleure, Ils ont eu l’heureuse 
idée de mettre en tête deux ouvrages qui sont la meil- 
leure introduction à sa vie et à ses écrits : les Rétracta- 
tions et les Confessions. 

1. Les Rétractalions (deux livres), écrites sur la fin 
de sa vie, vers 427, sont l'examen critique de tous ses 
écrits, dont il marque le but spécial : le premier livre a été 
écrit avant son épiscopat, le second pendant. Le but de 
cette révision était de mieux préciser certaines doctrines, 
d’en corriger et rétracter d’autres, d’eclaircir certains 
points demeurés obscurs. En exerçant sur lui-même cette 
critique inexorable, saint Augustin voulait prévenir les 
fausses conséquences qu'on pouvait tirer de certains 
passages contradictoires en apparence ou en réalité, tout 
en initiant le lecteur à sa méthode et aux progrès suc- 
cessifs qu'il avait faits dans le christianisme et dans la 
science. « Ce n’est pas moi, disait-il, mais la lumière de 
l'éternelle vérité, que je désire voir briller devant le 
monde. » 


4 


1 Le tome 4er contient tous les ouvrages de la première époque, 
alors que saint Augustin était encore laïque, outre les Réfractations 
et les Confessions; le 2° vol. contient les Lettres ; le 8e, les travaux 
d’exegese; le 4°, les Homélies ; le 5°, les Sermons ; le 6°, les Œuvres 
morales; le 7°, la Cité de Dieu; le 8°, les controverses contre les 
manichéens, les priscillianistes et les ariens ; le 9°, contre les dona- 
tistes : le 10e, contre les pélagiens avec des appendices renfermant 
les écrits douteux ou apocryphes ; le 11e, les Tables. 





AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 381 


2. Ecrites vers l’an 400, ses Confessions, prodige d’hu- 
milité qu’on ne comprendra jamais, nous ouvrent sur sa 
vie tout entière de vastes perspectives. Elles commen- 
cent par cet hymne touchant : Magnus es, Domine , et lau- 
dabilis valde. Fecisti nos ad ie, et irrequielum est cor nos- 
lrum, donec requiescat in te. C’est la peinture assez fidèle 
des années de son enfance, de ses égarements et de ses 
combats. « Augustin n’a rien voulu taire : il a proclamé 
à la face de l’univers tout entier le mal qu’il a fait, dit et 
pensé. Il n’excuse rien, mais il avoue sa faute et en de- 
mande pardon à Dieu. Il n’est donc pas étonnant que tous 
ceux qui aspirent sérieusement à mener une vie sainte 
et agréable à Dieu, aient toujours reçu de ce livre, 
unique en son genre, la plus profonde impression ; qu'ils 
en aient fait le gardien de leur vie et l’aiguillon de leur 
conscience {. » La différence de ce livre avec les Pensées 
sur ma vie, de Hagemann, et surtout les Confessions de 
Rousseau, prouve combien il est inimitable. Rousseau 
parle en parfait naturaliste, Augustin en chrelien con- 
sommé. — Les trois derniers livres contiennent des ré- 
flexions sur le récit biblique de la création ?. 

Dans l’énumération suivante, nous n’aurons en vue 
que les ouvrages principaux. 


Ouvrages philosophiques. 


Ils ont été rédigés, les uns avant son baptême, les 
autres avant son ordination. 

1. Contre les académiciens (trois livres), écrits vers 
386, en forme de dialogue, contre l'impossibilité pré- 
tendue d’arriver à la connaissance de la vérité : Scripsi 
ul argumenta eorum quæ mullis ingerunt veri inveniendi 


1 Ch. de Raumer, préf. de son éd. des Confess. — ? En français par 
L. Moreau, 6e éd. avec le texte latin, in-8°. Le même ouvr., traduct. 
française seule, in-12 ; traduction couronnée par l'Académie; chez 
Gaume. — Edit. critique, par Pusey, Oxon., 1838; éd. de Raumer, 
d'après les notes de Pusey. Stuttg., 1856. 


382 MANUEL DE PATROLOGIE. 


desperalionem, et prohibent cuiquam rei assentiri et 
omnino aliquid tanquam manifestum ceriumque sit, appro- 
bare sapientem, cum iis omnia videntur obstura et incerta, 
ab animo meo, quia et me monebant, quantis possem ratio- 
nibus amoverem !. 

2. De la Vie heureuse, adressé à un savant de Rome, 
Manlius Théodore, pour établir que « le bonheur ne 
réside que dans la connaissance de Dieu. » 

3. Traité de l'Ordre (deux livres), en forme de dia- 
logue. Saint Augustin se demande si l’ordre providentiel 
qui règne dans le monde s'étend aussi au mal; et 
comme il suppose que ses jeunes lecteurs ne sont pas 
préparés à de si difficiles questions , il termine en 
traitant de l’ordre qui doit régner dans les études : Ad 
discendum necessarie dupliciler ducimur : auctoritate 
atque ratione. Tempore aucloritas, re autem ratio prior 
est. Aliud est enim quod in agendo anteponilur, aliud 
quod pluris in appetendo zstimulur. Ilaque, quamquam 
bonorum auclorilas imperite multiludini videatur esse 
salubrior, ratio vero aptior eruditis®. 

4. Les Soliloqués (deux livres) sont de la même époque 
et aussi en forme de dialogue : Me interrogans mihique 
respondens, lanquam duo essemus". Le premier livre 
montre dans quelles dispositions il faut être pour com- 
prendre la vérité; le second traite de la vérité et de 
l'erreur , et prouve que la vérité ne meurt jamais, ce 
qui est un argument en faveur de l’immortalité de 
l’âme *. 

. 5. Le traité de l’'Immortalilé de l'âme devait servir de 
conclusion au précédent. Saint Augustin en était peu 


1 De Trinit., lib. XV, 0.12 — %Lib. I, n. 28-29; lib. I, »21. — 
8 Lib. II, n. 26. — * Retract., I, n. 4. — 5 Les Soliloques ne doivent 
pas être confondus avec un autre ouvrage du mème titre, souvent 
attribué à saint Augustin et publié avec des méditations qu'on lui a 
également attribuées. Cet ouvrage est probablement d’un théologien 
du moyen-âge. Ed. Sommalius, Aug. Vind., 1765; ed. Westhof, 
Colon., 1855. 





AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 383 


content; il le trouvait vague dans ses deductions, obscur 
dans ses termes, et regrettait sa publication prématurée. 

6. Le De quantitate animæ, commencé à Rome et 
achevé en Afrique, s'occupe de la constitution et de 
l'excellence de l’âme, et démontre qu'elle est immaté- 
rielle. 

7. Le traité du Maître, dialogue entre lui et son fils, 
rappelle le Pédagogue de Clément d'Alexandrie, et montre 
que Jésus-Christ est le seul maître véritable et parfait. 

8. Citons encore le traité de la Musique (six livres), 
sur le caractère général de cet art, sur le mètre, la pro- 
sodie et le rhythme, sur l'influence que la musique exerce 
sur l’äme humaine : il est probable qu'il servit de mo- 
dèle aux études de la musique comprises dans le plan 
tracé par le quadrivium au moyen-âge. Il en faut dire 
autant des écrits perdus sur la grammaire, la dialec- 
tique, la rhétorique, la géométrie, l’arithmétique et la 
philosophie. Ce dernier ouvrage, saint Augustin lui- 
même le déclare, n’avait été qu'ébauché!. 


Ouvrages purement dogmatiques. 


1. Le traité de la Vraie Religion, quoique rédigé contre 
les manichéens (vers 390), roule plutôt sur le dogme en 
général. La vraie religion, dit saint Augustin, consiste 
dans la connaissance de l’unité et de la trinité divine : 
on ne la trouve ni chez les philosophes et les Juifs, ni 
chez les hérétiques et les schismatiques, mais seulement 
dans l'Eglise ?, à laquelle les hérétiques eux-mêmes 
donnent le nom de catholique : Velint, nolint enim ipsi 
quoqgue hæretici et schismatum alumni, quando non cum 
suis, sed cum ectraneis loguunlur, catholicam nihil aliud 
quam catholicam vocant5. Nous y arrivons, avec l’aide de 
Dieu, par une double voie, l'autorité et la raison : Ipsa 
Quoque animæ medicina, quæ divina providentia et ineffa- 
bili beneficentia geritur, gradalim distincteque pulcher- 

! Retract., I, VI. — 3 N. 1-2. — N. 12. 


384 MANUEL DE PATROLOGIE. 


rima est. Distribuilur enim in auctoritatem atque ratio- 
nem. Auctorilas fidem flagitat et rationi præparat honi- 
nem. Ratio ad intellectum cognitionemque perduciti. C'est 
ainsi seulement que nous sommes conduits à Dieu et 
unis à lui : Religet ergo nos religio uni omnipotenti Deoi. 

2. Le Livre du symbole et de la foi, excellente expli- 
cation du Symbole des apôtres, fut d’abord rédigé en 
vue du synode général d’Hippone (393), et réduit en 
livre à la demande de ses amis : Quam disputationem in 
librum contuli, in quo de rebus ipsis ita disseritur, ul 
tamen non fiat verborum illa conteætio, quæ tenenda me- 
moriter competentibus traditurs. 

3. De fide rerum quæ non videntur (un livre, vers 
399), sur la nécessité de la foi. Il y a quantité de choses 
après Dieu, que nous croyons sans les avoir vues. De 
là cette exhortation : Vos autem qui hanc fidem habelis, 
vel qui nunc novam habere capistis, nutriatur et crescal 
in vobis®. 

4. Manuel à Laurent, sur la foi, l'espérance et la cha- 
rité (vers 421). Cet abrégé de la science chrétienne, l’un 
des meilleurs écrits de saint Augustin, résume l'enr- 
semble de ses vues dogmatiques *. 

5. De agone christiano (vers 396). Cet opuscule, ana- 
logue au précédent, indique comment il faut éviter le 
mal et pratiquer la doctrine chrétienne, dont il offre un 
court abrégé. 

6. Le Livre de la foi et des œuvres (vers 413) rélute 
divers écrits adressés à saint Augustin, où l’on soutenait 
que la foi sans les œuvres suffit pour le salut. 

__ À ces traités se rattachent les deux grands ouvrages 
dogmatiques suivants : 

7. De la Trinité (quinze livres). Quoique composé à 
l'occasion des ariens, cet ouvrage s’en tient presque tou- 
jours au point de vue général du sujet. Les sept 


1 N. 45. — 2 N. 413. —5 Retract., 1, XVI. — à N. A1. — 5 Edité à 
part par Krabinger, Tubing., 1861. 








AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 385 


premiers livres présentent la doctrine d’après l’Ecriture 
sainte et réfutent les objections tirées de la raison. Dans 
les huit derniers, on montre que l’homme peut, jusqu'à 
un certain point, s'élever à l'intelligence de ce mystère 
par l’étude de la création et de la nature humaine. Saint 
Augustin trouve dans l'esprit humain une foule d’ana- 
logies. La preuve suivante, qui rappelle saint Grégoire, 
est celle qui a eu le plus de succès auprès de la posté- 
rité : Sic enim in homine invenimus Trinitatem : mentem, 
el notitiam qua se novit, ef dilectionem qua se diligit 
(memoria, intellectus, volunlas, caritas). Sed hæc tria ita 
sunt in homine, ut non ipsa sint homo. — Et una per- 
sona, id est singulus quisque homo, habet illa tria in 
mente. Quapropler singulus quisque homo, imago est 
Trinitatis in mente. Trinitas vero illa, cujus imago est, 
nihil aliud est tota quam Deus, nihil aliud tota quam 
Trinitas :. Toutefois, saint Augustin avoue lui-même 
que ce ne sont là que d’imparfaites images; car ce ne 
sont point des sujets, maïs seulement des facultés qui 
constituent le sujet, c’est-à-dire la personne; en Dieu, 
au contraire, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont 
pas comme des facultés dans une personne, ils sont eux- 
mêmes des personnes indissolublement unies ?. 

8. Cité de Dieu (vingt-deux livres), commencée en 413 
et terminée vers 426. La cité de Dieu, ce sont les fidèles 
de l’ancienne et de la nouvelle alliance. Saint Augustin 
traite de son origine, de ses luttes continuelles contre 
l'empire de Satan, de la protection que Dieu ne cessera 
de lui accorder jusqu’à la fin des siècles. L'auteur, dans 
son travail, a constamment en vue cette objection des 
paiens , que les grandes calamités, la ruine dont 
l'empire est menacé par l’emigration des peuples, sont 
une suite de l’adoption du christianisme et de l'abandon 
des dieux. La réfutation de ce dernier grief, entreprise 

XV, va, n. 41. —12 XV, xx, n. 42. Cf. Gangauf, Doctrine spéculat. 


de saint Augustin sur la Trinité divine, Augsb., 1866. 
25 


386 MANUEL DE PATROLOGIE. 


par Orose, prêtre d’Espagne, à la demande d’Augustin, 
n'ayant pas satisfait celui-ci, il se mit lui-même à 
l'œuvre, et écrivit un livre qui est à bien des égards le 
chef-d'œuvre de la littérature patristique. 

La Cité de Dieu est à la fois une apologie, une histoire 
des dogmes et une philosophie de l’histoire. Aux vastes 
commentaires de Louis Vivès sur ce grand ouvrage! 
Reinkens * a joint de nos jours une excellente analyse 
des principales pensées de saint Augustin sur l'histoire 
du monde. « Augustin, dit-il, par la puissance de son 
génie, a créé une philosophie de l'histoire à la lumière 
des idées chrétiennes, c'est-à-dire au point de vue de la 
révélation. Telle est l’impression qu'il a produite que, 
pendant plus de mille ans, il n’a eu que des imitateurs. 
ll est vrai que son argumentation s'appuie souvent sur 
l'autorité divine d’une façon qui n’est nullement scienti- 
fique, et que le fil du dogme est mêlé à tout le tissu de 
l'ouvrage; mais on aperçoit partout son regard divina- 
toire, et dans l'appréciation des faits historiques son 
talent de critique le conduit souvent à une méthode 
véritablement scientifique. Joignez à cela le don artis- 
tique merveilleux qui éclate dans l'ordonnance des 
matières et qui assure à cet ouvrage une valeur impé- 
rissable. » 


Le traité de la Divination des démons, contre les palens (composé 
entre 406.et 411), a aussi un caractère dogmatique. Il traite des arts 
divinatoires des païens, et montre la différence qui existe entre les 
prophéties des démons, que Dieu permet quelquefois, et les oracles 
des prophètes. 


Ouvrages polémiques. 


Son opuscule des Hérésies à Quoduultdeus (quatre- 
vingt-huit chapitres, vers 429, depuis Simon le Magicien 


.t Basil., 1822, in-fol., cum comment. L. Vivis et L. Coquæi, Paris, 
1656, et Hamb., 1661, t. II, in-4°; éd. stéréop., Lips., 1825 ; Colon., 
1852, t. LI, in-8°. — 3 Philos. de l’hist. de saint Aug., Schaffh., 1866. 








AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 387 


jusqu’à Pélage) nous fournit une première preuve de la _ 
sollicitude que lui inspiraient les plus funestes ennemis 
de l'Eglise, les heretiques*. Sans entrer dans les détails, 
il caractérise parfaitement les origines et les idées prin- 
cipales des hérésies qu'il cite. Mais ce fut surtout contre 
les trois grandes hérésies suivantes qu'il déploya les 
ressources de sa polémique : 

4. Contre les manichéens. Attaché lui - même à cette 
secte pendant neuf ans, il n’en connaissait que mieux 
les erreurs et les dangers, et il la combattit ensuite avec 
d'autant plus d'énergie. Ses principaux ouvrages contre 
les manichéens sont : De moribus Ecclesiæ catholicæ et 
De moribus manichæorum (388); De utilitate credendi 
(vers 394), et De libero arbitrio (trois livres); De Genesi 
contra manichæos (deux livres, vers 389); Contra Faustum 
manichæum (trente-trois livres, 404) ; Contra Adimantum 
(vers 394); Liber contra epistolam manichæi quam dicunt 
Fundamenti ; Acta seu disputatio contra Fortunatum, sur 
une discussion publique qu’il eut à Hippone, vers 392, 
avec Fortunat, qui soutenait que la nature du mal était 
éternelle comme celle de Dieu; De actis cum Felici (deux 
livres, vers 404), sur le même objet 2. 

Dans ces ouvrages, saint Augustin réfute en détail, et 
souvent avec un brillant succès, les erreurs fondamen- 
tales des manichéens. Il repousse surtout avec force 
leur prétention vaniteuse d’être seuls en possession de 
la vérité. La vérité, leur dit-il, ne vient que du Fils de 
Dieu, sous la garantie de l’Eglise; et il énonce à ce 
propos ce principe essentiel du catholicisme : Evangelio 
non crederem, nisi me commoverel Ecclesiz auctoritass. 
ll réfute aussi leur théorie des deux principes empruntés 
au parsisme, la théorie des deux âmes humaines, selon 
laquelle l’homme ne serait pas libre d’opter entre le 
bien et le mal. Augustin-se montre ici le plus zélé et le 


1 Edition Gaume, t. VII. — ? Voir ces ouvrages dans l'édition 
Gaume , t. VIII. — ® Contr. Ep. fundam., c. v. 


390 MANUEL DE PATROLOGIE. 


donnant au mot grâce un double sens. De nuptiis et 
concupiscentia (419), en réponse à ce reproche des péla- 
giens, que la doctrine de saint Augustin sur le péché 
originel portait atteinte au sacrement de mariage. 
Contra duas epistolas pelagianorum, adressé, vers 420, 
à Boniface I", auprès duquel Julien d’Eclane et les 
évêques pélagiens cherchaient à se justifier et accusaient 
saint Augustin. Dans les Six livres contre Julien le pela- 
gien, il s'attaque directement à ce dernier, qui faisait 
entrer le pélagianisme dans une phase nouvelle, celle du 
semipélagianisme. Les deux premiers livres établissent 
que les plus célèbres d'entre les anciens Pères sont 
formellement antipélagiens. Les quatre livres suivants 
sont une longue et sévère critique de l’ouvrage de 
Julien. Saint Augustin, peu de temps avant sa mort, 
commença contre lui un nouveau travail qu'il n’acheva 
point; de là son titre d’Opus imperfectum contra Ju- 
lianum. | 

Contre les semipélagiens saint Augustin écrivit le 
traité de la Grâce et du libre Arbitre (vers 427), en ré- 
ponse aux doutes des religieux d’Adrumet, qui crai- 
gnaient qu'il ne détruisit le libre arbitre et la coopération 
de l’homme à son propre salut. Il acheva de dissiper 
ces doutes dans le De correptione et gratia, où il a le 
plus nettement exprimé sa doctrine antipélagienne, et 
développé avec une grande vigueur de logique sa théo- 
rie de la prédestination, qui devait être si sévèrement 
interprétée dans la suite. Comme les conséquences qu'il 
en déduit avaient fort mecontente les moines de la 
Gaule, entre autres Cassien, il écrivit son traité de la 
Prédestination des saints, suivi du Don de la persévé- 
rance, oü il expose sa doctrine et adoucit ses vues. 

a Ces deux derniers livres, écrits dans sa derniere 
vieillesse, sont comme le testament de ce Père, et ont je 
ne sais quelle autorité plus grande, tant à cause qu'ils 
ont été travaillés avec une extrême application et une 





AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 391 


longue méditation de cette matière, qu'à cause aussi que 
l'erreur de ceux contre qui il écrivait était plus subtile, 
ils ont été composés avec plus de pénétration‘. » Voici 
comment il définit la prédestination : Prædestinatio sanc- 
torum est præscientia et præparalio beneficiorum Dei, 
quibus cerlissime liberentur, quicumgue liberantur. Cæ- 
teri autlem ubi, nisi in massa perditionis juslo divino 
judicio, relinguuntur? Et il marque ainsi le rapport de 
la prédestination et de la grâce : Inter gratiam et præ- 
destinationem hoc tantum interest, quod prædestinatio est 
gratiæ præparatio, gralia vero ipsius prædestinationis 
eflectus ?. 

Dans ces écrits, la doctrine de saint Augustin est en 
opposition directe avec celle des pélagiens et des semi- 
pélagiens sur l’état du premier homme avant et après la 
chute, sur la mort et sur le péché originel. Contre la 
suffisance orgueilleuse des pelagiens, il défend l’exis- 
tence et la nécessité de la grâce concomitante avec 
d'autant plus de vigueur qu'il en avait lui-même senti 
douloureusement le besoin. Avec l'Eglise, il divise la 
grâce en grâce habituelle ou sanctifiante, et en grâce 
actuelle, et cette dernière en grâce prévenante, concomi- 
tante et subséquente. 

On ne peut nier que saint Augustin ait parlé de l’effi- 
cacité de la grâce (qu’on croirait irrésistible) et de la 
prédestination en des termes d’une singulière énergie, 
soit en se servant de passages bibliques captieux 5, soit 
en pressant trop la notion de la grâce, soit par le sou- 
venir de ses propres égarements. Ses expressions ont 
été souvent mal interprétées jusqu’à nos jours : au 
cinquième siècle, par Lucile, prêtre de la Gaule; au 


1 Suarez, Proleg., lib. VI, c. v1; rapporté par Bossuet. (Cit. du trad.) 
3 De don. persev. n. 35. L’Hypomnesticon ou Hypognosticon (lib. VI) 
contra Pelagianos et Cœlestinianos. souvent attribué à saint Augustin, 
est probablement de Marius Mercator ou d’un autre ami inconnu de 
saint Augustin. — 8 Jean, xv, 5; I Cor., Iv, 7; x, 8; II Cor., 11, 5 


; 
Rom., RK, 10-1 6. 


3m MASTEL RE PATROLOGIE. 

neuve scie par le mome Gottschalk ; au seizième, 
par les reformaieurs. et an &ix-sepüème par Jansenius. 
Tosteiss. sun Anuvestin m'a contesté ni la liberté de 
l'homme. wi sa cocperabce à la grâce dans l'œuvre du 
salut. et il na pas enseigne la double predestination au 
salut et à la damnation Ces bévues et ces malentendus 
viempent de cœ quon na pas distingué les écrits de 
sant Augustin contre Les diverses fractions du pelagia- 
msme. ei. en cœ qui concerne le libre arbitre, de ce 
qu on n'a inierprete sa doctrine à l'aide de ses ouvrages 
contre les manichéens. 

Aux écrits d:rmatiznes et polémiques appartiennent encore : Lib. 
coatvr. scren Anamor. de &5R : Collet. cum Meximino, arian. epix. 
Contre eumdem. — Li. ed Ores. contre Priscilian. et Origenist. — 
Adr. Judeos. Ed Gaime,t VIIL 


Oucrages d'exégèse. 

Saint Augustin v préluda par le traité de la Doctrine 
chrétienne (quatre livres. vers 397), excellent guide pour 
ceux qui veulent étudier et lire avec fruit l’Ecriture 
sainte, et en découvrir les différents sens. Il complète 
ce que saint Jérôme avait omis dans sa lettre cent une à 
Pammaque. Saint Augustin sentait vivement le besoin 
d'un dictionnaire de la Bible‘. À mesure qu'il avance, 
son travail d'exégèse et d’hermeneutique devient peu 
à peu un corps systématique de la doctrine chrétienne; 
aussi a-t-1l servi de modèle à la disposition des Sentences 
de Lombard, au moyen-äge. On trouve des explications 
plus ou moins longues de l’Ancien et du Nouveau Testa- 
ment dans les écrits suivants : De Genesi ad litteram liber 
imperfectus, contre les manicheens (393); De Genesi ad 
litteram (douze livres); Locutionum libri VII et LXXXII 
quæstionum in Heptateuchum (Moïse, Josué et les Juges), 
sur les expressions et les tournures qui s’eloignaient 
de la langue de son temps et du texte grec et hébraïque: 

Lib. I, c. xvu,n. 23. 





AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 393 


Enarrationes in psalmos, cent cinquante explications dont 
quelques-unes ont été dictées et le plus grand nombre 
adressées au peuple sous forme de sermons; De consensu 
Evangelistarum (quatre livres, vers 400) : tentative arti- 
ficielle et avoriée pour concilier les différences apparentes 
ou réelles des Evangiles; Quæstionum evangelicarum 
(deux livres, vers le même temps) sur quarante-sept 
passages de saint Matthieu et cinquante et un de saint Luc; 
De sermone Domini in monte (deux livres); Tractatus (124) 
in Evang.Joann.; Tractatus(10)inepist. I Joann. (vers 416); 
Escpositioguarumdam (84) propositionum ex epist.ad Rom.; 
Expositioinchoataepist. ad Rom.; Expositio epist.ad Galat. 
Si la partie philologique (saint Augustin était peu versé 
dans l’hébreu et dans le grec) et la méthode exégétique 
laissent beaucoup à désirer, l'interprétation des textes 
dogmatiques et l'intelligence de l’Ecriture sont dignes 
de toute estime : « S’il me fallait, dit Luther, opter entre 
ces deux choses : comprendre l’Ecriture sainte comme 
l'ont comprise saint Augustin et les Pères, en admettant 
même que saint Augustin n’a pas toujours bien saisi les 
mots et les lettres hébraïques, et comprendre certains 
mots et certaines lettres des Juifs, mais saus avoir l'in- 
telligence de saint Augnstin et des Pères, je sais bien ce 
que je choisirais : j’enverrais au diable les Juifs avec 
leur intelligence et leurs lettres, et, sans leurs lettres, 
j'irais au ciel avec l'intelligence de saint Augustin. » 


Ouvrages moraux et ascéliques. 


Ces ouvrages sont la plus pure production de son 
intelligence éclairée par la grâce divine, de son âme 
inondée de reconnaissance et aspirant de toutes ses 
forces vers la perfection chrétienne. Ces qualités éclatent 
surtout dans les Confessions et les Soliloques, ainsi que 
dans ses vues dogmatiques à propos des pélagiens. 
Viennent ensuite : De sacra Scriptura speculum (428), 
explication de maximes tirées de l’Ecriture; Liber de 


394 MANUEL DE PATROLOGIE. 


mendacio : dans quelles circonstances le mensonge off- 
cieux peut être permis (395), et Contra mendacium (420), 
contre ce principe des priscillianistes : Jura, perjura, 
secretum prodere noli. Saint Augustin condamne for- 
melement le dessein d’un catholique qui voulait se 
donner pour priscillianiste, afin de découvrir leurs mys- 
tères; Liber de patientia, mentionné dans la lettre 231, 
n. 7; De continentia (vers 395); commentaire du psaume 
cxLı, 3 et 4, pour exhorter les chrétiens à la conti- 
nence, contrairement aux manicheens qui attribuaient 
leurs débauches au mauvais principe qui agissait en eux. 
Dans le De bono conjugali, il défend la sainteté du ma- 
riage contre Jovinien, et indirectement contre les mani- 
chéens. Les traités De sancta virginitate et De bono 
viduilatis célèbrent les avantages de la virginité. Dans 
le De adulterinis conjugiis (deux livres), saint Augustin 
démontre, d’après 7 Cor., vn, 40, que les époux séparés 
ne peuvent point se remarier. Dans le De opere mona- 
chorum, il tonne contre la dissolution des moines, fruit 
de la paresse, de l’orgueil et du vagabondage; sur 
l'obligation du travail manuel, en s'appuyant sur l’Evan- 
gile et l’exemple de saint Paul : Qui non vull operari 
non manducet. C’est dans cette occasion qu'il a écrit ces 
paroles mémorables : « Si j'ai trouvé difficilement des 
hommes meilleurs que de bons religieux dans de bons 
couvents, je n’en ai point vu de pires que de mauvais 
moines. » Le De cura mortuorum (vers 424), à son ami 
l'évêque Paulin, de Nole, traite surtout de l'utilité de la 
prière pour les défunts. 


Ouvrages pratiques du ministère ecclésiastique. 

4. Trois cent soixante-quatre sermons, non compris 
deux cent trente et un qui sont douteux ou apocryphes', 
et plusieurs autres récemment découverts et publiés 
par Maï*. La véritable éloquence chrétienne, dit saint 


1 Edition Gaume , t. V. — 3 Nov. Bibl. Patr., t. 1. 


AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 395 


Augustin, a pour but et pour mission de faire ut verilas 
paleat, ut veritas placeat, ut veritas moveat; les discours 
d'un prêtre doivent être pleins de l’Ecriture sainte. 
« Celui qui veut parler sagement doit parler le langage 
de l’Eeriture; et plus il est lui-même pauvre d’expres- 
sions, plus il doit être riche des termes de l’Ecriture, 
afin que, dans sa pauvreté d’elocution, l'autorité de pa- 
roles graves lui donne plus de poids. » Saint Augustin 
n'ayant pas révisé ses sermons ni ses lettres, comme il 
avait fait pour ses traités scientifiques, on les a dis- 
posés fort diversement. La meilleure distribution, celle 
des Benedictins, les partage en quatre classes : Sermones 
de Scripturis (183); Sermones de tempore (88); Sermones 
de sanctis (272-340); Sermones de diversis (341-364). 
Quoique saint Augustin ait eu comme orateur une assez 
grande réputation, et que le manicheen Secundus l'ait 
appelé summus orator et Deus pœne totius eloquentiæ, 
ses sermons n’en sont pas moins la plus faible partie de 
ses écrits. 

2. De catechizandis rudibus, liber unus, composé vers 
400, à Carthage, sur la demande du diacre Deo-Gratias. 
Excellent manuel pour l’enseignement de la religion !. 


Lettres. 


L'édition bénédictine en contient deux cent soixante- 
dix, y compris celles qui ont été adressées à saint 
Augustin; elles sont rangées en quatre classes par ordre 
chronologique : 4. avant son épiscopat (an 386 à 395); 
2. de 396 à 410; 3. de 441 à 430; 4. lettres dont la date 
ne peut être fixée. Toutes fournissent des renseigne- 
ments importants sur sa vie et sur l'histoire de son 
temps. Quelques-unes sont des traités scientifiques. 
Quant au fond, elles sont, ou dogmatico-polémiques, ou 


1 Edité à part, par Roth, Fundamenta artis catecheticæ; S. Aug., 
lib. de catech. rud., et Gersonis tract. de parvulis trahend, ad Christ,, 
Mogunt., 1865, 








396 MANUEL DE PATROLOGIE. 


morales, ou de condoleance, ou familières. Voici les plus k 
remarquables : | 

Lettres à Paulin et à Sixte, auxquelles saint Augustin a 
renvoie à la fin du livre du Don de la persévérance, pour &\ 
établir que depuis ses premiers écrits sur les pelagiems W°* 
il a toujours suivi les mêmes principes ‘. 

Lettre à Vital. « Elle ne le cède à aucune de celles 
de saint Augustin, dit le père Garnier, et, en découvrant 
le sacré mystère de la grâce prévenante, elle donne { 
douze règles où la doctrine catholique sur cette matière 
est contenue ?. » 

Lettre  Volusien. Saint Augustin, dit Bossuet, fait 
sentir l'esprit dont l’Ecriture est remplie, en dix où 
douze lignes de sa lettre à Volusien, plus qu'on me 
pourrait faire en plusieurs volumes®. 

Dans l'édition bénédictine, les nombreux écrits perdus, -: 
douteux ou apocryphes, sont accompagnés d'excellentes 


remarques ‘. 


Place exceptionnelle de saint Augustin dans la littérature 
chrétienne. 


L’immensite de ses œuvres et la multiplicité de ses 
écrits de controverse ne nous permettent pas d'exposer 
complètement sa doctrine, disposée presque toujours 
dans un ordre systématique. Après l’analyse que nous 
avons faite de ses traités, nous nous bornerons à relever 
les points les plus caractéristiques. 

1. Les ouvrages philosophiques de sa première pé- 
riode nous offrent une preuve irrécusable de ses progrès 
intellectuels, depuis son scepticisme académique jusqu'à 
sa pleine adhésion aux vérités chrétiennes. Tout homme, 
dit-il, qui aspire à la vérité doit la chercher dans 501 
propre esprit : « Ne vous répandez pas au dehors, 
rentrez en vous-même : c’est dans l’intérieur de l’hommt 


1 Cit. du trad. — 2 Def. de la trad. (Cit. du trad.)— 8 Ibid. part. 
livr. IV, c. xvi. (Cit. du trad.) — * CI. Fessler, t. II, p. 481. 


AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 397 


ns réside la vérité!.» Dans le monologue suivant, il 
montre que le scepticisme est inadmissible : « Toi, qui 
"ux te connaître, sais-tu si tu existes ? — Je le sais. — 
Foù le sais-tu? — Je l’ignore. — Te sens-tu simple ou 
multiple? — Je l'ignore. — Sais-tu qui te meut? — 
k ne sais. — Sais-tu si tu penses? — Je le sais?. — Il 
at donc certain que tu existes, car si tu n’existais pas 
k ne pourrais pas te tromper 5. » La conscience prise 
mme point de départ pour arriver à la connaissance 
philosophique marque une des phases de l’histoire de la 
philosophie. En poursuivant son examen, saint Augus- 
tin découvre deux sources de connaissance : l’autorité et 
la raison, dont l’une correspond à la foi, l’autre à la 
science. « Le commencement de l'intelligence, c’est la foi; 
k fruit de la foi, c’est l'intelligence. Initium sapientiæ 
fides, fides fructus intellectus. Ceux qui ne peuvent par- 
vair à l'intelligence mettent leur salut en sûreté par la 
fimplicité de leur foi*. » Tout ce que l’homme connaît 
id-bas, il le connaît par ces deux voies 5. Dans le deve- 
kppement de ses idées philosophiques, saint Augustin a 
parfaitement apprécié et utilisé Platon, Aristote et le 
néoplatonisme ®. 

2. Voici le jugement qu'il porte de la philosophie 
paienne : « Ce que les philosophes, tel que Platon, ont 
enseigné de vrai et de conforme à la foi, le chrétien n’a 
pas à le craindre. Employons-le plutôt à notre usage, 
comme en étant les légitimes possesseurs. Les Egyptiens 
n'avaient pas seulement des fardeaux et des idoles de- 
testés et rejetés par le peuple d'Israël, ils avaient aussi 


I De ver. relig., c. xxxx,n. 72 — 3% Solilog., IL, 1. — $ De lib. arb., 
I, m, n.7.—* Contr. Ep. Man., n. 5. (Addit. du trad.)— 5 De util. 
ered., c. II; De Magistro, c. u. 

‘Saint Augustin dit de Plotin : « Os illud Platonis, quod in philo- 
Sophia purgatissimum est et lucidissimum, dimotis nubibus erroris 
emicuit, maxime in Plotino, qui platonicus philosophus ita ejus 
ämilis judicatus est, ut simul eos vixisse, tantum autem interest tem- 


Poris, uf in hoc ille revizisse putandus sit (contr. Acad., III, xvu, 
u. 4). 


Bun MANTEL HE PAYER COCEE 
rs vases Cor ei d'argent. des vetements et d’autres 
esensies precwux. que le peuple de Dieu, en sortant 
d'Esvpte aprropra à wa meiker usage. non de sa 
propre autarne mes par andre de Dieu. Il en est de 
méme des paisns : ils omi des fahles et des superstitions, 
de sourds farössıı que les chreiems doivent abhorrer 
et reprouver: mass is cost aussi des arts libéraux qui 
peuvent ounocurir au service de la vérité, des règles 
morales ut is à lien des égards ei contenant sur le culte 
du Lieu unique bien des vérités, qu'ils n'ont pas puisées 
en eux-mémes. mais tirées de cette source de vérilé qui 
se repand pariout sous La conduite de Dieu‘. » — « Un 
bon et vrai chrétien reconnaît que la vérité, en quelque 
beu qu'ii la trouve, appartient à son Maitre. » 

3. La sagacite philosophique de saint Augustin éclate 
surtout dans la manière profonde et juste avec laquelle 


pologie. œuvre de la rédemption, notamment dans les 
quinze livres de la Trinité et dans la Cité de Dieu. Le 
but de tous ses travaux était : Li ea quz fidei firmitate 
jam lenes, ea rationis luce conspicias?, mais en partant 
toujours de ce principe : Fides præcedit intellectum. La 
foi prépare la raison à mieux saisir la vérité, non point 
en ce sens qu'après avoir accompli cette tâche elle de- 
vienne superflue et se confonde avec la science : elle doit 
toujours rester la base de toute connaissance supérieure 
et ne jamais disparaitre ®. 

4. Ses sentiments orthodoxes sur la tradition, l’auto- 
rité de l'Eglise et du Saint-Siége sont exprimés dans les 
célèbres textes qui suivent : « Ce qui est admis de toute 
l'Eglise et qui, sans avoir été défini par les conciles, a 
été observé de tout temps, il faut croire qu'il a éte 
transmis par l’autorité apostolique *, » telles que : la cé- 
lébration de la fete de Pâques, de l’Ascension, de la 


1 De doctr. cehrist., Il, Lx. — * Ep. cxx ad Crescent., n. 2. — 
8 Solilog., I, vu. — ® De baptismo, IV, xxıv, n. 31. 








AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 399 


Pentecôte , la validité du baptème des hérétiques et des 
enfants : Disputare contra id quod universa Ecclesia 
senti! insolentissimæ infamiæ est‘. Quant à l’autorité de 
l'Eglise, il disait aux manichéens « qu'il ne croirait pas 
à l'Evangile si l’autorité de l'Eglise ne l’y déterminait ; » 
et sur le pouvoir du Souverain Pontife, il écrivait à 
propos de la controverse pélagienne : Roma locuta est, 
causa finita est; ulinam aliquando error finiatur ?. 

Voici avec quel enthousiasme il exprimait sa recon- 
naissance d’appartenir à l'Eglise catholique : In Ecclesia 
catholica, ut omittam sincerissimam sapientiam, mulla 
sunt alia quæ in ejus gremio me justissime teneant. Tenet 
consensio populorum atque gentium, tenet auctoritas mi- 
raculis inchoala, spe nutrila, caritale aucta, vetustate 
firmala; tenet ab ipsa sede Petri Apostoli, — usque ad 
pr&senlem episcopalum successio ; tenet postremo ipsum 
catholicæ nomen, quod non sine causa inter tam mullas 
hereses sic ista Ecclesia sola obtinuit. Apud vos autem, 
ubi nihil horum est quod me invitet ac teneat, sola per- 
sonat veritatis pollicitatios. 

5. Malgré l’ardeur infatigable avec laquelle saint 
Augustin combattait les hérétiques, il ne les considérait 
pas moins comme quelque chose de providentiel : Uta- 
mur eliam isto providentiæ beneficio, et il les considérait 
comme relativement utiles : Prosunt enim Ecclesiæ hære- 
ses non verum docendo, sed ad verum quærendum catho- 
licos excitando®. « Nous avons appris, dit-il, que chaque 
hérésie apporte à l’Eglise des difficultés particulières, 
contre lesquelles on défend plus exactement les Ecritures 
divines que si l’on n'avait point eu de pareille nécessité 
de s’y appliquer >. » 

Avant la naissance des hérésies, il ne faut pas exiger 
des Pères la même précaution dans leurs expressions 
que si les matières avaient déjà été agitées, « parce que 


1 Ep. cxvm.—  Serm. cxxxn, n. 10.— 3 Contr. ep. fundam., c. W. | 
—+ De ver. relig., c. vu. — 5 De dono persev., c. xx, (Cit. du trad.) 












400 MANUEL DE PATROLOGIE. 


la question n'étant point émise et les hérétiques ne leg: 
faisant pas les mêmes difficultés, ils croyaient qu'on 
entendait dans un bon sens, et ils parlaient avec plus 
sécurité t, » | 

« Les disputes des hérétiques font paraître dans 
plus grand jour et comme dans un lieu plus éminent: 
que pense l'Eglise et ce qu’enseigne la saine doctrine 

« Plusieurs choses étaient cachées dans les Ecrit 
les hérétiques séparés de l'Eglise l'ont agitée par 
questions; ce qui était caché s’est découvert, et o 


parfaitement de la Trinité avant les clameurs des ari 
ni de la pénitence avant que les novatiens s’éleva 
contre, ni de l'efficacité du baptème avant nos rebag: 
seurs. On n’a pas même traité avec la dernière ex 


Jésus-Christ, avant que la séparation qui mettait hi 
faibles en péril obligeät ceux qui savaient ces vérit&:; 

les traiter plus à fond, et à éclaircir entièrement tom:}, 
les obseurites de l’Ecriture. Aussi, loin que les erret;,. 
aient nui à l’Eglise catholique, les hérétiques l'ont affly a 
mie, et ceux qui pensaient mal ont -fait connaître cd; Pe 
qui pensaient bien. On a entendu ce qu'on croyait av Araet 
piété 5. » log 

Il ne veut pas que l'Etat sévisse contre les donatid. 

par la peine de mort, bien que ceux-ci l’eussent invoqén de. 
les premiers. Malgré les violences et les meurtres qd. 
exercaient sur les catholiques, « cherchant l’union dr $ 
la guerre, etla paix dans la violence, » saint Augud 


! ° LA + d 
n’en déclare pas moins «qu'il faut les soumettre à 4, 


discipline salutaire, les corriger et non les tuer. » « Na 


1 Lib. I, Contr. Jul., c. vi, n. 22. (Addit. du trad.) —3 Conf., %s. | 
Vill, ec. xx, (Cit. du trad.) — ® In ps. Liv. (Cil. du trad.) le 
- “ . VI, 


AUTEURS LATINS. 8. AUGUSTIN. 401 


: devons pas rendre le mal pour le mal; nous n'avons 
int à combattre avec le glaive, mais avec la parole de 
eu, ce glaive de l’esprit. » « Il faut rappeler les héré- 
jues plutôt par des témoignages de charité que par 
ıs contestations echauffees!. » Quand l’Eglise invoquait 
bras séculier contre la fureur des circellions, Augustin 
sait : « Elle a demandé secours à l’empereur chrétien, 
on pas tant pour se venger que pour se garantir. Si elle 
e l'avait pas fait, au lieu de louer sa patience, il fau- 
rait justement blämer sa négligence. — Cela est si peu 
ne persécution, que si nous ne faisions pas ce qui peut 
ervir à les effrayer et amender, nous leur rendrions 
kritablement le mal pour le mal. » 
| 6. Si dans sa lutte contre les pelagiens il s’est exprimé 
mn termes un peu sévères sur la valeur morale des actes 
k ceux qui n’ont pas été régénérés par la grâce divine, 
Bn’a garde cependant de ne leur attribuer aucune vertu 
Riurelle, et surtout d'appeler les vertus des païens des 
ces brillants, car c’est lui-même qui a écrit dans la 
Pac Dieu : « Dieu a montré dans ce magnifique em- 
re romain tout ce que peuvent les vertus civiles sans 
véritable religion, afin que l’on sût, quand celle-ci 
iendrait s’y ajouter, que les hommes sont devenus ci- 
ens d’un autre état qui a pour roi la vérité, pour loi 
our, et l'éternité pour durée. » 
à Pour caractériser en quelques mots l’œuvre littéraire 
Bint Augustin et son importance dans la littérature 
tienne, nous dirons qu'il fut, dans les premiers 
les, un des plus éminents évêques, et dans tous les 
lsle plus grand docteur de l’Eglise. Inférieur à saint 
me pour l’érudition, il le dépasse par son génie créa- 
et original. Il a fermé l'ère de la spéculation chre- 
ependant la période patristique, et ses écrits sont 
plus vastes que nous ayons des écrits conservés des 
ns Pères. En disant adieu à l’ancien monde, il a 
ln Joan, tr. Vi, n. 18. (Cit. du trad.) — 2 De civit., II, xx. 
26 












402 MANUEL DE PATROLOGIE. 


laissé aux Germains, tout imprégnés de l'esprit chrétien, 
un levain généreux, et aux siècles futurs une mine iné- 
puisable d'idées pour l'édification d’une science colos- 
sale. Et cependant, tant de lauriers recueillis dans le 
champ de la littérature n’ont pu étouffer dans son âme 
ce cri admirable d’humilite : Quæ vera esse perspexeris 
lene, et Ecclesiæ catholicæ tribue, quæ falsa respue, et 
mihi, qui homo sum, ignosce !. 


Ordre dans lequel il faut lire ses ouvrages. 


«A l'égard de saint Augustin, dit Bossuet, je voudrais 
le lire à peu près dans cet ordre : les livres de la Doctrine 
chrélienne ; le premier : théologie admirable. Le livre 
De catechizandis rudibus; De moribus Ecclesiæ catholicæ; 
Enchiridion ad Laurentium; De spiritu et litiera; De 
vera religione; De civitate Dei (ce dernier, pour prendre 
comme en abrégé toute la substance de sa doctrine). 
Mélez quelques-unes de ses épîtres : celles à Volusien, ad 
Honoratum, De gratia Novi Testamenti, ainsi que quelques 
autres. Les livres De sermone Domini in monte, et De con- 
sensu Evangelisiarum?. » 


Style de saint Augustin apprécié par Bossuet. 


Saint Augustin « a des digressions, mais, comme tous 
les autres Pères, quand il est permis d’en avoir, dans 
les discours populaires, jamais dans les traités , où il faut 
serrer le discours, ni contre les hérétiques. Il a des allé- 
gories, comme tous les Pères, selon le goût de son 
siècle, qu’on a peut-être poussé trop avant, mais qui 
dans le fond était venu des apôtres et de leurs disciples. 
Les pointes, les antithèses, les rimes mêmes, qui étaient 
encore du goût de son temps, sont venues tard dans ses 
discours. Erasme, qui sans doute ne le flatte guère, cite 
les premiers écrits de saint Augustin comme des mo- 


1 De vera relig., c. xx. — 3% Lecture des Pères pour former un 
oraleur. (Cit. du trad.) 











AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 403 


dèles, et remarque qu'il a depuis affaibli son style pour 
saccommoder à la coutume et suivre le goût de ceux à 
qui il voulait profiter. Mais après tout, que ces minuties 
sont peu dignes d'être relevées ! Un savant homme de 
nos jours dit souvent qu'en lisant saint Augustin on 
n'a pas le temps de s'appliquer aux paroles, tant on est 
saisi par la grandeur, par la suite, par la profondeur des 
pensées. En effet, le fond de saint Augustin, c’est d’être 
nourri de l’Ecriture, d’en tirer l'esprit, d’en prendre les 
plus hauts principes, de les manier en maître et avec la 
diversité convenable. Après cela qu'il ait ses défauts 
comme le soleil a ses taches, je ne daignerais ni les 
avouer, ni les nier, ni les excuser ou les défendre. Tout 
ce que je sais certainement, c'est que.quiconque saura 
pénétrer sa théologie aussi solide que sublime, gagné 
par le fond des choses et par l'impression de la vérité, 
n'aura que du mépris ou de la pitié pour les critiques de 
nos jours, qui, sans goût et sans sentiment pour les 
grandes choses, ou prévenus de mauvais principes, 
semblent vouloir se faire honneur de mépriser saint Au- 
gustin qu'ils n’entendent pas !. » 

Opera, ed. Amerbach, Basil., 1506, in-fol., t. XI ; ed. Erasm., Basil., 
1529, in-fol., t. X; ed. stud. theol. Lovaniens., Antw., 1577, in-fol., 
t. X: les trois souv. réimpr.; la meilleure édition est celle des Béné- 
dictins, reproduite par MM. Gaume, 22 vol. gr. in-8°. — Sur les diffé- 
rends qu'elle a soulevés : Tassin, Hist. des savants de Saint-Maur, 
Franckf., 1773, un vol., p. 467. Cf. Tillem., t. XII, Ceillier, t. XII, 
2 ed., t. IX; Stolberg, Hist. de la relig., part. xiv etxv, append.; 
Kloth, S. Augustin, Aix-la-Ch., 1840, 2 vol.; Poujoulat, Vie de saint 
August.; Bindemann, S. Aug., Berl., 1844, 2 vol.; Bæœhringer, 1 vol.; 


Ritter, Hist. de la philos., 2 vol.; Stoeckl, op. cit.; Huber, op. cit.; 
Michelis, Hist. de la phil., p. 151. 


1 Defense de la tradition et des SS. Pères. (Citation du traduct.) 





404 MANUEL DE PATROLOGIE. 


CHOIX DE TEXTES TIRÉS DE SAINT AUGUSTIN 1. 


Ame. 


a Le véritable mouvement de l'âme est de rappeler ses 
esprits des objets extérieurs au dedans de soi, et de soi- 
même s'élever à Dieu » (De quant. anim., n. 55). 

a L’äme qui s’est éloignée de la source de son être ne 
connaît plus ce qu'elle est. Elle s'est embarrassée dans 
toutes les choses qu'elle aime, et de là vient qu'en les 
perdant elle se croit aussitôt perdue elle-même » (De 
Trinit., üb. VI, 0. 7). 

a Il y a deux sortes de vie en l’âme, l’une qu'elle 
communique au corps, et l’autre dont elle vit elle-même. 
L'âme est la vie du corps, Dieu est la vie de l’äme » 
(Tract. xix in Joann., n. 12; Serm. cLx1, n. 6). 

« Celui-là possède le tout qui tient la partie dominante; 
en toi, la partie qui est la plus noble, l’âme, est celle 
qui domine. Dieu, tenant ce qu'il y a de meilleur, 
c'est-à-dire ton âme, par le moyen du meilleur il entre 
en possession du moindre, c'est-à-dire du corps » 
(Serm. czxi, n. 6). 

« Le vice de notre nature n’a pas tellement obscurci 
dans l’âme humaine l’image de Dieu, qu’il en ait effacé 
jusqu'aux moindres traits » (De Spirit. et litt., n. 48). 

« Quand l'âme possède ce qu'elle aimait, comme les 
honneurs, les richesses, elle se l’attache à elle-même par 
la joie qu’elle a de l’avoir, elle se l’incorpore en quelque 
façon, si je puis parler de la sorte; cela devient comme 
une partie de nous-même et comme un membre de notre 
cœur » (De lib. arb., Lib. I, c. xv). 

« Les larmes sont le sang de notre âme » (Serm. ceui, 
n. 7). | 


4 Ces extraits ont été insérés par le traducteur. 





AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 405 


Amour de Dieu et du prochain. 


« Si un père et un époux mortel doit être craint et 
aimé, à plus forte raison notre Père qui est dans les 
cieux et l’Epoux qui est le plus beau de tous les enfants 
des hommes, non selon la chair, mais par sa vertu; 
car de qui est aimée la loi de Dieu sinon de ceux qui 
l’aiment lui-même ? Et qu'a de triste pour de bons fils la 
loi d’un bon père » (Serm. xxx1) ? 

« Vous devez aimer Dieu de tout votre cœur, en sorte 
que vous rapportiez toutes vos pensées, toute votre vie 
et toute votre intelligence à celui de qui vous tenez 
toutes les choses que vous lui rapportez » (De doct. 
christ., lib. T). 

« Si Dieu venait en personne et vous disait de sa propre 
bouche : « Péchez tant que vous voudrez, contentez- 
vous ; que tout ce que vous aimez vous soit donné; que 
tout ce qui s'oppose à vos desseins périsse; qu'on ne 
vous contredise point; que personne ne vous reprenne ni 
ne vous bläme; que tous les biens que vous désirez vous 
soient donnés avec profusion; vivez dans cette jouissance 
non pour un temps, mais pour toujours, je vous dirai 
seulement que vous ne verrez jamais ma face : mes 
frères, d’où vient le gémissement qui s’élève parmi vous 
à cette parole, si ce n’est que cette crainte chaste, qui 
demeure aux siècles des siècles, a déjà pris naissance en 
vous » (In ps. CXXVII) ? 

« Mon Dieu, que la flamme de votre amour brûle tout 
mon cœur, qu'elle ne laisse rien en moi qui soit pour 
moi, rien qui me permette de me regarder moi-même, 
mais que je brûle, que je me consume tout entier pour 
vous; que tout moi-même vous aime, et que je sois 
tout amour, comme étant enflammé par vous » (In 
PS. CXXXVII). 

« Je ne demande point les félicités de la terre ; je sais 
les désirs qu’inspire le Nouveau Testament; je ne de- 


106 MANUEL DE PATROLOGIE. 


mande point mon salut temporel; vous m'avez appris ce 
que je dois demander; c'est de psalmodier avec les anges, 
d'en désirer la compagnie et l'amitié sainte et pure dont 
Dieu est le lien, de désirer les vertus : voilà les vœux 
qu’il faut faire expressément; et vous n'avez rien à 
désirer davantage, parce que la vertu comprend tout ce 
qu’il faut faire, et la félicité tout ce qu'il faut désirer » 
(In ps. cxxxu; De civit. Dei, IV, xzı). : 

a Chacun chante ce qu’il aime. Les bienheure 
chantent les louanges de Dieu; ils l’aiment parce qu'ils le 
voient, et ils le louent parce qu'ils l’aiment » (Zn ps. cxLv, 
n. 3). 

« Celui-là ne se réjouira jamais comme citoyen dans la 
plénitude de la joie, qui ne gemira comme voyageur 
dans la ferveur de ses désirs » (Serm. xxx1v, n. 6). 

« J'appelle la charité le mouvement de l'âme qui tend à 
jouir de Dieu pour Dieu même, et du prochain pour 
Dieu » (De doct. christ., lib. Ill, c. x). 

« Dieu veut que nous l’aimions, non par le désir qu’il 
a d'avoir de nous quelque chose, mais afin que ceux qui 
l'aiment reçoivent de lui le bien et la récompense éter- 
nelle, qui n’est autre que celui qu'ils aiment » {De doct. 
christ., lib. I, c. xxix). 

« On n'aime pas ce qu'on ignore, mais quand on aime 
ce qu'on a commencé à connaître un peu, l'amour fait 
qu'on le connaît plus parfaitement » (Tract. xcvı in 
Joann., n. 4). _ 

« Ceux qui aiment Dieu se soumettent à sa loi non par 
la crainte de la peine, mais par l’amour de la justice ; 
non effrayés par ses menaces, mais charmés par sa 
beauté et par sa droiture » (Serm. xı in ps. cxvın). 

« Nous devons toujours la charite, et c’est la seule 
chose de laquelle, encore que nous le voudrions, nous ne 
laissons pas d’être redevables ; car on la rend lorsqu’on 
aime son prochain, et en la rendant on la doit toujours 
parce qu'on ne doit jamais cesser de l'aimer» (Ep. cxcn). 


AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 407 


a Jamais vous ne donnez sincèrement la charité, si 
vous n'êtes aussi soigneux de l'exiger que vous avez été 
fidèle à la rendre » (Ibid., n. 2). 


Les deux amours. 


«a L’un est « l'amour de soi-même poussé jusqu'au 
mépris de Dieu; » l’autre est « l'amour de Dieu poussé 
jusqu’au mépris de soi-même » (De civit. Dei, XIV, 
XXVIN). 

Baptéme. 


« On ne fait autre chose dans le bapt&me des petits en- 
fants que de les incorporer à l'Eglise, c’est-à-dire de les 
unir au corps et aux membres de Jésus-Christ » (De pec- 
cator. mer. et remiss., liv. III, c. ıv). 

« Jésus-Christ est mort une seule fois, mais il meurt 
pour chacun de nous, lorsqu’en quelque âge que ce soit 
nous sommes baptisés en sa mort, et c’est alors que sa 
mort nous profite » (Contr. Jul., lib. VI, c. v). 


Bonheur, récompense éternelle. 


« On n'est jamais malheureux quand on a ce qu’on 
veut et qu'on ne veut rien de mal » (De Trin., lib. XIII, 
C. V). 

« La béatitude est une joie qui naît de la jouissance 
de la vérité, » gaudium de veritate (Conf., lib. X, c. xxın). 

« Dieu sera toutes choses à tous les esprits bienheu- 
reux, parce qu'il sera leur commun spectacle, il sera 
leur commune joie, il sera leur commune paix » (In 
PS. LXXXIV, n. 40). 

« Autres sont les biens que Dieu abandonne pour la 
consolation des captifs, autres ceux qu'il a réservés 
pour faire la félicité de ses enfants » (In ps. cxxxvVI, n. 5). 

« Celui qui ne gémit pas comme voyageur ne se 
réjouira pas comme citoyen » (/n ps. CXLVIN, n. 4). 


wm WAWPL DE PATAELIFIE. 


hätıment du péché. 


« Le desorire n'est pas dans la peine. mais la peine. 
cest (wire di crime » id Æimarut. ep. ACEV, n. di. 

« Ve vois-tu 5as que. pendant l'hiver. l'arbre mort et 
larore vivant paraissent aux; ils sont tous deux sans 
Fritz et sans ‘miles. Quand estce qu'on les pourra 
liseerner? Ce sera lorsıme le pr’ntempe viendra renou- 
veier la nature. et ‚me cette verdure agréable fera pa- 
raitre ans toutes es branches la vie que La racine tenait 
fermer » In ps. cxLvmn.n. 16. 


Connaissance de soi-même. 


énigmes de la nature » De Tris., Gb. IV, m. bh. 


_ 


Comversion ; gräce. 

« Quoi’ tu ne pourras pas ce qu'ont pu ceux-ci et celles- 
la? Est-ce que ceux-ci et celles-là le peuvent par eux- 
mémes, et non pas par leur Seigneur leur Dieu ? Leur 
Seigneur leur Dieu m'a donné à eux (et vent que je 
sois de leur nombre) ; pourquoi est-ce que tu t’appuies 
sur toi-möme, et que par là tu demeures sans appui ? 
Jette-toi entre les bras de Dieu; ne crains rien : il ne se 
retirera pas, afin que tu tombes; jette-toi sur lui avec 
confiance et il te guérira » (Conf., bb. VII, c. xn). 

Compelle, « forcez, contraignez, ne marque pas une 
violence qui nous fasse faire le bien malgré nous, mais 
une toute-puissante facilité de faire que de non-voulants 
nous soyons faits voulants, volenies de nolentibus..... 








AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 409 


Quand vous entendez le prêtre de Dieu lui demander à 
l'autel qu'il force les nations incrédules à embrasser la 
foi, ne répondez-vous pas Amen? Disputerez-vous contre 
cette foi? Direz-vous que c’est errer que de faire cette 
oraison, et exercerez-vous votre éloquence contre ces 
prières de l'Eglise » (Ep. ad Vital., c. ccxvn) ? 

« Dieu agit tellement en nous que nous consentons si 
nous voulons; et si nous ne voulons pas, nous faisons 
que l'opération de Dieu ne peut rien sur nous et ne nous 
profite point» (Ibid.). 

a C’est par sa volonté propre qu’on abandonne Dieu 
et qu’on mérite d’être abandonné. Qui ne le sait pas? 
Aussi c’est pour cela qu’on demande qu'on ne soit point 
induit en tentation, afin que cela n’arrive point; et si 
l'on est exaucé dans cette prière et que ce mal n’arrive 
point, c’est que Dieu ne l’aura pas permis, étant impos- 
sible qu'il n'arrive rien que ce qu'il veut ou ce qu’il 
permet. Il peut donc, et tourner au bien les volontés, 
et les relever du mal, et les diriger à ce qui lui est 
agréable, puisque ce n’est pas en vain qu'on lui dit : 
Seigneur, vous nous donnez la vie en nous convertis- 
sant » (De dono persever., c. vi). 

«Si je n’ai pas péri à jamais dans l'erreur et dans le 
mal, ce sont les larmes de ma mère qui me l’ont obtenu» . 
(Ibid., c. xx). 

«Si Dieu est assez puissant pour opérer, soit par les 
anges bons ou mauvais, ou par quelque autre moyen 
que ce soit, dans le cœur des méchants dont il n’a pas 
fait la malice, mais qu'ils ont ou tirée d’Adam ou accrue 
par leur propre volonté, peut-on s'étonner s’il opère par 
son esprit dans le cœur de ses élus tout le bien qu'il 

veut, lui qui a auparavant opéré que leurs cœurs de 
mauvais devinssent bons » (De grat. et lib. arb., c. xxı)? 

« On ne doit désespérer de la conversion d'aucun de 
ceux à qui Dieu prolonge la vie par sa patience, parce 
que, comme dit l’Apôtre, il ne le fait point pour autre 


410 MANTEL BE PATROLOGIE. 


dessem que pour les amener à la penitence » (De ca- 
techizandıs rudibus). 

« Dieu a envoyé son Fils pour sauver les hommes des 
peines éternelles, s'ils ne sont point ennemis d’eux- 
mêmes et qu'ils ne resistent point à la miséricorde de 
leur Créateur » (Ibid.). 

« Que nul ne pense pouvoir commettre tous les jours, 
et racheter autant de fois par des aumönes ces crimes 
horribles qui excluent du royaume des cieux ceux qui 
s’y abandonnent. I faut travailler à changer de vie, 
apaiser Dieu par des aumönes pour les péchés passés, et 
ne pas prétendre qu'on puisse en quelque sorte lui lier 
les mains et acheter le droit de commettre impunément 
le péché » (Enchirid., ec. Lxx, n. 19). 

« Il faut changer en un usage plus saint les membres 
de ce corps, afin qu'ayant servi à l'impureté de la con- 
voitise. ils servent maintenant à la grâce de la charité » 
(Serm. ax. n. 6). 

« Il vaut mieux pour notre salut que le Seigneur 
n’accomplisse pas si précipitamment les désirs de son 
malade, afiu qu'il assure mieux sa santé; car il nous 
assiste en differant, et le délai même est un secours » 
(Sera. cLxm, n. 7). 

« La voie du salut exclut premièrement ceux qui s’e- 
garent , elle exclut en second lieu ceux qui retournent 
en arrière et qui, sans sortir de la voie, abandonnent 
les pratiques de la piété qu'ils avaient embrassées ; elle 
exclut enfin ceux qui s'arrêtent et qui, croyant avoir 
assez fait, ne songent pas à s’avancer dans la vertu » 
(Serm. de cant. nov., n. 4). 

« Cette voie veut des hommes qui marchent toujours, » 
ambulantes quærit (Ibid.). 

a Cessez de discourir avec vos passions et avec vos 
faiblesses » (In ps. cxxxvi, n. 21). 

a Qu'ils viennent seulement ces bourreaux qui ont 
mis la main sur Jésus-Christ; qu’ils viennent boire par 


AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. LIE 


la foi ce sang qu'ils ont répandu par la cruauté, et ils 
trouveront leur rémission même dans le sujet de leur 
crime » (Serm. LXXVIL, n. 4). 

« On ne va pas à Dieu avec des pas, mais avec des 
désirs ; et y aller, c’est le vouloir, et le vouloir forte- 
ment, et non pas tourner et agiter de cà et de là une 
volonté languissante » (Confess., lib. VII, c. vin). 


Dieu, auteur de tout bien. 


« Jl ne peut se présenter aucun bien ni à nos sens, 
ni à notre intelligence; ni en quelque matière que ce 
soit à notre pensée, qui ne nous vienne de Dieu » 
(I Retract., c. 1x). 

« Si l’on dit que la bonne volonté vient de Dieu, à 
cause que c'est Dieu qui a fait l’homme, sans lequel il 
n’y aurait point de bonne volonté, on pourra, par la 
même raison, attribuer à Dieu la mauvaise volonté, qui 
ne serait pas, non plus que la bonne, si Dieu n'avait pas 
fait l’homme; et ainsi, à moins d’avouer que non- 
seulement le libre arbitre dont on peut bien et mal user, 
mais encore la bonne volonté dont on n’use jamais mal, 
ne peut venir que de Dieu, je ne vois pas qu'on puisse 
soutenir ce que dit l’Apötre : Qu’avez-vous que vous 
nayez point recu? Que si notre libre arbitre, par lequel 
nous pouvons faire le bien et le mal, ne laisse pas de 
venir de Dieu, parce que c’est un bien, et que notre 
bonne volonté vienne de nous-mêmes, il s’ensuivra que 
ce qu'on a de soi vaudra mieux que ee qu'on a de Dieu, 
ce qui est le comble de l’absurdité, que l'on ne peut 
éviter qu’en reconnaissant que la bonne volonté nous 
est donnée divinement » (De pecc. mer. et rem., c. cxvin). 

« Dieu fait beaucoup de bien dans l’homme que 
l'homme ne fait pas; mais l’homme n’en fait aucun que 
Dieu ne lui fasse faire » (Ad Bonif., c. vin). 

«Le Saint-Esprit a prévu que nul homme ne serait 
fidèle à la grâce autant qu'il faudrait, ni ne deploierait 


=. SANTE, HE PAYBDLOGER_ 


ac ie lors D = va Qu'il est nécessaire pour 
= weile ou ua sum “éme, le Saint-Esprit a 
prie Dir vur mme sea porbeur. faible et impar- 
ei eut à 2 in Ge zu 0 > Dr mer. mer., c. XXI). 


Eee sat. 


 Necmerr. me vis Eituree scsent toujours mes 
“te Gehes OM Je IDE DUMPe pas, que je ne 
Tone TION 21 is <xhhgnant Vous, Seigneur, à 
OU ARE REC # HUE € i nuit Îaées moi trouver dans 
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meilleur + seras Or vue ai Ce n'est pas en vain que 
ME “eme ut LAON: secrets dans les pages ° 
arme NICE. DNS es me car votre joie est 
IS UM EE SICRREE Luke jer debnes : donnez-moi @ 
Om _ mt. cır ame vite Ecrire et vous même : 
EE CIRE EC mn. pe \isser pas VOS dons impar- 
is nr mere pes ont herbe maissante qui a soif de : 
VC 7er. mt à Eve De vus emsx salutaires depuis 
« ommencemmc dk ire Ecrisre. où l’on voit la 
CREUT Or Te +7 DE is ere. ypsaqu à la fin, où l'on 
“ak à CHORONIRQU ÜL Tecme perpétuel de votre cile 
same » ou. m Ur sr. 

© TND CHASSE IE ICONS : car à qui pOUITar 
= IMPIX is CHOSE OL E CAD à Qui mon ardeur @!- 
Raums pur Eire ne Geplat pas? Encore un coup, 
GEI 22 ODE | HDBF. JUQUe C'est TOUS qui m'avez 
dom sé sur. J vum: k dersande par Jesus-Chris, 
an nur On Sum: des sam: et que personne ne me 
Tone dem: nen macbarche » ad. c sen). | 

«32 m unachn aver arûmmr et avıdıte au style véné- 
rahie de veire Espri-Samt suriet dans les épitres de 
samt Pan: et vas same: veriles s'inonrporaient à mes 
<atraïles quai je Eu les ecrits de plus petit de vos 
aptres. et R rerandss: vos CNVragvs avec frayeur? 
Pei_, NE. zum. 


AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 413 


« Superbe que j’etais, je cherchais dans les Ecritures 
ce qu'on n'y pouvait trouver que lorsqu'on est humble. 
Aussi je me fermais à moi-même la porte que je croyais 
mouvrir. Que vous êtes heureux, peuples catholiques, 
vous qui vous tenez petits et humbles dans le nid où 
votre foi se doit former et nourrir : au lieu que moi, 
malheureux, qui croyais voler de mes propres ailes, : 
j'ai quitté le nid et je suis tombé avant de pouvoir 
prendre mon vol. Pendant que, jeté à terre, j'allais être 
écrasé par les passants, la main miséricordieuse de 
mon Dieu m’a relevé et m’a remis dans ce nid » (Serm. 
LI, D. 6). 


Eglise. 


« Je crois que cette partie du monde vous doit suffire, 
où Dieu a voulu couronner d’un très-glorieux martyre 
le premier de ses apôtres » (Contr. Jul., lib. I, c. rv). 

« C’est en vain que vous en appelez aux évêques 
d'Orient, puisqu'ils sont sans doute chrétiens et que 
leur foi est la nôtre, parce qu'il n’y a dans l'Eglise 
qu'une même foi » (Ibid.). 

« L'Eglise a péri, dites-vous ; elle n’est plus sur la 
terre. — Voilà ce que disent ceux qui n’y sont point : 
parole impudente. Elle n’est pas, parce que vous n'êtes 
pas en elle! C’est une parole abominable, detestable, 
pleine de présomption et de fausseté, destituée de toute 
raison, de toute sagesse, vaine, téméraire, insolente, 
pernicieuse » (Zn ps. ci, n. 8). 

« Où sont ceux qui disent que l’Eglise est périe dans 
le monde, elle qui, loin de tomber, ne peut pas même 
pencher pour peu que ce soit, ni jamais être ébranlée ; 
elle est prédestinée pour être la colonne et le soutien de 
la vérité » (Serm. n1, n. 5; Serm. 1, n. 17). 

a C'est là qu’on écoute et qu'on voit : celui qui est 
hors de l’Eglise n’entend ni ne voit; celui qui est dans 
l'Eglise n’est ni sourd ni aveugle » (In ps. xLvu, n. 7). 


ah Kaum. JE PAYMMOCEE 


<] Zur sfr = amtreësasts dans les choses qui 
22 SINC JO Ur divx Lames ni pleinement déci- 
es Jar “ar  “iriæ Cest là que l'erreur se 
JENE Awzer- nus ale 26 us ses estreprendre d’ebranler 
» iumberene & Primo Sem x1v de Verb. apost.).. 










PBuares rare - 
« Mer enr - zur ex dummant la malice, mais en 


mme wur Inner. „wer tourner leur volonté où il. 
D JuHb. AE HE Der wa sa miwricorde, soit au mal 
SA Fur url. juc x cusesmmwni quelquefois connu, 
munir care. mx Sees juste » (De gralia cl 
ders FUZU. E ME. EE 

ei 2% den ac wuvär à homme de faire un péché; 
RES Qi Erive na sa save un tel ou un tel effé, 
œua met us ac scavcir à l'homme, mais en celui & 
ker, IT 1 Zn ps zofres et qui sait les mettre en 
Kur TAZS ı Je grrr. Se, € WI). 


Eorzi:e 


« Le temps est une fuite imitation de l'éternité » (In 
PS. n :. 

« Là. mes n'aurcas pus awun vice ni dont il nous 
Ge swuuer Le kur. ni dont il nous faille effacer les 
restes. ni den! L DU fai combattre les attraits trom- 
peurs » «De cır. Dei. bb. DI. c. zum). 

« Alors. à mon Deu. vous nous vivifierez, vous nous 
renouvellkerez. vous nous donnerez la vie de l’homme 
inténeur. et nous invoquerons votre nom, c’est-à-dire 
nous vous aimerons. Après nous avoir pardonné ave 
bonté tous nos peches, vous vous donnerez vous-même 


AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 415 


pour être la récompense parfaite de ceux que vous aurez 
justifiés » ( In ps. LxxIx ). 


Homme. 


+ « Dieu a formé l’homme avec l’usage de son libre ar- 
bitre ; animal terrestre, mais digne du ciel, s’il sait s’at- 
tacher à son Créateur » (De civit. Dei, lib. XXII, c. 1). 

a Ne soyons pas vils à nous-mêmes, nous qui sommes 
si précieux au Père qu’il nous achète au Calvaire du 
sang de son Fils ; et encore n'étant pas content de nous 
le donner une fois, il nous le verse tous les jours sur 
ses saints autels » (Serm. ccxvi, n. 3). 

« Dieu a donné ce précepte à l’homme de régir ses in- 
férieurs et d'être lui-même régi par la puissance su- 
preme » (in ps. cxLV, n. 5). 


Jésus-Christ. 


« Le voilà celui qui est Dieu et homme, c'est-à-dire la 
force et la faiblesse ; celui qui a été vendu et qui nous 
rachète, qui, attaché à la croix, distribue les couronnes 
et donne le royaume éternel ; infirme qui cède à la mort, 
puissant que la mort ne peut retenir, couvert de bles- 
sures et médecin infaillible de nos maladies; qui est 
rangé parmi les morts et qui donne la vie aux morts, 
qui naît pour mourir et qui meurt pour ressusciter, qui 
descend aux enfers et ne sort point du sein de son Père » 
(Epist. Lxxix ad Justin. ). 

« Quelque part que je voie mon Sauveur, sa beauté 
me semble charmante. Il est beau dans le ciel et il est 
beau dans la terre, beau dans le sein de son Père, beau 
entre les bras de sa mère. Il est beau dans les miracles, 
il ne l’est pas moins parmi les fouets. Il a une grâce non 
pareille soit qu’il nous invite à la vie, soit que lui-même 
il méprise la mort. Il est beau jusque sur la croix, il est 
beau même dans le sépulcre. Que les autres en pensent 
ce qui leur plaira, mais pour nous autres croyants, 


416 MANUEL DE PATROLOGIE. 


partout où il se présente à nos yeux, il est toujours beau 
en perfection » (In ps. xLıv, n. Hi). 

« Jésus règne partout, Jésus est adoré partout. Devant 
lui la condition des rois n’est pas meilleure que celle des 
moindres esclaves. Scythes ou Romains, Grecs ou Bar- 
bares, tout lui est égal, il est égal à tous, il est roi de 
tous; il est le Seigneur et le Dieu de tous» (In ps. 
XLIV, 23). 

« Le règne de notre prince, c’est notre bonheur; 
qu'il daigne régner sur nous, c'est clémence, c'est misé- 
ricorde; ce ne lui est pas un accroissement de puissance, 
mais un témoignage de sa bonté » (Tract. ıı in Joann., 
n. 4). 

« Jésus-Christ ne quitte point qu'on ne le quitte, » 
non deserit nisi deseratur (In ps. CxLv, n. 9). 

« Celui-là est un véritable disciple de Jésus-Christ et 
de l'Evangile qui s'approche de ce divin Maître non 
pour entendre ce qu'il veut, mais pour vouloir ce qu’il 
entend » (Confess., lib. X, c. xxvi). 

« Jésus-Christ a aimé notre âme, toute laide qu’elle 
était par ses crimes; mais il l'a aimée, afin de l’embellir 
par les bonnes œuvres » (In Joann., tract. x, n. 18). 

«Il nous a aimés dans le temps que nous lui déplai- 
sions, mais c'était afin de produire en nous ce qui était 
capable de lui plaire » (Ibid., tract. cu, n. 5). 


Liberté. 


«Il ya deux sortes de libertés : la première, c’est de 
pouvoir ne pécher pas; la seconde et la plus parfaite, 
c'est de ne pouvoir plus pécher » (De corr. et grat., 
C. Xl). 


Mort. 
« Notre âme est contrainte de quitter son corps par 


une juste punition de ce qu'elle a abandonné Dieu par 
une dépravation volontaire » (De Trin., lib. IV). 





AUTÉCRS LATINS. $. AUGUSTIN. 447 


« Dieu a cache le dernier jour, afin que nous prenions 
garde à tous les jours » (Serm. xxxıx, n. 1). 

« Ce que le pécheur a fait à la loi, à laquelle il ne laisse 
point de place en sa vie, la loi de son côté le fait au pé- 
cheur en lui Otant la vie à lui-même » (Ep. cn, n. 24). 


Mortification. 


a Il y a des maux qui nous blessent, et il faut que 
la patience les supporte; il y a des maux qui nous 
flattent, et il faut que la tempérance les modère » (Contr. 
Jul., lib. V). 

«La chair qui convoite contre l'esprit ne peut être 
vaincue sans péril, ni modérée sans contrainte, ni régie 
par conséquent sans inquiétude » (De civ. Dei, lib. XIX, 
c. XXVII). 

a De peur que la vertu ne nous enfle, Dieu veut 
qu’elle se perfectionne dans l’infirmité » (Contr. Julian., 
bb. IV, c. n, n. 14). 


Paix et concorde. 


« Combien sont doux les médecins pour faire prendre 
à leurs malades les remèdes qui les guérissent! Dites à 
nos frères : Nous avons assez disputé, assez plaidé; 
enfants par le saint baptême du même Père de famille, 
finissons enfin nos procès, vous êtes nos frères : bons 
ou mauvais, voulez-le, ne le voulez pas, vous êtes nos 
frères. Pourquoi voulez-vous ne le pas être? Il ne s’agit 
pas de partager l’héritage ; il est à vous comme à nous: 
possédons-le en commun tous deux ensemble. Pourquoi 
vouloir demeurer dans le partage ? le tout est à vous. 
Si cependant ils s’emportent contre l'Eglise et contre 
vos pasteurs, c’est l'Eglise, ce sont vos pasteurs qui 
vous le demandent eux-mêmes : ne vous fâchez jamais 
contre eux; ne provoquez point de faibles yeux à se 
troubler eux-mêmes ; ils sont durs, dites-vous, ils ne 
vous écoutent pas; c’est un effet de la maladie. Combien 

27 


M8 MANUEL DE PATROLOGIE. 


en voyons-nous tous les jours qui blasphèment eontre 
Dieu même? Il les souffre, il les attend avec pa- 
tience. Attendez aussi de meilleurs moments; hâtez ces 
heureux moments par vos prières. Je ne vous dis point: 
Ne leur parlez plus; mais quand vous ne pourrez leur 
parler, parlez à Dieu pour eux, et parlez lui du fond 
d’un cœur où la paix règne » (Serm. ccLvu, n. 4). 


. Pauvres et riches. 


a Le fardeau des pauvres, c'est de n'avoir pas ce qu’il 
faut; le fardeau des riches, c'est d’avoir plus qu'il ne 
faut » (Serm. cLxIv, n. 9). 


Pécheurs. 


« [l y en a qui sont dans la maison de Dieu, et qui ne 
sont pas la maison de Dieu; il y en a qui sont dans la 
maison de Dieu, et qui sont eux-mêmes la maison de 
Dieu » (De bapt. contr. don., lib. VII, n. 99). 

« Il n’est rien de plus misérable que la félicité des pé- 
cheurs; elle entretient une impunité qui tient lieu de 
peine et fortifie cet ennemi domestique, la volonté déré- 
glée » (Ep. cxxxvın, ad Marcel.). 

« O herbe rampante, oserais-tu te comparer à l’arbre 
fruitier pendant la rigueur de l’hiver, sous le prétexte 
qu'il perd sa verdure (par les afflictions) durant cette 
froide saison, et que tu conserves la tienne (par les pros- 
perites)? Viendra l’ardeur du grand jugement qui te 
desséchera jusqu'à la racine, et fera germer les fruits 
immortels des arbres que la patience aura cultivée » 
(In ps. xLvIm:, serm. 2). 

« Ingrats et insensés, parce qu'ils sont déréglés, ils 
voudraient détruire la règle et souhaitent qu'il n’y ait. 
ni droit ni justice » (Tract. xc in Joan.). 

« Ceux qui ne veulent pas faire ce que Dieu veut, 
Dieu en fait ce qu’il veut » (Serm. ccxrv, n. 3). 

« Les pécheurs sont ennemis de Dieu par la volonté de 





AUTEURS LATINS. S$. AUGUSTIN. 419 


lui résister, et non par le pouvoir de lui nuire» (De civ. 
Dei, lib. XII, c. m). 

« Il ne faut pas se persuader que cette lumière infinie 
et cette souveraine bonté de Dieu tire d’elle-m&me et de 
son sein propre de quoi punir les péeheurs ; il se servira 
de leurs péchés mêmes qu’il ordonnera de telle sorte 
que ce qui a fait le plaisir de l’homme coupable devien- 
dra l'instrument d’un Dieu vengeur » (Enarr. in ps. vu, 
n. 16). 

«a C'est dans le cœur que les pécheurs s’elevaient 
contre Jésus-Christ; c'est dans le cœur qu'il les abaisse 
et les fait tomber » (In ps. xuıv, n. 46). 

« Vous devez croire que Jésus-Christ vous a remis 
tous les péchés où sa grâce vous a empêchés de tomber » 
(De sanct. virg., n. 49). 

« Les méchants ne sont dans le monde que pour se 
convertir ou pour exercer la patience des bons » (In 
ps. XLIV, n. À). 

« Demandez-vous à Dieu de l’argent? le voleur en a; 
une femme, une nombreuse famille, la santé du corps, 
les dignités du siècle ? Considérez que beaucoup de mé- 
chants possèdent ces biens. Est-ce pour cela seulement 
que vous servez Dieu? Vos pieds chancelleront-ils et 
croirez-vous servir Dieu en vain, lorsque vous voyez 
dans ceux qui ne le servent pas tous ces biens qui vous 
manquent? Ainsi il donne toutes ces choses aux mé- 
Chants mêmes, et il se réserve lui seul pour les bons » 
(In ps. ıxxıx, n. 44). 


Plaisirs des sens. 


« Les voluptes corporelles peuvent-elles sembler desi- 
rables, elles que Platon a nommées l’appät et l’hamecon 
de tous les maux? En effet, quelles maladies et de 
l'esprit et du corps! Quel épuisement et des forces et. de 
la beauté de l’un et. de l’autre! Quelle honte, quelle 
infamie, quel opprobre n'est pas causé par les voluptés, 













> MANTEL DE PATROLOGIE. 

aungmele: pas ke transport est violent, plus il au 
emmemi de Wale sagesse! Car qui ne sait que le 
cames eme des sens ne laissent aucun lieu à la 
nie mi à amcume pensée sérieuse? Et qui serait 
me aswz brutal qui voulüt passer toute sa vis 
Dm cs emporbments des sens émus, parmi cd 
emvremet des plaisirs? Qui serait l’homme de sel 
eher runter 


sc & à 2remire institution ni de la depravation AN 
me maire. 7 de ia feleite du paradis, ni des joies Stars 
zahle: zuı res sent promises, qui n'a point appris qui 
à zur carie wire l'esprit. Je vous conjure que M 


me. 2 SsÈ = mois grave, ni moins honnête, 
mu HR. IE SRS Sereuse. ni MOINS temperee Que; 
= putain Gr pabems » (Lib. IV, Contr. Jul. Pr 





zu muse 5 NE servante qui déchirent et e- ; 
SENCMENR NE ISERE > Aa ze LIL n 3). ä 
al que 2e set uit be combat de La chair contre = 
RR RT RER Ta. I a dvane les mains à l’enneni, 4 
zus amt SDS CROIRE 3 Nr. EUX. NL À). 
Donner: 

ea à ut cuire gar ba verite de cette predes- 
now Cr NR The m'a pas toujours fait partie de j 
3 Ni ie CERN. qu vera re que l'Eglise n'a pe 
MQUUFS IN. AR LEE ROSES Pl avec vérité soi 
UENTIEETNUR. WERT Si al a bajours demandé ci 
Wert Nu Qu des dun de Düse, elle n'a jamais pé 


AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 421 


croire que Dieu les ait pu donner sans les connaître ; et 
par là l'Eglise n’a jamais cessé d’avoir la foi de cette 
prédestination, qu'il faut maintenant défendre avec une 
application particulière contre les nouveaux hérétiques » 
(De don. pers., c. xxm). 

« Je m’etonne que les hommes aiment mieux se fier 
à leur propre faiblesse qu'à la fermeté de la promesse de 
Dieu. Je ne sais pas, dites-vous, ce que Dieu veut faire de 
moi. Quoi donc! Savez-vous mieux ce que vous voulez 
faire de vous-même ? Et ne croyez-vous pas cette parole 
de saint Paul: Que celui qui croit être ferme prenne 
garde à ne pas tomber. Puis donc que l’une et l’autre 
volontés, celle de Dieu et la nôtre, nous sont incertaines, 
pourquoi l’homme n’aimera-t-il pas mieux abandonner 
sa foi, son espérance et sa charité à la plus forte, qui est 
celle de Dieu, qu’à la plus faible, qui est la sienne 
propre » (De prædest. SS., c. xı)? 

a Le modèle le plus éclatant de la prédestination et de 
la grâce est le Sauveur même. Par quel mérite ou des 
œuvres ou de la foi, la nature humaine qui est en lui 
a-t-elle obtenu d’être ce qu'elle est, c’est-à-dire unie au 
Verbe en unité de personne » (Ibid., xv)? 


Prière. 


a Prions, non pour obtenir que les richesses, ou les 
honneurs, ou les autres choses de cette nature, incer- 
taines et passagères, nous arrivent; mais afin que nous 
ayons celles qui nous peuvent rendre bons et heureux » 
(De ord., lib. II, c. xxn). 

« Ô Dieu, créateur de l’univers, accordez-moi pre- 
mierement que je vous prie bien, ensuite que je me 
rende digne d’être exaucé, et enfin que vous me rendiez 
tout-à-fait libre » (Solilog., I, 1). 

« Je vous prie, ö Dieu, vous par qui nous surmontons 
l'ennemi, de qui nous avons reçu de ne point périr à 
jamais, par qui nous séparons le bien du mal, par qui 


Po, RASE. BE SUSE. 


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Erise » # sat sanere € les aumômes que font 
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"tris mire herve. oe fare memoire dans k 
Sarre De IS CI sun muets en la communion du | 


crie & Cr sauer De Jesm-Lirat, et en même temps 
de prier et L'ufrr © sam: sacrifice PONT ENS. >» 
Rroemplsn. 
e Jesus init di le peace, et parce qu'il nous le par- 
dycne jorsgue Ras v sconines tombes, et parce quil 
pois ade anvtcmber pus, et parce qu'il nous conduit 


a la vie Lienheurense où nous ne pouvons plus y tomber 
jamais » :Contr. Jui., cp. imp., üb. IT. 


Souffrances. 


« Dieu nous a fait voir dans le grain principal, qui esi 
Jésus-Christ, comment il traiterait tous les autres » 
(Serm. caxı, n. 10). 

« Jésus-Christ a été livré au dernier supplice par trois 
sortes de personnes : premièrement par son Père, secon- 
dement par ses ennemis, troisiemement par lui-même » 
(Tract. vit in ep. Joan., n. 1). 

« Le royaume qui n’était pas de ce monde a dompte 








AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 333 


le monde superbe non par la fierté d’un combat, mais 
par l'humilité de la patience » (In ps. xLıv, n. 16). 


Tradition. 


« Je vous appelle devant ces juges (les anciens doc- 
teurs), qui ne sont ni mes amis, ni vos ennemis, que jé 
n’ai point gagnés par adresse, que vous n'avez point 
offensés par vos disputes; vous n’eliez point au monde 
quand ils ont écrit ; ils sont sans partialité, parce qu'ils 
ne vous connaissaient pas ; ils ont conservé ce qu’ils ont 
trouvé dans l’Eglise; ils ont enseigné ce qu'ils ont 
appris ; ils ont laissé à leurs enfants ce qu'ils ont reçu 
de leurs pères » (Contr. Jul., lib. II, c. x). 

a Une chose qui se trouve partout sans qu'on en voié 
l'origine, ne peut venir que des apôtres » (Epist. Liv, 
n. 4). 


Trinité. 


a En Dieu, il y a nombre; en Dieu, il n’y a point de 
nombre. Quand vous contemplez les trois personnes, 
vous voyez un nombre; quand vous demandez ce que 
c'est, il n’y a plus de nombre; on répond que c'est un 
seul Dieu. Parce qu'elles sont trois, voilà comme un 
nombre; quand vous recherchez ce qu'elles sont, le 
nombre s'échappe, vous ne trouvez plus que lunité 
simple » (In Joann., tract. xxxIx, n. À). 


Vaine gloire. 


a Vous recherchez la gloire que vous vous donnez les 
uns aux autres, et ne recherchez point la gloire qui 
vient de Dieu seul » (De civit. Dei, lib. V, c. xx). 

« Ces hommes, d’une si grande réputation, tant célé- 
brés parmi les nations, ont cherché la gloire, non en 
Dieu, mais auprès des hommes; ils ont obtenu ce qu'ils 
demandaient ; ils ont acquis cette gloire qu'ils avaient si 
ardemment poursuivie; et vains, ils ont reçu une récom- 





424 MANUEL DE PATROLOGIE. 
pense aussi vaine que leurs pensées » (Serm. xu in pt: 
LXVIN, n. 2). 

Vérité. 


« La vérité, chaste et fidèle, est propre à chacun, 
quoiqu'elle soit commune à tous. Ceux qui se tournent 
vers elle sont rendus heureux par ses lumières, et ceux | 
qui refusent de la regarder sont punis par leur propre 
aveuglement » (De lib. arb., Lib. II). 


Virginité. 


«a ]ls (ceux qui sont vierges) chantent (devant 
l’Agneau) un cantique particulier, comme ils pratiquent 
une vertu au-dessus du commun; leur joie est d’autan! 
plus abondante qu'ils se sont plus élevés que les autres 
hommes au-dessus de la joie des sens... L’Agneau 
marche par un chemin virginal; sa chair, formée d'une 
vierge, est toute vierge; et il ne pouvait pas n'être poin! 
soigneux de conserver en lui-même ce qu’il avait con- 
servé en sa sainte Mère, même en naissant de son sein! 
(De sanct. Virg., xxx, XXXVINI, XXXIX). 


$ 69. Paulin de Nole (mort vers 431), et plusieurs Paper: 


Saint Paulin, évêque de Nole et poète chrétien, était en relation 
suivies avec saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme, Sulpitt 
Sévère, etc., et a mérité leurs éloges. Né en 858 ou 354 d’une illustit 
et très-riche famille consulaire d'Aquitaine, il fut formé par Ausont, 
célèbre poëte et rhéteur de Bordeaux, qui fut pour lui non-seulemell 
un maître, mais un père, patronus, præceptor, pater (Poem., x, 93-]. 
Grâce à ces lecons, il devint, tant en prose qu’en vers, un écrival 
habile et élégant. L'empereur Valentinien ayant appelé Ausone à 
Rome pour y faire l'éducation de son fils Gratien , Paulin |} 
accompagna, et, à peine âgé de vingt-cinq ans, il plaida avec W 
tel succès, qu'après la mort de Valens il fut chargé de rempli 
les fonctions de consul subrogé pendant le reste de l’année 5 
Paulin s’en acquitta avec tant d'éclat et de dignité, qu’Ausone l'appt- 
lait l’ornement de la patrie. L'année suivante, on croit qu'i il 
consul en Campanie et résida à Nole, où se trouvaient ses domaines 





AUTEURS LATINS. PAULIN. 433 


1 y donna des marques particulières de sa d&votion envers le martyr 
aint Félix. Tl entreprit ensuite de grands voyages, et entra en rela- 
ions intimes avec les hommes dont nous venons de parler, puis, dans 
sa patrie, avec saint Martin de Tours, qui le guérit miraculeusement 
d’une maladie d’yeux. Renonçant désormais aux honneurs, aux ri- 
chesses et aux vanités du siècle, il reçut de l'évêque Delphinius, de 
Bordeaux, le baptème qu'il avait longtemps différé (389), et se retira 
dans la solitude des Pyrénées, avec sa femme Thérasia, sans se soucier 
des reproches d’Ausone et des grands du monde. Forcé par le peuple 
de recevoir la prötrise à Barcelone (vers 393), quelque temps après 
il se rendit à Nole, où il avait été autrefois consul, pour y continuer 
son genre de vie ascétique et édifier sur le tombeau de saint Félix” 
une superbe basilique. Nommé pour ses hautes vertus au siége épis- 
copal de cette ville, en 409, il y fut entouré de la vénération de tous, 
et donna l'exemple d’une commisération sans bornes envers les 
malheureux, dans l’époque difficile et calamiteuse de l'invasion des 
Goths et des dévastations des Vandales. | 
C'est à saint Paulin qu’on doit ces belles paroles sur Théodose le . 
Grand : « Nous célébrons en lui non un roi, mais un serviteur de 
Jésus-Christ, et un prince qui s'élève au-dessus des hommes plus 
encore par sa foi que par sa couronne. » (Cit. du trad.) 

Plusieurs de ses ouvrages sont perdus; nous n’avons plus de lui 
que cinquante lettres à des amis : Sulpice Sévère, saint Augustin, 
. Saint Jérôme, Delphinius, Pammaque, etc., puis une trentaine de 
| poésies, auxquelles il faut ajouter celles qu'a découvertes A. Mai 

(Nicetæ et Paulini scripta e Vat. cod. edita, Roms, 1827). La deli- 

catesse de son style, par où Ausone se sentait surpassé, éclate surtout 
\ dans ses poésies : Cedimus ingenio quantum procedimus ævo. Assurgit 

musæ nostra Camena tue (Ep. xıx). Elles sont plutôt morales que 
. dogmatiques, et, pour la forme, plutôt didactiques que lyriques. 


Opera, ed. Paris, 1516 ; ed. Herib. Rosweyd, Antw., 1622, avec la 
biographie, par Sanchino, complétée par P. F. Chifflet : Paulinus 
illustr., sive append. ad opera et res gestas Paulini, Divione, 1623; 
ed. Le Brun, Par., 1685 ; avec trois poésies nouvelles et des dissertat., 
ed. Muratori, Veron., 1736; Galland., Bibl., t. VIII; Migne, ser. lat., 
= & LXI, avec confusion et lacunes. Cf. Tillem., t. XIV; Ceillier, t. X, 


ed. 24,t. VIII; Buse, Paulin, évéque de Nole, et son temps, Ratisb., 
k 1856, 2 vol. 


+ Parmi les papes lettrés de ce temps nous citerons : Jules Ier, Libère, 
ur Damage, Sirice et Innocent Ier (voir leurs lettres dans Coustant, Ep. 
y. 70m. Pont., dans les Actes des conciles, de Harduin et Mansi ; Migne, 
,. 8er. lat., t. VIII et seq.). Du pape Damase nous avons en outre des 
„ Vers et des épigrammes. Cf. Fessler, t. I. 


426 MANUEL DE PATROLOGIE. 


LA LITTÉRATURE CHRETIENNE DE 430 A GREGOIRE LE GRAND (604). 
KESTORIENS, MONOPHYSITES, PÉLAGIENS, AFFAIRE DES TROIS CHATTTRES. 


Voir sur l'histoire de ce temps, Evagre, Histoire ecclésiastique, 
de 481 à 594. 


CHAPITRE IN. 
AUTEURS GRECS. 


$ 70. Saint Cyrille d’Alexandrie (mort en 444). 


Bolland., Vita S. Cyrilli; Notitia in Bibl. Fabric., edit. Harless, 
t. XI; Migne, t. LXVII. 


Cyrille, né probablement à Alexandrie et neveu du 
patriarche Théophile, fameux par la persécution de saint 
Chrysostome, parait avoir hérité de la haine de son 
oncle contre ce Père illustre. On ne sait rien de l’année 
de sa naissance, de sa jeunesse et de ses études, et cette 
présomption qu'il vécut quelque temps dans le désert de 
. Nitrie, n'est garantie par aucun document ancien. Ce 
qui est sûr, c’est qu'en 403, il assista au concile du 
Chêne, et qu'en 412 il succéda à son oncle sur le siége 
patriarcal, malgré les résistances d’un parti. Les débuts 
de son épiscopat furent marqués par des troubles dans 
Alexandrie, d'où Cyrille expulsa les novatiens et les Juifs. 

Il en résulta une division malbeureuse entre le pa- 
triarche et le gouverneur Orestes, et dans la foule une 
fermentation qui, en 415, se traduisit par le meurtre de 
la célèbre Hypatie, auquel Cyrille n'eut point de part. En 
ce qui concerne saint Chrysostome, Isidore de Péluse lui 
fit des remontrances courageuses ; Atticus de Constan- 
tinople le ramena à de meilleurs sentiments, et à partir 
de 447, Cyrille le fit inscrire dans les diptyques de son 
Eglise. Il se signala par sa lutte contre le nestorianisme 





AUTEURS GRECS. S. CYRILLE D'ALEXANDRIE. 497 


qui avait envahi Constantinople. Cyrille le combattit 
dans une lettre à son clergé et dans une autre adressée 
à Nestorius. Celui-ci l'ayant repoussé brusquement, 
Cyrille s’adressa à l'empereur Théodose et à l’impera- 
trice, en insistant sur les dangers de cette erreur; il en 
informa aussi le pape Célestin I". En 430, il tint à 
Alexandrie un concile dont il envoya la profession de 
foi à Nestorius, avec douze anathematismes que l'Eglise 
accepta comme l'expression de sa croyance. Il presida, 
avec deux prêtres romains, le troisième concile général 
d'Ephèse en qualité de légat du pape. A leur tour, les 
évêques du patriarcat d’Antioche réunirent, sous leur 
métropolitain Jean, une assemblée particulière dans la- 
quelle ils déposèrent Cyrille. Théodose II, peu au fait de 
la question, déposa les chefs des deux partis, et Cyrille 
dut rester en prison jusqu’à ce que les Pères du com 
cile eurent renseigné l’empereur. En octobre 431, 
Cyrille retourna à Alexandrie, et ne négligea rien pour 
ramener la fraction des orientaux qui s’obstinait dans 
le schisme : il y réussit en partie, mais seulement après 
plusieurs années de négociation. Il fut hautement estimé 
en Orient et en Occident pour ces importants services, 
a bien qu'on ne puisse pas dire que toutes ses actions 
aient été saintes. » Il mourut en 444. 


Ouvrages apologétiques de saint Cyrille d'Alexandrie. 


On sait qu’en 363 Julien l’Apostat composa contre le 
christianisme un grand ouvrage dont l’habile rédaction 
jeta le trouble parmi les fidèles et enorgueillit les païens. 
En 433, saint Cyrille, comme d’autres l’avaient fait avant 
lui, le réfuta dans un vaste ouvrage intitulé : ‘Yxip 1% 
Tüv Xptoriavéiv edwyoUs Oenaxslas mpos ra Ev dôéoic ‘TouAtavod, 
dont il existe encore dix livres complets?. Ces dix livres 
ne semblent dirigés que contre les trois premiers livres 


{Titlemont, Mémoires, t. XIV, p. 541. — 3% À. Maï a donné de neuf 
autres livres des fragments détachés (Bid). nov. Patr., t. Il). 


430 MANUEL DE PATROLOGIE. 


saint Luc, saint Jean, sur les Epitres aux Romains, aux 
Corinthiens et aux Ephesiens; des fragments sur plu- 
sieurs autres livres de l’Ecriture, notamment sur saint 
Matthieu. 

2. Explication des figures du Pentateuque et de ses 
rapports avec le Christ et son Eglise, en forme de dia- 
logue : De adoratione et cullu in spiritu et verilate (dix- 
sept livres). L’ex&g&se de saint Cyrille, à cause de sa 
prédilection pour l'allégorie, de sa négligence à préciser 
la valeur des termes, a été plus d’une fois jugée défavo- 
rablement. Ces défauts sont naturellement moins sail- 
lants dans le Nouveau Testament, et Meier! lui a rendu 
la justice qu'il mérite. 

Lettres et homélies. 


Ses lettres (quatre-vingt-sept) roulent les unes sur des 
sujets de dogme et de discipline, et les autres sur le 
nestorianisme, les autres sur des sujets officiels. 

Parmi les homélies existantes, trente sont intitulées 
Homelies pascales. L’eveque d'Alexandrie ayant été 
chargé par le concile de Nicée de supputer annuellement 
le temps de la fete de Pâques et d'en informer les autres 
Eglises, Cyrille, de même que Théophile, le fit en forme 
d’homelies. Il y traite diverses questions de pratique et 
d'actualité. Nous lui devons aussi dix-huit homélies or- 
dinaires, quelques fragments et prières, et un formulaire 
liturgique : De liturgia S. Cyrilli. Œuvres douteuses : 
Adversus anthropomorphilas (lib. I); De sacrosancta Trini- 
nitate; Collectio dictorum Veteris Testamenti. 

L'Eglise a de tout temps reconnu les mérites de saint 
Cyrille dans l'exposition de la doctrine relative à la 
personne du Christ. Si quelques-uns l'ont accusé de mo- 
nophysitisme, c'est parce qu'il applique aux deux na- 
tures l'expression “Evüots quo, qui, dans sa pensée, 
signifie union hypostatique, union constituant une per- 

1 Comm. sur l’Evang. de saint Jean, Frib., 1843, préf. 





AUTEURS GRECS. S. CYRILLE D’ALEXANDRIE. 434 


sonne et non une nature, par opposHion au terme ouvagyeın 
employé par Nestorius. Saint Cyrille remplace toujours 
le mot d’hypostase par celui de nature. 


Doctrine de saint Cyrille. 


Saint Cyrille est surtout célèbre par sa lutte contre 
Nestorius, comme saint Athanase l'a été dans sa polé- 
mique contre Arius. Nous reproduisons ici ses douze 
anath&matismes; c'est ce qu'il a écrit de plus remar- 
quable contre cet hérésiarque. 

1. Si quelqu'un ne confesse pas que ’Emmamuel est 
vraiment Dieu, et par consequent la sainte Vierge mere 
de Dieu, puisqu’elle a engendré selon la chair le Verbe 
de Dieu fait chair, qu'il soit anatheme! 2. Si quelqu'un 
ne confesse pas que le Verbe qui procède de Dieu le 
Père est uni à la chair hypostatiquement, et qu'avec sa 
chair il fait un seul Christ qui est Dieu et homme tout 
ensemble, qu'il soit anatheme! 3. Si quelqu'un, après 
l'union, divise les hypostases (natures) du seul Christ, 
les joignant ensemble par une connexion de dignité, 
d'autorité ou de puissance, et non par une union réelle, 
qu'il soit anathème! 4. Si quelqu'un attribue à deux 
personnes où à deux hypostases les choses que les évan- 
gélistes et les apôtres rapportent comme ayant été dites 
de Jésus-Christ, par les saints ou par lui-même, et appli- 
que les unes à l’homme, considéré séparément du Verbe 
de Dieu, et les autres comme dignes de Dieu, au seul 
" Verbe qui procède de Dieu le Père, qu'il soit anathème ! 
5. Si quelgu’ın ose dire que Jésus-Christ est un homme 
qui porte Dieu, au lieu de dire qu'il est Dieu en vérité, 
comme Fils unique et par nature, en tant que le Verbe a 
été fait et a participé comme nous à la chair et au sang, 
qu'il soit anathème ! 6. Si quelqu'un ose dire que le 
Verbe, procédant de Dieu le Père, est le Dieu ou le Sei- 
gneur du Christ, au lieu de confesser que le même est 
tout ensemble Dieu et homme, en tant que le Verbe a été 


42 MAXTEL LE PATROLOGIE. 


fait chair. sion les Eoriteres, qu'il soit anathème ! 7. Si 
quelqu'un dit que Jesus Christ, en tant qu'homme, a été 
possede du Verte de Dieu et revètu de la gloire du Fils 

1 comme etant un autre que lui, qu'il soit ana- 
theme! &. Si quelqu'un ose dire que l’homme pris par le 
Verbe doit étre adoré, glorifie ei nommé Dieu avec lui, 
comme etant l'un em l’autre ; car en y ajoutant le mot 
ever, il donne oette pensée, au lieu d’honorer l’Emma- 
nnel par une seuie adoration, en tant que le Verbe a été 
fait chair, qu'il soit anztheme! 9. Si quelqu'un dit que 
Notre-Seigneur Jésus-Christ a été glorifié par le Saint- 
Esprit comme avant recu de lui une puissance étrangère 
pour agir contre les esprits immondes et opérer des 
miracles sur les hommes au heu de dire que l'Esprit par 
lequel il les operait lui etait propre, qu'il soit anathème! 
10. L'Ecriture divine dit que Jésus-Christ a été fait le 
pontife et l'apôtre de notre foi, et qu'il s’est offert pour 
nous à Dieu le Pere en odeur de suavité : donc, si 
quelqu'un dit que notre pontife et notre apôtre n'est pas 
le Verbe de Dieu même, depuis qu'il s'est fait chair et 
homme comme nous, mais un homme né d’une femme, 
comme si c'était un autre que lui; ou si quelqu'un dit 
qu'il a offert le sacrifice pour lui-même, au lieu de dire 
que c'est seulement pour nous, car ne connaissant pas 
le péché il n'avait pas besoin de sacrifice, qu'il soit ana- 
theme! 11. Si quelqu'un ne confesse pas que la chair 
du Seigneur est vivifiante et propre au Verbe même qui 
procède de Dieu le Père, mais l’attribue à un autre qui 
lui soit conjoint selon la divinité et en qui la divinité 
habite seulement, au lieu de dire qu'elle est vivifiante 
parce qu elle est propre au Verbe, qui a la force de vivi: 
fier toutes choses, qu'il soit anathème ! 12. Si quelqu'un 
ne confesse pas que le Verbe de Dieu a souffert selon la 
chair, qu’il a été crucifié selon la chair et qu’il a été le 
premier-né d'entre les morts, en tant qu'il est vie et 
vivifiant comme Dieu, qu’il soit anathème ! 





AUTEURS GRECS. SOCRATE, SOZOMÈNE, ETC. 433 


Opera, ed. lat., Basil., 1534 ; Paris, 1608, t. II; ed. Aubert, gr. et 
lat., Par., 1638, in-fol., 7 vol.; augm. et corrig. par Cotelier, Monum. 
Eccl. gr.; Galland., Bidl., t. XIV; A. Mai, Nov. Bibl. Patr., t. III. 
Plus complet : Migne, ser. gr., t. LXVIII-LXXVII, avec les œuvres 
d’exégèse. Cf. Tillemont, t. XIII; Ceillier, t. XIN, ed. 2%, t. VIII; 
Héfelé, Hist. des conc., t. II. Voir de longs détails dans Fessler, t. IL. 


S 71. Soerate, Sozomène et Philostorge, 
historiens ecclésiastiques. 


Cf. Valesius, Dissertat. de vita, etc., Socratis et Sozom.; Héfelé, 
dans l’Encyclop. de la théol. cath., éd. Gaume. 

Cette période abonde en travaux sur l’histoire ecclé- 
siastique. Eusèbe y a trouvé trois continuateurs, quatre 
même, si nous comptons Philostorge. 

I. Socrate remplissait à Constantinople les fonctions 
d'avocat ou de « scolastique, » comme lui-même s’ex- 
prime, sous Théodose II. Son Histoire ecclésiastique (sept 
livres) commence à l’abdication de Dioclétien (305) et 
finit en 439./On y remarque une prédilection particulière 
pour l’ordre monastique et un certain penchant au rigo- 
risme ; de là l’indulgence qu'il témoigne à Novatien, 
sans nier qu'il soit hérétique. Impartial et exact sur la 
chronologie, il est moins sûr en matière dogmatique. 

Il. Sozomène (Hermias Sozomenus, Salamanes, ou 
Salaminius), né à Béthel, près de Gaza, eut pendant 
sa jeunesse de fréquentes relations avec les moines de 
Palestine; c’est à l’un d’eux qu’il a emprunté le sur- 
nom de‘Salamanes. Il étudia à Béryte et fut avocat à 
Constantinople. Comme historien, il est inférieur à So- 
crate et n’est pas toujours sûr. Multa mentitur, disait de 
lui Grégoire le Grand !, et le Saint-Siége refusa d’approu- 
ver son travail. Son Histoire ecclésiastique (neuf livres), 
dédiée à Théodose II, devait s'étendre de 304 à 439, 
mais elle s'arrête à 423. Nous n’avons plus un autre 
travail historique, en deux livres, qui se terminait à la 
déposition de Licinius. 

I Epist. xxxı, lib. VI. 

| 28 





434 MANUEL DE PATROLOGIE. 


III. Nous parlerons de l'Histoire de Théodoret au pa- 
ragraphe suivant. 

IV. Quoique plus ancien que les auteurs cités, Phi- 
lostorge est toujours cité après eux depuis Valésius, 
Partisan des eunomeens, il fit de son histoire une apo: 
logie de l’arianisme, qui lui semblait la plus ancienne ; 
forme de la doctrine chrétienne. Elle embrasse la pé- 
riode de 320 à 423. Il n’en reste qu’un long extrait dû à 
Photius. 

Editeurs: Valésius, Par., 1669-73, t. II. Philostorg., t. IV. Reading, 
Cantabr., 1720 ; Migne, Socrat. et Sozom., ser. gr.,t. LX VIT». Philos- 


torg., t. LXV. ct. Holshausen, De fontibus quibus Socr., Sos: = 
Theodoret. usi sunt , Gott., 1828. Eee DE 


V. Gélase, évêque de Cyzique au cinquièms sièble, 
travailla à une histoire (trois livres) du premier concile 
de Nicée, où les erreurs et l'absence de critique sont 
rachetées par plus d’un renseignement précieux !. 


sk [3 


ben. — 


$ 72. Théodoret, évêque de Cyr (mort vers 458). 


— offline oct u. 


Voir les cing dissertations de Garnier, et Schulze, dissert. 1. 


Theodoret, ou Théodorite, naquit à Antioche entre . 
386 et 393, après que ses parents, privés d'enfants, 
eurent longtemps implore le ciel de leur donner un des- 
cendant. À l’âge de sept ans, ils le confièrent ax 
moines du monastère de Saint-Euprépius, près d’Antioche, 
où il resta longtemps et eut Nestorius pour condisciple. 
ll se forma principalement sur Théodore de Mopsueste 
et saint Chrysostome, et ne fut pas moins distingué par 
son savoir que par la sainteté de sa vie. Cœur généreux 
et désintéressé, il perdit ses parents de bonne heure et 
distribua sa fortune aux pauvres. À vingt ans, il était 
lecteur, et à vingt-cinq ans, diacre de l'Eglise d’An- 
tioche. Les hérétiques de cette ville le redoutaient à 
cause du zèle et de l’habileté avec lesquels il les com- 

1 Migne, ser. gr., t. LXXXV. 


AUTEURS GRECS. THÉODORET. 435 


battait. En 411, le patriarche de Constantinople le 
promut au siege de Cyr, composé de huit cents villages, 
Cyr, à deux jours de marche d’Antioche, était la capitale 
insignifiante d’une contrée sauvage et montagneuse, 
quoique très-peuplée, la Cyrénaïque, composée presque 
uniquement de Syriens incultes mêlés de beaucoup d’he- 
rétiques. 

Theodoret eut la consolation d’y rencontrer un grand 

nombre d’anachoretes, avec lesquels il fut très-lié. Son 
administration fut un modèle. Observateur sévère de la 
résidence, il ne quitta son diocèse que pour assister à 
un concile d’Antioche. La conversion des hérétiques, 
surtout des marcionites, l’interessait particulièrement ; 
mais son zèle, quoique tempéré par la douceur, l’exposa 
aux injures et à de sérieux dangers. Il réussit cepen- 
dant à purger son diocèse des hérétiques. Sobre en ses 
dépenses, il consacra la majeure partie de son revenu au 
bien de la ville, à des établissements de bains et à des 
aqueducs. Il vécut ainsi dans la paix jusqu'au moment 
où il fit la connaissance de Nestorius, et fut impliqué 
dans ses débats. Déjà avant le conseil d’Ephöse, il avait 
combattu dans divers écrits! les anathématismes de saint 
Cyrille, surtout à cause de l'expression ‘"Evüouw gucuch. 
Il assista aussi, à Ephèse, au conciliabule des Orien- 
aux, et prit parti pour ceux qui rejetaient le troisième 
concile universel. Il fut plus satisfait des explications 
postérieures de Cyrille. Cependant, comme il n’entre- 

voyait pas toutes les conséquences de la doctrine de Nes- 

torius, il refusa de consentir à sa déposition, persuadé 

qu'il n’enseignait pas ce qu ‘on lui imputait. Il ne sous- 

crivit à l’union qu’en 435, après bien des antécédents 

odieux, et sans rompre avec Nestorius. 

Malgré ces ménagements, il n’échappa pas à la haine 
des monophysites, et notamment de Dioscore; il fut dé- 
posé par le brigandage d’Ephèse (449) qui condamna, ses 

1 Epist. ad Joan. Antioch., t. IV, p. 1288. 


sr uU DE PAYMUNGIE. 


eis Eee x je Naam L en appela au pape; 
ms À ct ave es ancres »vùrues. rester en exil tant 
ce es mumcirsms srïssimeèrent. Rappelé en 451, 
ares a mr à Tue ll. son affaire fut examinée 
a7 z2eme ame zumerz de Chaleedoine, auquel il 
sarıza. Tui em | ccm des évêques égyptiens. 
Acres Seins acts cs ı se decida enfin à con- 
Sammer Nacre et = poinement rehabilité; ıl recut 
„= mao à sape Leon. Sans abdiquer sa charge, 
JO vect Ja a ak d'un couvent, occupé de 
travasx rares. et mourut en 158, dans la commu- 
neo » Tire 

L'nn resta ses moins de mème que Théodore de 
Most et Tas ’Edsse. un objet de haine pour les 
mncivetes Le eurcie de Chakvedome., en accueillant 
sa persone sas condamner expressément les écrits où 
il combattait saint Cvrie. avait omis une partie de sa 
tbe; e cnjuekm ame œcuménique y suppléa 
en 533. 

Ouvrages historiques. 


4. Son Histoire ecc'ésiastique 1cinq livres), écrite vers 
450. s’etend de 320 à 428. C’est la meilleure des conti- 
nuations d'Eusèhe ; le fond en est soigné, le style simple 
et conforme à la nature du sujet. 2. L'Histoire religieuse 
contient des renseignements sur trente-trois ascètes 
orientaux des deux sexes; c’est une nouvelle page, 
mais plus attrayante. à ajouter à Palladius. 3. L’Abrege 
des fables hérétiques (quatre livres) renferme l'histoire 
des hérésies jusqu’à Eutychès ; ce qu'il dit des anciennes 
heresies est tiré en grande partie de saint Irenee, 
d’Hippolyte et de saint Epiphane. 


Travaux apologétiques. 


La Guérison des maladies des Grecs (douze livres) ter- 
mine la série des œuvres apologétiques chez les Grecs. 








AUTEURS GRECS. THEODORET. 437 


Parmi les griefs des paiens contre le christianisme, 
Theodoret cite la nécessité de croire, l'ignorance des 
apôtres, le culte et l’invocation des martyrs. C'est afin 
de guérir ces préjugés de l’âme que Théodoret, utili- 
sant les écrits de ses devanciers (Clément d'Alexandrie, 
Eusèbe, etc.), composa son apologie. Son principal but 
est de montrer la supériorité des idées chrétiennes sur 
celles de la philosophie païenne touchant l'origine et la 
fin du monde, l'excellence de l'homme, la Providence. 
Ce qui caractérise cet ouvrage, ce sont les parallèles 
entre le culte des martyrs et le culte que les païens 
rendent aux morts, entre les oracles et les prophètes, 
entre la moralité des philosophes et celle des chrétiens. 
Pour le fond, on y trouve peu de choses qui n’aient été 
dites avant lui; cependant il est conçu à un point de vue 
plus général que la plupart de ses devanciers, et il insiste 
moins sur le côté extérieur du paganisme, par exemple 
les absurdités de la mythologie. 


Ouvrages dogmatiques. 


4. L’Eraniste, ou Polymorphe, est dirigé contre les 
idées monophysites, ramas de plusieurs hérésies, bien 
qu'à cette époque (448) Eutychès n’eüt pas encore paru. 
ll consiste en trois dialogues, dont le premier enseigne 
que la divinité du Fils unique est immuable; le second, 
que dans le Christ les natures ne sont point confondues ; 
le troisième, que la divinité du Fils est impassible. 2. Le 
même sujet est traité dans la Démonstration par syllo- 
gisme, comme quoi Dieu le Verbe est immuable. 3. Les dix 
Discours sur la Providence ne sont point des sermons 
proprement dits, mais des traités en forme oratoire. Les 
cing premiers contiennent les preuves, les cinq derniers 
réfutent les objections contre la Providence. Cet écrit, 
digne de son sujet, témoigne de l'expérience et du sens 
chrétien de son auteur. 4. Le traité de la Divine et Sainte 
Charité développe cette vertu, qui a été le ressort des 





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AUTEURS GRECS. THÉODORET. 439 
procède du Fils*; il n’admet que sa procession du Père. 
Le Saint-Esprit, dit-il, n’est pas une création, et on ne 
peut pas dire de lui, comme du Fils, qu'il a été engen- 
dreS. 

Il n’admet pas que les anges aient rien de corporel, ni 
qu'ils soient androgynes ; aussi l’explication qu'il donne 
du mariage des enfants de Dieu avec les enfants des 
hommes diffère-t-elle de celle des anciens Pères; il croit 
simplement qu’il s’agit de mariages entre les descen- 
dants de Seth et ceux de Caïn. Quant aux mauvais 
anges, ils sont devenus tels par leur propre volonté, 
Dieu ne pouvant pas créer un être incapable de rien 
faire de bon. 

Dans le chapitre de l'Homme, nous trouvons ce pas- 
sage significatif : « L'Eglise, fidèle aux divins enseigne- 
ments , déteste souverainement les doctrines de ces 
hommes-là, tout en rejetant les fables des autres. Elle 

enseigne, sur la foi de l’Ecriture, que l’äme est créée en 
même temps que le corps, qu’elle n’emprunte point à la 
matière de la semence la cause de son origine, mais 
qu'elle est formée par la volonté du Créateur après la 
formation du corps. » 

Garnier a jugé trop défavorablement, et souvent par 
des raisons insoutenables, le point de vue dogmatique 
de Théodoret. Ainsi, de ce que Theodoret ne parle pas 
de Pélage et de Célestius, il ne s’ensuit point qu'il fût 
d'intelligence avec eux, mais tout au plus qu'il appré- 
hendait d’en parler, d'autant plus que dans les matières 
un peu difficiles, il manque d’une certaine profondeur et 
décèle la tendance rationaliste de l’école d’Antioche. Son 
style est clair et agréable, maïs il donne trop d’étendue 
aux parallèles où il se complait. 


Editeurs : Sirmond, Par., 1642 ; complété par Garnier, Auctarium, 
Par., 1684 ; mieux, par Schulze, Halle, 1769, in-8°, 5 vol.; avec glos- 


1 Reprehens. xıı anath., ad n. 9. —% Epist. cLı; Comm. in Rom., 
Vi, 11 ; I Cor., 11,12. — 3 Hæret. fab.; comparez : V, c. I. 


. La% 1 ME PATROLOGIE. 
_ = Ger D er =... t LAXX-LXXXIV (maume à 
Ti era zum au 4° vol.) C. Tillemont. 
"Ua Se : X. Depm, t. VIII, part. u; Höfele, 


= ur Ge 


- Wein. alter die Plane: saint Nil l’Ainé. 


"wc om de. - & erst. et doctrina commenial. 
mn cn mem 2 vr À N._ one, sér. gr. t. LXX VIN « 


+ 
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UN m & ROSE. wo dans un couvent 

SR KT Lu D. Face 1res &e Pause, dont il fut plus 
Se à at TT "5 OL IR sk de sa vie active, c'est 
OS tenue | et da temps du concile 
Nat 17 TS eee "ment. L’austerite de 
VINS cs, ADUYE Sstnguée, lui conquit 
SN TE TITLE [Ti nme au service de 
USSR ne mx 1 anime zuane officielle, distri- 


u Re „Var NUS ac À à neuvait, des encou- 


PREND SANS Æ mei "egrimandes. Sa fran- 


Ron S we 7 us zone dans la lettre trois 
VON à PRE à 7,8 L'AUXER TR ne manqua pas, 
VS en Se DER GE MIND AUS ID ume = it. 


NS CREEK Sur nee Umme de stvie épistolaire 
LOST OM a Che er cms redeurs de la Grèce. 
+ Rae UELI ER CU Nveghore en compte 
MEETS RAIN Le as. en ang livres) a 
RE NUE EUR SN Laure ie = exercices épislo- 
LÉRR HNERS 4 ORONT D Omute sSvk : hypothèse 
NS LIE SG 1153 Deere CUUS JE Vemmever. Cependant la 
CURUUE RS URL 4 MUT x are a donné lieu 
À hestrice IH AUNLUCS IN US etaient parvenues 
SU RC FRE ns I! CS Nececmecé NE une forme 
SERRE, KU MEKLS RS PO IUEDRES Cr. des exhor- 

BOULES JS BRL CIE NE as LES du temps. des 
QUEUES UL OS LRSQUES le Arme et d'exegèse. 
CENTER ES ZUR QUE Drang Ze Gray, et i'authes- 





AUTEURS GRECS. ISIDORE, S. NIL. AA 


ticite des Interrogations ei reponses, que Hardt lui attribue 
d’apres un manuscrit de Munich, eveille bien des doutes. 
IT. Saint Nil, connu par ses nombreux et. excellents 
ouvrages ascétiques, offre plus d’un trait de ressem- 
blance avec Isidore. Il naquit dans la seconde moitié du 
quatrième siècle, d’une bonne famille, et fut préfet de 
Constantinople. Parvenu à la maturité de l’âge, il se 
sépara de sa femme, qui lui avait donné deux fils, dont 
l’un, nommé Théodule, le suivit sur le mont Sinai. Il y 
fut bientôt célèbre, et, de loin comme de près, on alla 
lui demander des conseils et des consolations. Il répon- ‘ 
dait avec une égale franchise à tous ceux qui, grands 
ou petits, lui exposaient leurs besoins. En 410, une 
invasion des Sarrazins, qui coüta la vie à plusieurs 
ermites et pendant laquelle son fils Théodule fut jeté en 
prison , dispersa cette pieuse réunion de cénobites. 
Cependant le fils recouvra la liberté, et Nil le rejoignit . 
auprès de l’évêque d’Eleuse, qui leur conféra à tous deux 
le sacerdoce. Nous connaissons les travaux de saint Nil 
jusqu’en 430; mais nous ignorons le jour de sa mort. 


Ouvrages de saint Nil. 


1. Quatre livres de leitres, dont plusieurs ne sont 
peut-être que des extraits ou des sentences. 2. Les sept 
Narrations contiennent des détails sur sa vie, sur l’inva- 
sion des Sarrasins et les moines du Sinaï. 3. Le Discours 
sur Albion est l’oraison funèbre d’un prêtre et d’un reli- 
gieux de Nitrie. Les écrits suivants sont proprement 
ascétiques : 4 Discours ascétique, où la vie monacale est 
présentée comme la vraie philosophie. 5. Traité des 
vertus qu'il faut pratiquer et des vices qu’il faut fuir, 
sur la perfection chrétienne : éloge d’une pieuse femme 
nommée Péristéria. 6. De la Pauvreté volontaire, à 
Magna, diaconesse d’Ancyre. 7. De lu Supériorité des 
moines, comme quoi la vie religieuse l’emporte sur la vie 
de ceux qui habitent les villes. 8. Le Discours au moine 


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a. Wi > eis. m a ac: Ps, Par 1439; Suaresss, 


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>. Eimerizes erelisinstüners de VF siècle. 
zZ Tessi Inseur. Ju Fe Du une, Pref. de auc. chros 
Au. Bere, Cac. seen. De 1 ie ech, éd Gaume. 

FE Tasiire Qui sortait » surmom de Lecieur et e 
rempisat 2 ‘mire à Ccestantinopke, continu 
en deux Evres [Exrmers de Sucraie jusqu’a l'emperer 
Hasta Fe swrt «2377. Ii n'en’reste que les extraits ( 
Vrvyhere Caïxsi. 

II. Evasre schiz:ure>. ne à Epiphanie, en Célésyr 
>35. etant laque. D fat survessavement avocat, questei 
et prefet 'Antuche. Les aix livres de son Histoire eccl 
sasstique embrassent bs annees écoulées de 431 à 594. 
v mel quastiié de choses profanes et s'y montre un pt 
trop credale'. 

ı Var en var exiraii dans Ressier, Biblioth. des Pères, t. VII 


AUTEURS GRECS. DENIS. 443 


IH. Le Chronicon paschale, très-important pour la chro- 
nologie, a eu probablement deux auteurs, l’un et l’autre 
inconnus; le premier a traité la période qui s'étend de 
ls création à l’an 354 de Jésus-Christ ; le second a con- 
tnué l’ouvrage jusqu'en 360. C’est le tableau des faits 
disposés par ordre chronologique. 

Du Cange l’a appelé Chronicon paschale, parce qu'il 
donne toujours le cycle pascal et les indictions, et qu'il 
mentionne constamment les fêtes juives et chrétiennes. 

Editeurs de Théodore : Valesius et Reading, t. III ; Migne, sér. gr., 
t LXXXVI, part. n; d’Evagre, tbid.; Migne, t. LXXXVI, part. 1; 
du Chronic. pasch.: Sigonius et Panvinius, sous le titre : Fasti siculi; 
Raderus, S.J., sous le titre : Chronicon alexandrinum, 1615 ; le meil- 
leur : Du Cange, Par., 1688; Dindorf, Bonn, 1832; Migne, sér. gr., 
t XCH. | 


$ 75. Denis, le pseudos=Aréopagite. 


Le Nourry, Dissert, de oper. S. Dion. Areop., in Apparat. ad Bibl. 
Max. Patr., 1703 ; Corderius, Observat. gener. pro faciliori intellig. 
S, Dion., et Isagoge; Petr. Hallois, S. J., Vita S. Dion. Areop.; P. Lans- 
Selii, S. J., Disput. apologet. de S. Dion.; Dalleus, De script. que sub 
Dion. Areop. et Ignatii antioch. nominib. circumferuntur, Genev., 
1666. 


Cinq ouvrages célèbres nous sont parvenus sous le 
nom de Denis; ce sont : de la Hierarchie céleste: de la 
Hierarchie ecclésiastique; des Noms divins; de la Theologie 
mystique; dix Leltres. Au moyen-äge, on les attribuait 
unanimement à Denis l’Aréopagite, converti par les pré- 
dications de saint Paul‘, premier évêque d'Athènes, 
martyr sous Domitien ?, et confondu de nouveau avec un 
évêque du nom de Denis, qui vivait sous l'empereur 
Dece et qui fut évêque de Paris. 

Les raisons qui ont fait attribuer ces ouvrages à Denis 
l’Aréopagite sont fournies par ces ouvrages mêmes. 
On peut douter que les titres où figure le mot uréopagile 
viennent de l’auteur, car il y a d’autres titres où ce nom 

1 Act.,xvu, 34, — ?Euseb., Hist. eccl., IH, ıv. 


\ 


sit MANUEL DE PATROLOGIE. 


ne paraît jamais; quant au nom de Denis, c’est l’auteur 
lui-même qui se l’attribue ‘. Il se donne, en outre, pour 
un disciple de saint Paul, et cite parmi ses amis et 
connaissances quantité de personnes que nous rencon- 
trons dans le Nouveau Testament ou dans l’histoire du 
premier siècle : Timothée, Tite, Carpe, Juste, Clément, 
Jean, Bartholomée, Polycarpe, Caïus, Elymas, Si- 
mon, etc. Il dit qu'il a entrepris un voyage « pour voir 
le corps qui a porté Dieu, la sainte Vierge, et qu’il s’est 
rencontré avec Pierre etavec Jacques, « le frère de Dieu ?.» 
Il assure avoir observé, avec Apollophanes d’Heliopolis, 
l'éclipse de soleil qui eut lieu à la mort du Christ®. Tous 
ces passages étant au-dessus de la critique et uniformé- 
ment cités par les anciens, il était inutile de vouloir leur 
donner un autre sens, comme l’a fait Hipler. 

On ne saurait donc le nier : l’auteur a voulu se faire 
passer pour le Denis du temps des apôtres, et pourtant 
il n’est pas moins certain que ce ne peut être lui. 4. Si 
des écrits de cette étendue étaient d’un disciple des 
apôtres, les anciens les auraïent tenus en grande estime; 
ils les auraient cités et mentionnés souvent : or, aucun 
ancien n’y fait allusion. 2. Dès qu'ils parurent à la lu- 
mière, ils trouvèrent une vogue et un crédit extraordi- 
naire. 3. Ils contiennent, à propos de la Trinité, le terme 
d’hypostase, et sur la personne du Sauveur ces locutions 
du concile de Chalcédoïine : aouyyurws, drpérrws, évakhow- 
tus, auerabdA uw À. - 

Les expressions théologiques, les développements de 
la doctrine, l’enflure du style caractérisent une époque 
bien éloignée des temps apostoliques. On y voit ün pas- 
sage ® de la lettre que saint Ignace adressa aux Ro- 
mains en l’an 107 ou 114; il y est beaucoup parlé de 
l’ordre et des institutions monastiques ’. Quant l'ouvrage 


1 Epist. vn, 83. — ? De div. nom., c. 1,82. — 8 Ep. vu, & 2. — 
% De div. nom., c. u, n. 10.— 8 Jbid., c. IV, 812. — 8 C. vu. — ? Hier. 
eccl., c. VI, n. 3. 


AUTEURS GRECS. DENIS. 445 


parut, il excita les reclamations des catholiques. Nous 
avons donc affaire & une pure fiction; ce qui le prouve 
encore, c’est que Timothee, un ancien chretien, un 
maître, un évêque, y est appelé fils de Denis, tandis 
qu'ailleurs, chose plus étonnante encore, il est parlé de 
l'antiquité ecclésiastique ‘ et de l’ancienne tradition ?. 

Ces livres sont mentionnés pour la première fois dans 
une lettre d’Innocent, évêque de Maronea, qui décrit 
comme témoin oculaire une controverse religieuse qui 

avait eu lieu à Constantinople, en 532, par ordre de Jus- 
tinien, entre les sévérianiens et les catholiques, sous la 
présidence d’Hypatius d’Ephese. Les avocats monophy - 
sites y produisirent les livres et les lettres de Denis, et 
les invoquerent contre les catholiques, car ils parais- 
saient favorables aux idees de ces heretiques sur la per- 
sonne du Christ. Les catholiques les recuserent comme 
etant inconnus des saints Peres. Un peu tard, Leonce de 
Byzanze et Anastase le Sinäïte les citaient déjà comme 
des autorites. Saint Maxime y composa des scholies et 
Pachymères y ajouta une paraphrase. Le pape Martin Ie" 
et le concile qu’il convoqua à Rome (649) s’en servirent 
également. Photius seul semble les avoir rejetés comme 
apocryphes. 

Introduits en Occident sous Pépin et Louis le Pieux, 
traduits en latin par Scot Erigene, leur autorité ne fit 
que s’accroitre. Le premier qui éleva des doutes sur leur 
authenticité fut L. Valla®; son sentiment fut partagé par 
Erasme, Beatus Rhenanus, Cajetan, Bellarmin, Albaspi- 
næus, Sirmond, Petau, etc. Les démonstrations de 
Morin *, Dallée et Le Nourry ont transformé ce doute en 
certitude. 

La diction et le style confirment ce sentiment. La 
fréquence des superlatifs, la description pompeuse des 


1 De nom. div., c. IV, n. 3. — 3 Hier. eccl., vu, n. 11. — ® Remarques 
sur les Actes des Apôtres du Nouv. Testam., c. xvII. — ® De ordi- 
nibus. 





446 MANUEL DE PATROLOGIE. 


noms d'objets sacrés, les expressions emphatiques, les 
longues périodes contrastent trop avec la simplicité du 
style apostolique. Quant au but que se proposait l’auteur 
par cette supercherie, les uns n’y ont vu que le simple 
désir de tromper ; les autres, comme Le Nourry, pensent 
qu'il a voulu donner plus de poids à ses écrits, composés 
en vue de défendre la doctrine catholique eontre les nes- 
toriens et les monophysites, en les attribuant à un 
homme célèbre. Il semble, en effet, que ce soit là le vrai 
motif et que l’auteur n'ait pas eu l'intention de tromper. . 


Contenu des ouvrages de Denis. 


Ces ouvrages sont fortement imprégnés de philoso- 
phie néoplatonicienne; l’idée qui y domine, c’est que 
l’homme (comme tout être créé) doit retourner à Dieu de 
la même manière qu'il en est sorti, en passant par les 
degrés de la hiérarchie ecclésiastique, lesquels corres- 
pondent aux degrés de la hiérarchie céleste, baptême, illu- 
mination (eucharistie) et onction. Toutefois, ce système 
n’est pas identique au panthéisme des néoplatoniciens 
et à leur théorie de l’emanation, de même que la Bible 
n'est pas panthéiste, quand même les panthéistes allè- 
guent ses textes à l’appui de leur système; autrement le 
moyen-âge, si zélé pour l’orthodoxie, n’aurait pas tenu 
ces livres en si constante estime. Mais il est possible que, 
dans sa prédilection pour ces écrits, le moyen-äge y ait 
vu plus qu'il n’y avait en réalité. « Le fond de la doc- 
trine, dit avec raison Steeckl, est chrétien ; mais les dé- 
veloppements et les expressions se rapprochent autant 
que possible des idées et des principes néoplatoniciens, 
surtout de Proclus. Il n’est donc pas étonnant que ces 
écrits aient suscité dans l’époque suivante deux écoles 
mystiques opposées l’une à l’autre, une école idéaliste 
et une école mystique chrétienne : la première, née de 
l'interprétation de la doctrine de Denis dans le sens de 
l’idéalisme neoplatonicien; la seconde, de l’interpréta- 


AUTEURS GRECS. BASILE, ÉNÉE, PROCOPE, ETC. 447 


tion de cette doctrine dans le sens chrétien. Les ouvrages 
de Denis favorisaient ces deux tendances !. » Interprétés 
dans le sens chrétien, ils sont devenus la base de la 
théologie mystique au moyen-âge. 

Ces ouvrages, notamment la Hierarchie céleste, des- 
cription des neuf chœurs angeliques, et la Hierarchie 
ecclésiastique, image de la première et renfermant de 
nombreuses interprétations mystiques des cérémonies 
du culte, ont considérablement influé sur les progrès de 
la symbolique artistique appliquée à la religion *. 

L'auteur cite encore en plusieurs endroits, comme étant de lui, les 
titres de sept autres ouvrages. Il n’en reste que des fragments dans 
les Chaînes des théologiens subséquents. Cf. Hipler, p. 111. 

Opera, græce, Basil., 1589 ; gr. et lat., ed. Corderius, Par., 1615 ; 
Antw., 1634, in-fol., 2 vol., avec les scholies de Maxime, la paraphrase 

de Pachymères et un appareil historico-critique; Migne, ser. gr., 
t. HI et IV. Cf. Tillem., t. II; Ceillier, t. XV, ed. 22,t. X; Aschbach, 
Dictionn. ecclés., 2e vol.; Staudenmaier, Philos. du Christ.; Ritter, 


Hist. de la phil. chret., t. Il ; Hipler, Denys l’Arévp., Recherches sur 


l’autkh. et la crédibilité des écrits qui existent sous son nom, Ratisb., 
1861. 


S 76. Auteurs moins importants de eette époque. 


I. Basile, évêque de Séleucie en Isaurie, vers le milieu du cinquième 
siècle, avait d’abord rejeté la doctrine d'Eutychès, mais intimidé par 
le brigandage d’Ephèse (449), il adhéra momentanément aux mono- 
physites. On lui doit quarante Homelies et une Histoire de sainte 
Thecle (deux livres), dépourvue de critique. 

I. Ende de Gaza, philosophe chrélien, vivait dans les cinquième 
et sixième siècles; il a laissé un beau dialogue en grec, intitulé : 
Theophraste, ou de l’immortalité des dmes et de la résurrection des 
corps. Voir deux auteurs dans Migne, sér. gr., t. LXXXV. 

II. Son contemporain et son ami le sophiste Procope de Gaza, 
maître de Choricius, a écrit un panégyrique de l’empereur Anaslase, 
deux discours sur la construction de l'église de Sainte-Sophie à 
Constantinople, des commentaires sur le Pentateuque, Isale, les Pro- 
verbes, le Cantique des cantiques, et cent quatre lettres (Migne, 
ser. gr., t. LXXXVII, part, 1, n et 11). 


! Philosophie de l'ère patristique, p. 498. — 3 Voir, dans Stceckl , 
p. 498, le résumé de la doctrine de l’Aréopagite. 


sis MANTEL BE PATROLOGE. 


IV. Cammes Eimprates ’ condecteur d’indiens ) fit plusieurs 
veoruges dems l'Eïs:ge. »s Indes, ste, et fut plus tard moine en 
Ezspte_ Vers el._ 7702 sa J-pogrepäie chrétienne (douze livres). 
Gailani, Déc... IX: Murs, sèr. 27. t LIXXVIIL) 

V. Lost, Z1.ci av-«at à Constantinople, de là son surnom 
de B=antraus. zn: reirvpcx res de Jerusalem, de là son sutre 
surnom de Jos. sn::evei. vecut dans les sixième et septième 
che ;: A avait > LL en dans 32 munesise. Après sa CONVersion, 
R fat be pls ec? ac + Size important adversaire des nestoriens et 
ds omuphrate. L ervi otre les premiers : Adversus eos qui duas 
efformant Chris cerwnas sul emgue in ipso conjunctionem confilen- 
ter üb. VIE : «outre les eumls : Quæstiones adversus eos qui unam 
dumt asturen mc tan D. N. J. Christi, item sanctorum test:- 
momie et senior :omrum erplizetio: Capita XXX contra Seve- 
rum: Solutı; ar;umentsrum a Serers objeciorum ; contre les deur 
partis : Prous dimarr :catre les nestoriens ei les eutychéens. Ouvrage 
également pe<hmiue : {drersus eos qui nobis proferunt quedamn 
Apoilinarii fais; tunxrigte momine SS. Patrum. Les Scholia ex ore 
Thesdori relijicristimi ablatis, doctissimique philosophi, divinis 
pariter exzternirjse :itteris eruditi, excepla, contiennent une pro- 
feanoe de f>i, un camım de l'Ecriture sainte et une revue des prin- 
cipales herösies. Nous avons encore de lui deux Sermons et des 
Mélanges sacrés, oa explications de passages de la Bible, tirées d’au- 
tres auteurs, et de petts fragments. Ses écrits, très-importants pour 
rhistoire du nestorianisme et da monophysitisme, marquent un goût 
prononcé pour la forme svilogistique et scolastique. (Galland., Bibl., 
t. XII; Migne. ser. gr. t. LXXXVI.) | 

VI. Jean Climaque, surnommé le Sinaltique, et aussi le Scholas- 
tique, d'après Raderus, entra dès sa jeunesse dans le monastère du 
Sinai, dont il devint plus tard abbé. Il vivait au sixième siècle, et 
compos cette celebre E:helle Climazx) du paradis, en xxx degrés, qui 
lui a fait donner le surnom de Climaque. Elle fat de bonne heure 
enrichie de scholies, et est restée, à titre de guide dans les voies 
de l’ascétisme et de la perfection, le manuel favori des religieux. 
Le Livre du pasteur compare le supérieur d’un couvent avec un 
berger, un médecin, un pilote et un professeur. 

VII. Anastase le Sinaite, prètre et moine du mont Sinaï, devint 
patriarche d’Antioche en 561, et fut exilé en 570 pour avoir résisté 
aux édits de Justinien en faveur des aphtharto-docètes. Rappelé sous 
l’empereur Maurice (593), il mourut à Antioche en 599. Le patriarche 
qui lui succéda se nomınait aussi Anastase et compte parmi les au- 
teurs ecclésiastiques. Le premier écrivit: Vie duzx adversus acephalus, 
contre les sectes monophysites. Les interrogations et réponses sont 
la solution de cent cinquante-quatre questions d'exégèse, de dogme, 


3 


AUTEURS LATINS. OROSE. 449 


de morale et d’ascétisme, avec de nombreux textes des Pères. 
Les questions sur la pénitence, 3-6 et 23, sont surtout importantes 
pour la pratique. Les Contemplations anagogiques sur l’Héraméron 
QUI liv.) n’existent à peu près qu'en latin ; Dispute contre les Juifs 
(iv. II). Six discours conservés, dont un sur la messe et un autre sur 
ls défants. 

On voit, par ces travaux dogmatiques, que les siècles de fécondité 
et d'originalité sont écoulés. Les auteurs de cette période, malgré 
les excellentes choses qu'ils renferment, se bornent à exploiter le 
passe et se contentent du rôle de compilateurs. 

VII. D’Antiochus, moine de Palestine qui vivait sous Héraclius, 
il reste cent trente petits sermons, la plupart moraux et ascétiques. 
Voir ces deux derniers auteurs dans Migne, sér. gr. t. LXXXIX. 

IX. Jean Philopone était grammairien à Alexandrie au sixième 
siècle. Son mérite consiste dans la dialectique, dans la connaissance 
de la philosophie d’Aristote et dans les commentaires du Philosophe. 
Comme théologien, il n’a pas une bonne réputation ; il enseigna le 
trithöisme et diverses erreurs sur la résurrection ; il fut aussi chef de 
secte et condamné au sixième concile œcuménique. Cependant il 
défendit la notion chrétienne de la création soit dans sa polémique 
Contre Proclus sur l'éternité du monde (Ed. Trincavelli, Venet,, 1535), 
Soit dans ses sept livres de la Ordatiun du monde. Il existe aussi de 
li une Discussion sur la Pâque. Ces deux derniers ouvrages ont été 
édités pour la première fois et traduits en latin par Corderius, S. J., 
Galland., Bidl., t. XII. 


CHAPITRE IV. 
AUTEURS LATINS. 


$ 77. Continuation de la querelle pélagienne, surtout 
dans le sud de la Gaule. 


I. Paul Orose était prêtre de Tarragone en Espagne. 
L'intérêt qu’il portait à la science théologique , les in- 
Cursions des barbares qui desolaient sa patrie et les maux 
que les priscillianistes causaient à l’Eglise , le décidèrent 
en 415 à se rendre en Afrique pour y consulter Augustin 
sur son Commonitorium de errore priscillianistarum et 
origenistarum. Muni d'une lettre de recommandation de 
saint Augustin, il alla trouver saint Jérôme, qui était 
alors à Bethléem, et combattit les pélagiens, favorable- 


an 


452 MANUEL DE PATROLOGIE. 


2. Collationes Patrum, in Scythica eremo (vingt-quatre 
chapitres), entretiens spirituels de Cassien et de Germain 
avec les moines d'Egypte sur la perfection de la vie 
chrétienne et ses conditions. Dans la treizième conférence, 
justement attaquée dans la suite, sur la grâce et le libre 
arbitre, Cassien, invoquant le témoignage de Zachée et 
du bon larron, a développé le système semipelagien 4. Il 
en fut repris par saint Prosper, qui l’accusait justement 
«d’avoir, par son érudition, mis une arme redoutable aux 
mains des adversaires de la grâce divine. » Le commen- 
cement de la grâce vient de nous, disait Cassien, son sup- 
plément vient de Dieu. Ce traité, qui renferme certaine- 
ment des expressions exagérées, ambiguës, est surtout 
destiné à servir de livre de méditations aux religieux et à 
les diriger dans la perfection chrétienne; comme tel, il a 
été fort utilisé par les disciples et les partisans de Cassien, 
notamment dans les fameux couvents de Lérins et Léro 
(aujourd'hui saint Honorat et Marguerite), et dans la 
suite par les mystiques. Denis le Chartreux, par respect 
pour Cassien, essaya même, quoique avec peu de succès, 
d'expliquer cette treizième conférence dans un sens ca- 
tholique. | 

3. De incarnatione Christi (sept livres), écrit en 431 sur 
le désir de Léon, archidiacre romain, puis pape. Cassien 
y montre les affinités de Nestorius avec Pélage, et 
prouve que le Verbe de Dieu n’a pas seulement habité 
dans la chair, mais qu’il s’est incarné ; que Marie n’est 
pas seulement la mère du Christ, mais la mère de Dieu. 


1 On lit dans cette conférence XIII, c. XII : « Cavendum est nobis 
ne ita ad Dominum omnia sanctorum merita referamus, ut nihil nisi 
quod malum ac perversum est human» adscribamus nature. » — 
GC. x1: «Sin vero gratia Dei semper inspirari bonæ voluntatis princi- 
pia dixerimus, quid de Zacchæi fide, quid de illius in cruce latronis 
pietate dicemus, qui desiderio suo vim quamdam regnis coelestibus 
inferentes, specialia vocationis monita pr®venerunt? » (Contre saint 
Augustin.) — « Consummationem vero virtutum et executionem man- 
datorum Dei, si nostro deputaverimus arbitrio, quomodo oramus : 
Confirma Deus, quod operatus es in nobis? » (Contre Pölage.) 


AUTEURS LATINS. MARIUS, CASSIEN. 451 


Ses autres ouvrages sont: Commonitorium adversus 
Æzæresim Pelagii et Cælestii, ou : In scripla Juliani. 
Garnier a prétendu que la majeure partie de cet écrit de- 
vrait être intitulé : Liber subnotationum in verba Juliani. 
Comme Julien en appelait à Théodore de Mopsueste, 
Marius écrivit la Réfutation du symbole de Théodore, ou 
Expostlio pravæ fidei Theodori, et Comparalio dogmatusm 
Pauli Samosaten: et Nestorii. 

Opera, ed. Brux., 1673 (mcompl.). Complet : Garnier, Par., 1673, 
in-fol.; mieux par Baluze, Paris., 1684; Gallandi, t. VIE ; Migne, ser. 
lat., t. XLVIL. 

Ill. Jean Cassien (mort vers 435), dont le pays et le 
jour natal nous sont inconnus, fut élevé dans un cou- 
vent de Bethléem, où il contracta avec Germain une 
amitié indissoluble. Passionnés tous deux pour la vie 
cénobitique, ils visitèrent ensemble l'Egypte, ce berceau 
des ordres religieux (vers 390-397). A Constantinople, 
Cassien fut promu au diaconat par saint Chrysostome, 
qui lui imprima aussi sa direction théologique. Quand 
ce maitre bien-aime, dont il avait porté la lettre à Inno- 
cent I”, fut parti pour l'exil, il alla fonder à Marseille, 
sur le modèle des couvents orientaux, deux établisse- 
ments religieux qui en suseiterent plusieurs autres dans 
la Gaule et l'Espagne. Les écrits conservés de lui 
sont : 

4. De institutis cœnobiorum (vers 417), composé à la 
demande de Castor, évêque de Apta Julia, dans le sud de 
la Gaule. Les quatre premiers livres décrivent les insti- 
tutions, le régime, les règles, etc., des couvents orien- 
taux, les huit derniers traitent des vices capitaux, 
communs aux religieux comme aux autres hommes 
(gastrimargia, fornicatio, philargyria, ira, tristilia, ace- 
dia, cenodoæiu, superbia). La propriété de ces termes 
latins ne permet pas de croire que l'original fût en grec. 
Saint Benoît, Cassiodore, Grégoire le Grand, etc., en re- 
commandaient la lecture. 


Far MANUEL HE PATROLOGIE. 


Genuenn cıvılale sum! suisse. — De gratia et libero arbi- 
trıo, ommire la tresièeme conférence de Cassien, qui 
parait ici sous le titre De protectione Dei. C’est sans doute 
le plus important écrit de Prosper; le style en est bon 
pour l'époque. Cassien v est traité avec beaucoup 
d'égards. Erpssitio psalmorum (c-c1). écrit vers 433 : ce 
n'est guere qu'un extrait de l'ouvrage analogue de saint 
Augustin. Senienliarum ,oocxcn} er operibus S. Augustini 
delibatarum : habilement choisies et bien ordonnées, 

ces sentences sont une excellente introduction à la doc- 
trine de saint Augustin Dans le même sens : Liber 
sacrerum epigrammalum cvi) ex senlentiis S. Augustin, 
en distiques, sauf quelques morceaux en prose. Les deux 
dernières piéces : Preces ad Deus, sont les plus animées. 
Le Chronicon. ouvrage historique, existe sous une double 
forme : Chrenicon consulare, et Chronicon ımperiale; dans 
la premiere, les événements sont rapportés d'après les 
consuls romains; dans la seconde, d'après les années 
des empereurs. On a beaucoup discuté sur leur identité. 
Quelques-uns ont attribué le Chronicon imperiale, le plus 
court et le moins parfait, à un certam Prosper Tiro; 
mais l'existence de ces deux Prosper n'est pas suffisam- 
ment démontrée. L'auteur reproduit, en les abrégeant, 
les deux ouvrages analogues d’Eusebe et de saint Jé- 
rôme et les continue jusqu'en 455. D'autres ouvrages de 
Prosper sont perdus. On lui attribue encore plusieurs 
travaux en prose et en vers, tels que De vocatione gen- 
tium , qui lui appartiennent difficilement. 

Cf. Fessler, t. IL, p. 786. Operum ed. princeps, Lugd., 1539, in-fol.; 
Colon., 1565, in-4*; Rom., 1611. La meilleure, Paris., 1674, sou. 
reimpr. (par Mangeant) ; Venet., 1744 et 1782, in-4°; Migne, sér. lat, 
t LI (accedunt Idatii et Marcellini comitis Chronica) ; Gennad., De 


script. eccl., c. LXXXIV, et Photius, Bibl, cod. 54; Tillemont, t. XVI: 
Ceillier, t. XIV, ed. 2, t X. 


V. Vincent de Lérins', né dans la Gaule, après avoir 


t Gennad., De script. eccl., c. LXIV; Klüpfel, ed. Cummonit., Proleg. 








AUTEURS LATINS. VINCENT DE LÉRINS. 455 


vécu dans le monde se sentit, ainsi que plusieurs de ses 
contemporains, entraîné vers la vie ascétique et claus- 
trale. Prêtre et religieux du célèbre couvent situé dans 
l'île de Lérins (S.-Honorat), il occupe un des premiers 
rangs parmi ces hommes laborieux et instruits qui cul- 
tiverent la science dans cette époque critique de l’émi- 
gration des peuples, et qui fournirent à l’Eglise tant de 
dignes et habiles évêques. 

‘Tl composa, sous forme dogmatique et polémique, le 
Commonitorium pro catholicæ fidei antiquitate et univer- 
sitate adversus profanas omnium hæreticorum novilales 
(quarante chapitres), suivi d’une Récapitulation (c. xLI- 
xLm), destinée à soulager sa mémoire, et dans laquelle 
il recueillit ce qu'il avait recu des saints Pères comme 
digne de créance. De là son titre de Mémoire. Il s’y propo- 
sait d'enseigner aux autres une méthode sûre et régu- 
lière « pour distinguer la vérité catholique des impostures 
de l’hérésie. » Cette méthode consiste à asseoir l'édifice 
de la foi sur le double fondement de l'autorité de l’Ecri- 
ture et de la tradition de l'Egliset. 

Quoique l’Ecriture soit parfaite (en soi), il est néces- 
saire de recourir à la tradition, parce que l’Ecriture, à 
raison de sa sublimité et de sa profondeur, est si diver- 
sement interprétée par les hérétiques, qu’on peut, ce 
semble, en tirer presque autant d'opinions qu’ily a de 
têtes. Cette première source de la foi est si incertaine, 
qu'il faut s’attacher avec soin à la tradition de l'Eglise : 
Ut id teneamus quod ubique, quod semper, quod ab omnibus 
creditum est; hoc enim vere proprieque catholicum; nous 
le ferons, si seguamur universilatem, antiquitatem, con- 
sensionem. Les vrais témoins de la tradition, ce sont les 
Pères qui sont toujours restés dans la communion catho- 
lique. C’est d’après cette tradition qu’il faut expliquer 
l'Ecriture : /deirco mullum necesse est, propter tantos, tam 
varii erroris anfraclus, ut prophelicæ et upostolicæ inter- 

1 Præf. etc. 1. 


156 MANUEL DE PATROLOGIE. 


pretalionis linea, secundum ecclesiastict et calholici sen- 
sus normam dirigatur; d'autant plus que Christi vera 
Ecclesia, sedula et cauta depositorum apud se dogmatum 
custos, nihil in his unquam permutat, nihil minuit, nihil 
addit... sed omni industria id unum studet, ut vetera fide- 
liter sapienterque tractando, si qua sunt illa antiquitus 
informala et inchoata, occuret et poliat; si qua jam ex- 
pressa et enucleata, consolidet, firmet ; si qua jam confir- 
mala et definita, custodiat. Et c’est précisément ce qui a 
été fait par les décrets des conciles. 

Après avoir établi les rapports des deux sources de la 
foi, l’Ecriture et la tradition, Vincent montre que le 
progrès est possible même dans la sphère des vérités 
révélés. Voici le passage classique où il parle du pro- 
grès de la science chrétienne : Nullusne ergo in Ecclesia 
Christi profectus? Habeatur plane et maximus... sed ila 
tamen ut vere profectus sit ille fidei, non permutatio. Si- 
quidem ad profectum pertinel ut in semelipsam unaquæ- 
que res amplificetur; ad permutationem vero, ut aliquid 
ex alio in aliud transvertatur... Imitetur animarum ratio 
rationem corporum, quæ licet annorum processu numeros 
suos evolvant el explicent, eadem tamen, quæ erant, per- 
manent... Quoi parvulorum artus, tot virorum, et si qua 
tlla sunt quæ ævi maturioris ælate pariunlur, jam in 
seminis ralione proserta sunl; ut nihil postea proferaiur 
in senibus, quod non in pueris jam ante latitaverit. Fas 
enim est ul prisca illa cœlestis philosophie dogmata pro- 
cessu temporis excurentur, limentur, poliantur, sed nefas 
est ul commulenlur... Accipiant licet evidentiam, lucem, 
distinctionem; sed relineant necesse est plenitudinem, in- 
legritalem, proprietalem (c. xXVIll, XXIX, XXI). 

Malgré cette exposition lumineuse du principe de la 
connaissance sur le terrain théologique, principe qui 
devait servir à démêler les hérésies, Vincent n’en fut pas 
moins accusé de semipélagianisme, probablement pare 
qu'il habitait sur le territoire des semipélagiens et qu'il 


AUTEURS LATINS. EUCHER. 457 


était en relations avec eux. Toutefois, les preuves tirées 
des chapitres xxxvıı et xLıı de son Commonitorium, où 
l'on a vu une interprétation pélagienne de la lettre du 
pape Célestin, ne semblent point concluantes et peuvent 
s'entendre dans un sens orthodoxe, comme l'ont montré 
les auteurs de l’Histoire littéraire de la France‘ et les 
bollandistes?. 


Editions du Commonitor., Basil., 1528; Costerus, S. J., Lovan., 1552 : 
E. Baluze, Paris, 1663, 1669 ; corrigée, Cantabr., 1687; Galland. Biödl., 
t. X ; Klüpfel, Vienne, 1809 (avec un commentaire et indication des 
textes semblables dans saint Ir&n&e, Tertull., Cypr., August., etc.); 
avec le trait& des Prescriptions de Tertull., Ingolst., 1835; Pusey, 
Oxon., 1838 ; Herzog, Vratisl., 1839 ; Aug. Vind., 1843. Cf. Héfelé, 
Revue trimestr. de Tubing., 1864, et Append. à hist. de V’Egl., t. 1; 


Tilemont, t. XIV; Ceillier, t. XII, 22 ed., t. VI. 

VI. Eucher, l’une des plus grandes célébrités épisco- 
pales de l’Eglise de Lyon après saint [rénée, était issu 
d’une famille sénatoriale et occupa dans la suite, à rai- 
son de ses connaissances et de ses richesses, une place 
éminente dans la société civile. De son heureux mariage 
avec la noble et pieuse Galle, il eut deux fils et deux 
filles. Ses deux fils furent élevés dans le monastère de 
Lérins, où il les suivit bientôt et embrassa la vie reli- 
gieuse du consentement de sa femme; plus tard, il 
donna la préférence au couvent de Léro (Sainte-Margue- 
rite), encore plus solitaire que le premier. La réputation 
de ses vertus le fit nommer évêque de Lyon (vers 434), 
et il passa comme tel pour un des plus savants hommes 
de son temps. Il assista au concile d'Orange (4M), qui 
devait rétablir les conciles provinciaux, et mourut après 
M9. De ses deux fils, Veron et Salone, qui avaient aussi 
embrassé la vie religieuse, le premier lui succéda sur 
lesiege de Lyon, et Salone fut nommé plus tard évêque 
de Genève. 

Entre ses écrits, qui appartiennent par le style aux 
meilleures productions chrétiennes de ce temps, nous 


IT. 1], p. 309. — ? Act. sanct., mens. maio, p. 284. 


+ MAL. <S  ARREAUAZ. 


: SEE - ERBE: GEL °C 12 canseté ds Murs 
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CS 


AUTEURS LATINS. S. HILAIRE D’ARLES, SALVIEN. 459 


qu'une Vie de saint Honorai, évêque d'Arles, et une 
Lettre à saint Eucher. Sont douteux : Sermo ou Narratio 
de miraculo S. Genesii, et quelques poésies t. » 

VIII. Salvien de Marseille, ne, dit-on, d’une famille 
paienne, dans les environs de Cologne ou de Treves, 
épousa la fille d’Hypatius, nourrie également dans le 
paganisme. Mais les deux époux, au grand regret de 
leurs parents, ne tardèrent pas à se convertir. Salvien, 
après la mort de sa femme, ou avec son consentement, 
embrassa la vie religieuse, probablement à Lérins, et fut 
un des amis d’Honorat et d’Eucher. On le cite aussi 
comme ayant été le précepteur des fils de saint Eucher. 
Comme prêtre de Marseille, il exerca une grande in- 
fluence par sa parole et par ses œuvres. Suivant Gen- 
nade?, il mourut en 495, dans une haute vieillesse. Le 
plus important de ses ouvrages, tres-interessants pour 
l'histoire contemporaine, est son traité du Gouvernement , 
de Dieu ou de la Providence (huit livres), adressé entre 
451 et 455 à l’évêque Salonius. A l’exemple des paiens 
qui accusaient les chrétiens de tous les malheurs publics, 
certains chrétiens , à la vue des maux que produisait 
lémigration des peuples, se prenaient à douter de la 
Providence : Incuriosus a quibusdam et quasi negligens 
humanorum actuum Deus dicilur, ulpote nec bonos custo-. 
diens, nec coercens malos; et ideo in hoc sæculo bonos 
plerumque miseros, malos beatos esse®. Salvien répond 
qu’il faut d’autant moins douter de la Providence qu’elle 
se révèle davantage par des châtiments sévères et mé- 
rités. L’horrible dépravation non-seulement des paiens, 
mais encore des chrétiens, surtout dans les grandes 
villes du Rhin, de la Gaule, de l'Italie et de l'Afrique, 
telle est la cause de ces punitions exemplaires. En dé- 
peignant sous de si sombres couleurs et avec une émotion 
si sensible‘ l’inmmoralit& des paiens et des chrétiens de 


‘Dans Max. Bibl. Patr., Lugd., t. VIII; Migne, sér., lat., t. L. — 
! De script, eccl., c. Lxvu. — 8 Lib. 1, initio. — ® Lib. VI et VII, 


mi PV EL ‘tm 
wei , 252 Mr CS Lois ss ut IIl 
sit D JU A à le Wire Z'ONVA en 
ls I ae UVARAP Li + = ,TNNIPOLE _ (WÉR EME 
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cit snaratetrois <euement ont ete composées par 








AUTEURS LATINS. S. LÉON.. 463 


lui) roulent sur le dogme, l’histoire, la discipline et la 
chronologie. Parmi les lettres dogmatiques (epist. xxvm, 
LIX, CXXIV, CXXXIX, CLXV), la vingt-huitième, adressée à 
Flavien contre l’hérésie d’Eutychös, jouit d’une grande 
célébrité. C’est un des plus beaux modèles d'exposition 
dogmatique que possède la littérature chrétienne ; on 
en jugera par le passage suivant : « Tous les fidèles 
confessent qu'ils croient en Dieu, le Père tout-puissant, 
et en Jésus-Christ, son Fils unique, Notre-Seigneur, qui 
est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie : trois ar- 
ticles qui suffisent pour ruiner presque toutes les ma- 
chines des hérétiques. Le Fils unique éternel du Père 
éternel est donc né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. 
Cette génération temporelle n’a rien ôté ni rien ajouté à 
la génération éternelle, mais elle a été employée tout en- 
tiere à la réparation de l’homme pour vaincre la mort et 
le démon. Sans préjudice des deux natures et essences, 
qui s'unissent en une personne, la majesté a adopté la 
bassesse , la force la faiblesse, l'éternité la mortalité , 
et pour effacer notre dette, la nature inviolable s’est 
unie à la nature passible, afin que, comme l'exigeait 
notre salut, le seul et unique médiateur de Dieu et des 
hommes, l’homme Jésus-Christ, pût mourir d’une part, 
et ne pas mourir de l’autre. Le vrai Dieu est donc né 
selon l’entière et parfaite nature de l’homme véritable, 
complet dans ses attributs, complet dans les nôtres; car 
chacune des deux natures conserve son caractère sans di- 
minution, chacune des deux natures opère en union avec 
l’autre d’une façon particulière ; le Verbe opère ce qui est 
du Verbe, et la chair ce qui est de la chair. L’une brille 
dans les miracles, l’autre est soumise aux injures. Le 
seul et le même, — il faut le dire, — est vraiment Fils de 
Dieu et vraiment Fils de l’homme. Et c’est à cause de 
cette unité personnelle des deux natures qu'il est dit 
du Fils de l’homme qu’il est descendu du ciel, en tant 
que le Fils de Dieu a pris une chair de la Vierge de 





A64 MANUEL DE PATROLOGIE. 


laquelle il est ne; c’est pour cela qu'il est dit encore : Le 
Fils de Dieu a été crucifié et enseveli, bien qu'il n’ait pas. 
souffert cela dans la divinité même (selon laquelle le Fils 
unique est éternel comme son Père et de même nature 
que lui); mais dans la faiblesse de ’humaine nature, il 
faut reconnaitre en lui, d’une maniere durable, la pro- 
priete individuelle de la nature divine et de la nature 
humaine, et nous devons savoir que le Verbe n’est pas 
ce qu’est la chair; nous devons confesser le seul Fils de 
Dieu en tant que Verbe et en tant que chair. Eutychès 
s'éloigne par trop de ce mystère de foi, lui qui, dans 
le Fils unique de Dieu, n’a pas reconnu notre nature ni 
par la bassesse de la mort ni par la gloire de la résur- 
rection. Il n’a pas été effrayé par cette parole de saint 
Jean : Tout esprit qui divise Jésus-Christ n’est pas de 
Dieu; car qu'est-ce que diviser Jésus-Christ, sinon en 
séparer la nature humaine et anéantir par d’impu- 
dentes fictions le mystère de notre rédemption ? L’erreur 
touchant la nature du corps de Jésus-Christ anéantit 
nécessairement sa passion et l’efface de son sang; car 
nier la vérité de la chair, c’est nier aussi la vérité de la 
passion. Quand Eutychès vous a répondu : Je confesse 
que notre Seigneur a été de deux natures avant l’union, 
mais après l’union je ne reconnais qu’une nature, je 
m'étonne qu'aucun juge n’ait relevé, par de sévères pa- 
roles, cette confession fausse et absurde, et qu’on ait 
laissé passer ce discours insensé et blasphématoire, 
comme si on n’avait rien entendu de scandaleux; car il 
est aussi impie de dire que le Fils de Dieu a été de deux 
natures avant l’incarnation, qu’il est criminel de n'en 
reconnaître qu'une en lui après qu'il s'est fait chair. » 
Cette exposition lumineuse fut saluée par les acclama- 
tions unanimes des évêques du quatrième concile œcu- 
menique de Chalcédoine (451). « C’est la foi des Pères, 
la foi des apôtres. Nous le croyons tous. Anathème à qui 
ne croit pas! Pierre a parlé ainsi par Leon. Léon a 


AUTEURS LATINS. 8. LÉON. 465 
enseigné dans la piété et la vérité; c'est aussi ce que 
Cyrille a enseigné. » 

Les lettres historiques ont trait surtout aux incidents 
du brigandage d’Ephöse, et au quatrième concile œcu- 
ménique tenu à Ephèse pour effacer cette infamie. Les 
plus nombreuses concernent les droits de l'Eglise et la 
discipline. Les lettres chronologiques ont pour prin- 
cipal objet la supputation de la fête de Pâques. Saint 
Léon sacrifia volontiers le comput romain au comput 
d’Alexandrie, pour l’année 453, afin de conserver, même 
sous ce rapport, l'unité religieuse. Il exhorte le clergé 
d'Occident, indifférent à ces sortes d’études, de s'y appli- 
quer à l'avenir. 

| Sermons. 


Il y en a quatre-vingt-seize sur les fêtes du Seigneur, 
des apôtres et des martyrs, sur le jeûne, sur les collectes 
publiques d’aumönes, cinq sur le jour de son ordina- 
tion, etc. Plusieurs se distinguent par la solidité des 
pensées. Le talent oratoire de saint Léon se révèle dans 
l'originalité des antithèses et l'excellence des jeux de 
mots. Aux explications dogmatiques et aux réflexions 
morales, il joint la vive et saisissante peinture des vices 
de son temps, où il voit la principale cause des maux 
et des calamités présentes. Ses sermons font partie des 
meilleures productions de l’éloquence chrétienne dans la 
période patristique. 

Le Sacramentaire de saint Léon (Liber sacramentorum 
Ecclesiæ rom. vetustissimus). ne fut réuni en un seul 
corps d'ouvrage que sous Félix III, prédécesseur du 
pape Gélase: mais il est en grande partie de saint Léon, 
dont il porte le nom et dont il rappelle le style. Quant 
aux ouvrages suivants que l’oratorien Quesnel lui attri- 
bue dans son édition, ils sont difficilement de lui : De la 
Vocation des Gentils, où l’on démontre, contre les péla- 
giens et les semipélagiens, que Dieu a la volonté de 

30 


466 MANUEL DE PATROLOGIE. 


sauver tous les hommes et n’exclut personne de sa 
grâce : on y explique aussi certains passages de saint 
Augustin qu’on trouvait trop rigides ; Lettre à la vierge 
Démétriade, ou de l'humilité; Capitula, seu præteritorum 
sedis apostolicæ episcoporum auclorilas, pour démontrer 
que les papes précédents ont enseigné sur le péché ori- 
 ginel et sur la grâce les mêmes doctrines que saint 
Augustin. 


Doctrine de saint Léon le Grand. 


Cette doctrine, passablement étendue, est résumée ainsi 
dans l'édition de Quesnel : Sancto Leoni magno, Ecclesiæ 
romanæ episcopo... deli ac fidenti Ecclesiæ propugnatori : 
qui mysterium SS. Trinitatis contra priscillianistas, Jesu 
Christi incarnationis necessitatem contra Judæos, eamdem 
cum Patre substantiam contra arianos, humanæ nalurz 
proprielalem contra Eutychen, personæ singularitatem 
contra Nestorium, Ecclesiæ jura ac poteslatem contra nova- 
tianos, corporis myslici unilatem contra donatistas, gratiz 
sanguine mediatoris parte omnimodam necessilatem, gra- 
tuitam largitionem, insuperabilem virlutem contra pela- 
gianos pelagianorumque reliquias; mysteriorum omnium 
veritatem, dignitalem, sanclilatem contra manichæos, 
sincerum religionis cullum contra impios et pseudo- 
christianos cœlesti doctrina, pietate singulari, invicto 
animo... explicuil, asseruit, propugnavil. 

Un des caractères saillants de la doctrine de saint Léon, 
ce sont les vues qu'il a exprimées à plusieurs reprises 
sur l’autorite de l’Eglise romaine et du Père commun 
des fidèles. L'Eglise romaine, étant la chaire ou le siége 
de Pierre, a conservé de Pierre la solidité de la foi : 
Soliditas enim fidei, quæ in apostolorum principe est 
laudata, perpelua est; et sicut permanet quod in Christo 
Petrus credidit, sta permanet quod in Petro Christus 
instituit, — In sede sua vivit potestas, et excellit aucto- 





AUTEURS LATINS. S. LÉON. 467 


ritas; de là vient qu’apres tant de siècles elle est inacces- 
sible à l’hérésie‘, Rome, le siege de Pierre, est devenue 
sous ce titre le chef de l’ordre pastoral dans tout l’uni- 
vers; elle s’assujettit par la religion ce qu'elle n’a pu 
subjuguer par les armes?; par le prince des apôtres, elle 
règne sur toutes les Eglises de l’univers, per beatissimum 
apostolorum principem sacrosancla Ecclesia romana tenet 
supra omnes lotius mundi Ecclesias principatum®. 

Sur la primauté de saint Pierre et sa transmission aux 
successeurs de Pierre, il dit : Jesus-Christ a admis saint 
Pierre, à cause de sa foi, dans la communion de son 
indivisible unité, et a voulu qu’il se nommät comme lui 
(pierre, roc), afin que la construction du temple éternel, 
par un don merveilleux de la grâce, reposät sur la soli- 
dité de Pierre, et que ni la folie humaine ni les portes 
de l’enfer ne pussent rien contre elle* : Nec præter illam 
pelram quam Dominus in fundamento posuit stabilis erit 
ulla constructio®. Il marque ainsi le rapport de Pierre 
avec les autres apôtres : « Il a été tellement inondé de 
la source des grâces, que, tout en ayant seul reçu 
beaucoup, rien cependant n’est passé à un autre (apôtre) 
sans que lui-même y eût part. » 1l est au-dessus de tous 
les chefs ; il est la tête. « Dans l’univers entier, Pierre 
seul a été élu ; il a précédé l’appel de toutes les nations, 
de même que tous les apôtres et tous les Pères de 
l'Eglise, et, quoiqu'il y: ait dans le peuple de Dieu 
beaucoup de prêtres et de pasteurs, Pierre les gouverne 
tous dans un sens tout particulier, eux qui sont princi- 
palement gouvernés par le Christ®; » et de même que 
Pierre est le chef des autres apôtres, tous dépendent de 
lui pour leurs fonctions, tous sont sauvés en lui. Aussi 
le Seigneur a-t-il spécialement prié pour la foi de 
Pierre’, comme si la condition des autres devait être 


1 Serm. LIL, c. 11 et 1. — 2 Serm. XCVI, c. 11. — 8 Ep. XII ad Episc. 
afric. — b Ep. LXV, c. 1. — 6 Ep. X, c. 1; cf. Serm. IL, c. ıu. — 
* Serm. IV, c. 11. — 7 Luc, xxn, 84. 


468 MANUEL DE PATROLOGIE. 


d’autant plus certaine que l'âme du chef resterait in- 
vincible, tanguam aliorum stalus certior sit futurus, 
si mens principis vicla non fuerit‘. « Si le Christ demeure 
la pierre angulaire de l'Eglise, Pierre n’en est pas moins 
le roc, en vertu de la participation à laquelle le Christ 
l’a appelé. C’est en lui et par lui que le Christ opère dans 
son Eglise.» 

La transmission de la primauté de Pierre à ses succes- 
seurs est exprimée ainsi : Soliditas illa quam de Petra 
Christo etiam ipse Petra faclus accepit, in suos quoque se 
transfudit hæredes, et ubicumque aliquid ostenditur firmi- 
tatis, non dubie apparet forlitudo pastoris*. Car, de 
même que le Christ est dans Pierre, Pierre est dans ses 
successeurs ; c'est en eux qu'il continue de parler et 
d’exhorter; c'est pour eux qu'il prie, c'est en eux qu'il 
accomplit incessamment cet ordre du Seigneur : Pais 
mes brebis. Dans le sentiment de cette charge sublime 
dont il a hérité, Léon, sentant son indignité personnelle, 
n’a de confiance qu’en la grâce du Christ qui l’a appelé 
à cette vocation : « Si je dois trembler quand je considère 
mon mérite, j'ai lieu de me réjouir quand j'envisage 
la grâce; car celui qui m'a accordé cet honneur, m’assis- 
tera aussi dans mes fonctions, afin que, faible, je ne 
succombe pas sous le poids de l'honneur... Le Seigneur, 
en confiant le soin de ses brebis à des pasteurs, n’a point 
renoncé à la garde du troupeau bien-aimé. » Ce qui le 
console encore dans sa sollicitude pour toutes les Eglises, 
c’est la conviction qu'il sera aidé par le concours de ses 
coopérateurs : Necessitatem sollicitudinis quam habemus 
cum his qui nobis collegti caritate juncti sunt, sociamus!; 
aussi recommande-t-il instamment de choisir des 
pasteurs intègres, dignes et fidèles : Integritas enim 
præsidentium salus est subditorum, et ubi est incolumitas 
obedientix, ibi sana est forma doctrinæ*. 


1 Serm. V, c. 1. — ? Serm. III, c. ım.— 3 Ep. V, c. 1. — * Ep. XU, 
C. I. 





AUTEURS LATINS. S. LÉON. A69 


Parmi ses nombreuses ordonnances générales, nous 
citerons seulement celle qui a tant contribué dans la 
suite à l'abolition de la confession publique : Quamvis 
plenitudo fidei videatur esse laudabilis, quæ propter Dei 
timorem apud homines erubescere non veretur, tamen quia 
non omnium hujusmodi sunt peccata, ul ea, qui panilen- 
tiam poscunt, non limeant publicare, removeatur tam im- 
probabilis consuetudo, ne multi a pænitentiæ remediis ar- 
ceantur, dum aut erubescunt aut meluunt inimicis suis 
facta reserari, quibus possint legum constilutione percelli. 
Sufficit enim illa confessio quæ primum Deo offertur, 
tum etiam sacerdoti, qui pro delictis poenitentium pre- - 
cator accedit!. 

Toutes ces qualités font de saint Léon non-seulement 
un des papes les plus remarquables : ceux-là mêmes 
qui ne le reconnaissent point pour chef de leur Eglise et 
pour le maitre de leur foi, lui ont donné le surnom de 
Grand; mais encore le premier pape qui ait laissé des 
écrits à la fois si étendus et si importants. 

Operum $S. Leon., ed. princeps, Andreas Alerienis episc., Rom., 
1470, in-fol.; ed. Canisius, Colon., 1546, 2 tom. in-8° ; ed. Surius, 
Colon., 1561 , in-fol., bien dépassée par l’oratorien Quesnel, qui a 
donné trente lettres nouvelles, un nouveau sermon, avec le texte, 
souvent corrigé, de tous les ouvrages, et un excellent appareil litté- 
raire, Paris, 1675, 2 tom. in-4°; Lugd., 1700, 2 tom. in-fol., souvent 
réimpr. Son jansénisme l’entraîne dans plusieurs dissertations, dont 
le but est d’attribuer à saint Léon ses idées sur la grâce ; c’est pour- 
quoi Th. Cacciari lui opposa son édition de saint Léon, Rom., 1751, 
in-fol., avec dissertat. Les frères Ballerini, prêtres de Vérone, tout en 
estimant son travail, lui reprochent opera non tam emendare ac illus- 
trare, quam aliquot pravis notatiunculis, observationibus et disser- 
tutionibus non paucis in locis redarguere, pervertere et deturpare 
studuit. L'édition des Ballerini est la meilleure, Venet., 1753, t. III, 
in-fol.; elle réfute les erreurs de Quesnel et contient de précieux 
renseignements pour l’histoire de l’ancien canon. L'appareil littéraire 
des deux éditions se trouve dans Migne, ser. lat., t. LIV-LVI; cf. 
Tillemont, t. XV; Dupin, t. IV, part. 1; Ceillier, t. XIV; éd. 28, . 
t. X; Arendt, Léon le Grand et son siècle, Mayence, 1835. 


‘ Ep. CLXVII, c. u. 


470 MANUEL DE PATROLOGIE. 


$ 79. Vigile, évêque de Tapse; Victor, évêque de Vite, 
Gennade, prétre de Marseille; Fulgemos, évêque ag, 


Ruspe. 


I. Vigile, évêque de Tapse, en Afrique, exilé par 
Hunéric, roi des Vandales (484), se rendit a Constant. 
nople et à Naples, où il rédigea, sous le nom d’Athanas, 
les écrits suivants : Trois Dialogues d’altercation contre 
Arius, Sabellius et Photin !; Trois livres contre Nestorius 
et Eutychès ; Onze livres (douze, y compris le dernier, de 
saint Athanase) sur la Trinité?. 

II. Victor, ‘évêque de Vite, en Afrique, fut également 
exilé par Huméric. Il écrivit vers 487 une Histoire de la 
persécution vandalienne (cinq livres), qui est une des 
sources principales de l’histoire des Vandales 5, 

III. Gennade, prêtre de Marseille, vivait à la fin du 
cinquième siècle. Il continua le De viris illustribus (ou 
Catalogue) de saint Jérôme, sous le même titre et darns 
le même genre. Son travail, qui embrasse les années 
490 à 495, comprend cent auteurs et autant de chapitres. 
De ses autres ouvrages, mentionnés au chapitre c, nous 
ne possédons que la lettre De fide sua, seu de dogmatibus 
ecclesiasticis (quatre-vingt-huit chapitres), envoyés au 
pape Gelase. Il s’y montre par trop favorable aux semi- 
pélagiens, tout en protestant du contraire *. 

IV. Fulgence, né en 467, d’une famille noble de 
Télepte, dans la province africaine de Byzacène, fut 
élevé par sa mère Marianne et initié aux lettres grecques 
et latines. 

Quoiqu'il eût acquis, sous la domination des Vandales, 


- # Je 


1 Athan. oper., ed. bened., t. III. —? Edition à part, la meilleure, 
avec Victor de Vite, par Chifllet, Dijon, 1664, in-4°; cf. Tillemont, 
t. XVI; Ceillier, t. XV, 2 ed., t. X. 

La meilleure édition est de Ruinart, d’après Chifflet; Par., 1694; 
Veron., 1733, in-4°; Migne, sér. lat., t. LVIIL. — + Editée à part par 
Elmenhorst, Hamb., 1614, in-4°; cf. Dupin, t. IV; Ceillier, t. XV, 
a od.,t. X, 





AUTEURS LATINS. VIGILE, VICTOR, ETC. 471 


un rang considérable comme homme d’Etat, il prefera 
se consacrer à la vie ascétique au sein d’un monastère, . 
où, malgré sa résistance, il fut élu évêque de Ruspe 
(508). Il put encore se faire sacrer par un évêque qui 
partait pour l'exil, bien que le roi Thrasamond eût dé- 
fendu d’instituer de nouveaux évêques. Il ne tarda pas 
à être exilé en Sardaigne, avec soixante autres évêques. 
Après la mort de Thrasamond, il remonta sur son siége 
sous le roi Hildéric, et y mourut en 533. Il est le plus 
remarquable écrivain dogmatique du sixième siècle. 
« Toute l’Afrique crut voir en lui un autre Augustin, » 
dit Bossuet!. Il a composé plusieurs écrits en faveur de 
la doctrine augustinienne. Nous avons de lui treize 
Lettres dogmatiques et morales, et dix Sermons. Les plus 
importants de ses écrits sont : 1. De fide ad Petrum, seu 
de regula veræ fidei, résumé excellent et méthodique des 
principaux enseignements de la foi : Trinité, incarna- 
tion, création, homme, état primitif, péché originel, 
jugement et résurrection. Il indique ensuite les moyens 
d'éviter les châtiments de Dieu : foi, baptème, grâce; il 
traite de l'Eglise et des réprouvés, c’est-à-dire de ceux 
qui vivent hors de l'Eglise, ou qui vivent mal dans le 
sein de l'Eglise. 2. Liber de Trinitate ad Felicem nota- 
rium; 3. Liber contra Arianos; k. Liber ad Victorem 
contra sermonem Fastidiosi ariani; 5. Libri III ad Thrasa- 
mundum, regem Vandalorum. Thrasamond avait rappelé 
Fulgence de l’exil pour qu'il enträt en discussion avec les 
ariens, espérant qu’il succomberait. Il fut vainqueur et 
dut repartir pour l'exil. En partant, il laissa ses trois 
livres au roi des Vandales. On y voit les objections que 
les ariens faisaient alors contre la Trinité, et les euty- 
chiens contre l’incarnation. 6. De incarnalione Christi et 
vilium unimalium auctore ad Scarilam, réponse à di- 
verses questions. Il écrivit dans la même circonstance : 
De remissione peccatorum ad Euthymium (deux livres) : 
1 Cit. du trad, | 


172 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Dieu ne remet-il les péchés qu’en ce monde? s’il les 

remet aussi dans l’autre, est-ce avant le jugement uni- 

versel ? Les traités suivants peuvent servir à la défense. 
de saint Augustin : Libri III ad Monimum de duplici 

prædestinatione Dei, una bonorum ad-gloriam, altera ma- 

lorum ad pœnam ; — Libri III de veritale prædestinationis 

et gratiæ Dei ad Joannem et Venerium, rédigé après son 

retour de Sardaigne, contre les semipélagiens. 


Opera, ed. in Hagena 1520, in-f.; Venet., 1696; ed. Sirmond, Par., 
1613; ed. Raynaud, Lugd., 1633 ; ed. Chifflet, Divion., 1649 ; la meil- 
leure (ed. Mangeant), Paris, 1684, in-4°; Venet., 1742 f.; Migne, ser. 
lat., t. LXV. Cf. Ceillier, t. XVI, ed. 2®, t. XI; Fessler, t. II, p. 830. 


5 80. Saint Pierre Chrysologue et saint Maxime, 
orateurs chrétiens. 


Vita S. P. Chrysolog., de Mita, ed. Oper., appareil littér., Migne, t. LU. 


Pierre, surnommé Chrysologue ou le Chrysostome des 
Latins, à cause de son éloquence, naquit à Imola, 
vers 405, et fut élevé avec tant d'amour par l'évêque 
Corneille (d’Imola) que, dans la suite, il l’appelait encore 
son père !. A la science, il joignit le goût de l’ascetisme, 
qu'il avait puisé dans l’enceinte d’un couvent. En 433, il 
fut nommé évêque de Ravenne, siége de l'empire d’Occi- 
dent, et sacré par Sixte III. Dans un temps où l'Etat 
était sérieusement menacé par l'émigration des peuples, 
où l'Eglise était déchirée par les sectes et les hérésies, il 
réalisa par l’austérité de sa vie, son amour de la prière 
et ’accomplissement exact de ses devoirs, l'idéal du vrai 
pasteur : de là l'immense réputation dont il jouit. Il fut 
étroitement lié avec le pape Léon et les hommes les plus 
considérables de son temps. En Orient, Eutychès invo- 
qua sa médiation lorsque le pape Léon dut prononcer sur 
sa doctrine. Chrysologue, ne voulant point entrer dans 
le débat, se contenta d’exhorter Eutychès « à se sou- 


1 Serm. CLXY. 








AUTEURS LATINS. S. CHRYSOLOGUE, S. MAXIME. 473 


mettre à ce qui avait été écrit par le pape, attendu que 
saint Pierre, qui vit et préside dans son siége, donne la 
vérité de la foi à ceux qui la cherchent. » Chrysologue 
fut-il élevé à la dignité de métropolitain, et par consé- 
quent le premier archevêque de Ravenne, comme Tille- 
mont et Ceillier essaient de le prouver? Nous l’igno- 
rons*. Il mourut à Imola entre 450 et 451. 

Outre sa lettre à Eutychès, on a conservé de lui cent 
soixante-seize Sermons ; dans ce nombre, si nous en 
croyons Mita, environ cent soixante seulement lui appar- 
tiendraient. Ils ont été recueillis au huitième siècle par 
Félix, évêque de Ravenne, qui y joignit un prologue. 
C'est par ces discours que nous pouvons le mieux appre- 
cier son zèle pastoral soit pour soulager les besoins de 
son troupeau, soit pour défendre la vraie doctrine contre 
les ariens, les nestoriens, les monophysites, les donatistes 
et les partisans de Photin, soit enfin pour abolir certains 
désordres conservés du paganisme : Quæ vanitas, qualis 
dementia, quanta cæcilas, fateri deos, et eos ludibriis in- 
felicibus infamare. Qui jocari voluerit cum diabolo non 
poterit gaudere cum Christo. Nemo cum serpente securus 
ludit, nemo cum diabolo jocatur impune ?. 

Ces discours, qui se rattachent en partie au texte évan- 
gélique, sont, malgré leur brièveté, riches et substan- 
tiels. Quoique simples et sans ornements, ils sont embellis 
par des images empruntées à la nature et à la vie hu- 
maine, et, comme dans saint Clément de Rome, éclairés 
par des exemples tirés de l’histoire sainte. Dans les dis- 
cours sur les fêtes du Seigneur, dans les panégyriques 
de la sainte Vierge et des saints, la diction souvent 
s'anime et se colore. Le dogme, en servant de base aux 
sermons de morale, rend les exhortations à la vertu plus 
attrayantes et inspire une plus vive horreur du vice. 
Saint Chrysologue a vérifié lui-même cette parole sortie 


1Cf. J. Amades., Dissert. de metrop. eccl. Ravenn.; Migne, ser. lat., 
t. LIL, p. 94. — 2 Serm. CL, 





ri | MANUEL BE PATRALOGIE. 
de za plane : « Il fant parier zu peuple dans le langage 


Fephcaïvos cu Sumbvole des apstres‘. Sans atteindre, 
falgre som tire de Chrumsisme des Latins, à la hauteur 
de a Pere zrer. L werte d'être aujourd'hui mieux connu 
et ger: ss ermes peuvent rendre de grands ser- 
VIres aux jeechtaßeurs. 

Serımnen:n. nût 30052: à P. Arazit. Vicentinus, Bonon., 1534, 
m” Aünımes JesoT eu ‘fé: corarés et expliqués par Dominicus 
is. Brose... 1588, m: Vent. 17:2, m-{; la meilleure, de Séb. 
Pan. Vente. 1738, ami. sur Vi, 1758, in-L; réimprimés dans 
Zum. ser 2. LC: Times. L IV; Ceillier, t. XIV, ed. %, 
rt L 


Se comtemporam Maxime. eveque de Turin, est ega—_ 
lement esüme comme orateur chrétien : Vir divini= 
Srıplerıs satıs mientus,. ei ad docendum ex lempor 
pre s=’hciens *_ ı m pretend qui se forma surtout pee y 
letmk des œuvres de saint Ambroise. Ce qui est certaï ur 
ces qm. au cumiie de Wien :151). où les évêques du 
mund & [hai aceerent la lettre dogmatique du pape 
Leon a Flaven. ani qu'au concile de Rome (465), il 
pea un röle important: dans ce dernier concile, sa 
sirnatere fierure immediatement après celle du pape 
Bilaire. D mourut dans un àge avance. 

L'ediien romaine de »s œuvres, édition splendide et 
très-soignee. partace ainsi les deux cent trente-neuf 
dvours qui restent de lui : cent dix-sept homélies, cent 
seize sermons et six traites. L’appendice y joint trente et 
un sermons. trois home.ies et deux lettres d’une authen- 
Geite douteuse. Les ouvrages. comme ceux de sainl 
Chrisolocue. sont diriges contre les heresies mentionnées 
plus haut. qui trouvaient un terrain propice dans la haut 
Italie. L'orateur. en presence des incursions d’Attila € 
de ses hondes, recommande la vertu et la confiance ( 

Sr. LY-XLVi. — 1 Gennad , De wript. ecl., c. XL. 


AUTEURS LATINS. FULGENCE, FACUNDUS, ETC. 475 


Dieu ; il s'élève contre la superstition dont il restait en- 
core plus d’un vestige. Il blâme la cupidité de ces chre- 
tiens qui rachetaient les objets volés que les Huns ne 
pouvaient emporter de l'Italie, et jusqu’à des hommes 
que ces barbares retenaient comme esclaves : Senex 
pater captum deflet filium, et tu jam super eum velut ser- 
vulum gloriaris. Il les compare à ces loups qui suivent 
les traces des lions pour se rassasier des débris de leur 
proie. Outre la variété du fond, ces discours se distinguent 
par une forme agréable et par de vigoureuses sentences. 


Editio (homiliarum LXXIV) princeps, Colon., 1535; augment., Rom., 
1564 ; editio jussu Pii VI et Victorio Amadeo Sardiniæ regi dicata, 
de P. Bruno Brunus, Rom., 1784, in-fol.; Migne, ser. lat., t. LVII. 


$ 81. Auteurs qui ont écrit pendant la querelle des 
Trois Chapitres. 


Ces auteurs, dont la plupart ont pris la défense des 
Trois Chapitres, sont Théodore, évêque de Mopsueste, 
Theodoret, évèque de Cyr, et Ibas, évêque d’Edesse. Ils 
ont été condamnés après leur mort dans la personne de 
Nestorius, dont ils ont appuyé la doctrine par leurs écrits. 

I. Fulgence Ferrand, diacre de Carthage (vers 528- 
550), a composé : une Vie de son maitre Fulgence de 
Ruspe; une Lettre pour les Trois Chapitres contre les. 
acéphales: une Lettre sur les deux natures en Jésus- 
Christ; les Sept règles de l'innocence, magnifique expo- 
sition de la morale chrétienne; un Abrégé des canons 
ecclésiastiques 1. 

IL. Facundus, évêque d'Hermiane, fut exilé (547) par 
Justinien, à cause de ses douze livres pour la défense 
des Trois Chapitres ?. 

III. Rustique, diacre de Rome, neveu et compagnon 
du pape Vigile qui, à Constantinople, avait montré tant 

1 Oper., ed. Chifflet, Divion., 1649, in-4°; Galland., Bidl.,t. XI; Ang. 


Mai, Collect. nov., t. III; Migne, ser. lat., t. LX VII. — 2 Ed. Sirmond, 
Par,, 1629, 1696 ; Galland., Bidl., t. XI; Migne, ibid, 


476 MANUEL DE PATROLOGIE. 


d’hesitation, fut privé de sa place pour avoir résisté à ce 
pape. Après sa réhabilitation, il composa sa dispute 
contre les acéphales pour établir l'existence des deux 
natures en Jésus-Christ. 

IV. Libérat, archidiacre de Carthage, après avoir fait 
plusieurs voyages pour recueillir des renseignements 
exacts sur les Trois Chapitres, rédigea vers 566 le Bre- 
viaire de la cause des nestoriens et eutychiens*. 

V. Victor, évèque de Tununum en Afrique, pour avoir 
défendu les Trois Chapitres, fut d’abord exilé en Egypte 
par Justinien, puis renfermé dans un couvent de Constan- 
tinople, où il mourut en 576. Il composa une Chronique 
_qui s’etend de 444 à 565°. 

Citons encore deux autres auteurs africains de ce 
temps : Junilius, évêque d’un diocèse inconnu, et Pri- 
masius, évêque d’Adrumete. Le premier adressa à 
Primasius une introduction à l'étude et à la lecture de 
l'Ecriture sainte, où il dit avoir utilisé les instructions 
d'un persan nommé Paulus. Cet écrit méthodique est 
intitulé : De partibus divinæ legis®. 

Primasius, que des affaires ecclésiastiques avaient 
amené à Constantinople en 553, l’année même où le pape 
Vigile signa le Constitutum relatif aux Trois Chapitres, 
est auteur d’un Commentaire sur les Epitres de saint Paul 
et sur l’Apocalypse (cinq livres) : c’est une compilation 
d'anciens ouvrages". 


$ 82. L’abhbé Denis (mort après 536) et le pape Gélase. 


Denis, Scythe d'origine, imitant l'exemple de plusieurs 
religieux et évêques de son temps, avait pris lui-même, 
par humilité, le surnom de Petit. Elevé dans la culture 


1 Ed. Sichardus, Andidot. adv. hares., Basil., 1528, 1556 ; Galland., 
t. XIL; Migne, t. LXVII.— 2Ed. Garnier, Par., 1675; Galland., t. Al; 
Migne, t. LXVII.— ® Ed. Canisius, Ingolst., 1600; Basnage, Lei. 
antig.,t. 1; Galland., t. XII ; Migne, t. LVIII. — ® Ed. Gastius, Basil., 
1546, Par., 1556 ; Galland , t. XIL ; Migne, t. LXVIII. — 5 Bibl. Max. 
Lugd., t. XXVII ; Galland., Bidl., t. X; Migne, t. LXVII. 














AUTEURS LATINS. BOECE. 477 


des lettres, il écrivit à Rome : 4. un nouveau cycle pas- 
cal, Liber de paschate, où il apprécie l'importance du 
christianisme dans l’histoire du monde; il commence la 
Chronologie à partir de Jésus Christ (an 754 de Rome) : 
Magis eligimus ab incarnatione Domini nostri Jesu Christi 
annorum lempora prænotare, qualenus exordium spei 
nostræ notius nobis existeret, ef causa reparationis, id est 
passio Redemptoris nostri evidentius eluceret; 2. une 
lettre De ratione pasche; 3. un Codex canonum ecclesias- 
licorum, recueil chronologique des canons et des décré- 
tales des papes depuis le pape Sirice {. A ces dernières 
le pape Gélase (492-496) en ajouta dix-huit nouvelles. 
C'est ce même pape qui adressa à l’empereur Anastase 
cette parole célèbre, si souvent citée au moyen-âge : 
Duo sunt, imperator Auguste, quibus principaliter mundus 
hic regitur : auctoritas sacra Pontificum et regalis po- 
testas?. Ce pape écrivit encore : De duabus in Christo 
naturis; Liber sacramentorum. Le Decretum de libris re- 
Cipiendis sive non recipiendis est douteux; on l’a aussi 
attribué aux papes Damase et Hormisdas®. 


$ 83. Botee, sénateur et patrice de Rome (mort vers 524). 


Glareani et J. Mart. Rotæ Proleg. gener. in Boeth., Migne, t. LXIII. 


Boèce (Anicus-Manlius-Torquatus-Severinus), issu 
d’une riche et illustre famille romaine (de 470 à 473), fit 
dans sa patrie (peut-être aussi à Athènes), de solides 

études de philosophie et de mathématiques, et s’appliqua 
_ également à la poésie. Elevé par son savoir et par la 
noblesse de son caractère aux postes les plus honorables, 
consul entre les années 508 et 310, il sut, même en face 
de Théodoric et des Ostrogoths, conserver au sénat 


' Migne, t. LXVII. — 3 Ep. von. — 3 Migne, t. LIX. Cf. De decretali 
Gelasii P. de recip. et non recip. libris, et Damasii concilio rom. 


se erplicatione fidei et canone Script. sacr.; ed. Thiel, Brunsberg , 


AT MANUEL DE PATROLOGIE. 


quelque apparence de dignité. Théodoric, qui avait en 
lui une grande confiance, mettait souvent sa science à 


contribution. Cette confiance, jointe à sa loyauté scrupu- 
leuse, lui suscita des envieux. Accusé, ainsi que le patrice 
Albin. d'entretenir des liaisons secrètes avec l’empereur 
Justin pour lui livrer l'italie, il fut enfermé au château 
de Chiavenna, maltraité jusqu'à la mort et enfin deca- 
pite, suivant quelques-uns. Les bruits qui circulerent 
plus tard sur la cause de sa mort lui ont valu, pendant 
le moven-äge, d'être souvent honoré comme un saint 
et un martvr. tandis que, de nos jours, de sérieuses 
raisons ont fait douter mème de son orthodoxie. 

Ses travaux litteraires ont exercé sur son époque, et 
plus tard sur les Germains, une influence considérable. 


Ovwvrages philosophiques de Boèce. 


4. Boèce. en traduisant et en commentant les princi- 
paux philosophes de la Grèce, Platon, Aristote, Por- 
phyre, y compris les œuvres philosophiques de Cicéron, 
a ete le sauveur des études classiques et de l’érudition en 
Occident. La manière dont il les a interprétés dans les 
grandes questions philosophiques, telle que la théorie 
de la connaissance, a servi de guide à la plupart des 
travaux du moyen-àge. 

2. De son traité des sept Arts libéraux, il ne reste que 
deux livres sur l’arithmétique, avec la traduction de la 
géométrie d'Euclide et cinq livres de la Musique. 

3. L'ouvrage le plus connu et le plus accrédité est le 
De consolatione philosophiæ, écrit entre les murs d’une 
prison. Il est presque uniquement composé de passages 
empruntés à d'anciens poètes et prosateurs. Dans cæ 
dialogue avec son guide céleste’, la philosophie, Boèëcæ 
essaie de calmer la tristesse qui naît de l’inconstance du 
bonheur et de l'insuffisance de tous les biens de la for- 
tune. Le bonheur suprême, le seul vrai bonheur ne se 


u 
—_ ne 








AUTEURS LATINS. BOËCE, 479 


trouve qu’en Dieu, l’auteur, le modérateur et, par consé- 
quent, le but final de toutes choses. 

Après avoir établi cette thèse, Boèce se demande, 
toujours préoccupé de sa malheureuse destinée : D'où 
vient le mal dans ce monde que Dieu a créé et qu'il di- 
rige? Comment se peut-il que la vertu soit non-seulement 
privée de sa récompense, mais sacrifiée au vice? Le 
hasard, le destin existe-t-il? La liberté humaine est-elle 
compatible avec la divine Providence? Le fond de ce 
traité n’est ni paien, ni chrétien; Jésus-Christ, le vrai 
consolateur, n’y est pas même nommé. On peut donc 
croire que le christianisme de Boece était tout extérieur, 
et que ses connaissances ne s’élevèrent jamais à la hau- 
teur de la science chrétienne. « Mais la Providence n’en- 
a pas moins voulu qu'il profitât au christianisme, car 
ses ouvrages ont été fort utiles à ceux qui ont voulu 
faire servir la philosophie grecque , notamment celle 
d’Aristote, aux intérêts de la philosophie chrétienne. » 
Son sort malheureux et sa célébrité ont assuré à ses 
écrits une vogue universelle autant que durable ‘. 


Traités théologiques attribués à Boèce. 


1. De duabus naturis et una persona adv. Eutychem el 
Nestorium; 2. Quomodo Trinitas unus Deus ac non tres 
Di; 3. Utrum Pater et Filius et Spiritus Sanctus de divi- 
nitate substantialiter prædicentur*. Ces écrits, s'ils 
étaient authentiques, montreraient Boèce dans un 
rapport beaucoup plus intime avec le christianisme; 

nous devrions même le considérer comme un de ses 
” plus ardents défenseurs. Mais, d’abord, ces derniers ou- 
vrages expriment des idées qui n'ont rien de commun 
avec celles du traité de la Consolalion, et ensuite ils n’ont 
"été découverts qu’au huitième siècle par Alcuin. Plu- 
‘ Sleurs écrivains, cependant, ont soutenu l'identité de 

1 Ed. Obbarius, Jen., 1843, — ? Cum Gilberti Porretæ comment. 


480 MANUEL DE PATROLOGIE. 


l’auteur, par exemple Baur!, Gfroerer ? et Suttnem= ı 
Toutefois, après les explications de Hand*, l'opinxe, 
contraire prévaut de plus en plus. 


Opera, Venet., 1491, souv. réimpr.; Basil., 1546 ; addition de My, 
Auctor. class., et Vat. cod., t. III, p. 317; Migne, t. LXIN-LXy. 
Ceillier, t. XV, ed. 2%, t. X; Ritter, Hist. de la phil. chr.; Nitzsch, 
le Syst. de Boëce et les Ecrits théol. qui lui sont attribués, Berl., 1860. 


$ 84. Cassiodore le Sénateur (mort vers 565). 


Garetii Prolegom., in ed. Op. Cussiodori, Migne, sér. lat., t. LXIX. 


Cassiodore (Magnus-Aurélius), surnommé le Sénateur, 
naquit vers 470 d’une riche et noble famille de la bas 
ltalie, et fut élevé pour le service de l'Etat. Après avoir 
rempli, sous Udoacre, des fonctions éminentes, il arriva 
sous Théodoric aux dignités de préfet du prétoire, de 
patrice et de consul. C’est à ce ministre habile et éclairé 
qu’il faut attribuer en partie le gouvernement juste, 
doux et équitable de Theodoric. Cassiodore fut encore 
plus indispensable sous le successeur et neveu de Théo- 
doric, Athalaric, enfant de huit ans, dirigé par sa mère 
Amalasunthe, et, plus tard, sous les rois Théodat el 
Vitiges (534-538). L’accroissement des troubles politiques, 
la diminution du crédit des ministres, son âge avancé le 
determinerent à renoncer à la vie publique. Il trouva le 
repos et les loisirs nécessaires pour l'étude dans le mo- 
uastère de Viviers qu'il avait fait bâtir à Squillace, en 
Calabre, lieu de sa naissance. Nommé abbé de ce monas- 
tere, il eveilla dans ses subordonnés une ardeur extra 
ordinaire pour l'étude, et ne cessait de les exhorter à 
transcrire les saintes Ecritures, ainsi que les classiques 


1 De Boeth. christian. doctrinæ esserlore, Darunst., 1841. — ? Hisi. 
de PEgl., 2 vol., p. 948. — 3% Boëve, le dernier Romain, Eichst.; 
13532. — + Encyel. de Ersch et Gruber. — ® Rohrbach., Hist. de l’Egl., 
t. IX, éd. allem. 


AUTEURS LATINS. CASSIODORE. 481 


paiens et chretiens : « En copiant les saints livres et en 
les lisant plusieurs fois, les moines, disait-il, se pe- 
netrent de leur esprit et s’instruisent eux-mêmes, en 
même temps qu'ils propagent partout, comme une 
semence céleste, la divine doctrine qui fructifie dans les 
âmes ; et voilà comment, sans sortir de place, vous par- 
courez en esprit ce que tant de différents auteurs ont 
recueillis de leurs longs voyages!. » Non moins utile à la 
science qu'il l’avait été autrefois à l'Etat, il exerça non 
plus sur le présent, mais sur l'avenir, une longue et 
salutaire influence. Il mourut dans une haute vieillesse. 


Ouvrage d’un caractère général. 


_4. Variarum (epistolarum) libri XII : pièces adminis- 
tratives de sa période ministérielle, ou lettres amicales à 
des évêques, des papes, etc. 2. Chronicon (consulare), 
dédié à Théodoric et composé à sa demande; il s'étend 
depuis la création jusqu’en 519 après Jésus-Christ, et est 
en grande partie rédigé d’après les travaux d’Eusebe, 
saint Jérôme, Prosper, etc. 3. Historia Gothorum, 
libri XII, abrégé de l'ouvrage de Jornandès, De Gothorum 
seu Gelarum origine. k. De anima, seu de ratione anime. 
5. Liber de artibus ac disciplinis liberalium litterarum, 
sur la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l’arithmé- 
tique, la musique, la géométrie et l’astronomie. Cet ou- 
vrage, que Cassiodore composa pour ses religieux, est : 
celui qui a exercé le plus d'influence sur l'avenir. L’au- 
teur, d’après les vues exprimées déjà du temps de Cicéron 
et par saint Augustin, ne donne sur chaque branche de 
la science que les notions essentielles. Il définit l’objet et 
le but de chacun des sept arts libéraux, et renvoie pour 
le reste aux ouvrages de sa bibliothèque, dont plusieurs, 
comme la géométrie d’Euclide, furent traduits en latin 
par Boece. Pour la grammaire, il recommande les Grecs 
Hélène et Priscien, les Latins Palémon, Phocas, Probus, 

1 De instit. div., c. xxx. 

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AUTEURS LATINS. 8. GREGOIRE LE GRAND. 483 


mentionné dans la préface de l’Orthographe ; Expositio 
epistolæ ad Romanos, où il combat le pélagianisme. 

Le style de Cassiodore, abondant et facile, n’a pas la 
correction du style de Boece. Ses travaux offrent cer- 
taines analogies avec ceux de Jean Damascène, chez les 
Grecs. Pas plus que celui-ci, il n’entendait embrasser 
tout l’ensemble de la doctrine chrétienne ; il s’occupait 
principalement de l'interprétation des Ecritures et des 
branches qui s’y rattachent, comme on le voit surtout 
dans le De institutione divinarum litterarum et dans le 
De artibus et disciplinis liberalium artıum. 


Opera, ed. Garetius (ord. S. Bened.), Rothom., 1679, 2 vol. in-fol.; 
Venet., 1729; avec les pièces découvertes par A. Mai, Migne, ser. 
lat., t. LXIX-LXX. Cf. Ceillier, t. XVI, ed. 2, t. XI; Ritter, Hist. de 
la philosophie chrétienne. 

Nous devons ici une mention à la Regle de saint Benoit, religieux 
du Mont-Cassin ; c’est le monument le plus célèbre et le plus impor- 
tant de la vie religieuse en Occident. En établissant l’ordre des Béné- 
dictins sur des bases solides, elle a contribué efficacement au progrès 
de la littérature chrétienne. L'auteur, Benoit de Mureie, vécut de 480 
à 543, et écrivit sa Règle vers 529, à l’usage religieux du couvent 
qu’il avait fondé sur le mont Cassin. Ses prescriptions, en soixante- 
treize chapitres, sur la perfection chrétienne et sur les différentes 
occupations des moines, attestent une grande connaissance de la 
nature humaine ; c’est un admirable mélange de gravité et de dou- 
ceur, de sévérité et d’indulgence. | 

Réimprimée dans Migne, avec commentaires, sér. lat., t. LXXV. 
Cf, Montalembert, les Moines d'Occident. 


$ 85. Saint Grégoire le Grand, pape (mort en 604). 


Vita S. Greg. M., auctore Paulo diacono, lib. IV, et ex Greg. script. 
adornata, avec la Préf. génér., ed. Bened.; Migne, ser. lat., t. LXXV. 


Grégoire naquit vers 540 d’une riche famille sénato- 
riale, et fut élevé pour le service de l'Etat. Sa pieuse 
mère Sylvie, qui était devenue veuve de bonne heure 
ei s'était consacrée à la vie monastique, lui inspira 


484 MANUËL DE PATROLOGIE. 


une profonde affection pour l'Eglise. Vers 570, sous le 
pontificat de Jean III, Grégoire fut nommé préteur de 
Rome par Justin le Jeune. 

Quoique la situation fût difficile, car la querelle des 
Trois Chapitres continuait au dedans, tandis qu’au dehors 
les Lombards menacaient l’empire occidental romain 
rétabli par Narsès, il administra avec dignité et à la 
grande satisfaction des Romains. Degoüte de l'éclat des 
honneurs terrestres, il employa son immense fortune à 
l'érection de sept couvents de bénédictins, et entra lui- 
même (entre 573 et 577) dans celui qui existait dans la 
maison de son père sous le nom de Saint-André, où il 
passa, dit-il, les plus belles années de sa vie. Quelques 
années après, le pape Benoît le tirait de sa solitude et le 
consacrait diacre de l’Eglise romaine. 

Envoyé à Constantinople en qualité d’apocrisiaire par 
Pélage IT, successeur de Benoît, il réussit à aplanir les 
différends qui existaient entre le pape et Tibère Constan- 


tin. Après son retour (en 585), il obtint la permission 


de rentrer dans son couvent et y remplit les fonctions 
d’abbé , sans cesser d’aider le pape de ses conseils, 
particulièrement dans l’affaire des Trois Chapitres. En 
590, il fut élevé lui-même, par la voix du sénat, du 
clergé et du peuple, sur le siége de saint Pierre, déjà 
occupé précédemment par un de ses ancêtres, Félix III. 
La gloire de son pontificat fut égale à la haute idée qu'il 
se faisait d'un pape. Ne pouvant plus échapper à une 
dignité dont il se croyait indigne, il exhalait dans ses 
lettres les sentiments de tristesse qui accablaient son 
âme : « J’ai perdu la joie de mon repos, et en paraissant 
monter au dehors, je suis tombé au dedans. » Quand il 
envisageait l'immensité des travaux temporels qui pe- 
saient sur lui, « il était tenté de croire que cette dignité 
le separait de l’amour de Dieu. » Ce qu'il exigeait de 
chaque prêtre et de chaque évêque, qui loci sui necessi- 
late exigitur summa dicere, hac .eadem necessitate com- 


= + fi 1 


AUTEURS LATINS. S. GRÉGOIRE LE GRAND. 485 


pellitur summa monstrare!, il en donnait lui-même 
l'exemple. 11 considérait les revenus de l'Eglise romaine 
comme le patrimoine des pauvres, et son biographe, le 
diacre Jean, nous apprend qu’il agissait conformément à 
cette maxime. « Quatre fois par an, il distribuait des 
pièces d’or aux évêques, aux prêtres, aux diacres, et 
aux autres personnes de dignité. ; il invitait journelle- 
ment à sa table des pélerins et des étrangers. Chaque 
jour, dans tous les quartiers de la ville, il faisait porter 
des aliments cuits aux malades et aux infirmes. À ceux 
qui auraient eu honte d’en recevoir sous le nom d’au- 
möne, il en envoyait de sa table sous le nom de bénédic- 
tion apostolique. » 

Bossuet resume, dans un passage admirable, la belle 
et feconde carriere de ce grand pape : « Au milieu des 
malheurs de l’Italie, et pendant que Rome était affligée 
d’une peste épouvantable (590), saint Grégoire le Grand 
fut élevé malgré lui sur le siége de saint Pierre. Ce 
grand pape apaise la peste par ses prières, instruit les 
empereurs, et tout ensemble leur fait rendre l’obéis- 
sance qui leur est due, console l’Afrique et la fortifie, 
confirme en Espagne les Visigoths convertis de l’aria- 
nisme, et Récarède le Catholique qui venait de rentrer 
au sein de l'Eglise, convertit l'Angleterre, réforme la 
discipline dans la France, dont fl exalte les rois, toujours 
orthodoxes, au-dessus de tous les rois de la terre, fléchit 
les Lombards, sauve Rome et l’Italie que les empereurs 
ne pouvaient aider, réprime l’orgueil naissant des pa- 
triarehes de Constantinople, éclaire toute l’Eglise par sa 
doctrine, gouverne l'Orient et l'Occident avec autant de 
vigueur que d’humilite, et donne au monde un parfait 
modèle du gouvernement ecclésiastique. L'histoire de 
l'Eglise n’a rien de plus beau que l'entrée du saint moine 
Augustin (597) dans le royaume de Kent, avec quarante 
de ses compagnons, qui, précédés de la croix et de 

1 Reg. pastor., Il, c. II. 


186 MANUEL DE PATROLOGIE. 


l'image du grand roi Notre-Seigneur Jésus-Christ, 
faisaient des vœux solennels pour la conversion de 
l'Angleterre. Saint Grégoire, qui les avait envoyés, les 
instruisait par des lettres véritablement apostoliques'. » 

Malgré tant de travaux, et nonobstant ses nombreuses 
prédications , saint Grégoire est de tous les papes, 
Benoît XIV excepté, celui qui a laissé le plus d'ouvrages. 
Comme écrivain, sans parler de la forme spéciale qu'il a 
donnée à la liturgie, son trait caractéristique est de s'être 
approprié les idées de ses prédécesseurs les Pères latins, 
et de les avoir adaptées aux besoins multiples de la vie. 
L'intérêt qu'il portait à la science sacrée, notamment à 
saint Augustin, à saint Jérôme et à saint Ambroise, 
auxquels il a été associé comme le quatrième des grands 
docteurs de l’Eglise, n’ötait rien à son estime pour la 
science profane, comme le prouverait à lui seul ce mot 
si énergique : Profunditatem sacri eloquii ab ignaris sæ- 
cularis scientiæ penelrari nego?, si l'authenticité de ce 
commentaire était hors de doute. On a prétendu plus 
tard, entre autres Jean de Salisbury, au douzième siècle, 
que saint Grégoire avait fait brüler les livres de la biblio- 
thèque palatine et l’histoire de Tite-Live; mais c’est là 
une invention odieuse. S’il a parlé quelquefois des clas- 
siques paiens en termes peu bienveillants, c’est parce 
qu’il craignait qu’ils ne fissent négliger la lecture de la 
Bible et des auteurs chrétiens. 


OEuvres morales de saint Grégoire. 


1. Expositio in beatum Job, seu Moralium libri XXV, 
répertoire passablement complet de morale, d’après la 
méthode historico-allégorique et morale, propre à saint 
Grégoire. 2. Homiliæ xı in Evangelia, et Homiliæ xxn in 
Ezechielem, travail souvent superficiel, également en 
forme d’allegories. 3. Dialogorum libri IV, de vila et 


1 Discours sur l’hist. univ., part. I, époque xI. (Cif. du trad.) — 
3 Ad I Reg., lib. V, n. 3. 


€ 
AUTEURS LATINS. 8, GRÉGOIRE LE GRAND. 487 


miraculis Pairum italicorum, dont deux livres ont trait 
à saint Benoît. Cet ouvrage fut tellement goûté de son 
temps et valut tant de gloire à son auteur, qu’on le tra- 
duisit plus tard en grec. 4. Liber regulæ pastoralis, ou 
De pastoral cura, sur les devoirs du ministère doctoral, 
sacerdotal et pastoral : traduit en grec du vivant de 
l'auteur par ordre de l’empereur Maurice, et plus tard 
en anglais par ordre du roi Alfred. Cet ouvrage, où 
l’auteur a utilisé les traités composés sur le sacerdoce 
par saint Ephrem, Grégoire de Nazianze, Chrysostome, 
Jérôme et Ambroise, les surpasse tous en étendue. Il se 
divise en quatre livres : le premier traite des conditions 
requises pour le sacerdoce, ne qui nullis fulti virtutibus, 
nequaquam divinitus vocali, sed sua cupidine accensi, 
culmen regiminis rapiant potius quam assequantur; le 
second, de la vie des pasteurs; le troisième, des instruc- 
tions qu'ils doivent donner au peuple : la doctrine doit 
ètre appuyée par le bon exemple; le quatrième livre 
exhorte le pasteur qui veut remplir toutes les obligations 
de son ministère à se mettre en garde contre les piéges 
de l’orgueil. Le moyen-äge recommandait aux évêques 
et aux clercs d'étudier constamment ce traité, aussi clair 
qu'instructif : Nulli episcopo liceat canones aut librum 
pastoralem a beato Gregorio papa, si fieri potest, ignorare; 
in quibus se debet unusquisque quasi in speculo assidue 
considerare !. Le Pastoral de saint Grégoire, dit Bossuet, 


est un chef-d'œuvre de prudence et le plus accompli de 
ses ouvrages ?. 


Ouvrages liturgiques. 


1. Sacramentarium; 2. Responsoriale et Antiphonarium 
Ecclesiæ romanz ; 3. Antiphonarius ; &. Liber gradualıs, 
renfermant le chant appelé grégorien ou Cantus firmus, 
dont la sublimité, la force et la magnificence ont souvent 


1 Conc. Turon. Im, can. 8, édité à part par Westhoff, Monast., 1846. 


488 MANUEL DE PATROLOGIE. 

fait supposer qu'il avait été inspiré par le Saint-Esprit. 
Pour favoriser la bonne exécution de ce chant, saint 
Grégoire institua à Rome une école de chantres, qui, 
dans la suite, a servi de modèle à plusieurs autres. 
Cette liturgie renferme aussi plusieurs hymnes, dont 
quelques-unes ont passé dans le bréviaire. Une autre 
chose digne de remarque, c’est que les ouvrages de 
saint Grégoire, surtout ses explications allégoriques, ont 
eu une grande influence sur l’art décoratif dans son ap- 
plication aux églises. 


Lettres, registres, regestes!. 


On trouve tout dans ce Recueil : dogme, morale, disci- 
pline ecclésiastique, recommandation de telle et telle 
personne, questions pratiques les plus diverses; c'est 
une image fidèle de la vie et des travaux de saint Gré- 
goire, et par cela même une source très-utile pour la 
connaissance de cette époque. 

Pour le fond et la forme, les ouvrages de saint Gré- 
goire varient avec les circonstances du temps et les 
dispositions de l’auteur. Saint Grégoire est souvent sen- 
tentieux, délayé, mystique et allegorique ; mais en 
somme plein de noblesse et de dignité. Lui-même esti- 
mait médiocrement ses ouvrages : « Il me deplait, disait- 
il, qu'on s'occupe de mes chétifs écrits, quand on en 
possède de bien meilleurs. » Il entendait parler surtout 
de saint Augustin. La tendance pratique de ses ouvrages, 
jointe à un goût prononcé pour l’allegorie, explique la 
faveur qu'ils ont trouvée chez ses contemporains. 


Vues particulières de saint Grégoire. 


Saint Grégoire n'étant point un écrivain original et 
n’ayant point de système, on ne saurait s’attendre à 
trouver chez lui un vaste corps de doctrines qui lui 


1 Voir sur le sens! de registrum et regestum, Migne, sér. lat, 
t. LXXVU, p. 441. 


AUTEURS LATINS. 8. GREGOIRE LE GRAND. 489 


soient personnelles. On a pretendu, tout-a-fait & tort, 
qu’il avait le premier enseigné l’existence du purgatoire 
et le moyen de s’en délivrer par la prière et le sacrifice 
de la messe. Ce qui est vrai, c'est qu'il a développé, 
souvent avec beaucoup de précision et de détail, cette 
ancienne doctrine de l’Egliset. 

Par contre, nous trouvons chez lui plusieurs idées qui 
lui sont personnelles sur la notion et les devoirs de la 
papauté. Nous les résumons ainsi : 

4. Tout en ayant le vif sentiment de sa haute position 
et des droits qu’elle impliquait, il n’entendait point les 
exercer aux dépens des metropolitains et des évêques. 
« De même que nous soutenons nos droits, nous hono- 
rons aussi les droits speciaux de chaque Eglise particu- 
liere... Je ne sais quel évêque n'est pas soumis au siége 
apostolique s’il se trouve en faute, quoique, hors ce cas, 
tous les évêques soient égaux selon la loi de l'humilité. » 
Son esprit de justice se révèle surtout dans le passage 
suivant : «all me siérait mal de soutenir une chose avant 
de m'être convaincu moi-même qu'elle est juste, car 
j'aime les hommes en vue de la justice, et je ne sacrifie 
pas la justice aux hommes. » Aussi, pendant que le pa- 
triarche Jean le Jeüneur usurpait fastueusement le titre 
de patriarche œcuménique, il se donnait à lui-même le 
titre modeste de servus servorum Dei, laissant ainsi à ses 

successeurs un grand exemple et une touchante cou- 
tume, sans sacrifier ses droits vis-à-vis de ce patriarche 
superbe : « Qui doute, disait-il, que le patriarche de 
Constantinople ne soit soumis au siége apostolique? » 

2. Il s'élève avec une énergie particulière contre 
l'emploi de la violence en matière religieuse : « Ce qui 


! Si culpæ post mortem insolubiles non sunt, multum solet aniınas 
eliam post mortem sacra oblatio hostiæ salutaris adjuvare, ita ut 
banc nonnunquam ipsæ defunctorum animæ expetere videantur. 
Sed sciendum est, quia illis sacræ victimæ mortuis prosint, qui hic 
vivendo obtinuerunt , ut eos etiam post mortem bona adjuvent, qua 
hie pro ipsis ab aliis flunt (Dialog., lib. IV, c. Lv et LVII), 


490 MANUEL BE PATROLOGIE. 

s'obtient par la force est invalide selon les lois religieuses 
et civiles : Sancitum est ut ea quæ contra leges fiunt, 
non solum inutilia, sed etiam pro infectis habenda sint 1.» 
Aussi blâme-t-il sévèrement les évêques d’Arles et de 
Marseille d’avoir imposé le baptème aux Juifs, croyant 
faire une bonne action : « Certes, je me persuade volon- 
tiers que votre intention était bonne et inspirée par 
l'amour de NôtreSeigneur ; mais l’Ecriture sainte ne 
demande pas cela, je crains non-seulement que vous 
n'en soyez point récompensés, mais encore, ce qu’à 
Dieu ne plaise, que les âmes que nous voulons sauver 
n’en souffrent quelque dommage. Car celui qui arrive 
au baptême, non par la suavité de la prédication mais 
par la contrainte, retourne facilement à l’ancienne super- 
stition , et tombe dans une mort d’autant plus terrible 
qu’il semblait y avoir échappé *. » Tout ce qu'il permet, 
«c'est qu'on remette aux Juifs convertis qui habitent 
sur les propriétés de l'Eglise une partie de leurs impôts. 
Et encore, dans la crainte qu'ils n’obeissent à des senti- 
ments de cupidité, se hâte-t-il d'ajouter : Ets: ipsi mmus 
fideliter veniunt, hi tamen qui de eis nalı fuerint, jam 
fidelius baptizantur. Aut ipsos ergo aut eorum filios lucra- 
mur®. 

3. C'est dans le mème esprit qu'il censurait l’évêque 
Sérène, de Marseille, pour avoir fait arracher les images 
de son église dans la crainte qu’on ne les adorät, ce 
qui avait fort indisposé le peuple. « Autre chose, lui 
écrivait-il, est d’adorer les images, et autre chose de 
reconnaître, par la représentation d'un image, ce qu’om 
doit adorer. Ce que l’Ecriture est pour ceux qui lisent, 
une image l’est pour ceux qui voient et qui ne savent 
pas lire. De là vient qu'en tout temps les images ont 
été le livre de lecture des peuples paiens. Or, puisque 
vous habitez encore parmi des paiens, vous auriez dü 


1 Ep, lib. IX, c. vu. — ? Ep., Lib. I, c. XLvIL — 3 Ep., lib. V, ep. 
vin ad Cypr. diacon.; cf. lib. Il, ep. xxx ad Petr., subdiac. Sieil. 





AUTEURS LATINS. S. GRÉGOIRE LE GRAND. 491 


y avoir égard et ne les point scandaliser par la chaleur 
hâtive d’un zèle juste sans doute, mais non éclairé. » 
N avait déjà écrit à cet évêque dans le même sens?. I 
louait, au contraire, un certain Secondinus qui lui 
avait demandé quelques images : « Votre demande nous 
a été très-agréable. Vous cherchez de tout votre cœur 
Celui dont vous désirez avoir l’image sous vos yeux, 
afin que sa vue journalière habitue et exerce votre âme 
à brûler davantage pour Celui dont vous désirez voir 
l'image. Nous n'avons certainement pas tort de nous 
élever des choses visibles aux choses invisibles®. » 

4. Les paroles suivantes, adressées à l’empereur Mau- 
rice, ont été souvent citées pendant le moyen-âge. : Ad 
hoc enim polestas super omnes homines dominorum meorum 
(imperatorum) pietati cœlitus data est, ul qui bona appe- 
tunt adjuventur,ut cælorum via largius paleat, ut terrestre 
regnum cœlesli regno famuletur*. Saint Grégoire de- 
mande donc aux empereurs leges quæ omnipotenti Deo 
concordant, et il dit à l’ex-consul Leontius : Hoc inter 
reges gentium et imperatores Romanorum dislat : quiareges 
gentium domini servorum sunt, imperator vero dominus 
liberorum. Unde et vos quidquid agitis, prius quidem ser- 
vala justilia, deinde custodita per omnia libertate agere 
debetis®. 

Mais ce qui l’intéressait encore plus que la liberté poli- 
tique des peuples, c’était la liberté des âmes. Nous avons 
un bel exemple de son zèle dans les conseils suivants 
qu’il adressait à Venantius pour l’exhorter à rentrer 
dans son couvent : Considera judicium Dei, quod me- 
reatur qui semelipsum Deo vovit, continuoque mundi desi- 
deriis irretitus, mentitus est quod vovil. Ecce, faleor, 
moerens loquor, et facti tui tristitia addicius edere verba 
vix valeo, et tamen animus luus actionis conscius vix 
sufficit ferre quod audit, erubescit, confunditur, adver- 


1 Ep., lib. XI, ep. x. — ®Lib. IX, ep. cv. — 8 Lib. IX, ep. LU. — 
* Lib. I, ep. Lxv, — 5 Lib. X, ep. LI. 


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péobetnghir grerique par wa lradnctions ei ses commen- 
trente Mu Printer, A'Aristhe ét de Porphyre. 


habe ACTE LT ILE 





AUTEURS GRECS. SOPHRONE, JEAN MOSCH. 493 


LA LITTÉRATURE GRECQUE AUX VII° ET VIII SIÈCLES 
DANS LA QUERELLE DES MONOTHÉLITES ET DES ICONOCLASTES. 





CHAPITRE V. 


AUTEURS GRECS. 


$ 86. Sophrome, patriarche de Jérusalem; Jean Moseh. 


Sophrone, né à Damas vers 560, fut d’abord sophiste, 
c'est-à-dire rhéteur, et se lia, probablement à Alexan- 
drie, avec Jean Mosch, moine de Palestine, qui entreprit 
de longs voyages pour visiter les couvents de la Syrie, 
de l'Egypte et même de l’Occident, et consigna ses re- 
cherches sur les moines et les ascètes dans un ouvrage 
historique, le Pré spiriluel‘. Sophrone entra ensuite, 
comme religieux, dans la laure de saint Sabas. Pendant 
son séjour à Alexandrie, il constata le premier l'invasion 
du monothélisme dans l'Eglise et en informa les pa- 
triarches d'Alexandrie et de Jerusalem. Elevé bientôt 
après (633 ou 634) sur le siége patriarcal de Constanti- 
nople, Sophrone convoqua un concile à Jérusalem en 
634, et publia une lettre synodale où il exposait la doc- 
trine des deux volontés en Jésus-Christ et rejetait le 
monothelisme ?. Il envoya à Rome Etienne, évêque de 
Dora, pour instruire les évêques d'Occident de cette nou- 
velle hérésie. Témoin, en 637, de la prise de Jérusalem 
par les Mahométans, Sophrone , voyant Omar pénétrer 
dans l’église de la Résurrection, déclara que c'était là le 
commencement de l’abomination de la désolation dans 
les Lieux-Saints. Il mourut peu de temps après. 

Ses ouvrages sont : 1. La lettre synodale mentionnée 


1 Ed. Fronton Duc., auctar., t. II; Par., 1634; Coteler., Monument. 
Eccl. gr., t. II, Par., 1681; Migne, ser. gr., t. LXXXVII. — 3 Voir 
l'analyse dans l'Histoire des conciles, de Héfelé, 3e vol., 8 297. 


404 MASTEL LE PAIRÉOCE. 


plus haut‘. 2 Sept Svours sur des ftes et des saints, 
dont Le second meriie surtout d'être mentionne ; c'est un 
long traiie où apres avosr park de la Trinite et de la 
personne de Jesus Christ. j'auleur décrit. avec une émo- 
tion presque dramatique, l'sicre de FAnnonciation de 
Marie. 3. Temoin. à Alexandrie. des miracles qui s’e- 
taient operes par l'istercession des martvrs Cyre et Jean, 
il écrivit leur panégyrique et le récit de leurs miracles. 
4. Les Anacréoaliques sont une suite de pièces de vers 
agréables, d'une beanie simple et naive, sur le Sei- | 
gneur, les fêtes, les saints, etc. 5. En matière liturgique, 
nous citerons : le Triodion, recueil de belles prières, et 
le Commentaire liturgique, courte explication des prières 
de la messe ?. 6. La Confession des pécheurs est une sorte 
de manuel pratique à l'usage des confesseurs, puisé dans 
les canons; « car ceux qui ignorent les saints canons et 
enseignent des erreurs, donnent la mort spirituelle à 
leurs pénitents. » 

Plusieurs de ses travaux ont été découverts par A. Mai Cf. Spicileg. 
rom., 1. Il et IV. Voir aussi Ballerini, Syllog. monxm., t. IL, et sur 
tout Migne, ser. gr.,t. LXXXYVIE, part. In. 


6 87. L'abbé Maxime, comfesseur (mort en 662). 


Voir l’ancienne Vie et les Actes de saint Maxime, dans Combifl, 
et la Notice de Fabricius, Bibl. gr., IX; Migne, ser. gr.,t. XCL 


Maxime, né à Constantinople, d’une ancienne famille 
noble, étudia spécialement la rhétorique et la philos- 
phie, et fut le premier secrétaire de l’empereur Heraclius 
(610-641). Il ne tarda pas à entrer dans le monastère de 
Chrysopolis, près de Constantinople. L'amour de la re 
traite et l'apparition du monothélisme l’avaient décidé à 
quitter la cour et à se rendre en Occident. Il séjourm 


1 Mansi, Conc. yener., coll., t. XL — 3 On appelle Triodion la partie 
du bréviaire grec qui contient les offices depuis la Septuagésime 
jusqu'à Pâques; chaque chant contient trois strophes. 





AUTEURS GRECS. MAXIME. 495 


surtout à Rome (sous le pape Jean, 640-642) et en 
Afrique. Partout il mit les Occidentaux au courant de la 
nouvelle hérésie, ainsi qu'il l’avait déjà fait en 633, de 
concert avec one, d'Alexandrie. En Afrique, il 
soutint une dispute avec le monothélite Pyrrhus, pa- 
triarche de Constantinople, qui désavoua son erreur 
‘et renonca quelque temps à cette hérésie. Sous l’em- 
pereur Constant II, Maxime et le pape Martin furent 
emmenés de Rome à Constantinople, et cités en justice 
par suite de fausses accusations. Dans l'impuissance de 
convaincre Maxime d'aucun méfait, on finit par exiger 
directement qu’il reconnüt l’erreur monothelite, et, sur 
son refus, on l’exila à Byzia, dans la Thrace. Là aussi, 
on éhercha à ébranler sa constance et à lui faire recon- 
naître le type ou édit de l’empereur. Cette nouvelle ten- 
tative ayant encore échoué, on le traina tantôt dans un 
lieu, tantôt dans un autre, d’abord à Salembria, puis à 
Perberis. Après l'avoir souvent maltraite, on le ramena 
à Constantinople, où il fut condamné par un concile, 
“ainsi que le pape Martin, Sophrone et tous les ortho- 
doxes; on le livra ensuite au préfet chargé de le punir. 
Maxime et ses disciples furent battus de verges; on leur 
arracha la langue, leur coupa la main droite, et les 
exila à Lazica, sur la Mer-Noire. Maxime y mourut, 
séparé de ses deux amis, le 13 août 662, ainsi qu'il 
l'avait prédit. 

Parmi ses nombreux écrits nous citerons : 4. Les 
Questions à Thalassius, le plus étendu de ses travaux, 
où il explique, dans un sens presque toujours allégo- 
rique, certains points difficiles de l’Ancien Testament. 
2. Dans quelques-uns de ses écrits, Maxime a résumé, 
dans de très-courts chapitres, souvent eh quelques 
phrases conçues sous forme d’aphorismes détachés, la 
doctrine de l'Eglise. Ainsi deux cents chapitres sont 
‚consacres à la théodicée et à l’incarnation; cing cents 
autres chapitres à la théodicée, à l’incarnation, au bien 





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AUTEURS GRECS. S. JEAN DAMASCÈNE. 497 


sa vie. Sa biographie, relativement moderne, est insuff- 
sante ; elle abonde en récits controuves et les faits y 
sont souvent contradictoires. 

Jean Damascène, qu'il ne faut pas confondre avec 
d'autres personnages contemporains et homonymes, 
naquit, dit-on, à Damas, d’une illustre famille. Il portait 
les surnoms de Xpuaoÿbôas, qui charrie l'or, et de Mansur, 
que son ennemi mortel, Constantin Copronyme (741- 
755), changea par dérision en celui de Mamzer (spu- 
rius). Né sous la domination arabe, Jean Damascène 
jouissait déjà pendant le règne de l’empereur Léon 
’Isaurien (747-744) d’un grand crédit auprès d’un prince 
sarrazin, dont il fut le premier conseiller. Il avait été 
religieux dans la laure de saint Sabas. Il combattit 
surtout les iconoclastes, et réussit à n'être point lui- 
même sujet d'un empereur attaché à cette secte. On a 
prétendu, sans preuve suffisante, que Léon lui ayant 
attiré la disgrâce du calife au moyen d’une lettre sup- 
posée, ce dernier lui fit couper la main droite, laquelle 
lui revint pendant la nuit, grâce à l’intercession de la 
sainte Vierge. 

Le jour de sa mort est inconnu. Ses ouvrages, tout en 
n'étant que des compilations, ont eu un assez grand 
retentissement. 


Ouvrages dogmatiques. 


4. Cette remarque s’applique surtout à son grand 
traité dogmatique, la Source de la science. I] se divise en 
trois parties. Dans la première, Capita philosophica, ou 
simplement Dialectique, l’auteur, persuadé que tout 
bien vient de Dieu, se propose de recueillir, à l'exemple 
de l’abeille, tout ce qu’il y a de bon dans la philosophie 
paienne, puis de le séparer de l'erreur !. Il y donne un 
aperçu général de la philosophie, qu’il considère comme 
l'instrument et la servante de la science révélée?. Ce 

? Prolog., éd. Lequien, p. 4. — % C. 1, p. VII. 

32 


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AUTEURS GRECS. 8. JEAN DAMASCÈNE. 499 


L’enchainement et l'ordonnance des matières, presque 
toujours excellents, ne sont défectueux que sur certains 
points ; ainsi la réfutation du dualisme est traitée à part 
de la théodicée. Saint Grégoire de Nazianze a été surtout 
mis à contribution. Comme saint Jean Damascène est le 
premier qui ait donné à l'Eglise grecque un corps systé- 
matique de théologie réduit en un seul volume, il n’est 
pas étonnant que son livre ait eu beaucoup de vogue 
chez les Grecs comme chez les Occidentaux. Il fut traduit 
par Burgundio, sur l’ordre d'Eugène III, et divisé plus 
tard en quatre livres. Les scolastiques, qui en ont fait 
un grand usage, y ont à peu près puisé toutes leurs 
connaissances des Pères grecs. Il est même resté jus- 
qu'à nos jours la base de l’enseignement dogmatique 
chez les Grecs schismatiques. Ses qualités comme ses 
défauts se sont perpétués dans la théologie grecque. 

2. Nous lui devons encore plusieurs petits traités et des 
lettres sur des questions dogmatiques, tels que : 4. De 
iis qui in fide dormierunt, comment on peut secourir les 
défunts par le sacrifice eucharistique, l’aumône et les 
bonnes œuvres; 2. De confessione, comme quoi on ne 
peut permettre à des religieux qui ne sont pas prêtres 
d'entendre les confessions; 3. des Azymes, où l’auteur 
condamne l’emploi des azymes dans le saint sacrifice ; 
4, deux autres Expositions de la foi, plus longues. 

3. Les Parallèles sacrés sont une comparaison des 
sentences des Pères avec celles de l’Ecriture sur la 
plupart des vérités dogmaliques et morales (plusieurs 
sont perdus). C'est un vaste recueil où les matières 
sont rangées par ordre alphabétique ?. 


Ouvrages polémiques. 


Ces’ ouvrages, fort nombreux, sont dirigés contre les 
manichéens, les nestoriens, les monophysites, les mono- 
thélites et les mahométans. Les plus célèbres et les plus 

‘ Migne, sér. gr., t. XCIV. — ? Ibid., t. XCV et XCVI. | 


500 MANUEL DE PATROLOGIE. 


importants se rapportent à l'affaire des iconoclastes, De 
imaginibus orationes III‘. Ces traités, dont le premier 
parut vers 728, et le second en 730, eurent beaucoup 
d’echo parmi les Grecs. Le second est le plus important. 
D'autres écrits de l’auteur sont perdus; d’autres lui sont 
injustement attribués. Ainsi l’Oratio ad Constantinum 
Cabalinum appartient vraisemblablement à Jean d’Eu- 
bée; la Lettre à Théophile, empereur, paraît être une 
adresse des trois patriarches à cet empereur?. De sa 
polémique contre les mahométans, il ne reste, chose 
surprenante, que deux dialogues insignifiants, intitulés 
l'un et l’autre : Disceptatio christiani et saraceni. 


Homélies. 


Ses homélies, au nombre de douze, dont quelques- 
unes ont beaucoup d’etendue, sont ou des discours pour 
les fêtes des saints, ou des panégyriques. Parmi les cinq 
(n°* 6-10) qui se rapportent à la sainte Vierge, il faut 
signaler les trois intitulées : /n dormitionem beatæ Marie 
virginis, parce qu’on y trouve, racontée pour la pre- 
mière fois et d’une manière complète, la tradition 
suivant laquelle Marie serait ressuscitée et montée au 
ciel peu de temps après sa mort ®. Il est évident que ces 
homélies ont été prononcées le jour de l’Assomption, 
dont la fête ne devait pas être très-ancienne, à en juger 
par un passage de Modeste, successeur de Sophrone. 
Jean de Damas, qui parle longuement de cette affaire 
dans ses homélies, attribue l’origine de cette tradition, 
inconnue. du faux Denis l’Aréopagite*, à Juvenal de 
Jérusalem, dans la première moitié du cinquième 
siècle. 

1 Migne, sér. gr., t. XCIV. — 2 Cf, Lequien, Admonit. — 3 Cf. Il, 


c. I-XIv, XVI. — ® De div. nom., c. 11, 82. —®U, c. vın. Voir 
d’autres détails dans l’Admonit. de Lequien. 





AUTEURS GRECS. S. JEAN DAMASCÈNE. 501 


Travaux d’exégèse. 


Les Lieux choisis ne sont, comme l'indique le titre, que 
des extraits du commentaire de saint Chrysostome sur 
les epitres de saint Paul. Bien des choses cependant 
semblent empruntées à d’autres exégètes, par exemple, 
à Théodoret. 

On lui attribue encore, nous ignorons sur quel fon- 
dement, deux ouvrages hagiographiques : la Vie de 
saint Barlaam et de saint Josaphat, et la Passion de saint 
Artemius. 


Importance de saint Jean Damascène. 


Saint Jean de Damas est moins estimé pour avoir 
composé des ouvrages originaux ou frayé des voies 
nouvelles que pour avoir recueilli et systématisé ce qui 
existait avant lui. En ramassant dans les trésors accu- 
mulés de la philosophie et de la théologie des Pères 
grecs ce qu'ils renfermaient de plus excellent, et en le 
disposant avec ordre, il les a rendus accessibles à d’autres 
et a mérité la reconnaissance de la postérité. Aujourd'hui 
encore, la théologie grecque ne l’a pas dépassé; on dirait 
qu’elle a épuisé en lui sa sève et son énergie : elle n’a 
plus produit aucun génie puissant et créateur. 


Opera, ed. Lequien, Paris, 1712, complétés par Boissonade dans 
Anecdota græca, Par., 1832, vol. IV. A. Mal, Spicileg. rom., t. IV, et 
Bibl. nov. Patr.,t. IV ; Galland., Bibl., t. XII; réunis dans Migne, 
ser. gr., t. XCIV-XCVI; cf. Ceillier, t. XV, 2 ed., t. XII; Ritter, 
Histoire de la philosophie, t 1. 


502 MANUEL DE PATROLOGIE. 


CHAPITRE VI. 
AUTEURS LATINS. 


S 89. Les papes Honoerius, Martin I“, Agathon Hl, 
Grégoire II. ° 


On sait par l’histoire du monothélisme que si le pape 
Honorius ne fit qu’une faible opposition à cette hérésie, 
et, dans deux lettres au patriarche Sergius de Constan- 
tinople, s’exprima en termes vagues et ambigus, le pape 
Martin la combattit avec d'autant plus de zèle dans plu- 
sieurs écrits, ainsi qu'au premier concile de Latran (649), 
et expia son ardeur par un martyre douloureux (655). 

Agathon IT (678-682), montra une égale énergie en 
face de l’empereur Constantin Pogonat; sa lettre dogma- 
tique figure dignement à côté de celle de Léon le Grand 
contre Eutyches. Généralement approuvée par le sixième 
concile œcuménique (680), elle servit de profession de 
foi contre les monothélites. 

Grégoire II (745-731) ne déploya pas une moindre fer- 
meté contre l’empereur Léon Ill, favorable aux icono- 
clastes ; il empêcha, quoique menacé de déposition, que 
l'édit impérial sur la destruction des images ne fût exé- 
cute en Italie et à Rome. Il imposa, par sa dignité et 
sa prudence, à Luitprand, roi des Lombards, et prêta à 
saint Boniface, apôtre de l'Allemagne, un concours efü- 
cace, comme l’attestent plusieurs de ses lettres recueillies 
dans les Collections des conciles de Hardouin (t. IIT) et de 
Mansi (t. X, XI et XII). 


S 00. Premiers auteurs chez les Germains. 


En l’absence de toute civilisation et de toute culture 
chez les peuples germains, au milieu des troubles sans 
cesse renaissants de l’&migration des peuples, bien des 
siècles devaient s’écouler encore avant qu’une nouvelle 


AUTEURS LATINS. S. GRÉGOIRE DE TOURS. 303 


vie scientifique se développât au sein d’une population 
aussi mélangée que celle qui constituait ces nouveaux 
empires. Les premières traces d’un véritable progrès 
littéraire se trouvent, selon Ulphilas, traducteur de la 
Bible, mort en 383, et selon l'historien Jarnandes, mort 
entre 527 et 565, chez les auteurs suivants : 

I. Grégoire, qui fut plus tard évêque de Tours, naquit 
vers 539, d’une chrétienne et noble famille de l’Au- 
vergne, et portait originairement le nom de Georges 
Florentin. Son oncle Galle, qui devint évêque de Cler- 
mont, le fit élever et instruire en vue de l’état ecclésias- 
tique. Promu au diaconat, Grégoire se mit à voyager et 
visita entre autres le tombeau de saint Martin de Tours 
pour implorer la guérison d’une maladie. En 573, il 
succéda a Euphronius sur le siége épiscopal de Tours. 
Apres avoir longtemps affronte les injustices de plusieurs 
rois et les mauvais traitements d’une soldatesque bar- 
bare, il laissa en mourant la réputation d'un évêque 
accompli (594-595). Il fut bientôt honoré comme un saint. 

Ses travaux littéraires, qui ne datent que de son 
épiscopat, commencent par l’histoire des miracles de son 
saint patron, De virtutibus et miraculis sancti martini 
(ib. IV). Ouvrages analogues : De gloria Martyrum ; De 
miraculis sancti Juliani, martyris; Liber de gloria confes- 
sorum, consacré surtout à saint Hilaire de Poitiers, saint 
Martin de Tours, saint Remi; De vitis (XXIII) sanclorum. 

Son principal ouvrage, l'Histoire ecclésiastique des 
Francs, ou Chronique, lui a valu le titre de fondateur 
de l’histoire de France. Elle débute, comme la plupart 
des chroniques du moyen-âge, par une revue de l’histoire 
universelle depuis Adam; mais dès la fin du premier 
livre elle arrive aux commencements de la conquête des 
Gaules par les Francs et à la mort de saint Martin. Les 
neuf livres suivants exposent la suite de l’histoire poli- 
tique et religieuse des Francs jusqu’en 594. Le récit 
. Sagrandit à mesure qu’il se rapproche des événements 


504 MANUEL DE PATROLOGIE. 


contemporains, et les sept dernières années occupent 
seules quatre livres. On reçoit ainsi l'impression imme- 
diate et impartiale des idées de l’auteur, impression 
d'autant plus vive que Grégoire dévoile sans pitié, dé- 
plore et censure les vices des grands et des petits avec 
une égale franchise. Cet ouvrage est la meilleure source 
à consulter pour la période mérovingienne. La forme, 
sans doute, est encore bien grossière; l’auteur avoue 
lui-même qu’il ne sait ni la grammaire, ni la rhétorique, 
qu’il confond les genres, emploie un cas pour un autre, 
ne s’entend ni à joindre ses propositions, ni à former 
convenablement ses phrases. 

Opera, ed. Paris, 1511, 1512. Edition critique, par Ruinart, bénéd 
Paris, 1699; Bouquet-Dombrial, Script. rer. Gall., t. II; Guado® 
et Foranne, lat. et gall., Par., 1886 et 1837. Cf. Ceillier, t. XVII, ed_ 


38, t. XI; Lebell, Grégoire de Tours et son temps dépeint surtotz/ 
par ses œuvres, Leips., 1839 ; Migne, sér. lat., t. LXXI. 


II. Isidore de Séville, le plus célèbre auteur du 
septième siècle, naquit à Carthagène, où son père, Sé- 
vérien, qui y faisait les fonctions de préfet, le fit élever 
avec soin. Comme ses deux frères Léandre et Fulgence, 
dont l’un était évêque de Séville, l’autre de Carthagène, 

il entra dans l’état ecclésiastique. Il succéda au premier 
(600-601), et fut un des plus beaux ornements de son - 
siècle par son talent d'administrateur autant que par son — 
savoir. Il présida les conciles de Séville (649) et de To- — 
lède (633). Sentant sa fin approcher, il distribua tous se=— 
biens aux pauvres, et se fit transporter à l’église, où i_ ] 
mourut en demandant pardon pour ses péchés, et ewn 
recommandant à son peuple la charité et la concor&e 
(4 avril 636). 


Ouvrages d’Isidore de Séville. 


Ces ouvrages embrassent la linguistique, l’histoire, 
l'archéologie, le dogme, la morale et l’ascétisme. C'est 
le résumé de toute la science de cette époque. Quoique 


DR. 


AUTEURS LATINS. ISIDORE DE SEVILLE. 305 


l’auteur ne donne, le plus souvent, que des extraits 
d'anciens ouvrages païens ou chrétiens, dont nous ne 
possédons guère que des fragments, ses écrits n’en 
marquent pas moins un progrès extraordinaire chez les 
nations germaniques. Ce progrès est surtout visible 
dans les ouvrages suivants : 

4. Les Origines ou Etymologies, sorte de recueil ency- 
clopédique des sciences, ont puissamment aide au 
progrès de la philosophie et de la théologie. Raban- 
Maur les a prises pour thème de son ouvrage De uni- , 
verso. Les cinq premiers livres roulent principalement 
sur les sciences profanes, les sept arts libéraux. 
Les livres VI-VIII intéressent surtout le théologien; 
le sixième traite des Ecritures de l’Ancien et du Nou- 
veau Testament, de leur inspiration et de leur cano- 
nicité, des sacrements et de la liturgie, ainsi que des 
bibliothèques qui existaient alors ; le septième donne un 
aperçu de la théologie; le huitième traite de l'histoire 
ecclésiastique, des hérésies et des symboles de foi qui 
leur ont été opposés. Les livres IX-XX s'occupent de 
sciences profanes (le seizième est sur la minéralogie), 
de beaux-arts (douzième livre sur les églises et les édi- 
fices publics), d’ustensils, de vêtements et de denrées. 
Dans cette collection de tant de choses précieuses, le 
choix judicieux des matières, la critique et la méthode 
sont trop souvent absentes !. 

2. Des différences et des propriétés des mots (deux 
livres), espèce de dictionnaire des synonymes; de la Na- 
ture des choses, traité d'astronomie et de cosmographie ; 

3. Chronique, abrégé d'histoire universelle depuis la 
création jusqu’à l’an 626 de Jésus-Christ ; Histoire des rois 
goths, vandales et suèves, de 176 à 628 ?: son authenticité 
est justement contestée; 

4. Catalogue des Ecrivains ecclésiastiques, faisait suite 


1 Editées à part dans le Corpus grammaticorum lat., de Otto, 
Leips., 1833. — ? Réimprimée dans Florez, España sagrada, p. IV. 


| HASNEL BE FATROLOGEE 


aux caakeers de sant Jerieme et de Gennade, auxquels 
Isere ajcete trente tres anéeurs : jusqu en 610). 

3 Collert:» cœuvaum. conciherum ei eptslolarum decre- 
kalrım . cuvrase derrwre kquel éevaient se cacher plus 
tard les faicficatne:s du peudo-Iisdore. 

6 Lier premmenrum de bris Veleris et Nom Testa- 
ment : Ourstsones +1 mystrrorum erpesiliones sacramen- 
Serum ta Veiere Testaments. extraits des Pères; Allegori:e 
Veteris ei Nerı Testamrat: ei Erpesitio ın Canticum con- 
Barum. 

7. Lbn III sentenliarum jeu de summo bono, tirés 
surtout de sant Augustin et de saint Grégoire. Ce travail, 

à le fors doematique et moral. a servi de modèle aux sen— 
tentures du moven-âge. De dırınıs sive ecclesiastici — 
efheus db. Il. description des cérémonies usitées dans 
la Htergie et dans l'administration des sacrements. — 
Noms negligeons d’autres traites moins importants. 

Opere, +8 De la Bien. Par. 1388; Breul, Par., 1681 ; Grial, Matrit, — 
T8, mA, 2 vol La mükure et la ples complète, par Arevalo, 
Boum, 1797-1883, in-i«, 7 vol; Mieme,t LITIHLYXXIV; cf. Ceillier, 

t. ANNE; = ed, t IL 

II. Bede le Venerable naquit entre 671 et 673 d’une == 
famille angio-saxonne. au village de Jarow, dans le Nor —— 
thumberland. [es qu'il eut atteint l’âge de sept ans, sone —n 
éducation fut confiée à son parent, l’abbé du monastère 
de Wirmuth, où il était destiné à passer le reste de «== 2 
carrière. À trente ans. il reçut le sacerdoce. Le papes 
Sergius |”, informé de ses mérites. fit de vains effor"=; 
pour l'attirer à Rome. Bede déplova jusqu'à sa mœr' 
(735) une activité infatigable: Aut discere, aut docere, a.w/ 
scribere dulce habui. Il avait excité dans ses élèves une 
soif si ardente de la science, qu'il les réunissait encore 
autour de son lit de mort pour les encourager à mettre 
la dernière main à une œuvre littéraire. 

Ses nombreux et vastes écrits révèlent, outre sa con- 
naissance des sciences profanes, grammaire, rhétorique, 


AUTEURS LATINS. BEDE LE VENERABLE. 507 


poésie, mathématiques, physique et astronomie, son apti- 
tude comme historien, philosophe et théologien. Voici, 
sans parler de ses traités sur les sept arts libéraux et 
d’autres travaux analogues, ses principaux ouvrages : 


Ouvrages sur la science en général. 


4. Chronicon, seu libri de sex ætatibus : les chroni- 
queurs du moyen-âge l'ont souvent pris pour modèle. _ 
2. Historiæ ecclesiasticæ gentis Anglorum libri V, jusqu’en 
731; les faits y sont racontés avec tant d’exactitude et de 
vérité, souvent même avec tant de candeur et de grâce, 
que Lappenberg a justement appelé cette histoire une 
œuvre nationale‘. De graves motifs font douter de l’au- 
thenticité du martyrologe qui lui est attribué. Un autre 
martyrologe en vers hexamètres serait plutôt de lui. 
A ces ouvrages historiques se rattachent : De cyclo pas- 
chali et De paschæ celebratione liber; De ratione temporis, 
où il est fait usage du cycle dionysien. 


Ouvrages théologiques. 


4. Commentaires sur plusieurs livres de l’Ancien Tes- 
tament et sur l’'Hexaméron ; sur le Nouveau Testament : 
Expositiones in IV Evangela; Acta apostolorums in epis- 
tolas Jacobi, Petri et Joannis, Jude et in Apocalypsin : 
extraits le plus souvent des Pères de l’Eglise; l'auteur 
y a joint çà et là des explications allégoriques et morales. 
2. Traités d'archéologie biblique : De tabernaculo et vasis 
ejus ac vestibus sacerdotum ; De templo Salomonis; De situ 
Jerusalem et sacris locis; De nominibus locorum vel civi- 
tatum quæ in Aclibus Apostolorum leguntur. 3. Scintillæ 
Patrum, maximes tirées de l’Ecriture et des Pères, de 
même que le Pénitentiel ou De remediis peccatorum. 
4. Plusieurs homélies rangées dans l’ordre suivant : 
Homiliæ de tempore et Homiliæ de sanclis, ou encore : 


1 Editée à part par Stevenson, Londres, 1838, 


508 MANUEL DE PATROLOGIE. 


Homiliæ æstivales, hiemales et quadragesimales, avec 
divers Sermons au peuple. Simples pour la plupart, ils 
contiennent de belles et profondes pensées. Plusieurs ont 
été insérés au Bréviaire. 

Oper. omn., ed. princeps, Basil., 1568; Colon., 1612 et 1688, 8 vol., 
in-fol. Une bonne édition complète manque encore ; l'édition de Giles, 
Londr., 1843, 12 vol. (Migne, t. XC-XCV) ne suffit pas. Cf. Ceillier, 
t. XVIII; Gehle, De Bed. vener. vita et script., Lugd., Batav., 1839; 
Weiss, Vie et œuvres de Bède, dans la Revue théol. de Frib.,t. XVIII. 


CHAPITRE VII. 


LES POÈTES CHRÉTIENS. 


$ 91. Collections et travaux préparatoires. 


Poetarum ecclesiast. opera, ex offic. Aldina, Venet., 1504, 2 tom. 
in-4° ; G. Fabricii, Poelarum vet. eccles. op. et fragm., Basil., 1564 ; 
Poetæ grec. christian., Lutetiæ, Par., 1609; Bivius, Collectio poetar. 
christ., Par., 1624, in-fol. Bien supérieur par la critique et l’interpré- 
tation : Daniel, Thesaurus hymnologicus, Hal., 1841 et seq.; ed.2*, 1863 
et seq., 5 vol.; Mone, Hymnes latines, Frib., 1853, 8 vol. Cf. L. Bu- 
chegger, Commentatio de orig. sacræ christianorum poeseos, Frib., 
4827 (Programme) ; Poésie chrétienne, dans l’Encycl. de la théol. cath., 
Gaume. Rio, de la Poésie chrétienne, dans sa matière et dans ses 
formes; Carmina e puetis christ. excerpta, en latin et en français, 
2 vol., Gaume frères. 


Il existe entre les arts libéraux et l’humanité régé- 
neree par le christianisme un lien d’autant plus intime 
et profond qu'il n’est pas le résultat d’un accident passa- 
ger, mais de l'espèce même des choses; aussi, dès les 
premiers temps du christianisme, et malgré des ob- 
stacles de toute nature, la poésie chrétienne éclate et 
jaillit par un mouvement irrésistible et spontané. 

Bien plus encore que les poètes de l'Ancien Testa- 
ment, les hommes qui avaient reçu le don de la poésie 
éprouvaient le besoin de célébrer la magnificence et la 
bonté du Très-Haut : l’incarnation du Verbe, divin, les 
œuvres sublimes de notre rédemption, l’amour ineffable 








POÈTES CHRÉTIENS. NONNUS, SILENTIAIRE, ETC. 509 


d'un Dieu manifesté d’une manière si frappante, c'était 
là pour le poète chrétien tout un monde idéal qui, en le 
transportant de la terre au ciel, offrait à son talent un 
but infiniment plus élevé. Aussi, c’est dans la période 
même des apôtres qu’il faut chercher les premiers ves- 
tiges de la poésie chrétienne, et saint Paul! atteste que . 
des chants chrétiens existaient déjà en dehors des 
psaumes et des cantiques de l'Ancien Testament. La 
poésie et l’art paiens, prêts à dépérir, furent sauvés par 
le christianisme, qui, en les animant d’un souffle nou- 
veau, leur assigna une mission plus auguste et leur 
prêta un charme jusque-là inconnu. 

La poésie chrétienne se rattacha d’abord à la forme 
didactique et morale de la poésie romaine de la dernière 
période ; mais la coutume que l'Orient avait empruntée 
à l'Eglise latine, de chanter dans les offices religieux, 
ne tarda pas à lui donner des allures indépendantes. 
Ainsi naquit, à côté de la poésie purement narrative et 
descriptive, une poésie lyrique, dont saint Ambroise, 
saint Damase et Grégoire le Grand allaient être les prin- 
cipaux organes. Ces deux directions sont surtout repré- 
sentées par le poète Prudence. 


$S 92. Poètes grecs. 


Nous renvoyons ici aux œuvres déjà mentionnées de 
saint Ephrem le Syrien, Grégoire de Nazianze, Synésius 
et Apollinaire, qui réagirent souvent contre le mouve- 
ment poétique des gnostiques et des ariens. On peut 
leur associer encore Amphiloque, ami de saint Basile, et 
saint Jean Damascène. 

I. Nonnus, de Panopolis en Egypte, a composé, étant 
encore paien : les Dionysiaques (huit livres), élaboration 
poétique de l’histoire de Bacchus?. Comme chrétien, on 


1 Eph., v, 19; Col., m, 16. — 3 Ed. Falkenberg, Antw., 1579; 
Hannov., 16085 et 1610; Moser, Heidelb., 1809; Græfe, Lips., 1818, 


510 MANUEL DE PATROLOGIE. 


lui doit une Paraphrase de l'Evangile de saint Jean , qui 
appartient plutôt à la critique biblique qu'à la poésie !. 

ll. Paul Silentiaire, homme d'Etat considérable à 
Constantinople sous Justinien I”, fut un des poètes 
grecs les plus éminents. Il composa, dans le dialecte 
d’Homere, une Description de la grande église de Sainte- 
Sophie, pour la dédicace de cette magnifique église?, et 
la Description de la rotondes. 

III. Georges le Pisidien florissait sous l’empereur 
Héraclius (610-641) ; il était diacre et bibliothécaire. Il a 
chanté les guerres d’Heraclius contre les Perses, et com- 
posé le Carmen iambicum de opificio mundi, et le De va-— 
nitate vitæ, dont il ne reste que des fragments*. 

L’Occident est incomparablement plus fécond en pro- 
ductions et'en talents poétiques. 


$ 93. Principaux poètes latins. 


Carmina e poetis christianis excerpta, en latin et en français, éd_ 
Gaume, 2 vol. 


I. Juvencus naquit en Espagne d’une illustre famille — 
et embrassa l’état ecclésiastique sous Constantin. Il fi ® 
des essais poétiques sur des sujets de l’Ancien et d'æ2 
Nouveau Testament dans un temps où ces sortes de 
travaux, de même que l'art plastique, étaient en def=a— 
veur dans l'Eglise, ce qui faisait dire à saint Jerôme 
qu'il ne craignit point de faire passer sous les lois dax 
mètre la majesté de l'Evangile. Il ne reste que deu 
de ses poésies. 

Liber in Genesim, où Juvencus conserve la division des 


ı Ed. Passow, Vratisl., 1834. Cf. S. de Uwaroff, Noms cat 
Penop., poète; Græff, S. Petersb., 1818. — ? Gr. et lat, ed. Ds 
Fresne, 1670; in Hist. Byzant. script., Venet., 1729. — 3 Ge 
ed. Em. Becker, Berol., 1816, in-4°. Tous deux édités par GreiiP®, 
Leips., 1822. — * Ed. Morellus, Par., 1584 et 1618; gr. et lat, ei. 
Fogginius, Rom., 1777. 


POÈTES CHRÉTIENS. JUVENCUS, DAMASE, ETC. 511 


cinquante chapitres, qu’il traduit en vers hexamètres 
d’un tour souvent heureux. Il débute ainsi : 


Principio Dominus calum terramque locavit; 
Namque erat informis fluctuque abscondita tellus, 
Immensusque Deus super æquora vasta meabat, 
Dum chaos et nigræ fuscabant cuncta tenebræ. 

Historia evangelica (quatre livres) : travail beaucoup 
moins important, et qui peut être considéré comme la 
première épopée chrétienne. Juvencus s'attache surtout 
à suivre saint Matthieu, qu'il traduit presque mot à 
mot, en le complétant au moyen des trois autres Evan- 
giles. La propriété des expressions et la simplicité du 
style lui ont valu d'être mis au moyen-äge entre les 
mains de la jeunesse studieuse‘. La beauté poétique se 
révèle dès le prologue : 

Immortale nihil mundi compage tenetur; 

Non orbis, non regna hominum, non aurea Roma, 
Non mare, non tellus, non ignea sidera cϾli. 

Nam statuit genitor rerum irrevocabile tempus 

Quo cunctum torrens rapiet flamma ultima mundum. 
Nam mihi carmen erunt Christi vitalia gesta 
Divinum populis falsi sine crimine donum. 


Oper., ed. Reusch, Francf., 1710; Arevalus, Rom., 1792 ; Galland.- 
Bibl., t. IV; Migne, t. XIX, ser. lat. 


II. Le pape Damase (367-384) s’est illustré par l’intro- 
duction du psautier latin dans le chant ecclésiastique. 
On a de lui, outre des lettres, près de quarante pièces de 
vers peu étendues, les unes lyriques, les autres descrip- 
tives, celles-ci en forme de panégyriques, celles-là en 
guise d’epitaphes. Il est un des premiers qui ont em- 
ployé la rime et remplacé la quantité par l’accent rhyth- 
mique ?. 

Ill. Nous avons déjà mentionné les productions poé- 
tiques de Commodien, Marius Victorinus, saint Hilaire 
et saint Paulin de Nole (p. 329, 332, 333, 355, 424). 


1F. Clément, les Poètes chrétiens (cit. du trad.). — ? Ed. Livius, 
Lips., 1652 ; Merenda, Rom., 1754 ; Migne, t. XVIII. 





POÈTES CHRÉTIENS. SEDULIUS, MAMERT, ETC. 513 


V. Cœlius Sedulius, sur la vie duquel on ne sait rien 
de positif, naquit, dit-on, en Ecosse, et figure sous le 
titre de antistes et episcopus. Il se fit, vers le milieu du 
cinquième siècle, une grande réputation par ses poésies 
douces et harmonieuses. Cellarius, son éditeur, a dit de 
lui : Cœlium Sedulium poetam inter christianos nemini 
secundum, et il a édité ce poète non tam propter dic- 
tionem puram et velerum imilalricem, quæ me, fateor, non 
mediocriter delectavit, quam propter argumenti majes- 
tatem in mysleriis aptissime a poela hoc expressam. 

4. Son principal ouvrage est le Poème pascal, sur divers 
sujets importants tirés de l’histoire de l’Ancien et du 
Nouveau Testament. Il expose ainsi les raisons qui l’ont 
déterminé à ce travail : 

Cum sua gentiles studeant figmenta poetæ 
Grandisonis pompare modis tragicoque boatu 
Ridiculove Getæ seu qualibet arte canendi ; 
Cur ego Davidicis adsuetus cantibus odas 
Chordarum resonare decem sanctoque verenter 
Stare choro et placidis coelestia psallere verbis 
Clara salutiferi taceam miracula Christi? 

2. Elégie, intitulée par Tritheim : Exhortatorium ad 
fideles, -et dans l’edition de Arntzenius : Hymnus 1, 
collatio Veteris et Novi Testamenti per schema dravadhyeus 
allernis versibus repetitæ. C’est le développement, 
souvent ingénieux, des antithèses qui se trouvent dans 
’Epitre aux Romains, v, 18. 

3. L'hymne A solis ortus cardine a été insérée au 
Bréviaire. 

4. Le poème sur l’Incarnation du Verbe, centon virgi- 
lien, est d’une authenticité douteuse. 


Opera, ed. Cellarius, Hall., 1704; Arevalus, Rom., 1794; Migne, 
sér. lat., t. XIX, avec les Prolégomènes des anciennes éditions. 


VI. Nous avons déjà parlé de Prosper d'Aquitaine et 
de Sidoine Apollinaire. (Pages 453 et 460.) 
VII. Claudien Mamert, d’abord ermite, puis prêtre de 


Vienne, partagea avec son frère l’administration de 
33 





514 MANUEL DE PATROLOGIE. 


l'évêché de cette ville, et fut l’un des plus savants 
hommes de son temps. Sidoine Apollinaire l’appelait 
peritissimum christianorum philosophum et quorumlibet 
primum eruditorum, et Ritter a dit, à propos de son De 
stalu animæ, que « l’auteur se montre disciple habile de 
saint Augustin. » De ses productions poétiques, nous 
avons une Hymne sur la passion du Seigneur et une 
pièce Contre les Poètes vains, où il montre la futilité de 
la poésie paienne, dont la plupart des éléments sont 
empruntés à la mythologie. L'auteur y a parfaitement 
imité les formes de la poésie classique. 

Opera in Bibl. max., Lugd., t. X; Galland. Bidl., t. X; Migne, 
t. LIT. | 

VIII. Venance Fortunat, le meilleur poète du sixième 
siècle, naquit à Tréviso, en ftalie, et fut probablement 
élevé’ à Ravenne. Tourmenté par une maladie d’yeux 
très - douloureuse, il se rendit au tombeau de saint 
Martin, et y trouva la guérison qu'il espérait (565). 
Pendant son séjour en France, il fut nommé évêque de 
Poitiers, et mourut en 603. Parmi ses écrits nous men- 
tionnerons : une Vie de saint Martin (quatre livres), son 
principal ouvrage, composé sur l'invitation de Grégoire 
de Tours. Il y célèbre, d’après la prose de Sulpice 
Sévère, la vie, les actions et les miracles de saint Martin. 
Un Poème sur son voyage; Onze livres de poésies sur 
divers sujets, mêlés de morceaux de prose parmi 
lesquels l'Exposition de l’oraison dominicale et celle du 
Symbole sont imitées de Rufin. | 

Plusieurs compositions de courte haleine, des épi- 
taphes, ont une grande valeur poétique; quelques-unes 
ont passé dans la liturgie, telles que : Pange lingua glo- 
riosi prœlium (lauream) certaminis.— Crux fidelis, inter 
omnes arbor una nobilis. — Veæilla regis prodeunt, fulget 
erucis mysterium. — Quem terra, ponlus, æthera, etc. 

Libelli III, seu carmen elegiacum de excidio Thuringiæ 
ex persona Radegundis, où il exprime la douleur de cette 


CONCLUSION. 515 


reine sur la ruine de sa patrie et l’oppression de son 
peuple. 

Vies des saints (en prose), de saint Hilaire de Poitiers, 
saint Remi, saint Medard, sainte Radegonde, etc. L’au- 
thenticite de quelques-unes est douteuse. 


Œuvres publiées d’après les meilleures éditions par Brower, 
Mogunt., 1608; Lucchi, Rom., 4786, 3 vol. in-4°; Migne, t. LXXX VIII. 
Cf. Ceillier, t. XVII ; éd. 2e, t. XI; Hist. litt. de la France, t. III. 


S 94. Conclusion. 


Quand on jette une vue d’ensemble sur l’ancienne 
littérature chrétienne, née du génie grec et romain 
retrempé dans le christianisme, on reconnait aussitôt 
que la seconde période, la période chrétienne, est non- 
seulement égale, mais supérieure à la période paienne 
sous bien des rapports. Si, au point de vue de la forme, 
la prééminence appartient aux classiques grecs, nous 
avons aussi plus d’un écrivain remarquable par la cor- 
rection du style et l'élégance de la diction : chez les 
Grecs, l’auteur de la lettre à Diognète, Méthode, saint 
Basile, Synésius, Isidore de Péluse, etc.; chez les Latins, 
Minucius Felix, Lactance, Sulpice Sévère, saint Jérôme, 
Paulin, Cassien, etc. Ce qui est indubitable, c’est que la 
littérature chrétienne l'emporte incomparablement par 
la fécondité des doctrines, des idées et des faits; elle 
participe au caractère même du christianisme, source 
des vérités révélées. 

La littérature patristique a encore cet avantage, at- 
testé par l’expérience universelle, d’avoir exercé sur le 
moyen-âge et sur les temps modernes, pour le fond 
comme pour la forme, une très-grande et très-salutaire 
influence, et aujourd'hui nous voyons les protestants 
eux-mêmes manifester le plus vif intérêt pour les ou- 
vrages des Pères de l'Eglise. 

Enfin, il est avéré que, dans les quarante années qui 


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TABLE DES MATIÈRES. 


Préface. . + Y 


INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE. 


& 1er, Notion et objet de l’histoire de la littérature chrétienne. 1 
8 3. Les Pères de l'Eglise, les écrivains ecclésiastiques et les 

docteurs de l'Eglise. . . . 0.09 
& 3. De l’autorité des Pères dans l'Eglise catholique. . + + À 
S 4. Des rapports de l’histoire littéraire du christianisme avec 

les autres branches de la théologie. . . . . . . . 8 
8 5. Les règles de la critique. . . . . . . . . . . 8 
8 6. Editions des écrivains ecclésiastiques. — Leurs collections. 9 
S 7. Travaux entrepris sur l’histoire de la littérature chré- 

tienne. . 2 . 4 + ee + + + + + 14 


De l'influence des littératures grecque et romaine sur les origines 
de la littérature chrétienne. 


8 8. La langue et la littérature romaine. — La langue et la litté- 


rature grecque. . . 24 
S 9. Des rapports de la littérature palenne avec la littérature 
chrétienne chez les Grecs et chez les Romains. . . 26 


8 10. Différences de la littérature chrétienne chez les Grecs et 
chez les Romains. . -. . . 2 2 2 2 2 02 . . . . 30 


L’ERE PATRISTIQUE. 


Eerits des Grees , des Romains et des Orientaux. 


Première période (1-320). — Les auteurs ecclésiastiques avant 
le concile de Nicée. 


CHAPITRE PREMIER. 
LES PÈRES APOSTOLIQUES. 


- 


8 11. Nombre des Pères apostoliques. — Les rares écrits qu'ils 

ont laissés sont rédigés sous forme de lettres et seulement 

en grec. . . . se + + + + 32 
8 12. Saint Clément de Rome, ee ee 0 0 + + + 84 


sn Le “ON 


A 


3 
ta 


15. 


1». Lettre »ueycliume de l'Église de Smyrne sur le martyre 
de saint Polyearpe. . 2 2 2 0 0 2 ran 


x 
19. 


20. Progrès de la littérature chrétienne quant au fond et à la 
forme . . 


TABLE DES MATIÈRES. 


LE;:rr> . athhque de saint Barnabe 
saut [:Lace, évêque d’Antioche. 
saiut Pulycarpe, évèque de Smyrme. . . 


. Papias, évèque d'Hiérapolis. . . . . 
L'auteur inconnu de la Lettre à Diognète. 
Le Pasteur d'Hermas. . . . . . . 


La Iltiérature chrétienne de 150 à 320. 


CHAPITRE PREMIFR. 


LES APOLOGISTES GRECS. 


$ 21. Justin, philosophe et martyr . . . . . . . . 
Ss 22. Tatien V’Assyrien . 

8 23. Athénagore 

& 24. Théophile d'Antioche . 


8 25. Hermias le Philosophe. . . 2 . . 2 2 2 . nen 


$ 26. Clément d'Alexandrie et Origène. . . . 2 . . . 
S 27. Ecrits interpulés et falsifiés. 


Adversaires des hérétiques ( polémistes); représentants de la scie 


Land? 


u I Du I DE 7 Ind Du 7 7 


Hs pr 


Rs. 
si" 


chrétienne parmi les Grecs. 


. Saint Irenee, évèque de Lyon. . . . . . . 
. Cans, prétre romain ee 
. Hinpolste . . . . … 
. L'Ecole catechetique d’Alexanurie. . 


C-ment d'Alexandrie, 


. PUR, . . 


As ct unemis d'Origène. 

Travaux historiques du IT‘ et du III: siéele 

A:rcs Ss Nartvrs et Mémoires d'Hégésippe. . 
CHAPITRE II. 


AUTEURS LATINS. 


uuuirs Felix © oo 2 re. 
Teulun 20000 en 


CIE mm Le 


en CR cm 


= 


TABLE DES MATIÈRES. 519 


& 88. Saint Cyprien. . . . . . . . . ... . . . . . 497 
& 39. Novatien. © . 2 2 . . . . . . + . . . . . . 206 
& 40. Arnobe. . . 2 0 0 . . . . . . . . . . . . 208 
8 41. Lactance Firmin. . . . . . + + + 210 
& 42. Corneille, Etienne et Denis, évêques de Rome. . + . Mh 


DEUXIÈME PÉRIODE. 


La littérature chrétienne, de jan 320 à la fin du 
VII: siècle. 


& 43. Progrès de la littérature chrétienne . . . . . . . . 216 


La littérature chrétienne de 320 à saint Augustin, 430, 
dans les eontroverses arienne , donatiste , pela= 
gienne, ete. 


CHAPITRE PREMIER. 


ECRIVAINS ORIENTAUX. 


& 44. Eusèbe, évêque de Césarée. . . . . . + + …« . 221 
& 45. Saint Athanase, archevêque d'Alexandrie + + + 227 
& 46. Saint Ephrem le Syrien . . . + + + + 2,40 
& 47. Saint Cyrille, évêque de Jérusalem . 244 
& 48. Diodore, évêque de Tarse ; Théodore, évèque ‘de Mo 
sueste ; Ecole d’Antioche. . . . . . 251 
8 49. Saint Basile. 0. een 256 
$ 50. Saint Grégoire de Nazianze. nn. AM 
8 51. Saint Grégoire de Nysse. . . . 2 2 . . . . . . 383 
& 52. Didyme l’Aveugle.. . . + 294 


8 53. Macaire l’Aîné ou l'Egyptien , et autres auteurs qui ont 
écrit sur l’ascétisme et la vie cénobitique. . . . . . 299 . 


8 54. Saint Epiphane. . . . 2 . . . . . . . . . . 301 
S 55. Saint Jean Chrysostome. . . . 2 . . . . . . . 305 
8 56. Synésius, évêque de Ptolémaïs. . . . . . 323 
8 57. Ecrivains secondaires de cette époque. Astérius, Némé- 
sius, Nonnus et Proclus. . . . . . . . . . . . 328 
CHAPITRE II. 


* AUTEURS LATINS. 


8 58. Commodien (Gazæus). . . . . . . . . . . . . 329 
8 59. Firmicus Maternus, . » 2 2 2 . . . . . . . . 331 
8 60. Marius Victorinus l’Africain. . . . . . . . . . . 332 





6 
; 


Ser Sen ie de men . - 2 nee. . 333 
SE Sen Chen à Mine . 2.2 nn ii 
Urs Run Sem à Verre: Plniastre de Bresse. . . . . 345 
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TABLE DES MATIÈRES. 591 


La littérature greeque anx VII: et VIII: siècles dans la 
querelle des monothélites et des iconoclastes. 


CHAPITRE V. 
AUTEURS GRECS. 


8 86. Sophrone, patriarche de Jérusalem; Jean Mosch. . . 493 
8 87. L'abbé Maxime, confesseur. . . . . . . . . . +. 494 
$ 88. Saint Jean Damascène, . . . . 2 2 . . . . . . 496 


CHAPITRE VI. 
AUTEURS LATINS. 


$ 89. Les papes Honorius, Martin Ier, Agathon II, Grégoire II. . 502 
8 90. Premiers auteurs chez les Germains. . . . . . . . 602 


CHAPITRE VII. 
LES PORTES CHRÉTIENS. 


8 91. Collections et travaux préparatoires. . , . . . . . 4508 
$ 92. Poètes grecs. . . se ee 0 + + + … + 609 
& 93. Principaux poètes latins. ss + ee + + + + W10 
8 94. Conclusion. . . . . . : . . . . . . . . . . VA 


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3 SUD 


2630 


920 


TABLE DES MATIÈRES. 


8 61. Saint Hilaire de Poitiers. . . . . . . . . . . 333 
8 63. Saint Optat de Milöve. . . . a 343 
8 68. Saint Zénon de Vérone; Philastre de Bresse. . + 345 
8 64. Saint Ambroise, évêque de Milan. . . 847 
8 65. Sulpice Sévère. . . . . + + + + . 860 
8 66. Rufin, prêtre d’Aquilde . . . . . . . . . . . . 36 
8 67. Saint Jérôme. . . . . . 2 . . . . . . . . 865 
8 68. Saint Augustin. . . . Pe 377 
8 69. Paulin de Nole, et plusieurs Papes.  _ 424 


La littérature chrétienne de A30 à saint Grégoire le 
Grand (604). Nestoriens , monophysites , pélagiens, 
affaire des Trois Chapitres. 


CHAPITRE Ill. 


AUTEURS GRECS. 


S 70. Saint Cyrille d'Alexandrie . . 426 
8 71. Socrate, Sozomène et PRilostorge historiens ecclésias- 

tiques . . . . . 0.0.4 
& 73. Théodoret, évêque de Cyr. . . . 434 
S 78. Isidore, abbé de Péluse; saint Nil l'Aîné . . 40 
8 74. Historiens ecclésiastiques du VIe siècle. . 42 
& 75. Denis, le pseudo-Aréopagite. en. 48 
8 76. Auteurs moins importants de cette époque. . +... … MW 

CHAPITRE IV. 
AUTEURS LATINS. 

8 77. Continuation de la querelle pelagionne, = surtout dans le 

sud de la Gaule. . . . . + + 49 
8 78. Saint Léon le Grand, pape. .. 464 
8 79. Vigile, évêque de Tapse ; Victor, évêque de Vite ; Gen- 

nade, prêtre de Marseille ; Fulgence, évèque de Ruspe. 470 
S 80. Saint Pierre Chrysologue et saint Maxime, orateurs 

chrétiens . . . . 472 
8 81. Auteurs qui ont écrit pendant la querelle des Trois 

Chapitres . . een. 4 
& 82. L'abbé Denis et le pape Gölase, nennen. ii 
8 83. Boèce, sénateur et patrice de Rome. ... 47 
8 84. Cassiodore le Sénateur. . . 480 
8 85. . 483 


Saint Grégoire le Grand, pape. 


— 


TABLE DES MATIÈRES. 591 


La littérature greeque aux VII et VIII’ sièeles dans la 
querelle des monothélites et des iconoelastes. 


CHAPITRE V. 
AUTEURS GRECS. 


8 86. Sophrone, patriarche de Jérusalem; Jean Mosch. . . 493 
8 87. L'abbé Maxime, confesseur. . . . . . . . . . . 494 


8 88. Saint Jean Damascène. s … + + 496 
CHAPITRE VI. 
AUTEURS LATINS. 


S 89. Les papes Honorius, Martin Ier, Agathon II, Grégoire IL. . 802 
8 90. Premiers auteurs chez les Germains. .. + + + + 850% 


CHAPITRE VII. 


LES POËTES CHRÉTIENS. 


S 9. Collections et travaux préparatoires. . . . . , . . 8508 
S 93. Poètes grecs. . . eu ne + + + + + + + 809 
8 93. Principaux poètes latins. es es + + + + + + 510 


S 94. Conclusion. - 2 2 2 I 2 2 2 2 2 ern. 815 


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328 


TABLE ALPHABÉTIQUE. 


Ecrits interpolés et falsifiés. 147 Etienne (pape) . 


Enée de Gaza. . 


Ephrem le Syrien (S.). 


Epiphane (S.). 


Facundus . 


Firmicus Maternus. 


Gennade . 


Georges le Pisidien . 
Grégoire (le Thaumaturge). 


447 Eucher (S.) . . 


240 Eusèbe (évêque de Césarée). 

301 Evagre. . 
F. 

475 Fulgence . . . 


331 Fulgence Ferrand. . 


G. 


523 


244 

457 
221 
449 


470 Grégoire de Nysse (S.). 9255, 283 


Grégoire de Nazianze (S.). 255,271 Grégoire de Tours. 


Hermas (Le Pasteur d’) . 


Hermias (le philosophe) . 


Hégésippe (act. et mémoir.). 
Hilaire de Poitiers (S.). . 


Ignace d’Antioche (S.). . 


Irénée, évêque de Lyon (S.). 


Jérôme (S.) . 


Jules (Africain). . 


* Junilius. 


Lactance . 


Léon le Grand (S.). 


Macaire }’Aîné. . 


Mamert (Claudien). 


Marius Victorinus . 


Marius Mercator. 
Maternus . 
Martin Ier, 


502 


510 Grégoire le Grand {(S.). 483 
170 Grégoire II. . . . .’. . 502 
503 
H. 
65 Hilaire d’Arles (S.). 458 
107 Hippolyte . . . . . 4136, 176 
175 Honorius, pape. … 502 
338 
I. 
47 Isidore de Péluse. . . 440 
121 Isidore de Séville, 504 
3. 

+ 865 Justin (le philosophe). . . 80 
171 Juvencus.. 510 
476 ’ 

L. 
240 Léontius. . 448 
461 Libérat. . . . 476 
M. 
299 Maxime (S.). . 474 
518, Maxime (l’abbe&, confesseur). 494 
332 Méthodius. . 178 
450 Minucius Felix . 176 
331 Mosch (Jean). 493 


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Versi » -» -» --.-. 193 Tore -. - .. . 434 
Tetusas. I cnrs. 1% Tooskie d'Antiocbe; . . 102 
Tibcdae (de reste, . 751 


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Vene (Yortouat). - . 514 Vincent de Lérinm. . . . 454 
Vier, évêque . . . . . 40 Vigile, évêque. . . . . 470 
Victor, &v, de Tununum. . 476 - 


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BESANGON, IMP, DE J. BUNVALOT. À | 
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